materiel-mining.fr

Alimentation 2000 W : ce qu’elle tire au mur, ce que la prise encaisse

Accessoires

Alimentation 2000 W : ce qu’elle tire au mur, ce que la prise encaisse

Deux mille watts en sortie ne sont pas deux mille watts au compteur. L’appareil consomme plus qu’il ne délivre, et la différence part en chaleur dans la pièce. Sur un modèle certifié Gold, comptez 2 247 W tirés de la prise pour 2 000 W rendus aux cartes, soit 9,9 A sous 230 V, en continu, sur un circuit dont le disjoncteur est calibré à 16.

Ce chiffre commande le reste. Le nombre de machines par circuit, la facture de l’année, le moment où le tableau électrique se met en travers.

Trois objets portent le même chiffre

Le rayon mélange des appareils qui n’ont en commun que leur puissance nominale, et l’écart de prix va de un à dix.

Le bloc ATX de minage aligne quatorze à dix-huit sorties PCIe sur un rail unique. Il vise huit à dix cartes modestes, et son intérêt est le nombre de prises autant que les watts. La génération récente, celle qui s’adresse aux stations de calcul, part dans l’autre sens : deux connecteurs 12V-2x6 pour deux très grosses cartes, quatre PCIe 6+2 pour la forme. Six sorties au total. Monter un rig de huit GPU avec celle-là demande une pochette d’adaptateurs, et l’exercice tourne mal.

Vient enfin le module de serveur 1U, redondant, format tiroir. Un Supermicro PWS-2K03P-1R mesure 265 mm de long pour 40 mm de haut et sort 166,7 A sur le 12 V. Il ne se visse dans aucun boîtier PC et n’a pas de connecteur 24 broches : il lui faut une carte d’adaptation. Ce sont ces modules-là qu’on trouve à 60 ou 100 € d’occasion pendant qu’un bloc ATX de marque en demande 325 à 550.

Ce que la prise encaisse, et ce qu’elle encaisse en continu

Un socle 16 A sous 230 V donne 3 680 W. Legrand imprime le chiffre sur ses fiches triplites, la référence 0 494 38 par exemple. Il rassure, et ne décrit qu’une prise seule, mesurée à l’instant.

La NF C 15-100 raisonne par circuit, pas par prise. Un circuit de prises 16 A se câble en 1,5 mm² et porte huit socles au maximum ; en 2,5 mm², le disjoncteur passe à 20 A et le nombre de socles à douze. Depuis 2015, une prise double compte pour deux. Les huit prises du bureau et de la chambre partagent donc un seul disjoncteur, et le rig n’y est qu’un consommateur parmi les autres.

Le comportement de ce disjoncteur est écrit dans la NF EN 60898-1, et il n’est pas celui qu’on imagine. La norme fixe deux courants conventionnels. Le premier vaut 1,13 fois le calibre : en dessous, l’appareil ne doit pas couper pendant la durée conventionnelle. Le second vaut 1,45 fois le calibre : au-delà, il doit couper dans cette même durée, une heure pour les calibres jusqu’à 63 A. Pour un calibre 16, cela donne 18,1 A tolérés et 23,2 A qui déclenchent.

Entre les deux, la norme ne promet rien. Deux blocs de 2 000 W sur le même circuit réclament 19,7 A, soit 1,23 fois le calibre, en plein milieu de cette zone grise. Rien ne bouge à la mise sous tension. La machine tourne, on conclut que ça passe, et la coupure tombe une heure plus tard, ou la nuit suivante, ou seulement le jour où le garage monte à 30 °C. Un déclencheur thermique met du temps à décider. Un essai de dix minutes ne prouve donc rien du tout.

Reste le maillon que personne ne regarde, la rallonge. Les blocs multiprises portent « 3 500 W » sur leur étiquette, une Brennenstuhl 1390001066 de trois mètres comme la plupart des autres. Le même fabricant écrit donc 3 680 W sur une fiche 16 A et 3 500 W sur une multiprise 16 A. Même intensité, deux chiffres, et c’est le plus petit qui vaut dès qu’il y a du câble entre la prise et l’appareil. Sous 230 V, 3 500 W font 15,2 A pour l’ensemble des socles. Une alimentation de 2 000 W en occupe les deux tiers à elle seule. En brancher deux revient à demander 19,7 A à une rallonge dimensionnée pour 15.

