Récompense de minage Bitcoin : 3,125 BTC, les frais et l’après-halving
Sommaire :
D’où vient l’argent qu’encaisse un mineur
La subvention de bloc et sa fin programmée
Pourquoi 21 millions, et ce que le plafond impose
Les frais de transaction, le relais qui ne prend pas
Le hashprice : ce que rapporte un térahash par jour
Cours, difficulté, revenu : la boucle qui ramène tout au point de départ
Pourquoi une machine achetée en 2024 ne rapporte plus
Les trois leviers qui échappent à la boucle
Questions fréquentes sur la récompense de minage
D’où vient l’argent qu’encaisse un mineur
Personne ne paie un mineur. Il n’a pas de client, pas de facture, pas de contrat commercial. Quand sa machine trouve le bloc suivant, elle s’attribue elle-même une somme dans la première transaction du bloc, et le reste du réseau accepte ce paiement parce que le protocole l’autorise. Cette transaction porte un nom, la coinbase, et elle contient deux choses de nature très différente.
La première est la subvention de bloc : des bitcoins qui n’existaient pas une seconde plus tôt, créés à cet instant précis. Elle vaut 3,125 BTC depuis le halving d’avril 2024. La seconde est la somme des frais payés par les transactions que le bloc transporte. Ces frais ne créent rien du tout : ils passent de la poche des utilisateurs à celle du mineur.
La distinction n’a rien d’académique. La première ligne s’éteint à date connue, la seconde non. Un bloc toutes les dix minutes, 144 blocs par jour, 3,125 BTC chacun : le réseau distribue 450 bitcoins par jour, soit près de 25 millions d’euros au cours d’août 2026, autour de 55 400 € l’unité. Ce montant ne dépend ni du nombre de machines branchées, ni de leur puissance, ni de la santé du marché.
D’où la seule chose à retenir avant d’acheter quoi que ce soit : brancher une machine de plus n’agrandit pas le gâteau, ça découpe le même gâteau en tranches plus fines. Tout ce qui suit découle de cette phrase.
La subvention de bloc et sa fin programmée
Satoshi Nakamoto a inscrit dans le code une règle qui n’a jamais bougé : tous les 210 000 blocs, la subvention est divisée par deux. À dix minutes le bloc en moyenne, l’échéance tombe environ tous les quatre ans. L’événement s’appelle un halving. Il ne demande aucun vote, aucune décision, aucun communiqué, et il s’exécute depuis 2009 sans qu’un seul humain ait à l’approuver.
Halving | Bloc | Date | Subvention après |
|---|---|---|---|
Origine | 0 | janvier 2009 | 50 BTC |
1er | 210 000 | novembre 2012 | 25 BTC |
2e | 420 000 | juillet 2016 | 12,5 BTC |
3e | 630 000 | mai 2020 | 6,25 BTC |
4e | 840 000 | 20 avril 2024 | 3,125 BTC |
5e | 1 050 000 | attendu au printemps 2028 | 1,5625 BTC |
Un mineur qui avait branché sa machine en 2023 a vu sa production en bitcoins tomber de moitié un samedi d’avril 2024, sans qu’un seul de ses réglages ait changé. Sa facture d’électricité, elle, est restée exactement la même le lundi suivant. Aucune autre industrie ne divise par deux son chiffre d’affaires par unité produite à une date connue quatre ans à l’avance.
La date du prochain halving se déduit du rythme des blocs, qui varie de quelques secondes autour de la moyenne. Les compteurs annoncent le printemps 2028, avec une marge de plusieurs semaines. Le bloc, lui, est certain : le 1 050 000.
La suite est de l’arithmétique. Après 33 divisions, la subvention descend sous le satoshi, la plus petite unité que le protocole sache manipuler, et il ne peut plus la couper en deux. Le dernier satoshi sera émis vers 2140, au bloc 6 930 000. À partir de là, la coinbase ne contient plus que des frais.
Pourquoi 21 millions, et ce que le plafond impose
Le plafond de 21 millions n’est écrit nulle part dans le code. Il est la somme d’une série : 210 000 blocs à 50 BTC, puis 210 000 à 25, puis 210 000 à 12,5, jusqu’au bout. La série converge, et elle converge à 20 999 999,9769 bitcoins. Le chiffre rond est un résultat, pas une consigne.
Le vingt-millionième bitcoin a été miné le 9 mars 2026. Au 8 août 2026, un peu plus de 20,06 millions d’unités circulaient, soit environ 96 % du total. L’essentiel de la création monétaire appartient donc au passé : il reste moins d’un million de bitcoins à distribuer sur les cent quinze prochaines années, et la moitié partira avant 2045.
