Les algorithmes de minage, et le matériel que chacun réclame
« J’ai une RTX 4070, qu’est-ce que je mine avec ? » La question revient une ou deux fois par mois, et elle est posée à l’envers. Une carte graphique ne choisit pas une monnaie, elle choisit un algorithme ; c’est ensuite l’algorithme qui dit quelles chaînes lui sont ouvertes. La liste est courte. Elle raccourcit chaque année.
Un algorithme de minage est la fonction de hachage qu’une chaîne impose à qui veut y produire un bloc. Bitcoin exige SHA-256, Litecoin Scrypt, Monero RandomX. Ce choix est inscrit dans le protocole, il ne se négocie pas, et il fixe la nature du calcul à répéter des milliards de fois par seconde. De là découle une chose et une seule : quelle électronique sait le faire sans se ridiculiser.
Ce qu’un algorithme de minage décide, et ce qu’il ne décide pas
Il décide de la classe de matériel. Il en existe trois, sans rien entre elles : le circuit gravé pour une seule fonction, la carte graphique, le processeur.
La ligne de partage passe par la mémoire. Un algorithme qui se réduit à enchaîner des tours de hachage, sans jamais aller chercher loin en mémoire, tient entièrement dans du silicium spécialisé : c’est le cas de SHA-256, et aucun autre matériel n’y a survécu au-delà de 2013. Un algorithme qui oblige à parcourir un gros tableau de données au hasard rend le circuit dédié beaucoup moins intéressant, parce que le goulet devient le contrôleur mémoire, que tout le monde a. Et un algorithme qui exécute des instructions tirées au sort, comme RandomX, décrit à peu près un processeur généraliste : le graver revient à graver un processeur.
Il ne décide en revanche ni le prix de la monnaie, ni la difficulté du réseau, ni ce que la machine vous rapporte à la fin du mois. Deux mineurs branchés sur le même algorithme, avec la même machine, l’un à 0,21 € le kilowattheure en France et l’autre à 0,05 $ dans un container au Texas, n’obtiennent pas le même verdict, et l’algorithme n’y est pour rien. Le seuil en euros par kilowattheure est le second filtre, il se calcule après.
L’ordre compte, parce que le premier filtre est éliminatoire. Aucun réglage, aucun logiciel, aucun overclocking ne fera miner du Bitcoin à une carte graphique.
Les monnaies encore minables, rangées par algorithme
Chaque ligne répond à une seule question : quelle machine gagne sur cet algorithme aujourd’hui.
| Algorithme | Matériel qui gagne | Monnaies principales |
|---|---|---|
| SHA-256 | ASIC | Bitcoin, Bitcoin Cash |
| Scrypt | ASIC | Litecoin, Dogecoin |
| Equihash (200,9) | ASIC | Zcash |
| kHeavyHash | ASIC | Kaspa |
| Blake3 | ASIC | Alephium |
| Eaglesong | ASIC | Nervos CKB |
| Etchash | ASIC, cartes en marge | Ethereum Classic |
| KawPow | carte graphique | Ravencoin, Neoxa |
| Autolykos v2 | carte graphique, 8 Go | Ergo |
| RandomX | processeur, ASIC depuis 2023 | Monero, Zephyr |
| GhostRider | processeur | Raptoreum |
| VerusHash 2.2 | processeur | VerusCoin |
Les chiffres de puissance cités plus bas ne se comparent pas d’un algorithme à l’autre. SHA-256 se compte en térahachs par seconde, Equihash en kilosolutions par seconde, RandomX en kilohachs : des unités différentes, pour des travaux différents, sans rapport de conversion entre elles. Ce que ce nombre mesure vraiment, et pourquoi deux sources n’affichent jamais le même, se lit dans le détail du hashrate.
Les algorithmes qui n’acceptent plus qu’un ASIC
Six familles concentrent l’essentiel de la production mondiale. Toutes sont fermées au matériel grand public.
SHA-256, celui de Bitcoin, Bitcoin Cash et Bitcoin SV, est le cas le plus ancien et le plus verrouillé : la fonction ne demande aucune mémoire, elle se grave, et la partie était pliée dès la première génération de circuits dédiés.
Scrypt fait tourner Litecoin et Dogecoin en même temps, le même travail étant payé sur les deux chaînes. L’Antminer L9, sorti en août 2024, délivre 17 GH/s pour 3 360 W. Aucune carte graphique n’approche cet ordre de grandeur.
Zcash mine en Equihash, dans son paramétrage (200,9), et la date de fermeture est connue : juin 2020, quand l’Antminer Z15 a sorti 420 kSol/s à 3,6 joule par kilosolution. Les cartes n’ont pas tenu une saison. Le Z15 Pro qui lui a succédé tourne autour de 860 kSol/s.
Kaspa, sur kHeavyHash, a vécu ses premiers mois sur cartes graphiques, jusqu’à l’arrivée de l’IceRiver KS0 en 2023 : 100 GH/s pour 65 W, soit ce que produiraient une quarantaine de RTX 4090. Le basculement complet et ce qu’il implique aujourd’hui sont détaillés dans le matériel du minage de Kaspa.
Alephium a suivi le même chemin avec Blake3, en plus rapide. L’IceRiver AL3 est arrivé en octobre 2024 avec 15 TH/s pour 3 500 W, et de petits boîtiers domestiques ont suivi, comme le Goldshell AL Box à 360 GH/s pour 180 W.