Le rendement fixe le courant, et la facture

La certification 80 PLUS se mesure sous deux tensions, et les seuils ne sont pas les mêmes. C’est la colonne 230 V qui vaut en France, la plus exigeante des deux. Une étiquette lue sans sa tension ne veut rien dire. La colonne des ampères ci-dessous tient compte d’un facteur de puissance de 0,99, valeur mesurée sur les blocs de cette catégorie à pleine charge.

Niveau (230 V)

Rendement à pleine charge

Tiré au mur pour 2 000 W

Courant sous 230 V

Chaleur rejetée

Bronze

85 %

2 353 W

10,3 A

353 W

Gold

89 %

2 247 W

9,9 A

247 W

Platinum

90 %

2 222 W

9,8 A

222 W

Titanium

91 %

2 198 W

9,7 A

198 W

Six points de rendement séparent le Bronze du Titanium, soit 155 W en permanence. Sur une année de fonctionnement continu, 8 760 heures, cela fait 1 359 kWh. Au tarif réglementé résidentiel entré en vigueur le 1er août 2026, 0,2001 € le kWh en option Base jusqu’à 6 kVA, l’écart vaut 272 € par an. Chaque année, et sans rien changer d’autre au montage.

La colonne de droite mérite autant d’attention. Ces watts ne s’évaporent pas : ils sortent du bloc en chaleur, dans la pièce, en plus de celle des cartes. Les 353 W du Bronze, c’est un sèche-serviettes qui ne s’arrête jamais.

Le rendement n’est pas non plus une constante de l’appareil. Il culmine autour de la mi-charge et redescend aux deux bouts : un Platinum donne 94 % à 50 % de charge contre 90 % à fond. Le laboratoire indépendant Cybenetics a mesuré le Cooler Master X Mighty Platinum 2000 sur plus de 1 450 combinaisons de charge en octobre 2024, et sort une moyenne de 92,7 % avec un facteur de puissance de 0,989. Acheter 2 000 W pour en tirer 1 100 place donc l’appareil sur son pic, là où son ventilateur se tait aussi.

La ligne qui disqualifie la moitié du rayon

Une seule ligne de la fiche technique sépare un vrai bloc de 2 000 W d’un bloc de 1 200 W qui s’en réclame : la plage de tension d’entrée, et la puissance délivrée dans chaque tranche.

Supermicro publie la sienne sans détour pour le PWS-2K03P-1R. Le module sort 1 000 W entre 100 et 127 V, 1 800 W entre 200 et 220 V, 1 980 W entre 220 et 230 V, et ses 2 000 W seulement entre 230 et 240 V. Le même appareil perd la moitié de sa puissance selon la prise où on le branche, et le « 2000W » du nom ne s’obtient que dans la dernière tranche.

Les autres suivent la même logique. Le FSP Cannon Pro accepte 100 à 240 V, rend 2 000 W au-dessus de 200 V, 1 500 W entre 115 et 200 V, 1 200 W en dessous. Le SilverStone HELA 2050R sort ses 2 050 W entre 200 et 240 V et plafonne à 1 650 W sur un réseau à 110-127 V. Le Cooler Master X Mighty Platinum écrit son déclassement dans la case même de la tension d’entrée, 1 600 W hors de la tranche 200-240 V. Le Thermaltake Toughpower i2000W ne s’embarrasse pas de paliers : 220-240 V, un point c’est tout. Le Super Flower Leadex Platinum non plus, avec son « single voltage design 230 V ». Sur une prise nord-américaine, ces deux-là ne démarrent pas.

Pour un rig installé en France, la contrainte est une bonne nouvelle. L’arrêté du 24 décembre 2007 fixe la basse tension à 230 V et tolère un écart de 10 % sur une moyenne de dix minutes, soit 207 à 253 V. On reste dans la tranche haute, et les 2 000 W annoncés sont ceux qu’on obtient.

La tension basse a quand même son effet, et il est de sens contraire à ce qu’on croit. À 207 V, le socle 16 A ne fournit plus que 3 312 W, et le bloc qui appelle 2 270 VA tire alors 11,0 A au lieu de 9,9. Une baisse de tension augmente le courant. Un montage qui passe tout juste à 230 V ne passe plus quand le réseau descend.

Deuxième ligne à chercher, l’ampérage du rail +12 V, puisque c’est lui qui alimente les cartes. Le Cannon Pro annonce 166,6 A en rail unique, soit 1 999 W : la totalité de la puissance passe par le 12 V, ce qui est la bonne réponse pour du minage. Une répartition sur plusieurs rails plafonnés à 40 A oblige au contraire à équilibrer les cartes prise par prise, et se coupe dès qu’on se trompe de branche.