Pour un mineur, ce plafond a une conséquence que peu de guides énoncent franchement : sa production est décroissante par construction. Un pétrolier peut forer un nouveau puits, un fabricant peut ouvrir une ligne de plus. Un mineur qui double sa puissance ne double rien du tout : il double sa part d’un total qui, lui, diminue.
Ce que le budget de sécurité doit à cette courbe
La sécurité du réseau se paie avec ce que les mineurs encaissent. Plus la somme distribuée chaque jour est grosse, plus il coûte cher de rassembler assez de puissance pour réécrire l’histoire des blocs. Eric Budish, professeur d’économie à Chicago, a formalisé ce lien dès 2018 dans un article repris en 2025 par le Quarterly Journal of Economics : à l’équilibre, la dépense mondiale d’électricité consacrée au minage s’aligne sur la valeur des récompenses distribuées.
D’où le débat qui traverse l’écosystème depuis quelques années. Quand la subvention sera devenue marginale, dans les années 2050, les frais devront porter seuls le coût de la sécurité. Justin Drake, chercheur chez Ethereum, parle d’une bombe à retardement ; Pierre Rochard y voit une inquiétude fabriquée ; Peter Todd, contributeur de longue date à Bitcoin Core, considère qu’un prélèvement finira par être nécessaire. Personne n’a tranché, et les chiffres avancés de part et d’autre sortent tous de modèles, pas d’observations. Ce qui est vérifiable, en revanche, c’est où en sont les frais aujourd’hui.
Les frais de transaction, le relais qui ne prend pas
Un bloc a une taille limitée. Les transactions s’y font concurrence, celles qui paient le plus au vbyte passent d’abord, et les autres attendent dans le mempool. C’est une enchère qui se rejoue toutes les dix minutes, et c’est de là que viennent les frais.
Le 12 août 2026, ces frais représentaient 0,69 % du revenu des mineurs. Pas sept pour cent : sept dixièmes de pour cent. C’est le niveau le plus bas depuis dix ans, et il n’a rien d’un accident isolé : la part est passée sous 1 % il y a près d’un an, elle est descendue à 0,52 % en avril 2026, et les relevés hebdomadaires de l’été 2026 tournent entre 0,7 et 0,8 %. Sur une semaine d’août, le réseau a versé 3 158 bitcoins de subvention et 23 bitcoins de frais.
Autrement dit, le relais censé remplacer la subvention n’a pas commencé à porter quoi que ce soit. Il porte moins qu’il y a dix ans, quand le bitcoin valait 400 dollars.
Les épisodes qui font croire le contraire
Trois moments ont montré ce que le marché des frais peut donner quand la place manque vraiment.
Au printemps 2023, la vague des inscriptions Ordinals et des jetons BRC-20 a saturé les blocs pendant deux semaines. Ils ont grimpé jusqu’à 40 % du revenu des mineurs début mai, et le coût moyen d’une transaction a dépassé 7 dollars, du jamais-vu depuis deux ans. Rebelote en décembre 2023 : 38 dollars la transaction au pic du 17 décembre, plus de 30 % du revenu des mineurs certains jours. Sur l’année entière, les frais ont rapporté 798 millions de dollars aux mineurs.
Le troisième épisode est le plus spectaculaire. Le 20 avril 2024, le bloc du halving lui-même, le 840 000, a été emporté au prix fort par le lancement du protocole Runes : 37,67 BTC de frais sur un seul bloc, douze fois la subvention qu’il versait. Ce jour-là, une transaction coûtait en moyenne 128 dollars.
Ces trois épisodes ont une chose en commun : ils ont duré quelques jours. Un mineur ne bâtit pas un plan de financement sur des pics, et un acheteur de matériel encore moins. Il faut compter avec 0,7 %, pas avec 40 %.
Ce que le pool en fait
Un pool ne redistribue pas les frais comme il redistribue la subvention. Ils vont au bloc trouvé, donc au mineur qui l’a trouvé, donc au pool auquel il appartient. Le particulier les touche ou non selon son mode de rémunération : un pool en full pay-per-share les redistribue, un pool en pay-per-share simple les garde pour lui. À 0,7 % du revenu, l’écart reste modeste, mais il fait partie des critères qui séparent réellement deux pools de minage, avec les frais de service et le seuil de paiement.
Le hashprice : ce que rapporte un térahash par jour
Comparer deux machines par leur puissance ne mène nulle part tant qu’on n’a pas converti cette puissance en argent. Le chiffre qui fait ce travail s’appelle le hashprice : le revenu quotidien d’une unité de puissance, tout le réseau confondu, frais compris.
Il se calcule de tête. Le réseau émet 450 BTC par jour et tourne autour de 900 EH/s à l’été 2026, soit 900 millions de TH/s. La division donne 50 satoshis par TH/s et par jour, environ 0,028 € au cours du moment. Les indices professionnels affichent la même chose sous une autre unité : 31,73 dollars par PH/s et par jour au 10 août 2026.
