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Disque dur externe reconditionné : ce qu’il vaut dans un rig

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Disque dur externe reconditionné : ce qu’il vaut dans un rig

Un rig à six cartes graphiques écrit moins sur son disque qu’un ordinateur de bureau laissé allumé sans rien faire. Le système s’installe une fois, les journaux partent en mémoire vive, et plus rien ne bouge. De toutes les pièces de la machine, c’est celle qu’on achète d’occasion sans y réfléchir à deux fois.

Encore faut-il savoir ce qu’on achète. Derrière les annonces cohabitent trois marchés qui n’ont ni les mêmes prix ni les mêmes garanties, et deux disques de 8 To au même prix peuvent tenir l’un dix ans en service continu, l’autre dix-huit mois. La différence ne se voit pas sur la photo. Elle se lit sur deux lignes de fiche technique et sur un compteur interne que le vendeur préfère souvent ne pas montrer.

Ce qu’un rig demande à son disque

Hive OS, qui fait tourner l’essentiel du parc, se télécharge en une image d’un peu plus d’un gigaoctet compressée et s’installe sans effort sur un support de 8 Go. Ce plancher-là ne dimensionne pourtant rien du tout.

Ce qui fixe la capacité, c’est le fichier d’échange que réclament les cartes graphiques : la somme de leurs mémoires vidéo, plus 4 Go. Six cartes de 16 Go imposent 100 Go de disque avant même de compter le système. Le dimensionnement pièce par pièce d’un rig détaille ce calcul et aboutit à 120 Go pour une machine modeste, 240 au-delà de quatre cartes.

L’éditeur du système livre un aveu au passage : la journalisation est coupée d’origine, et une commande dédiée, logs-off, renvoie les journaux en mémoire vive. On ne conçoit pas ce mécanisme si écrire quelques lignes par minute était anodin. Ce qu’il protège ainsi, c’est la clé USB, qui n’a jamais été faite pour porter un système d’exploitation. Le même éditeur recommande le SSD en production. Un SSD SATA d’occasion de 240 Go coûte le prix d’un plein d’essence et évite le déplacement du dimanche matin devant un rig qui ne redémarre plus.

Reconditionné, recertifié, renewed : trois mots, trois engagements

Les trois se croisent dans les mêmes annonces et n’engagent pas la même chose.

Reconditionné est le seul des trois qui oblige juridiquement en France depuis 2022. Le vendeur qui l’écrit doit avoir testé toutes les fonctionnalités du produit, être intervenu pour rétablir celles qui manquaient, et avoir effacé les données de son propriétaire précédent. Il lui est également interdit d’écrire « comme neuf ». Le mot engage, maintenant.

Recertifié vient des constructeurs et ne relève d’aucune obligation. Seagate décrit sa procédure en trois temps, effacement, test, étiquetage, et l’accompagne de six mois de garantie. Western Digital écrit seulement que ses disques sont « rigoureusement contrôlés » et couvre un an. Ces durées surprennent quand on les compare aux cinq ans d’un disque de serveur neuf, et elles disent quelque chose : le constructeur revend un exemplaire dont il connaît le passé sans vouloir en répondre longtemps.

Les revendeurs spécialisés, eux, annoncent couramment deux à cinq ans sur les mêmes disques. C’est leur garantie, pas celle du fabricant, et elle disparaît avec eux le jour où la boutique ferme.

Renewed, chez Amazon, est une promesse commerciale d’un an. Et l’occasion pure, celle du particulier, n’engage rien du tout.

Un point que les catalogues laissent volontiers dans l’ombre : la garantie commerciale de douze mois affichée partout ne remplace pas la garantie légale, qui court deux ans face à un professionnel, y compris sur du reconditionné. Passé les douze premiers mois sur un bien d’occasion, c’est simplement à l’acheteur d’établir que le défaut existait déjà. Un revendeur qui affiche « 0 an de garantie » sur sa fiche produit écrit une phrase sans valeur.

Les deux lignes qui séparent un disque de bureau d’un disque de serveur

Deux spécifications décident de tout et figurent sur les fiches des constructeurs. Aucune boutique ne les met sous les yeux de l’acheteur.

Un BarraCuda de 8 To, le disque le moins cher de sa capacité, est donné pour 2 400 heures sous tension par an et 55 To d’écriture annuelle, avec deux ans de garantie. Un rig tourne 8 760 heures par an. On lui en demande donc 3,6 fois plus. Personne ne prévient l’acheteur.

