Minage Kaspa : ce que kHeavyHash exige comme matériel
Une machine Kaspa branchée sur une prise française paie pour produire, et le cours du KAS n’y est pour rien. Deux nombres suffisent à le montrer : le meilleur ASIC du moment rentre dans ses frais jusqu’à 0,085 euro le kilowattheure, et le kilowattheure réglementé le moins cher du pays coûte 0,1356 euro. L’écart est de 59 %. Aucun réglage ne le comble.
Kaspa est une chaîne à preuve de travail ouverte le 7 novembre 2021, sans prévente ni prémine, y compris pour ses fondateurs. Elle empile ses blocs en graphe plutôt qu’en file, selon un protocole nommé GHOSTDAG, ce qui lui permet d’en accepter dix par seconde depuis le 5 mai 2025. Son algorithme de hachage s’appelle kHeavyHash, et c’est lui qui décide du matériel.
Ce que kHeavyHash fait calculer à une machine
Trois étapes, toujours les mêmes. L’en-tête du bloc passe dans une fonction Keccak. Le condensat obtenu sert de graine à un générateur pseudo-aléatoire qui construit une matrice de 64 lignes sur 64 colonnes, remplie d’entiers de quatre bits ; le code de référence la rejette et la recommence tant que son rang n’atteint pas 64, c’est-à-dire tant qu’elle n’est pas inversible. Le condensat est ensuite multiplié par cette matrice, et le produit repasse dans Keccak. La valeur qui sort est comparée à la cible de difficulté.
La multiplication matricielle est le cœur du procédé, et elle n’est pas là par hasard. kHeavyHash dérive de HeavyHash, écrit pour une preuve de travail optique : un produit matriciel se réalise par interférence lumineuse, sur un circuit photonique qui dépense une fraction de ce que coûte le même calcul en transistors. L’algorithme a donc été conçu pour accueillir du matériel dédié, pas pour le repousser.
C’est l’inverse exact du raisonnement des monnaies qui se disent résistantes aux circuits spécialisés : celles-là bâtissent leur fonction autour de l’accès mémoire, précisément ce qu’un ASIC reproduit mal. Kaspa a tranché dans l’autre sens, en connaissance de cause. Le marché a répondu en dix-huit mois.
Pourquoi les cartes graphiques ont quitté ce réseau
Le premier ASIC kHeavyHash est arrivé au printemps 2023. Depuis, l’écart ne se discute plus.
Une GeForce RTX 4090 sort 2 GH/s sur cet algorithme en consommant 240 W, soit 120 000 watts par térahash. Un Antminer KS7 sort 40 TH/s pour 3 080 W, soit 77 watts par térahash. Le rapport est de 1 558 : à puissance électrique égale, la machine dédiée abat mille cinq cents fois plus de travail utile.
La facture le dit sans détour. Au rythme d’émission de septembre 2026, cette RTX 4090 gagne 0,0003 euro par jour et brûle 1,15 euro d’électricité au tarif bleu. L’électricité coûte quatre mille fois ce que la carte produit. Le rapport ne s’améliore pas en bridant la carte, parce que le dénominateur est déjà proche de zéro.
Le volume raconte la même chose autrement. Le réseau tourne à 321 PH/s. Pour en tenir 1 %, il faut quatre-vingts Antminer KS7, soit 248 000 euros de matériel et 246 kilowatts. Le même 1 % en RTX 4090 demanderait 1,6 million de cartes, près de trois milliards d’euros et 385 mégawatts. Les cartes graphiques n’ont pas été chassées de Kaspa par une règle : elles ont cessé de compter.
