Acheter d'occasion une carte graphique qui a miné, pour jouer
« Une carte qui a miné est cramée. » La phrase revient sous une annonce sur deux, et elle serait juste si le minage ressemblait à du jeu poussé à fond pendant deux ans. Ce n’est pas ce qui s’est passé.
Un rig se règle pour sortir le plus de hachage par watt, jamais le plus de hachage tout court. Le mineur descend la limite de puissance à 60 ou 70 % du maximum, retire 100 à 300 MHz au coeur et vise moins de 65 °C sur la puce. Le processeur graphique d’une carte sortie de ferme a donc travaillé plus doux que le vôtre un dimanche de LAN. Ce qu’il a encaissé, c’est la durée : des mois sans jamais s’arrêter.
Cette durée abîme certaines pièces et en laisse d’autres parfaitement tranquilles. Les deux listes sont courtes.
Ce que le minage use vraiment sur une carte graphique
Trois postes, et un seul relève de l’électronique.
La mémoire travaille, et elle travaille poussée. C’est elle que les algorithmes de minage sollicitent, avec un surcadençage de 800 à 1 500 MHz par rapport à la fréquence d’usine, maintenu en continu. Sur les cartes à GDDR6X, les RTX 3080, 3080 Ti et 3090, la température de jonction mémoire vient buter contre son plafond de 110 °C, celui à partir duquel la carte se bride toute seule. Vingt mois passés là-haut cuisent les pads thermiques qui plaquent les puces mémoire sur le dissipateur : ils durcissent, perdent leur conductivité, et la carte se met à brider plus tôt qu’à sa sortie de carton.
Les ventilateurs comptent leurs heures. Un roulement à billes de ventilateur est donné pour 30 000 à 50 000 heures de rotation. Deux ans sans interruption en consomment 17 500. Un roulement fatigué s’entend avant de lâcher : cliquetis au démarrage à froid, pale qui met trois secondes à s’élancer, rotor qui frotte quand la carte est posée à l’horizontale.
La pâte thermique sèche. Six ans de jeu occasionnel la sèchent aussi ; un rig y arrive en dix-huit mois.
La liste s’arrête là. Les étages d’alimentation, les condensateurs et la puce graphique n’ont aucune raison d’avoir souffert : charge stable, tension réduite, aucune montée brutale en température.
Le cycle thermique, celui que personne ne compte
Une soudure fatigue au trajet du chaud au froid, bien davantage qu’à la chaleur elle-même. Cuivre, étain et résine du circuit imprimé se dilatent chacun à son rythme ; chaque montée, chaque redescente tire un peu sur les points de contact. Une carte de jeu fait ce trajet deux ou trois fois par jour pendant cinq ans, soit quelque quatre mille cycles. Une carte allumée en janvier et débranchée en septembre de l’année suivante en a fait un.
Le constat s’est vérifié au banc. Sur dix-neuf cartes rachetées à des mineurs et repassées en test par Linus Tech Tips, deux rendaient des chiffres anormaux : une RTX 3060 qui dépassait 100 °C et se bridait, une RX 5700 XT dont les fréquences tenaient malgré tout. Les dix-sept autres jouaient comme des cartes neuves. Le fabricant Palit avait déconseillé publiquement l’achat de cartes ex-minage quelques mois plus tôt ; il vend des cartes neuves.
Les contrôles avant de payer
Rien à démonter. Une clé USB, trente minutes chez le vendeur, et vous savez à quoi vous avez affaire.
Le test de mémoire décide presque à lui seul, et presque personne ne le fait. Un banc d’essai rend des images, pas des erreurs : une puce fatiguée passe un 3DMark et plante en jeu deux heures plus tard. Memtest_vulkan ou l’onglet VRAM d’OCCT balaient la mémoire pendant une heure et affichent un compteur. Une seule erreur écarte la carte.
Vient ensuite le vBIOS. GPU-Z affiche la version du BIOS et sait la comparer à la base du constructeur. Un vBIOS absent de cette base, ou dont le modèle annoncé ne correspond pas à la carte, trahit un flashage de minage : limite de puissance rabotée, courbe de ventilation modifiée, parfois un modèle maquillé en modèle supérieur. Dans la même fenêtre, HWiNFO64 relève la température de jonction mémoire sur toutes les cartes RTX 30 et suivantes ; sous charge, un écart de plus de 30 °C avec le coeur pointe des pads morts.