Un Ultrastar de la même génération est donné pour 550 To par an, 600 000 cycles de chargement de tête, un taux de panne annoncé de 0,44 % et cinq ans de garantie. Dix fois la charge d’écriture, le fonctionnement continu assumé. C’est le disque qu’on retrouve d’occasion après trois ou quatre ans de datacentre, et c’est la raison pour laquelle ce marché existe.

La technologie d’écriture achève la séparation. Les modèles à enregistrement par bardeaux, dits SMR, chevauchent leurs pistes pour gagner de la densité. En lecture, personne ne voit rien. En écriture soutenue, une fois le tampon rempli, le débit s’effondre pendant que le disque réorganise ses zones ; sur un test de reconstruction de grappe, l’écart mesuré entre un modèle SMR et son équivalent classique atteint un facteur treize à seize sur la durée.

Les listes des constructeurs sont publiques et réservent des surprises. Chez Seagate, les BarraCuda de 4 et 8 To sont SMR, les Exos le sont désormais aussi à partir de 32 To. Chez Western Digital, les WD Red de 2 à 6 To le sont, ce qui a valu à la marque la polémique de 2020 et la naissance de la gamme Red Plus. Le 8 To interne le moins cher du marché français est donc, en même temps, le plus fragile en écriture des trois candidats de sa capacité.

Trente secondes de SMART décident de l’achat

Tout disque tient un journal de sa propre santé, et ce journal survit au reconditionnement. Une commande le sort :

smartctl -a /dev/sda

Cinq attributs pèsent réellement dans la balance. L’hébergeur qui publie ses pannes a comparé, sur sa flotte, leur valeur chez les disques morts et chez les vivants : secteurs réalloués (5), erreurs non corrigibles signalées (187), dépassements de délai sur commande (188), secteurs en attente (197), secteurs illisibles hors ligne (198). Chez les disques en panne, 76,7 % avaient au moins l’un des cinq au-dessus de zéro. Contre 4,8 % des disques sains pour le premier, 1,8 % pour le quatrième.

L’autre moitié du résultat compte davantage : 23,3 % sont morts sans avoir rien signalé. Le SMART filtre les mauvais achats, il ne certifie pas les bons.

  • Une valeur non nulle en 197 ou en 198 renvoie l’exemplaire, sans discussion.

  • Une poignée de secteurs réalloués se surveille ; un compteur qui bouge entre deux lectures condamne.

  • Power_On_Hours, l’attribut 9, ne prédit rien. Il situe. Sur une mécanique de serveur, il affiche couramment 30 000 à 50 000 heures, soit quatre à six ans de service. C’est ce qui justifie sa décote.

  • Load_Cycle_Count, l’attribut 193, se lit contre les 600 000 cycles annoncés par le constructeur. À 300 000, la moitié du budget est consommée.

  • Sur un SSD, Percentage_Used donne l’endurance dépensée telle que le contrôleur l’estime. À 100, la garantie d’endurance est épuisée, pas le disque.

Un vendeur sérieux fournit cette capture avant l’achat. Un vendeur qui refuse connaît son journal.

À l’arrivée, deux tests occupent la fenêtre de rétractation sans occuper personne. Le test long interne, lancé par smartctl -t long /dev/sda, relit toute la surface. Une passe d’écriture complète ensuite, avec badblocks -wsv /dev/sda, réveille ce que la lecture seule laisse dormir, et efface au passage ce que le précédent propriétaire aurait laissé derrière lui. L’exemplaire qui survit à ces deux nuits-là entre en service avec un dossier propre.

Ce que dit la seule flotte qui publie ses pannes

Un hébergeur américain, Backblaze, publie chaque trimestre le taux de panne de ses disques, modèle par modèle. Aucune autre série aussi longue n’existe, et celle-ci porte sur 341 263 unités.

Le taux annualisé du premier trimestre 2026 s’établit à 1,24 %, contre 1,39 % sur toute la durée d’observation. Un peu plus d’un disque sur cent rend l’âme dans l’année, en service continu.