Troisième ligne, et c’est un piège : le courant d’entrée maximal de la plaque signalétique. Cooler Master annonce 16 A, Thermaltake 15 A. Ces nombres sont des maximums sur toute la plage d’entrée, atteints en bas de plage, là où la tension est faible et le courant élevé. À 230 V pour 2 000 W, le même appareil tire les 9,9 A du tableau plus haut. Lire l’ampérage de la plaque comme une consommation à 230 V fait surestimer le besoin de moitié.

Trois blocs qui existent vraiment

Cooler Master X Mighty Platinum 2000

Super Flower Leadex Platinum 2000W

FSP Cannon Pro 2000W

Référence

MPS-K001-AFBP, suffixe selon la région

SF-2000F14HP

FSP2000-52AGPBI, les deux versions

Certification 230 V

Platinum

Platinum

Gold

Entrée

115-240 V, 2 000 W au-dessus de 200 V

230 V, tension unique

100-240 V, 2 000 W au-dessus de 200 V

Sorties GPU

2 × 12V-2x6 et 4 × 6+2

14 × 6+2

18 × 6+2, ou 12 × 6+2 et 2 × 12V-2x6

Profondeur

180 mm

220 mm

200 mm

Ventilateur

120 mm, palier fluide

140 mm, double roulement

135 mm, double roulement

Prix relevé

325 € TTC en boutique constructeur

sorti du catalogue constructeur

549,95 € chez LDLC, hors catalogue depuis

Le chiffre qui pose problème est la profondeur. Une alimentation ATX ordinaire mesure 140 à 150 mm ; ces trois-là en font 180 à 220, et il faut encore ajouter le rayon de courbure des câbles derrière. Dans un châssis ouvert en profilés, personne ne s’en aperçoit. Dans une tour fermée, la question se règle avant la commande, mètre en main.

Le cordon réserve une surprise du même ordre un cran plus haut. Seasonic signale sur la fiche de sa PRIME PX-2200 que le bloc réclame un cordon C19 de 15 A. L’avertissement s’adresse nommément aux marchés dont la prise murale est calibrée 10 A, ce qui n’est pas le cas de la France ; côté mur, un socle 16 A l’accepte. Le problème est à l’autre bout du câble : l’embase de l’alimentation n’est plus la C14 des ordinateurs de bureau, et le cordon qui traîne dans le tiroir ne rentre pas.

La garantie, elle, ne sépare rien du tout, parce qu’elle ne s’applique pas. FSP écrit dans ses conditions qu’un environnement ou un usage anormal, « y compris le minage de cryptomonnaie », sort du champ de la garantie, et exclut les dégâts liés à un fonctionnement à forte charge prolongée. Super Flower écarte de la même manière les systèmes à charge très élevée en citant les machines de minage. Les durées affichées par les revendeurs, dix ans ici, deux ans là, décrivent un usage bureautique. Dès que la machine tourne en continu, elles ne valent rien, et le rendement redevient le seul critère de choix.

Dernier détail avant de commander : le Cannon Pro se vend en deux versions sous le même nom et le même code produit, l’une à dix-huit sorties 6+2, l’autre qui en troque six contre deux connecteurs 12V-2x6. La référence ne les distingue pas. Il faut compter les prises sur la photo du vendeur.

L’abonnement décide avant le disjoncteur

Un compteur domestique ne plafonne pas seulement le courant d’un circuit, il plafonne la puissance de tout le logement. À 6 kVA, la limite est de 26,1 A sous 230 V. Avec un facteur de puissance de 0,99, les 2 247 W du rig pèsent 2 270 VA au compteur, soit 38 % de l’abonnement, en permanence, sans jamais rendre la main.

Il reste 3 730 VA pour le reste. Un chauffe-eau de 2 400 W et une bouilloire de 2 200 W passent au-dessus, et c’est le disjoncteur d’abonné qui saute, pas celui du circuit. Tout s’éteint, machine comprise, et il faut aller relever la manette au tableau.

Monter en puissance souscrite n’est plus la manœuvre évidente qu’elle était. La délibération n° 2025-10 de la Commission de régulation de l’énergie a mis l’option Base en extinction de 9 à 15 kVA au mouvement tarifaire de février 2025 : plus aucune souscription à ces puissances, et ceux qui les détiennent déjà ne peuvent plus changer de puissance. Qui dépasse 6 kVA bascule donc en heures pleines / heures creuses, qu’il le veuille ou non.

