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Faire tourner un rig en heures creuses : ce que ça change sur la facture

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Faire tourner un rig en heures creuses : ce que ça change sur la facture

Couper un rig seize heures par jour ne rendra jamais rentable une machine qui ne l’est pas. La manœuvre n’agit que dans une bande étroite, large de 5,53 centimes, entre le prix du kilowattheure en heure creuse et son prix en heure pleine. Au-dessus de cette bande, s’arrêter vous coûte de l’argent. En dessous, ça repousse de quelques mois la date à laquelle vous débrancherez pour de bon.

Ce que vous saurez à la fin tient en un nombre, exprimé en euros par kilowattheure. Il se vérifie sur deux index de compteur : celui des heures pleines ne doit plus bouger que du fait de votre réfrigérateur.

Le nombre qui décide, et la fenêtre de 5,53 centimes

Le chiffre qui commande tout est un rapport : ce que la machine rapporte pour un kilowattheure avalé. Prenez son revenu brut sur vingt-quatre heures, avant électricité, divisez-le par les kilowattheures consommés dans le même temps. Le quotient s’exprime en euros par kilowattheure, comme un tarif, et se compare donc directement à celui que vous payez.

Appelons-le le rendement de la machine. Il ne dépend pas de la durée de marche : coupez seize heures, le brut et la consommation tombent dans la même proportion, le quotient ne bouge pas. La décision en devient élémentaire. On fait tourner la machine pendant chaque heure où le tarif est inférieur à son rendement, on l’arrête pendant les autres.

Tarif réglementé au 1er août 2026Prix du kWh TTCAbonnement annuel
Option base, 6 kVA0,2001 €190,32 €
Option base, 9 kVA0,1985 €238,56 €
Heures pleines, 6 et 9 kVA0,2142 €identique à la base
Heures creuses, 6 et 9 kVA0,1589 €identique à la base

L’écart entre les deux tarifs de l’option double est toute la marge de manœuvre : 5,53 centimes. Un rendement au-dessus de 0,2142 € et la machine gagne aussi en heure pleine, la couper devient une perte sèche. En dessous de 0,1589 €, elle perd même la nuit, et le sujet n’est plus l’horaire mais l’arrêt. Entre les deux, et seulement là, miner en heures creuses veut dire quelque chose.

Reste à situer la vôtre. Voici le revenu brut journalier qu’il faut atteindre pour rester du bon côté de chaque tarif, selon la puissance relevée à la prise.

Puissance au murConsommation sur 24 hBrut/jour à tenir en heure pleineBrut/jour à tenir en heure creuse
300 W, une carte seule7,2 kWh1,54 €1,14 €
700 W, trois cartes16,8 kWh3,60 €2,67 €
1 200 W, rig de six cartes28,8 kWh6,17 €4,58 €
2 000 W, rig de huit cartes48 kWh10,28 €7,63 €
3 500 W, ASIC récent84 kWh17,99 €13,35 €

Situer votre machine

Étape 1 : lire vos vraies heures creuses, pas celles qu’on récite

Personne n’a « 22 h - 6 h ». Vous avez huit heures par jour, attribuées par le gestionnaire du réseau selon la charge du poste qui vous alimente, et votre voisin de palier peut en avoir d’autres. Elles se lisent à trois endroits : la grille tarifaire imprimée sur la facture, l’espace client Enedis et le contrat de fourniture. Les trois doivent dire la même chose.

Deuxième point, celui qui périme la moitié des tutoriels : ces huit heures ne sont plus forcément d’un seul tenant, et elles bougent. Enedis a engagé en novembre 2025 une réforme qui déplace une partie des heures creuses vers l’après-midi, là où la production solaire est abondante. Le nouveau découpage garde au moins cinq heures consécutives entre 23 h et 7 h et place jusqu’à trois heures entre 11 h et 17 h, avec une saisonnalité : l’hiver et l’été n’ont plus les mêmes plages.

Le calendrier compte, parce qu’il dit quand votre montage cassera. Une première vague de 1,7 million de foyers a basculé dès novembre 2025. Les 9,3 millions restants suivent de fin 2026 à octobre 2027. La mise à jour se fait à distance sur le compteur Linky, et le fournisseur prévient un mois à l’avance. Toute programmation horaire écrite en dur deviendra donc fausse un jour, sans que la machine s’en aperçoive.

Notez vos deux plages sur un papier collé au tableau. Elles serviront trois fois.

Étape 2 : passer le contrat en heures pleines / heures creuses

Bonne nouvelle rare : au tarif réglementé de vente, l’abonnement est le même dans les deux options. 190,32 € par an en 6 kVA, 238,56 € en 9 kVA, que vous soyez en simple ou en double index. La bascule ne coûte donc qu’un changement d’option chez le fournisseur, appliqué à distance, sans visite ni frais.

