Monter un rig mining : composants, assemblage et premier démarrage
Un rig de minage est une carte mère posée à plat sur un cadre ouvert, avec quatre à douze cartes graphiques déportées au bout de câbles, une alimentation surdimensionnée et aucun boîtier. Rien de tout cela ne ressemble à un ordinateur de bureau, et les habitudes de montage d’un PC classique se retournent contre vous à peu près à chaque étape. Cette page suit l’ordre réel des opérations, du carton au premier hashrate stable, à l’échelle d’une machine posée chez soi.
Pour l’échelle au-dessus, celle d’un local dédié, d’un raccordement supérieur à 12 kVA et d’un statut déclaré, tout change : les paliers de puissance, le contrat d’hébergement et la fiscalité sont traités dans la page consacrée à l’installation de minage professionnelle. Ce qui suit vaut pour un rig, deux au maximum, sur une installation domestique existante.
Les composants d’un rig : ce qui distingue chaque pièce
La liste des composants d’un rig tient en sept lignes, et six d’entre elles se choisissent sur des critères qui n’ont rien à voir avec ceux d’un PC de jeu.
La carte mère. Le seul chiffre qui compte est le nombre de connecteurs PCI Express utilisables en même temps, quelle que soit leur largeur : un rig fait passer chaque carte par un slot x1. Une carte mère de bureau ordinaire en propose deux ou trois ; les modèles pensés pour le minage montent à six, huit ou treize. Vérifiez aussi que son BIOS expose l’option « Above 4G Decoding » et un réglage de génération PCIe, sans quoi la machine ne démarrera jamais avec plus de quatre cartes. La comparaison des modèles à six ports est détaillée dans ce que contient un kit six cartes.
Le processeur. Il ne calcule rien. Il tient le système d’exploitation et dialogue avec les pilotes. Le premier prix de la génération compatible avec le socket suffit, et un modèle plus cher ne rapporte pas un hash de plus.
La mémoire. Huit gigaoctets suffisent sous un système Linux dédié. Sous Windows, comptez seize, parce que le fichier d’échange doit couvrir la mémoire vidéo cumulée de toutes les cartes sur certains algorithmes, et un rig de six cartes de 8 Go réclame alors une réserve considérable.
Le stockage. Une clé USB de qualité ou un petit SSD. Les systèmes de minage tiennent dans quelques gigaoctets et écrivent peu, mais une clé bas de gamme finit par lâcher au bout de quelques mois d’écritures de journaux.
L’alimentation. Le poste où l’économie coûte le plus cher, et le seul dont la défaillance emporte le reste. Le calcul de sa taille occupe la section suivante. Retenez déjà qu’il vous faut autant de connecteurs PCIe 6+2 broches que les cartes en réclament, plus un par riser, et qu’un adaptateur en Y sur un câble déjà chargé est une mauvaise idée. Les modèles de forte puissance sont passés en revue dans le comparatif des alimentations 2 000 W.
Les cartes graphiques. Ce qui les départage en minage n’est ni le nombre d’images par seconde ni la génération, mais le rapport entre le hashrate obtenu sur l’algorithme visé et les watts consommés pour l’obtenir. Sur ce terrain, une carte de milieu de gamme bridée bat régulièrement un haut de gamme laissé libre. Le relevé carte par carte est rangé dans le tableau des hashrates par modèle.
Les risers. Ces adaptateurs déportent une carte du slot x1 de la carte mère vers un connecteur x16 alimenté séparément. C’est la pièce la moins chère du rig et la première cause de panne. Le point à surveiller tient en une comparaison : un connecteur SATA d’alimentation est prévu pour 4,5 A sur le rail 12 V, soit 54 W, alors qu’un slot PCIe autorise une carte à tirer jusqu’à 75 W par ce chemin. Alimentez donc chaque riser par un connecteur PCIe 6 broches ou un Molex, jamais par du SATA, et surtout jamais deux risers sur la même chaîne. Le détail des types de câbles est dans le guide des risers et de leur alimentation.
Reste le cadre. Un profilé aluminium ouvert, des cartes espacées d’au moins deux centimètres, et le tout hors d’une pièce de vie : les ventilateurs d’une carte en charge continue s’entendent à travers une porte.

Le calcul de l’alimentation et du circuit électrique
L’alimentation se dimensionne en trois temps. Additionnez d’abord l’enveloppe de puissance annoncée de chaque carte. Ajoutez ensuite de quoi couvrir la carte mère, le processeur, le stockage et les ventilateurs, ce qui représente entre 80 et 120 W sur un rig d’entrée de gamme. Prenez enfin le total et divisez-le par 0,8 : une alimentation rend son meilleur rendement autour de 50 à 70 % de charge, et la faire tourner à 95 % en continu revient à la condamner.
