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RTX 3080 et 3080 Ti en minage : ce qu'il reste à tirer d'une carte d'occasion

Cartes graphiques

RTX 3080 et 3080 Ti en minage : ce qu'il reste à tirer d'une carte d'occasion

« J’ai démonté un vieux PC, il en est sorti une 3080 Ti. Est-ce que ça vaut encore le coup de la brancher ? »

Sur Autolykos2, l’algorithme du réseau Ergo, une GeForce RTX 3080 Ti réglée tient 229,7 mégahash par seconde pour 158 watts. La 3080 en version 10 Go tient 191,4 pour 144 watts. Ramenés au watt, ces débits donnent 1,45 et 1,33 mégahash, ce qui place deux cartes de 2020 et 2021 devant une RTX 5090, devant une RTX 4090 et devant à peu près tout ce qu’AMD a sorti depuis. Le classement complet est dans le tableau du hachage carte par carte.

Et la carte perd quand même de l’argent chaque jour où elle tourne. Au tarif réglementé de vente en option base, 0,2001 € le kilowattheure depuis le 1er août 2026, la 3080 Ti brûle 0,76 € d’électricité par jour et produit 0,18 € d’Ergo. La journée se solde à moins 0,58 €, l’année à moins 213 €. La 3080 s’en tire à moins 199 €.

Les deux chiffres tiennent ensemble sans se contredire : l’électricité française coûte plus de quatre fois ce que le hachage rapporte, et aucune carte graphique en circulation ne comble un écart pareil.

Le hachage relevé et les watts, algorithme par algorithme

AlgorithmeRTX 3080 10 GoMH/s par wattRTX 3080 TiMH/s par watt
Autolykos2 (Ergo)191,4 MH/s à 144 W1,33229,7 MH/s à 158 W1,45
Nexapow (Nexa)113,7 MH/s à 215 W0,53133,8 MH/s à 243 W0,55
Etchash (Ethereum Classic)98,9 MH/s à 223 W0,44119,8 MH/s à 284 W0,42
Octopus (Conflux)90,7 MH/s à 260 W0,35111,6 MH/s à 337 W0,33
FishHash (Iron Fish)61,1 MH/s à 229 W0,2777,7 MH/s à 258 W0,30
KawPow (Ravencoin)42,2 MH/s à 250 W0,1750,1 MH/s à 314 W0,16

Autolykos2 est le seul algorithme de la liste où ces cartes descendent sous 160 watts, et l’écart tient à l’algorithme bien plus qu’au réglage. La table qu’Ergo fait engendrer à la carte pèse environ deux gigaoctets et se relit sans saturer le bus mémoire. Etchash, Octopus ou KawPow, eux, passent leur temps à lire de la VRAM : c’est la GDDR6X qui consomme, et elle consomme beaucoup.

Etchash figure dans ce relevé parce qu’on le voit encore partout, dans les annonces comme dans les comparatifs qui classent ces cartes. À 223 watts pour 98,9 mégahash sur la 3080, il coûte la moitié de courant en plus qu’Autolykos2 et rapporte moins de cinq centimes par jour au cours d’Ethereum Classic. La chaîne qui avait rendu ces débits célèbres a quitté la preuve de travail le 15 septembre 2022 : ce que la fin du minage d’Ethereum a laissé derrière elle ne ressemble en rien aux chiffres de 2021.

KawPow ferme la marche, et c’est pourtant celui qu’on propose le plus souvent à un débutant. Sur la 3080 Ti, il demande 314 watts pour 50 mégahash. Deux fois la consommation d’Autolykos2, pour un cinquième du débit. Le choix de l’algorithme pèse ici bien plus lourd que le choix de la carte, ce que le classement des monnaies encore minables détaille chaîne par chaîne.

Ce que la 3080 Ti ajoute, et ce que ça coûte en watts

La 3080 Ti compte 1 536 cœurs CUDA de plus que la 3080 10 Go, deux gigaoctets de mémoire supplémentaires et un bus élargi de 320 à 384 bits. Cette dernière ligne commande le reste : à 19 Gbit/s par broche, la bande passante grimpe de 760 à 912 gigaoctets par seconde, soit 20 %.