Elle n’est pourtant pas neutre, parce qu’elle renchérit tout ce que vous consommez le jour. À 6 kVA, l’heure pleine coûte 1,41 centime de plus que le kilowattheure de l’option base, et l’heure creuse 4,12 centimes de moins. L’option devient gagnante dès que plus de 25,5 % de votre consommation tombe en heures creuses. À 9 kVA, où le kilowattheure de base est un peu moins cher, ce seuil monte à 28,4 %.

Un foyer sans chauffe-eau électrique tourne autour de 30 % et se situe donc à la limite, ce qui explique les avis contradictoires qu’on lit sur l’intérêt de l’option. Un rig tranche la question à lui seul : 1 200 W pendant huit heures, c’est 3 504 kilowattheures par an, tous du bon côté. Sur un foyer à 4 500 kilowattheures, la part consommée en heures creuses saute à 60 %.

La vérification arrive avec la facture suivante, qui affiche deux index au lieu d’un. Tant qu’il n’y en a qu’un, la machine tourne au tarif de base et rien de ce qui suit ne sert à quoi que ce soit.

Étape 3 : couper le courant, pas seulement le logiciel de minage

L’erreur coûte à peu près exactement ce que la manœuvre rapporte. Arrêter le mineur en laissant la machine allumée paraît plus propre : pas de coupure brutale, redémarrage instantané. Sauf qu’un rig à six cartes au repos consomme une soixantaine de watts, cartes en veille, ventilateurs au ralenti et carte mère alimentée. Seize heures par jour à 0,2142 €, ça fait 75 € par an, quand la marge d’un rig typique dans la fenêtre tourne autour de 76 €. Le repos avale tout.

Il faut donc ouvrir le circuit. Deux montages existent, un seul tient dans le temps.

La prise programmable à horloge est le réflexe, et c’est le mauvais. Elle exécute un horaire figé, recopié une fois. Le jour où votre plage d’après-midi se déplace, elle continue de couper aux anciennes heures et vous minez en heures pleines sans le savoir. Rien ne vous préviendra : la machine tourne, le pool paie, seule la facture change.

Le montage qui suit le contrat, c’est le contacteur jour/nuit piloté par le compteur lui-même. Le Linky porte deux bornes, C1 et C2, un contact sec qui se ferme pendant les heures creuses et s’ouvre le reste du temps. C’est le signal qui commande les chauffe-eau depuis quarante ans. On protège la commande par un disjoncteur 2 A, on la câble sur la bobine A1-A2 d’un contacteur, et les contacts de puissance alimentent la ligne du rig. Quand les plages changent, il n’y a rien à reprogrammer : le compteur envoie son signal aux nouvelles heures, le contacteur suit.

Vérifiez le calibre avant d’acheter. Un contacteur 20 A, deux modules sur rail, coûte entre 25 et 45 € et encaisse sans peine un rig de 1 200 W, soit 5,2 A sous 230 V. Un ASIC de 3 500 W en tire 15,2, ce qui passe encore, mais si le contacteur commande déjà un chauffe-eau, l’addition dépasse le calibre et il en faut un second. Le calcul des ampères sur une ligne domestique est traité à part.

Étape 4 : faire repartir la machine sans personne devant

Le retour du courant ne rallume pas un ordinateur. Il faut le lui dire dans le BIOS, à un réglage qui s’appelle « Restore on AC Power Loss » chez la plupart des constructeurs et « AC BACK » chez Gigabyte. Sa valeur utile est « Power On », parfois libellée « Full On ». Par défaut, il est réglé sur « Power Off », et vous retrouvez une machine éteinte tous les matins.

Ensuite, le mineur doit démarrer seul. Sous Linux, un service systemd activé par systemctl enable suffit. Sous Windows, un raccourci dans le dossier de démarrage fait le travail, à condition que la session ouvre sans mot de passe. Les systèmes dédiés, HiveOS et RaveOS, repartent d’eux-mêmes sur leur configuration de travail : c’est leur seul métier.

Reste la coupure elle-même, franche. Un rig la supporte mal si son système écrit sur un disque au moment où le courant tombe. Deux réponses : un système qui tourne en mémoire depuis une clé, ce que font les distributions de minage, ou un arrêt propre déclenché juste avant l’ouverture du contacteur. Pour le second, surtout pas d’heure fixe : on retomberait sur le défaut de l’étape précédente.

Le compteur donne la solution. Il publie la période tarifaire en cours sur sa sortie de téléinformation, bornes I1 et I2, dans un champ nommé PTEC en mode historique et LTARF en mode standard. Un petit lecteur relié au port série lit ce champ et déclenche l’extinction au basculement en heure pleine. Une vingtaine d’euros de matériel, et la machine cesse de dépendre d’une horloge qu’aucun de nous ne tient à jour.

Un ASIC échappe à tout ça : il redémarre seul et reprend le minage sans intervention. Comptez trois à cinq minutes avant le hachage nominal, le temps que les puces chauffent et que les ventilateurs se calent. Sur huit heures, environ 1 % de la production.