Six cartes à 220 W donnent 1 320 W, plus 100 W de plateforme, soit 1 420 W. Divisé par 0,8, cela réclame une alimentation de 1 775 W, donc un modèle de 1 800 ou 2 000 W. Si vous préférez deux alimentations plus petites, il faut un synchronisateur qui les démarre ensemble, et chaque carte doit prendre son courant et son riser sur la même unité, sous peine de différence de potentiel entre les masses.
Côté mur, un circuit domestique de 16 A en 230 V tient 3 680 W en pointe, et nettement moins en continu : la règle habituelle veut qu’on ne dépasse pas 80 % d’un circuit sur une charge permanente, soit environ 2 900 W. Six cartes bridées y tiennent, seules sur la ligne. Deux rigs sur la même prise, non. Un branchement domestique dépasse rarement 12 kVA au total, compteur, chauffage et plaques compris, et le disjoncteur d’abonné arbitre sans prévenir un soir d’hiver.
Le coût se calcule sur le tarif réglementé bleu, option base, à 0,2001 €/kWh au 1ᵉʳ août 2026. Un rig qui tire 800 W à la prise consomme 19,2 kWh par jour, soit 3,84 € par jour et 115 € sur trente jours. C’est cette ligne, et pas le prix du matériel, qui décide si la machine reste allumée au bout de six mois.
Monter un rig : l’ordre des opérations et ce qui casse à chaque étape
L’assemblage se fait en sept temps, et l’ordre n’est pas décoratif : chaque étape sert de test à la précédente.
Montez le processeur, son ventirad et une seule barrette de mémoire sur la carte mère posée hors du cadre, sur son propre carton antistatique. Branchez l’alimentation, un écran sur la sortie vidéo de la carte mère si elle en a une, et démarrez. Si le BIOS n’apparaît pas ici, il n’apparaîtra pas plus tard avec six cartes accrochées.
Réglez le BIOS avant de brancher quoi que ce soit d’autre. Les trois réglages décisifs sont détaillés plus bas.
Fixez le cadre, posez la carte mère dessus, puis l’alimentation à l’écart des sorties d’air chaud des cartes.
Installez le système d’exploitation avec une seule carte graphique branchée, en direct dans le slot x16 ou par son riser. Vérifiez que les pilotes la voient et qu’elle calcule.
Ajoutez les cartes une par une, en démarrant à chaque fois. Une carte ajoutée qui empêche le démarrage désigne son riser, son câble ou son slot, et vous savez lequel puisque vous venez de le brancher. Ajouter les six d’un coup transforme un diagnostic de trois minutes en après-midi perdue.
Alimentez chaque riser sur son propre câble PCIe. C’est ici que se joue la sécurité de l’ensemble, pour la raison de 54 W contre 75 W évoquée plus haut. Une odeur de plastique chaud derrière un rig commence presque toujours par un connecteur SATA sur un riser.
Refaites le tour des vis, des câbles et des ventilateurs avant de fermer. Un câble d’alimentation qui touche une pale finit par la casser, et le rig tourne des semaines sans que personne ne le regarde.
La démarche générale, du choix des pièces à leur assemblage, est reprise sous un autre angle dans la page sur le montage et la rentabilité d’un rig, et les arbitrages entre deux références proches dans la sélection des composants.
Quel système choisir
Le choix du système se joue sur trois questions : ce que vous voulez piloter à distance, ce que vous acceptez de payer, et ce que vous savez réparer quand ça casse.
Système | Tarif | Ce qu’il impose |
|---|---|---|
Hive OS (Hiveon) | deux workers gratuits, puis 0,50 $ par carte et par mois, plafonné à 3 $ dès six cartes ; 2 $ par ASIC ou gratuit sous firmware Hiveon | un compte en ligne, la configuration par flight sheets, et un rig muet tant que le tableau de bord ne répond pas |
msOS (minerstat) | 2 $ par worker et par mois, essai de cinq workers pendant vingt et un jours | le même modèle piloté depuis le tableau de bord minerstat, avec des remises à l’engagement de trois, six ou douze mois |
SimpleMining OS | 2 $ par rig et par mois, dégressif à partir de cinquante rigs, essai d’un mois sur un rig | une image à écrire sur clé, et une gestion entièrement web |
Windows | le prix de la licence | les mises à jour forcées, un fichier d’échange à dimensionner à la main, et le meilleur support de pilotes du lot |
Ubuntu LTS | gratuit | tout à configurer soi-même, en échange d’une machine qui ne dépend d’aucun service tiers |
Les trois premiers reposent sur le même principe : une image Linux minimale, écrite sur clé, qui va chercher sa configuration sur un tableau de bord distant. Chez Hive OS, cette configuration s’appelle un flight sheet et réunit une monnaie, un portefeuille, un pool et un mineur ; on en prépare plusieurs et on bascule de l’un à l’autre d’un clic. C’est confortable, et cela veut aussi dire qu’une panne du service vous laisse un rig qui tourne mais que vous ne pilotez plus. La facturation, elle, bascule au troisième rig : deux machines ne coûtent rien, la troisième rend les trois payantes, et 3 $ par mois sur un rig de six cartes ne pèse pas dans la décision.