C’est la borne physique du système. Personne au monde ne gagne davantage par unité de puissance, quel que soit son matériel, son pool ou son pays. Une offre qui promet 4 dollars par jour pour 200 dollars déposés suppose 80 TH/s de puissance réelle, soit une machine à plusieurs milliers d’euros offerte avec le dépôt. Aucun opérateur ne fait ça. Le calcul démasque en trente secondes ce que trois pages de témoignages ne diront jamais.
Machine | Puissance | Revenu brut par jour | Consommation | Électricité au tarif bleu |
|---|---|---|---|---|
Antminer S21 XP | 270 TH/s | 7,50 € | 3 645 W | 17,50 € |
Antminer S21 Pro | 234 TH/s | 6,50 € | 3 510 W | 16,85 € |
Antminer S19 Pro | 110 TH/s | 3,05 € | 3 250 W | 15,60 € |
La colonne de droite applique le tarif réglementé bleu en option base, 0,2001 € le kWh au 1er août 2026. Aucune de ces machines ne couvre son courant sur une prise domestique française, et la plus récente perd dix euros par jour. C’est le tarif qui condamne l’installation, pas le matériel : les mêmes machines dégagent une marge à 6 centimes le kWh. Le classement du matériel par efficacité en joules par térahash donne pour chaque modèle le prix de l’électricité au-delà duquel il travaille à perte.
Cours, difficulté, revenu : la boucle qui ramène tout au point de départ
Voilà le mécanisme qui explique la majorité des déceptions, et il tient en quatre temps.
Le cours du bitcoin monte. Chaque térahash rapporte soudain plus d’euros, des machines qui dormaient dans un hangar redeviennent rentables, des exploitants commandent des conteneurs entiers. La puissance totale branchée sur le réseau augmente.
Le protocole regarde cette puissance tous les 2 016 blocs, soit environ toutes les deux semaines, et relève la difficulté pour ramener l’intervalle moyen entre deux blocs à dix minutes. Le nombre de bitcoins distribués chaque jour, lui, n’a pas bougé d’un satoshi.
Résultat : le revenu par térahash redescend vers son point de départ. Celui qui a acheté au sommet découvre que sa machine neuve rend, en euros, ce que rendait l’ancienne. La hausse du prix a été absorbée par l’arrivée des concurrents.
Le retour n’est jamais instantané. Entre la commande d’une machine et son branchement il se passe des semaines, parfois des mois, et c’est dans cet intervalle que se logent les vraies marges. Ceux qui achètent pendant un creux et branchent pendant une reprise gagnent de l’argent. Ceux qui achètent pendant l’euphorie branchent au moment où la difficulté vient de rattraper le cours.
2026 a montré la boucle dans l’autre sens
La démonstration la plus nette est récente, et elle joue à la baisse. Le bitcoin a perdu près de la moitié de sa valeur depuis son record d’octobre 2025. Des mineurs ont débranché : la puissance du réseau est tombée d’environ 1,3 ZH/s à l’automne 2025 à 875 EH/s à la mi-août 2026, un tiers de moins. Le protocole a suivi, avec un recul de difficulté de 11,2 % le 7 février puis de 10,1 % en juin, deux des plus fortes baisses de l’histoire du réseau.
Et le hashprice est remonté : 27,7 dollars fin juin, 32,10 dollars début août, sans que le cours ait bougé entretemps. Le revenu par unité de puissance est revenu vers son équilibre parce que des machines sont sorties, pas parce que le marché s’est amélioré. La boucle fonctionne dans les deux sens, et elle ne laisse jamais durablement de rente.
Détail qui n’existait pas dans les cycles précédents : une partie de la puissance sortie en 2026 est partie vers l’IA et le calcul haute performance. Elle ne reviendra pas au minage, quel que soit le cours. C’est la deuxième fois seulement que la difficulté recule en glissement annuel ; la première remonte à l’interdiction chinoise de 2021.
La difficulté ne redescend presque jamais longtemps
Sur dix ans, sa courbe monte. Une machine ne perd donc pas seulement de la valeur parce qu’un modèle plus récent est sorti : elle perd du revenu toutes les deux semaines, mécaniquement, tant que d’autres branchent du matériel. La difficulté varie énormément d’une crypto-monnaie à l’autre, et c’est souvent ce qui décide du réseau que vise un petit acteur.
Pourquoi une machine achetée en 2024 ne rapporte plus
Prenez une S19 Pro branchée début 2024, avant le halving : 110 TH/s pour 3 250 W. À l’époque la subvention valait 6,25 BTC, le réseau tournait autour de 600 EH/s, et la machine dégageait une marge honnête sur un tarif d’électricité négocié.