Ce que produisent les machines encore en vente
Au 2 septembre 2026, le réseau distribue 21,83 KAS par seconde et pèse 321 133 TH/s. Chaque térahash rapporte donc 5,87 KAS par jour, soit 0,140 euro au cours de 0,0239 euro le KAS. Le reste est de l’arithmétique, et la colonne de droite en donne le résultat : le prix du kilowattheure au-delà duquel la machine consomme plus qu’elle ne produit.
| Machine | Hachage | Puissance | W/TH | Revenu brut | Seuil |
|---|---|---|---|---|---|
| Antminer KS7 (45 Th) | 45 TH/s | 3 080 W | 68 | 6,32 € | 0,0855 €/kWh |
| Antminer KS7 (40 Th) | 40 TH/s | 3 080 W | 77 | 5,62 € | 0,0760 €/kWh |
| IceRiver KS7 | 30 TH/s | 3 500 W | 117 | 4,21 € | 0,0502 €/kWh |
| IceRiver KS7 Lite | 4,2 TH/s | 500 W | 119 | 0,59 € | 0,0491 €/kWh |
| Antminer KS5 Pro | 21 TH/s | 3 150 W | 150 | 2,95 € | 0,0390 €/kWh |
| IceRiver KS0 Ultra | 0,4 TH/s | 100 W | 250 | 0,06 € | 0,0234 €/kWh |
| Antminer KS3 (8,3 Th) | 8,3 TH/s | 3 188 W | 384 | 1,17 € | 0,0152 €/kWh |
Aucune de ces machines ne tient au tarif bleu résidentiel, qui s’établit à 0,2001 euro le kilowattheure toutes taxes comprises depuis le 1er août 2026. Le KS7 le plus récent, le seul à franchir 0,08 euro, perd encore 8,47 euros par jour sur une prise ordinaire. Un Antminer KS3 de 2023 en perd 14,15 : il consomme la même chose et produit sept fois moins.
Un térahash de kHeavyHash ne se compare à rien d’autre
Le chiffre affiché sur la fiche produit mesure une vitesse de calcul. Il ne dit rien de ce que la machine rapporte, parce qu’un térahash de kHeavyHash et un térahash de SHA-256 ne représentent ni le même travail ni la même part de réseau. L’Antminer S21 XP annonce 270 TH/s sur Bitcoin, le KS7 en annonce 40 sur Kaspa : rapprocher les deux nombres ne signifie rien du tout.
À l’intérieur d’un même algorithme, en revanche, une seule mesure tranche : le watt par térahash. Et c’est là que le prix d’achat induit en erreur. Un Antminer KS5 Pro se trouve autour de 1 400 euros pour 21 TH/s, soit 67 euros le térahash ; un KS7 de 40 TH/s tourne autour de 3 100 euros, soit 78 euros. Le premier paraît meilleur marché. Il consomme 150 watts par térahash contre 77, donc il brûle chaque jour 15,13 euros d’électricité pour rapporter 2,95 euros, quand le second en brûle 14,79 pour en rapporter 5,62.
Le prix au térahash décide de ce qu’on immobilise une fois. Le watt par térahash décide de ce qu’on paie tous les jours pendant deux ans.
L’émission recule tous les mois, et les calculateurs l’ignorent
Kaspa ne divise pas sa récompense par deux tous les quatre ans. Il la réduit chaque mois d’un facteur constant, la racine douzième de un demi, soit 5,61 %. Douze marches font une division par deux ; la table complète, inscrite dans l’implémentation de référence du nœud, court sur 426 mois depuis mai 2022, où elle démarrait à 440 KAS par seconde.
| Mois | Émission du réseau | Récompense par bloc |
|---|---|---|
| Septembre 2026 | 21,83 KAS/s | 2,1827 KAS |
| Octobre 2026 | 20,60 KAS/s | 2,0602 KAS |
| Novembre 2026 | 19,45 KAS/s | 1,9445 KAS |
| Septembre 2027 | 10,91 KAS/s | 1,0913 KAS |
Cette pente change tout pour une machine achetée aujourd’hui. Les calculateurs en ligne prennent le revenu du jour et le multiplient par la durée : sur douze mois, la projection dépasse la réalité d’un facteur 1,35 ; sur vingt-quatre, d’un facteur 1,80 ; sur trente-six, d’un facteur 2,31. À prix et à difficulté constants, une machine amortie sur deux ans encaisse 56 % de ce qu’un tableur naïf lui promet.
L’offre en circulation atteint 27,68 milliards de KAS sur un maximum de 28,70 : 96,4 % du total est déjà sorti des machines. Au printemps 2031, le réseau entier distribuera moins d’un KAS par seconde, contre 440 au démarrage. Acheter un ASIC Kaspa aujourd’hui, c’est se placer sur la fin de la courbe, pas au début.