Le reste se joue à l’oreille et à l’oeil. Carte froide, on lance les ventilateurs à 100 % puis on redescend à 30 %, parce que c’est à basse vitesse qu’un roulement usé se trahit. On examine les broches d’alimentation PCI Express de près : un brunissement, une odeur de plastique chaud, un connecteur qui ne clipse plus, et on repart. Les indices visuels restants, vis marquées, pads écrasés, poussière de ventilation, tiennent dans les repères qu’un vendeur ne cite jamais.
Un détail inquiète pour rien : la mention LHR sur les RTX 30. Ce bridage visait le seul minage d’Ethereum et n’a jamais coûté une image par seconde en jeu. Le dossier LHR est refermé depuis le passage d’Ethereum à la preuve d’enjeu.
Ce qui se remet en état, ce qui ne se rattrape pas
Les trois postes usés sont les trois postes réparables, et c’est ce qui fait tenir ce marché. Comptez une heure et demie de démontage, un tournevis cruciforme et de la patience sur les nappes de ventilateurs. Sous 60 € de pièces, une carte qui bridait à 110 °C redescend à des températures de carte neuve.
| Pièce de rechange | Prix | Ce qu’elle règle |
|---|---|---|
| Pâte thermique | 8 à 15 € | température du processeur graphique |
| Pads thermiques 1 et 2 mm | 15 à 25 € | bridage de la mémoire |
| Jeu de trois ventilateurs | 15 à 35 € | bruit, roulement fatigué |
Ce qui ne revient pas : une mémoire qui rend des erreurs, un connecteur d’alimentation fondu, un circuit imprimé verdi par la condensation d’un garage, une puce ressoudée au four par un vendeur inventif. Ces quatre-là ne se négocient pas au prix. Ils se refusent.
Le prix : la décote qui rend l’affaire tenable
Le calcul honnête porte sur trois montants : le prix demandé, le budget de remise en état, et ce que vaut la garantie que vous n’aurez pas. Une carte neuve équivalente arrive avec deux ans de couverture constructeur et un droit de retour. L’occasion entre particuliers arrive nue.
Une carte graphique de minage d’occasion se tient à partir d’un tiers de décote sur le prix d’une carte neuve de performances comparables, et devient franchement intéressante au-delà de 40 %. En dessous de 25 %, vous payez le risque au prix du confort.
Vos recours selon le vendeur
Le vendeur pèse plus lourd que la carte dans cette affaire.
Chez un professionnel, boutique ou reconditionneur, la garantie légale de conformité s’applique pendant deux ans. Sur un bien d’occasion, la présomption d’antériorité du défaut est ramenée à douze mois : passé ce délai, c’est à vous de démontrer que le défaut existait au jour de la vente. Les conditions sont détaillées par la DGCCRF et par l’Institut national de la consommation.
Entre particuliers, cette garantie n’existe pas. Il reste celle des vices cachés, article 1641 du code civil, à exercer dans les deux ans qui suivent la découverte du vice. Encore faut-il prouver que le défaut était antérieur à la vente et indécelable à l’examen. Sur une carte achetée au coin d’un parking, autant dire qu’elle est théorique.
Ce qui protège vraiment reste plus prosaïque : un vendeur qui accepte que vous branchiez la carte avant de payer, un paiement qui laisse une trace, une annonce dont les photos montrent la vraie carte et pas une image de catalogue.
Par où commencer
Visez la génération d’avant. Les cartes des grandes fermes de 2021 et 2022 ressortent aujourd’hui, en RTX 30 et en RX 6000, avec la décote la plus large et les pièces de rechange les plus faciles à trouver. Fixez le budget en y incluant d’emblée les 60 € de remise en état, refusez tout ce qui n’a pas pu être branché devant vous, gardez la facture quand le vendeur est un professionnel.
Et avant de demander à un vendeur si sa carte a miné, demandez-lui ce qu’il a fait après. Une carte démontée, dépoussiérée, repâtée et remise en pads par un revendeur sérieux vaut mieux qu’une carte de joueur restée cinq ans dans un boîtier fermé sans que personne l’ouvre jamais.