L’âge auquel il le fait a complètement changé. Le même hébergeur a rejoué sa courbe de mortalité en octobre 2025, et le résultat porte à lui seul tout le marché de l’occasion. Sur ses données de 2013, le pic de panne atteignait 13,73 % à trois ans et trois mois. Sur celles de 2021, il se déplaçait à sept ans et neuf mois. Sur celles de 2025, il ne culmine plus qu’à 4,25 %, et n’arrive qu’à dix ans et trois mois. La première année, la flotte dépasse tout juste 1,30 %.

Un disque de datacentre revendu avec 40 000 heures a donc quatre ans et demi de service et se situe au milieu d’un plateau qui en dure dix. Le raisonnement habituel sur la mortalité infantile absorbée ne tient plus, parce qu’il n’y a plus grand-chose à absorber. Ce qu’on achète, c’est un exemplaire éprouvé, encore loin de sa zone de casse, à moitié prix. Le compteur d’heures dit où l’on se situe sur cette courbe, ce qu’aucune fiche produit ne dira à votre place.

Ça n’en fait pas un pari sûr. Une machine qui tourne seule au fond d’un garage réclame une copie de sa configuration ailleurs que sur le disque qui l’héberge. Réinstaller un système de minage prend vingt minutes. Retrouver les réglages d’overclocking de six cartes prend un week-end.

Le boîtier externe, et ce qu’il cache

Un disque externe est un disque interne posé derrière un pont USB. Ce pont explique la moitié des déconvenues.

Il masque d’abord le journal de santé : beaucoup de boîtiers ne transmettent pas les commandes de diagnostic, et l’outil rend une erreur là où il devrait rendre un tableau. La parade tient en trois caractères, smartctl -d sat -a /dev/sdb, qui force le passage des commandes ATA à travers la couche USB. Quand ça ne suffit pas, le disque sort du boîtier.

Il en sort d’ailleurs souvent, et l’arithmétique le justifie. Mi-août 2026, le 8 To externe le moins cher se paie 232 € sur le marché français, soit 29 € le téraoctet, quand le 8 To interne le moins cher est à 296 €, soit 37 € le téraoctet. Ouvrir un boîtier coûte moins cher que d’acheter le disque nu.

L’opération a son piège. Les disques de forte capacité récents utilisent la broche 3 du connecteur d’alimentation SATA comme signal de mise hors tension. Une alimentation de rig y envoie du 3,3 V, le disque comprend qu’on lui demande de rester éteint, et il ne démarre jamais. Deux parades : un ruban isolant sur la broche, ou un adaptateur Molex qui ne câble que le 5 et le 12 V. L’étiquette prévient d’avance, puisqu’elle ne mentionne alors aucune tension de 3,3 V. Le point mérite d’être vérifié avant de commander l’alimentation du rig, parce qu’un modèle destiné au minage sort surtout des connecteurs SATA.

Le seul minage où le disque est la machine

Sur un rig, le disque ne rapporte rien : il porte le système, point final. Une chaîne fait exception, Chia, où la capacité tient lieu de puissance de calcul. On y remplit des fichiers, les plots, de 101,4 Gio chacun, et le réseau lance un défi toutes les 9,375 secondes. Celui qui détient la bonne réponse prend le bloc. Sur 8 To, il en tient 73.

Le calcul se pose sans ambiguïté, et il tranche. Le réseau pèse 3,6 Eio au 14 août 2026, soit 3 772 000 Tio, et distribue 4 608 blocs par jour à 1 XCH pièce depuis la division de récompense de 2024. Chaque tébioctet touche donc 0,00122 XCH par jour, soit un peu plus de quatre centimes par mois au cours du jour, 1,11 €. Le 8 To rapporte 30 centimes par mois.

En face, il consomme sans interruption. Les plots ne se lisent pas à la demande : le défi tombe toutes les neuf secondes, le disque ne dort jamais. Un 8 To de bureau est donné pour 3,4 W au repos et 5,3 W en fonctionnement, soit entre 49 et 76 centimes d’électricité par mois au tarif Base de 0,2001 € le kilowattheure. Dans les deux cas, la machine brûle davantage qu’elle ne produit, et ce avant d’avoir payé le disque, le boîtier et l’ordinateur qui les porte.

Une échéance ferme la discussion pour qui achèterait de la capacité maintenant. Le réseau change de format de preuve au bloc 9 562 000, attendu en novembre 2026, et les fichiers de l’ancien format cessent d’être valides au bloc 10 741 648, vers l’été 2027. Tout ce qui se remplit ce mois-ci sera à refaire dans l’année.