Le calcul avec la baisse mensuelle
Le seuil français, et le peu qui passe dessous
Le seuil d’équilibre de la meilleure machine s’établit à 0,0855 euro le kilowattheure. Face à lui, la grille réglementée n’offre rien d’assez bas. Le tarif bleu option base coûte 0,2001 euro, les heures creuses 0,1589, et le kilowattheure le moins cher de toute la grille, celui des heures creuses des jours bleus en option Tempo, s’arrête à 0,1356 euro. Encore 59 % au-dessus, et seulement pendant les heures creuses des trois cents jours bleus de l’année.
Le calcul se retourne ailleurs. L’hébergement chez un opérateur, qui facture l’énergie entre 0,06 et 0,08 euro selon le contrat, ramène le KS7 tout juste à l’équilibre, frais de garde non compris. L’autoconsommation solaire aussi, quand le surplus partirait autrement à 0,04 euro sur le réseau. Reste le chauffage : 3 080 watts finissent intégralement en chaleur, et une machine qui remplace un convecteur de novembre à mars voit son kilowattheure payé par ailleurs. De mai à septembre, la même machine chauffe une pièce dont personne ne veut.
Le parcours, une fois le seuil franchi
- Un portefeuille Kaspa et son adresse en
kaspa:. C’est elle que le pool paie, et elle sert aussi d’identifiant de mineur. - Un pool, son adresse de stratum et son port. Le nom d’utilisateur est l’adresse de réception, suivie d’un point et du nom donné à la machine.
- La machine sur le réseau local, en bail réservé plutôt qu’en adresse flottante : son interface web est le seul endroit où lire la température des cartes de hachage.
- La consommation relevée à la prise, jamais celle affichée par le micrologiciel, qui ignore le rendement de l’alimentation.
Le choix du pool pèse moins ici qu’ailleurs. Le réseau produit dix blocs par seconde, donc les parts remontent en continu et les versements restent réguliers même pour une machine seule ; les frais annoncés vont de 0,5 à 1,5 %, et c’est le seuil de versement, plus que le taux, qui décide du moment où l’on touche quelque chose. Côté électrique, 3 080 watts tirent 13,4 ampères sous 230 volts : la prise 16 A tient, à condition d’être seule sur son départ électrique.
À quoi Kaspa se compare, une machine à la main
La question se pose dans l’autre sens quand on possède déjà le budget : où l’accrocher. Sur Bitcoin, au cours et au hachage réseau du 2 septembre 2026, un térahash de SHA-256 rapporte 0,0369 euro par jour ; un Antminer S21 XP, 270 TH/s pour 3 645 watts, gagne 9,96 euros et tient jusqu’à 0,114 euro le kilowattheure. Le seuil de Bitcoin est donc 33 % plus haut que celui de Kaspa.
| Réseau | Algorithme | Machine de tête | Seuil d’équilibre |
|---|---|---|---|
| Kaspa | kHeavyHash | Antminer KS7, 45 TH/s | 0,0855 €/kWh |
| Bitcoin | SHA-256 | Antminer S21 XP, 270 TH/s | 0,1139 €/kWh |
Ni l’un ni l’autre n’atteint 0,1356 euro. Alephium, sur Blake3, a suivi exactement la même trajectoire que Kaspa, ASIC compris et dans le même intervalle de deux ans : le choix d’un réseau récent n’écarte plus le circuit spécialisé, il en avance seulement l’arrivée.
À hachage réseau constant, le KS7 de 45 TH/s atteindrait l’équilibre sur les heures creuses des jours bleus avec un KAS à 0,038 euro, contre 0,0239 aujourd’hui. Un cours multiplié par 1,6, donc, ce qui s’est déjà vu. Sauf que l’émission recule de 5,61 % par mois et que ce prix d’équilibre monte au même rythme : il faudra 0,040 euro en décembre, 0,076 à l’automne 2027, 0,15 un an plus tard. La cible monte plus vite qu’un cours ne grimpe durablement.