Reste Eaglesong, sur Nervos CKB, avec la même conclusion et un catalogue de machines plus étroit. Ce qui circule encore à l’achat, neuf ou d’occasion, est rangé par algorithme dans le tableau des ASIC en circulation.
Ce qu’il reste à une carte graphique, et jusqu’à quand
Deux algorithmes tiennent encore le rôle, et l’un des deux porte une date de péremption écrite dans son protocole.
KawPow est la valeur par défaut d’un rig de cartes. Il fait tourner Ravencoin et quelques chaînes plus petites qui l’ont repris. Le deuxième halving est passé le 15 janvier 2026, au bloc 4 200 000 : la récompense a chuté de 2 500 à 1 250 RVN, et l’émission quotidienne de 3,6 à 1,8 million de jetons. Le troisième est attendu vers 2030.
Ergo mine en Autolykos v2, et c’est là que se trouve la date. L’algorithme impose un jeu de données qui grossit de 5 % à chaque époque. Le seuil des 4 Go a été franchi à l’époque 15, au bloc 1 331 200. Les cartes de cette taille sont dehors. Celui des 6 Go est tombé à l’époque 24. Le jeu de données pèse 6 718 Mo à l’époque 25, et il atteindra 8 Go à l’époque 30, au bloc 2 099 200, attendu autour du 25 juillet 2027. Une carte de 8 Go achetée aujourd’hui a donc moins de dix mois devant elle sur cette chaîne. Cette mécanique ne concerne pas qu’Ergo : elle est décrite en détail dans ce que le DAG impose à la VRAM.
Etchash, sur Ethereum Classic, reste techniquement ouvert aux cartes, mais l’Antminer E9 y a installé un plancher que le matériel grand public ne franchit plus. Quant à Ethash lui-même, il n’a plus de chaîne majeure derrière lui depuis le passage d’Ethereum à la preuve d’enjeu.
Les algorithmes taillés pour un processeur
RandomX, l’algorithme de Monero, est le seul de la liste conçu pour qu’un processeur ordinaire gagne. Le mineur y exécute un programme tiré au sort, dans une machine virtuelle, en parcourant un jeu de données de 2 080 Mio ; le mode léger, réservé à la vérification, se contente de 256 Mio. La spécification publiée par ses auteurs demande environ 2 Mio de cache de troisième niveau par fil d’exécution.
Cette dernière ligne décide de tout, et presque personne ne la cite. Le cache fixe la production d’un processeur, pas le nombre de cœurs : une puce à 32 Mo de L3 n’occupe utilement que seize fils, même si elle en propose trente-deux. Les gros processeurs de station de travail, qui embarquent 256 Mo de cache, atteignent 45 à 55 kH/s. Un processeur de bureau reste un ordre de grandeur en dessous, ce que le calcul du minage sur processeur chiffre au tarif français.
GhostRider sur Raptoreum, VerusHash sur VerusCoin et la famille Yespower reprennent la recette sur des chaînes bien plus petites. Le logiciel ne change pas, XMRig ou cpuminer selon les cas, et le facteur limitant reste le cache.
Tous les algorithmes anti-ASIC ont fini par avoir le leur
Aucun n’a tenu. La question a toujours été de savoir combien de temps il faudrait au premier fondeur décidé à s’y mettre.
Equihash s’annonçait résistant à sa sortie en 2016 : quatre ans plus tard, le Z15. kHeavyHash a démarré fin 2021 avec le même argument ; quinze mois plus tard, le KS0. Alephium a lancé Blake3 en 2021, l’AL3 est arrivé trois ans après. Et RandomX, l’anti-ASIC par excellence, a vu débarquer l’Antminer X5 en septembre 2023 : 212 kH/s pour 1 350 W, soit 6,37 joule par kilohach, l’équivalent d’une trentaine de Core i9-10900K qui, eux, tireraient 3 750 W au mur. La documentation d’Ergo sur le sujet l’admet sans détour : le but n’est pas d’empêcher, il est de retarder.
Ce qui tient les fondeurs à distance, c’est un marché trop petit pour rembourser un masque de gravure. Le corollaire est désagréable : le jour où une monnaie minée sur carte grossit assez pour intéresser quelqu’un, elle cesse d’être minable sur carte.
Par où commencer quand on part du matériel qu’on a
Prenez le problème dans le sens du matériel posé sur la table, pas dans celui du classement de rentabilité du jour.
Un processeur seul mène à RandomX. Le premier chiffre à relever est alors le cache de troisième niveau, et non la fréquence affichée sur la boîte. Une carte de 8 Go ou plus ouvre KawPow et Autolykos v2, la seconde avec son échéance datée. En dessous, à 4 ou 6 Go, il ne reste que des chaînes marginales, et il faut accepter qu’elles le soient. Un ASIC, lui, ne pose plus la question : il a été gravé pour un algorithme, il ne changera jamais de famille, et tout s’est joué au moment de l’achat.
Vient ensuite le second filtre, celui qui élimine le plus de candidats : le prix du kilowattheure. Le seuil de rentabilité en euros par kilowattheure se calcule pour une machine et un algorithme donnés, et il tranche des dossiers que le premier filtre avait laissés passer.