Sur Etchash, le débit de la Ti dépasse celui de la 3080 de 21,1 %. La coïncidence avec les 20 % de bande passante n’en est pas une : sur cet algorithme, les 1 536 cœurs supplémentaires attendent la mémoire avec le reste de la puce. Le problème est la facture. Il faut 284 watts à la Ti pour ces 119,8 mégahash, contre 223 à la 3080, soit 27 % de courant en plus pour 21 % de débit. Son rendement recule.

Sur Autolykos2, la même comparaison s’inverse : 20 % de débit gagnés pour 9,7 % de watts en plus. Des modules GDDR6X sollicités par intermittence coûtent bien moins cher que les mêmes modules tenus à saturation.

Une 3080 Ti ne rentabilise donc son écart de prix que sur l’algorithme qui laisse sa mémoire tranquille. Partout ailleurs, elle achète du débit au prix fort. Un vendeur qui justifie 150 € d’écart par « la Ti mine mieux » a raison sur le débit et tort sur la note d’électricité.

Les trois variantes, dont celle que les comparatifs oublient

RTX 3080 10 GoRTX 3080 12 GoRTX 3080 Ti
Cœurs CUDA8 7048 96010 240
Fréquence de base1,44 GHz1,26 GHz1,37 GHz
Fréquence boost1,71 GHz1,71 GHz1,67 GHz
Mémoire10 Go GDDR6X12 Go GDDR6X12 Go GDDR6X
Interface mémoire320 bits384 bits384 bits
Vitesse mémoire19 Gbit/s19 Gbit/s19 Gbit/s
Bande passante760 Go/s912 Go/s912 Go/s
Consommation graphique320 W350 W350 W
Alimentation conseillée750 W750 W750 W
Connecteurs2 × PCIe 8 broches2 × PCIe 8 broches2 × PCIe 8 broches
Température GPU maximale93 °C93 °C93 °C
Founders Edition285 × 112 mm, 2 emplacementsaucune285 × 112 mm, 2 emplacements
Mise en vente17/09/202011/01/202203/06/2021

Le troisième modèle existe et se croise en occasion sans que le vendeur sache toujours ce qu’il a. La RTX 3080 12 Go est sortie en janvier 2022, sans Founders Edition, avec 8 960 cœurs CUDA et le bus de 384 bits de la Ti. Elle se situe à mi-chemin, du côté de la Ti pour la mémoire et du côté de la 3080 pour le calcul, et sa consommation graphique déclarée grimpe à 350 watts.

Les cotes, elles, ne bougent pas d’un modèle à l’autre chez Nvidia : 285 millimètres de long, 112 de large, deux emplacements. Sur un rig ouvert, ces cartes tiennent au pas standard, ce qui n’est plus vrai d’une RTX 4090 et de ses 340 millimètres. Les modèles de partenaires, en revanche, s’étalent : une Gigabyte AORUS Xtreme occupe 3,5 emplacements, une MSI Gaming Z Trio 2,8. Sur une carte mère à six connecteurs, la différence se compte en cartes qu’on ne pourra pas monter.

Les deux connecteurs PCIe 8 broches, communs aux trois variantes, autorisent 300 watts à eux seuls, plus 75 par le port PCI Express. La marge est confortable sur la 10 Go. Il n’en reste rien sur une 3080 Ti poussée à sa consommation nominale.

La GDDR6X monte à 110 °C pendant que le GPU en affiche 60

Le relevé qui décide de l’achat d’une de ces cartes ne figure sur aucune fiche constructeur.

La GDDR6X de Micron est donnée pour une température de jonction maximale de 95 °C. Nvidia, sur les cartes Ampere, ne fait rien tant que la mémoire reste sous 110 : c’est à ce seuil que le pilote abaisse les fréquences du GPU pour faire retomber la VRAM. En janvier 2021, Tom’s Hardware a mesuré une RTX 3080 Founders Edition dans les deux régimes. En jeu, sur Metro Exodus en 4K, les modules ont culminé à 102 °C. En minage Ethash, ils ont atteint 110 °C et la carte s’est mise à se brider elle-même, pendant que la puce graphique affichait une soixantaine de degrés.