Étape 5 : vérifier que la coupure a bien lieu

Le compteur d’abord. Faites défiler l’écran du Linky jusqu’aux deux index, celui des heures creuses et celui des heures pleines, et relevez-les un soir puis le lendemain à la même heure. L’index des heures pleines ne doit avoir augmenté que de la consommation du foyer, quelques kilowattheures. S’il a pris dix ou quinze kilowattheures de plus, la machine a tourné quand elle ne devait pas.

Le pool ensuite. Son affichage distingue le hachage instantané du hachage moyen sur vingt-quatre heures. Une machine qui ne travaille que huit heures sur vingt-quatre montre une moyenne proche du tiers de l’instantané. Plus haute, la coupure n’a pas eu lieu, ou pas entièrement.

Le wattmètre enfin, celui à compteur cumulé plutôt qu’à affichage instantané, posé entre le contacteur et le rig. Sa consommation sur sept jours doit valoir sept fois la puissance mesurée en marche multipliée par huit heures. Les quatre façons de relever la puissance réellement absorbée disent laquelle convient à un suivi sur la durée.

Un dernier détail, qui fait perdre une soirée à qui l’ignore : le contacteur porte un sélecteur à trois positions, arrêt, marche forcée et automatique. Sur marche forcée, il alimente en permanence et le montage entier ne sert à rien. Il doit être sur automatique.

Ce que seize heures d’arrêt coûtent en production

Prenons un rig de six cartes, 1 200 W relevés à la prise, qui rapporte 5,20 € brut par jour en marche continue. Son rendement vaut 0,18 € par kilowattheure : dans la fenêtre, donc, et plutôt vers le bas.

Ce rig sur un anProduction bruteÉlectricitéRésultat
24 h sur 24, option base1 898 €2 103 €perte de 205 €
24 h sur 24, option double index1 898 €2 058 €perte de 160 €
8 h en heures creuses seulement633 €557 €gain de 76 €

La facture du rig tombe donc de 2 103 à 557 €, et sa production de 1 898 à 633 €.

Soixante-seize euros. Voilà le vrai chiffre de l’opération, et il faut le regarder en face : le matériel a coûté entre 1 500 et 2 500 €, il ne sera jamais remboursé par cette marge. La coupure transforme une perte en un gain minuscule. Elle sauve un rig déjà acheté, qu’on n’a pas envie de revendre à perte, et rien de plus.

Deux frottements s’ajoutent à l’addition. Si le cumul des appareils placés en heures creuses vous oblige à passer de 6 à 9 kVA, l’abonnement grimpe de 48,24 € par an, soit près des deux tiers de la marge. Et le seuil de versement d’un pool se compte en quantité de monnaie, pas en jours : à un tiers de production, vous l’atteignez trois fois moins souvent, et un pool qui ferme entre deux paiements emporte le solde.

L’été, vos heures creuses tombent au pire moment

Le créneau d’après-midi que la réforme installe entre 11 h et 17 h est excellent pour un lave-vaisselle et détestable pour un rig. C’est le moment où la pièce est la plus chaude, où l’air aspiré arrive déjà à 28 ou 30 degrés, et où les cartes se brident pour tenir leur température. Une carte qui perd 10 % de hachage sur trois heures, tous les jours d’été, retire près de 4 % de la production annuelle de la machine.

Trois heures sur les huit, c’est plus du tiers de la plage. Si l’air chaud ne peut pas être extrait ailleurs que dans la pièce, mieux vaut ne pas utiliser ce créneau et s’en tenir aux cinq heures de nuit. Le tiers de production perdu coûte moins cher qu’un rig à 85 degrés six heures par jour en juillet. Le débit d’air, les décibels et le disjoncteur pèsent alors plus lourd que le tarif.

Quand la fenêtre est fermée

Si le rendement de la machine passe sous 0,1589 €, aucun horaire ne la sauve dans le cadre du tarif réglementé, et la liste des machines qui décrochent, génération par génération dit à quel prix du kilowattheure chacune s’arrête. Restent deux sorties.

L’option Tempo découpe l’année en six couleurs de jours et descend nettement sous l’heure creuse ordinaire pendant les jours bleus, qui sont les plus nombreux. En contrepartie, vingt-deux jours rouges par an rendent l’électricité si chère qu’il faut éteindre, et le calendrier du lendemain ne se connaît qu’en fin d’après-midi. Piloter un rig sur les six couleurs est un sujet à lui seul.

L’autoconsommation solaire déplace le problème plutôt qu’elle ne le résout, mais elle le déplace du bon côté : le courant produit sur le toit ne coûte que l’amortissement des panneaux, et il arrive précisément entre 11 h et 17 h, là où la réforme installe justement ses nouvelles heures creuses. Ces deux sorties demandent un investissement de plus, ce que la coupure horaire ne demandait pas. C’est ce qui les rend difficiles à conseiller à quelqu’un qui vient de découvrir que son rig perd de l’argent.