Reste que cette chaîne a laissé deux traces sur le marché de l’occasion, et elles vont en sens contraire. Fabriquer un plot écrit 1,6 Tio de fichiers temporaires pour produire 101 Gio utiles, seize fois la taille du résultat, et ces écritures tombent sur un SSD. Un SSD qui sort d’un atelier de fabrication de plots est un déchet, quel que soit son prix. Le disque mécanique, lui, subit l’inverse : écrit une fois, relu ensuite pendant des années. Beaucoup d’heures au compteur, presque aucune usure d’écriture. C’est le profil le plus doux qu’on puisse trouver sur le marché de l’occasion, et le SMR n’y est même pas un défaut puisque rien ne s’y écrit.

Ce raisonnement vaut d’être gardé sous la main quand une offre promet un revenu à partir d’espace disque loué. Le rendement d’un tébioctet est public et se calcule en trois lignes ; une promesse qui le dépasse d’un facteur dix ne relève pas d’une technologie supérieure. Le test qui démasque une fausse offre de minage s’applique mot pour mot.

L’autre raison d’acheter de la capacité

Un usage justifie encore les téraoctets : héberger la chaîne elle-même. Un nœud Bitcoin complet occupe 761 Go au 13 août 2026 et grossit de 82 Go par an. Un mineur en pool n’en a aucun besoin, la piscine s’en charge pour lui. Celui qui mine en solo, ou qui tient son portefeuille sans dépendre du serveur d’un tiers, si.

C’est le seul cas où un disque mécanique trouve sa place à côté d’un rig de minage, et il tolère très bien l’occasion : la chaîne se retéléchargera si le disque meurt. La synchronisation initiale, en revanche, écrit et relit sans relâche pendant des jours, et c’est exactement le régime où un modèle SMR se traîne.

Ce que ça coûte, et ce qu’il faut prendre

Le contexte de 2026 pèse plus lourd que n’importe quel conseil d’achat. Les deux fabricants ont annoncé en février que leur production de disques de datacentre était entièrement vendue pour l’année, absorbée par les centres de calcul d’intelligence artificielle, avec des accords déjà signés sur 2027 et 2028. Le détail a suivi : de 20 à 50 % de hausse depuis l’été 2025 selon les capacités. Le marché de seconde main cesse d’être un compromis d’économe quand le neuf n’est plus livrable.

Le prix se compare au téraoctet, jamais à l’unité. Relevé sur le marché français le 14 août 2026 :

Disque

État

Prix

€ par To

Intenso 8 To externe

neuf

232 €

29,04

BarraCuda 8 To interne, SMR

neuf

296 €

37,05

WD Red Pro 8 To interne

occasion

355 €

44,40

Exos X14 14 To interne

occasion

400 €

28,56

Toshiba MG08 16 To interne

occasion

440 €

27,49

WD Elements 20 To externe

occasion

507 €

25,33

Le 8 To sort perdant de ce classement. Une mécanique de serveur d’occasion, en 14 ou 16 To, revient à 27 ou 28 € le téraoctet. Moins cher que n’importe quel 8 To du marché, avec dix fois la charge d’écriture admise et le fonctionnement continu dans sa spécification. Sur la même capacité, l’écart entre un exemplaire d’occasion et le même modèle neuf tourne autour de 18 %, et il grimpe à 42 % sur un Exos 18 To. Attention seulement à l’interface : un disque de serveur en SAS ne se branche pas sur une carte mère ordinaire.

Pour un rig, le choix se résume vite.

Usage

Ce qui convient

Ce qu’on vérifie

Système, jusqu’à 4 cartes

SSD SATA 120 Go d’occasion

endurance dépensée, journaux en mémoire vive

Système, 5 cartes et plus

SSD SATA 240 Go d’occasion

fichier d’échange logé

Nœud complet

mécanique de serveur 14 à 16 To, hors SMR

secteurs en attente à zéro, heures au compteur

Archives d’une ferme

mécanique de serveur forte capacité

broche 3,3 V, test long à réception

Un disque d’occasion se choisit sur son journal et sur deux lignes de sa fiche technique, pas sur sa photo ni sur le mot qui figure en tête de l’annonce. Les heures se négocient. Les secteurs en attente, non.