Le décalage entre les deux capteurs est tout le problème : celui du GPU, le seul que la plupart des outils affichent, reste tiède pendant que la mémoire cuit. Un acheteur qui lance un test devant le vendeur et lit 62 °C sur GPU-Z n’a donc rien vérifié : il lui faut la ligne « GPU Memory Junction Temperature », que HWiNFO64 expose depuis sa version 6.42 et que ni MSI Afterburner ni Precision X1 ne remontent.

La conséquence sur le parc d’occasion est mécanique. Une carte achetée en 2021 pour miner de l’Ethereum a tenu ses modules entre 100 et 110 °C pendant des mois, avec des pads thermiques qui durcissent et perdent leur conduction en chauffant. C’est la pièce d’usure de ces cartes, avant les ventilateurs, et elle se remplace : des pads donnés pour 16 W/mK font tomber la jonction mémoire de plus de dix degrés sur un même modèle. Les autres traces d’un passé de minage sont listées dans les repères qui trahissent une carte sortie d’un rig.

Autolykos2 se défend donc sur ces cartes pour une raison qui n’a rien à voir avec le rendement : passer de 223 à 144 watts, ce sont 80 watts de moins à évacuer, et ils sortent presque tous de la mémoire.

Le LHR ne décide plus rien à l’achat

Les annonces continuent de le mentionner, souvent en argument de prix. Nvidia a commencé à produire des cartes bridées fin mai 2021 : sur une RTX 3080, la version libre porte le marquage GA102-200, la version bridée GA102-202, et GPU-Z affiche l’un ou l’autre. Toutes les 3080 Ti sont bridées d’origine, sans exception, puisqu’elles sont arrivées le 3 juin 2021.

Le bridage divisait par deux le débit sur la famille Ethash, et sur elle seule. Autolykos2, KawPow, Octopus, FishHash et Nexapow n’ont jamais été concernés. Les développeurs de logiciels de minage ont ensuite récupéré jusqu’à 74 % des performances d’une carte libre, puis Nvidia a retiré le mécanisme de ses pilotes après la bascule d’Ethereum.

Il reste donc un argument commercial qui porte sur un algorithme qui ne paie plus, contourné depuis quatre ans, et désactivé par le constructeur lui-même. Payer un supplément pour une 3080 non bridée en 2026, c’est acheter une garantie contre un risque disparu.

Le seuil est à 0,042 €, et aucun contrat français n’y descend

Une carte rentre dans ses frais d’électricité quand le kilowattheure lui coûte moins que ce qu’elle produit avec. Ce seuil vaut 0,042 € pour la RTX 3080 et 0,046 € pour la 3080 Ti.

Le tarif réglementé est à 0,2001 €. Aucune plage horaire d’aucun contrat résidentiel français n’approche du cinquième de ce montant, pas même les heures creuses les mieux placées ni les jours bleus de l’option Tempo. Déplacer la production sur les heures creuses réduit la perte sans la supprimer.

Deux situations font basculer le calcul, et il n’y en a pas de troisième.

La première est la production solaire autoconsommée. Un kilowattheure produit sur le toit et consommé sur place ne coûte rien au moment où il passe dans la carte, et le seuil cesse d’être une contrainte. C’est le seul cas où ces cartes dégagent un revenu net, détaillé dans le calcul complet du minage sur panneaux solaires.

La seconde est le chauffage. Une carte qui dissipe 144 watts dans une pièce chauffée à l’électricité remplace 144 watts de convecteur : le courant aurait été dépensé de toute façon, et l’Ergo produit vient en plus. Sur une saison de chauffe de cinq mois, cela fait une vingtaine d’euros. C’est honnête, et c’est peu au regard des 350 à 450 € que coûte une 3080 d’occasion. La récupération de chaleur est chiffrée dans ce que rapporte le minage en France, chaleur comprise.

Pour tout le reste, ces cartes valent plus cher revendues à un joueur que branchées sur un pool. Une 3080 Ti en état correct part entre 450 et 550 €, et un joueur en 1440p n’a aucune raison de la refuser. Ce que le minage lui a coûté, et ce qu’il faut contrôler avant de la payer, tient dans ce qu’une carte sortie d’un rig vaut pour un joueur.