Deux choses lui sont arrivées, toutes deux hors de portée de son propriétaire. Le halving d’avril 2024 a coupé sa production de moitié. Depuis, la difficulté a continué de grimper et dilue encore sa part. Le résultat se lit sur un seul indicateur : le hashprice valait 91 dollars par PH/s et par jour au premier trimestre 2024, il en vaut 31,73 aujourd’hui. Divisé par trois en deux ans et demi.
Et le plus parlant tient dans une comparaison à cours constant. Le bitcoin valait environ 60 000 dollars en août 2024. Il en vaut 63 400 en août 2026, soit un peu plus. Sur la même période, le hashprice est passé de 43,54 à 31,73 dollars : 27 % de revenu en moins pour la même machine, au même cours. Rien n’a changé chez le propriétaire. Tout a changé autour de lui.
C’est ce qui rend le marché de l’occasion trompeur. Une S19 à 400 € ressemble à une affaire tant qu’on regarde son prix et sa puissance. Elle consomme 29,5 joules par térahash, plus du double d’une machine de 2026 pour le même travail, et cet écart se paie tous les jours sur la facture. Nous avons détaillé ailleurs ce que coûte vraiment une machine de minage à petit prix.
La question à poser avant un achat n’est donc pas « combien rapporte cette machine aujourd’hui », mais « combien rapportera-t-elle après le prochain ajustement de difficulté, et après 2028 ». Le calcul de rentabilité d’une installation de minage ne vaut que projeté sur la durée d’amortissement, jamais figé sur la valeur du jour.
Les trois leviers qui échappent à la boucle
Le hashprice est le même pour tout le monde. Ce qui distingue un mineur rentable d’un mineur à l’arrêt tient donc entièrement de son côté de l’équation.
Le premier levier est le prix de l’électricité, et c’est de loin le plus lourd : il représente plus de 80 % des coûts d’exploitation, et il explique à lui seul la géographie mondiale du minage. La structure de coûts d’une ferme de minage se joue sur cette ligne avant toutes les autres.
Le deuxième est l’efficacité du matériel, en joules par térahash. À tarif électrique identique, elle décide de ce qui reste dans la poche. Les meilleures machines refroidies par air tournent à 13,5 J/TH en 2026, les modèles hydro sont passés sous 10, et une S19 de 2020 en réclame 29,5 : c’est un rapport de un à trois sur la facture, pour le même hashrate. La page sur les mineurs ASIC et le choix d’un modèle détaille ce que valent les gammes actuelles.
Le troisième est le moment de l’achat, et c’est le plus difficile à jouer, parce qu’il demande d’acheter quand tout le monde vend.
Reste le versant administratif, qui surprend beaucoup de débutants : en France, un mineur est imposé au moment où il reçoit ses jetons, pas au moment où il les revend. Les règles, les cases et les seuils sont détaillés dans la page sur la fiscalité du minage crypto en France. Le versant énergétique et réglementaire de l’activité, lui, fait l’objet d’une page à part sur ce que consomme réellement le réseau et comment les États l’encadrent. Et pour ceux qui veulent savoir ce qu’il y a dans le boîtier avant d’en acheter un, la page sur l’intérieur d’une machine de minage et ses contraintes physiques prend le relais.
Questions fréquentes sur la récompense de minage
Combien rapporte un bloc Bitcoin aujourd’hui ?
3,125 BTC de subvention, plus les frais des transactions du bloc. Au cours d’août 2026, ça représente environ 173 000 € par bloc, et 144 blocs sortent chaque jour. Les frais y ajoutent moins de 1 %.Quand aura lieu le prochain halving ?
Au bloc 1 050 000, attendu au printemps 2028. La subvention passera à 1,5625 BTC. La date exacte dépend du rythme réel des blocs et les compteurs divergent de plusieurs semaines.Que se passera-t-il quand les 21 millions seront atteints ?
Les mineurs ne seront plus payés qu’en frais de transaction. L’échéance se situe vers 2140, mais la subvention devient marginale bien avant, dans les années 2050.Pourquoi mon revenu baisse alors que le cours ne bouge pas ?
Parce que d’autres ont branché des machines et que la difficulté s’est ajustée. Le montant distribué chaque jour est fixe, votre part diminue à mesure que la puissance totale augmente.Un site qui promet 2 % par jour est-il crédible ?
Non. Tout le réseau produit environ 50 satoshis par TH/s et par jour. Une offre qui dépasse cette borne paie les premiers entrants avec l’argent des suivants, sans miner quoi que ce soit.Par où commencer sans se tromper de calcul ?
Par le guide complet pour débuter le minage en 2026, qui reprend dans l’ordre le choix de la monnaie, du matériel, du pool et le budget à prévoir.