Windows garde un avantage réel quand vous mélangez des générations de cartes ou que vous minez sur une machine qui sert aussi à autre chose. Il coûte en revanche de la mémoire, de la surveillance et des redémarrages non désirés. La voie Ubuntu demande le plus de travail au départ et le rend en autonomie : le choix de la version et les pièges d’installation sont détaillés dans le guide des versions LTS pour un rig.
Premier démarrage : les trois erreurs qui bloquent au BIOS
Un rig neuf qui refuse d’aller plus loin que l’écran du BIOS, ou qui redémarre en boucle dès la quatrième carte, tombe presque toujours sur l’un de ces trois points.
« Above 4G Decoding » désactivé. Au-delà de quatre cartes graphiques, l’espace d’adressage 32 bits ne suffit plus à cartographier la mémoire de toutes les cartes. L’option se trouve dans les réglages PCI du BIOS et doit être activée. Sans elle, la cinquième carte fait planter le démarrage sans message d’erreur.
Génération PCIe trop élevée. Les risers sont des câbles USB détournés, et ils ne tiennent pas les débits des générations récentes. Forcez le lien PCIe en Gen1 ou Gen2 dans le BIOS. Le minage n’a besoin d’aucune bande passante une fois le travail chargé en mémoire, et cette bascule règle la majorité des cartes qui disparaissent au hasard.
Sortie vidéo primaire mal réglée. Si le BIOS cherche l’affichage sur le circuit graphique intégré alors que l’écran est sur une carte, ou l’inverse, vous démarrez à l’aveugle. Choisissez explicitement la sortie utilisée, et laissez le CSM ou le mode UEFI cohérent avec le support d’installation du système.
Quand ces trois points sont réglés et que la machine plante encore, remplacez le riser de la carte fautive avant toute autre hypothèse. Les crashs qui surviennent sur des cartes non overclockées désignent le câble neuf fois sur dix.
Régler la limite de puissance
Un rig se règle par le bas, pas par le haut. La limite de puissance, exprimée en pourcentage de l’enveloppe d’usine ou directement en watts, se descend par paliers de dix points jusqu’à ce que le hashrate commence à décrocher franchement. Sur beaucoup de cartes, on retire un tiers de la consommation contre quelques pour cent de vitesse.
Les deux autres leviers sont l’undervolt du cœur, qui abaisse la tension à fréquence égale, et le réglage de la mémoire, décisif sur les algorithmes qui y travaillent. Chacun se règle carte par carte : deux exemplaires du même modèle ne tiennent pas les mêmes valeurs.
Le juge de paix est un wattmètre à la prise, pas la valeur affichée par le pilote, qui ignore les pertes de l’alimentation et l’appétit des ventilateurs. Divisez le hashrate total par les watts mesurés au mur : c’est le seul chiffre qui se compare d’un réglage à l’autre. Si les ventilateurs tournent en permanence à plein régime pour tenir la température, un contrôleur de vitesse dédié rend la pièce vivable et allonge la durée de vie des roulements.
Construire un rig ou acheter un ASIC
La question se pose une fois le budget posé. Un Antminer S21 XP annonce 270 TH/s pour 3 645 W : il produit sur SHA-256, uniquement, et il fait 76 dB(A) à plein régime pour un modèle de la même famille, ce qui l’exclut d’un appartement et de la plupart des garages mitoyens. Il consomme aussi à lui seul plus que le circuit 16 A d’une pièce ordinaire ne tolère en continu.
Un rig GPU produit moins, se revend pièce par pièce, change d’algorithme quand le marché bouge et se recycle en machine de travail le jour où l’aventure s’arrête. Il demande en échange bien plus d’attention. Les deux familles sont comparées sur leur bilan quotidien dans le guide de choix d’un mineur ASIC.
Ce qu’on surveille la première semaine
Les sept premiers jours d’un mining-rig servent à repérer ce qui ne tiendra pas. Quatre relevés suffisent.
Les températures, cœur et mémoire séparément : la mémoire chauffe davantage que le cœur sur les cartes récentes et se protège en réduisant ses fréquences sans rien afficher. Un écart qui se creuse entre deux cartes identiques signale un ventilateur encrassé ou une pâte thermique sèche.
Les redémarrages, ensuite. Une machine qui repart deux fois par nuit reconstruit ses tables à chaque fois, et le journal du système dit lequel des mineurs, des pilotes ou de l’alimentation en est responsable.
Le hashrate accepté par le pool, enfin, comparé à celui qu’affiche le rig. L’écart normal reste de quelques pour cent. Un écart de vingt pour cent signe des parts rejetées, donc une latence, un overclock instable ou un serveur mal choisi. C’est le seul chiffre qui compte au moment de la paie : le pool ne paie pas ce que votre écran affiche, il paie ce qu’il a reçu.
Et la consommation au mur, relevée à la même heure chaque jour. Une dérive à la hausse sans gain de hashrate annonce un ventilateur qui force ou une alimentation qui vieillit.