Pour une charge qui tourne jour et nuit, ce basculement n’est pas la punition qu’on redoute. Avec huit heures creuses par jour, seize heures à 0,2142 € et huit à 0,1589 €, le prix moyen pondéré ressort à 0,1958 € le kWh contre 0,2001 € en Base. Sur les 19 700 kWh que réclame une année de fonctionnement continu à 2 250 W, l’écart joue 85 € en faveur des heures creuses. Le vrai levier est ailleurs. Un rig qu’on n’allume que sur la plage creuse paie son électricité 0,1589 €, 21 % de moins que le tarif Base, et produit un tiers du temps. Cet arbitrage-là se calcule, il ne se décrète pas.

Le neuf, l’occasion, et le bruit

Le neuf se paie cher : 325 € le X Mighty Platinum au tarif constructeur relevé le 14 août 2026, près de 550 € pour le Cannon Pro tant qu’il figurait au catalogue LDLC. Ramené au watt, entre 16 et 27 centimes.

Le minage achète autre chose. Une HP HSTNS-PL11, l’alimentation à format commun des serveurs G6 et G7, sort 1 200 W dès 200 V pour 7,0 A d’entrée, et 5,9 A seulement sous 240 V. HP publie sa propre grille de déclassement dans les mêmes QuickSpecs : 900 W à 120 V, 800 W à 100 V. Le module pèse 0,91 kg, tient dans quatre centimètres d’épaisseur et se trouve reconditionné autour de 96 €. Deux d’entre eux donnent 2 400 W pour un peu moins de 200 €, et la carte d’adaptation qui va avec en coûte une vingtaine. Moins de dix centimes le watt. Un Supermicro PWS-2K03P-1R reconditionné se négocie dans les 260 € et remplit le même office à lui seul.

Ce que le tarif ne dit pas tient justement dans ces quatre centimètres. Une tranche aussi mince refroidit 1 200 W avec des turbines minuscules lancées à plusieurs milliers de tours, et le sifflement qui en sort ne se supporte dans aucune pièce habitée. Cybenetics relève 25,7 dBA de moyenne sur le X Mighty Platinum. Il n’y a pas de comparaison à faire. Ces modules sont faits pour une baie, dans un local où personne ne s’attarde, et il leur faut encore une carte d’adaptation pour sortir autre chose que des connecteurs propriétaires.

Le partage est net. Rig ouvert dans un garage ou une dépendance : deux alimentations de serveur d’occasion, sans hésiter. Machine dans une pièce où l’on vit : un bloc ATX, profondeur vérifiée avant l’achat.

Alimentation de forte puissance pour rig de minage, connecteurs PCIe apparents

Quelle puissance choisir, et comment monter

Le calcul se fait dans cet ordre. On additionne la puissance de carte annoncée par le constructeur pour chaque GPU, on ajoute une centaine de watts pour la carte mère, le processeur et les risers, puis on choisit un bloc dont ce total représente 50 à 70 % de la puissance nominale. Un rig de 1 200 W réels appelle donc une alimentation de 2 000 W, pas de 1 400. Cette marge absorbe aussi les pointes de consommation des cartes, qui dépassent brièvement leur valeur nominale à chaque changement de charge.

  • Un cordon PCIe muni de deux connecteurs en bout sert les deux prises d’une même carte, pas deux cartes. Le socle 8 broches est donné pour 150 W par la spécification électromécanique du PCI-SIG, qui compte 12,5 A sur le 12 V, et l’adaptateur 6 vers 8 broches ne change que la déclaration, jamais le cuivre.

  • Le ventilateur aspire par le dessous. Posé à même une planche ou plaqué contre le fond d’un châssis, le bloc étouffe. Trois centimètres de dégagement suffisent, grille tournée vers le vide.

  • Une prise murale, jamais une prise commandée. Les interrupteurs de bloc multiprise et les parafoudres à bas prix se dégradent en chauffant. Le circuit doit être dédié, et de préférence seul sur son disjoncteur.

Reste la question qui décide de toutes les autres. Deux mille watts de cartes en continu, c’est près de 3 940 € d’électricité par an au tarif résidentiel. Cette somme-là ne se compare pas au prix du bloc, elle se compare à ce que les cartes rapportent. Le calcul se fait sur le calculateur de rentabilité au tarif français avant d’acheter quoi que ce soit, et le reste du dimensionnement suit le choix des composants du rig. Une erreur de 300 € sur l’alimentation se rattrape. Une erreur de 300 € par mois sur l’électricité, non.