Minage crypto sur PC : les logiciels morts que les comparatifs citent encore
Cherchez « meilleur logiciel de minage » et vous tomberez sur des listes de dix noms dont la moitié ne sert plus à rien. Certains n’ont pas reçu de version depuis 2020, d’autres pointent vers des services fermés, un ou deux circulent aujourd’hui uniquement sous forme de copies falsifiées. Le minage crypto sur PC reste possible en 2026, mais avec une poignée de binaires seulement. Cette page fait le tri : ce qui est mort, la date, la cause, et à la fin la liste courte de ce qui reçoit encore des mises à jour et tourne sur une machine ordinaire.
Le 15 septembre 2022 : ce que la Fusion a emporté
Claymore et PhoenixMiner, les deux références de l’époque Ethash
ethOS et RaveOS : les systèmes de rig débranchés
MinerGate, Honeyminer, BitMinter : les services grand public fermés
EasyMiner, GUIMiner, MultiMiner : les interfaces gelées
CGMiner et BFGMiner, vivants mais pas là où on les cite
Vérifier soi-même en trente secondes qu’un logiciel est mort
Ce qui reçoit encore des versions aujourd’hui
Le 15 septembre 2022 : ce que la Fusion a emporté
Une date explique la moitié de ce cimetière. Le 15 septembre 2022 : Ethereum est passé de la preuve de travail à la preuve d’enjeu. Du jour au lendemain, l’algorithme Ethash a cessé d’avoir un débouché, et avec lui le principal usage des cartes graphiques en minage.
L’ampleur de la bascule mérite d’être posée : Ethereum représentait alors l’écrasante majorité des revenus du minage GPU grand public. Le reste, Ethereum Classic sur Etchash, Ravencoin sur KawPow, Ergo sur Autolykos 2, absorbait une fraction du hashrate libéré, à des rendements sans commune mesure. Les auteurs de logiciels ont fait le calcul en même temps que les mineurs : un marché divisé par dix ne finance plus une équipe de développement à plein temps.
D’où la coupure nette qu’on observe dans les dates de dernière version. Avant l’automne 2022, une dizaine de mineurs GPU se disputaient le marché à coups de mises à jour mensuelles. Après, il en reste quatre ou cinq, dont deux réellement actifs. Les binaires encore debout et le matériel sur lequel les lancer figurent dans le catalogue des mineurs par algorithme et par matériel.
La Fusion n’a pas tout expliqué, elle a accéléré ce que deux autres mouvements avaient commencé. Le premier est l’arrivée des circuits dédiés sur des algorithmes qui s’en croyaient protégés : Kaspa se minait confortablement sur carte graphique jusqu’en 2023, année où les premiers ASIC kHeavyHash ont réduit la part des GPU à presque rien. Le second est la concentration du minage Bitcoin, entamée dès 2013, qui a vidé les pools de petite taille et emporté avec eux les logiciels grand public qu’ils distribuaient.
Il y a donc trois causes de décès distinctes dans les pages qui suivent, et il vaut la peine de les tenir séparées. Un logiciel meurt parce que son algorithme disparaît, parce que son matériel devient obsolète, ou parce que son auteur s’arrête. Le troisième cas est le plus traître : le binaire continue de fonctionner, personne ne le corrige, et son nom reste haut dans les résultats de recherche pendant des années.
Claymore et PhoenixMiner, les deux références de l’époque Ethash
Ces deux noms occupent encore le haut des comparatifs francophones. Les deux sont hors service. Pour des raisons différentes.
Claymore’s Dual Ethereum Miner a dominé le minage Ethash pendant des années. Sa dernière version, la 15.0, date du 4 décembre 2019. Son auteur a cessé de répondre, et le logiciel a heurté un mur technique parfaitement daté : le fichier DAG d’Ethereum grossit à chaque époque, et la version 15.0 ne gérait rien au-delà de l’époque 384, franchie en 2021. Le mineur s’arrêtait, tout simplement. Des correctifs communautaires ont prolongé sa vie de quelques mois ; la Fusion a réglé la question définitivement.
PhoenixMiner a récupéré la clientèle de Claymore, puis a disparu à son tour. Aucune version officielle n’est parue depuis 2021, et les canaux de distribution d’origine du projet ne sont plus tenus. Le problème est qu’un nom aussi recherché ne reste jamais vacant longtemps : des versions falsifiées circulent depuis sous cette étiquette, distribuées par des sites de téléchargement tiers et des liens de forum. Les systèmes de gestion de rig ont publié des avertissements à ce sujet, et des vols de fonds ont été documentés chez des utilisateurs ayant lancé une de ces copies. Télécharger aujourd’hui un fichier nommé PhoenixMiner revient à exécuter un binaire dont plus personne ne peut attester l’origine, ce que les vérifications de provenance à faire avant de lancer un mineur permettent d’éviter.
ethOS et RaveOS : les systèmes de rig débranchés
Deux systèmes dédiés au pilotage de rigs ont cessé d’exister, à quinze ans d’intervalle dans leur trajectoire mais pour des motifs voisins.
ethOS, distribution Linux vendue par gpuShack et livrée préinstallée sur clé USB, a été l’un des premiers systèmes conçus uniquement pour miner. Sa dernière version publiée, la 1.3.1, remonte à avril 2018. La suivante n’est jamais réapparue. Le modèle, une licence payante par rig sur un système figé, n’a pas résisté à l’arrivée de plateformes gratuites jusqu’à deux machines.
RaveOS a tenu bien plus longtemps, jusqu’au 1er février 2026, date à laquelle le tableau de bord et l’infrastructure ont été arrêtés. Les rigs déjà installés continuent de miner en mode autonome, sans supervision centralisée, sans bascule de pool à distance et sans mise à jour. C’est le sort le plus courant pour ce genre de service : le logiciel local survit, la partie qui lui donnait son intérêt s’éteint. Tout comparatif qui recommande encore RaveOS date d’avant cette année.
MinerGate, Honeyminer, BitMinter : les services grand public fermés
Trois services ont porté l’essentiel du minage domestique de la décennie 2010, avec le même argument : un bouton, un pool intégré, aucune configuration. Les trois sont fermés.
Service | Ce qu’il proposait | Fin |
|---|---|---|
MinerGate | Interface graphique, pool intégré, plus de quarante monnaies annoncées | Service arrêté, demandes de remboursement closes le 1er décembre 2023, dernier versement traité le 1er février 2024 |
Honeyminer | Minage automatique sur processeur et carte graphique, paiement en bitcoin | Opérations arrêtées le 16 octobre 2021 |
BitMinter | Pool Bitcoin avec son propre client graphique en Java | Minage arrêté le 1er juillet 2020, site fermé le 2 juillet 2021 |
Le cas BitMinter est instructif parce que sa fermeture a été expliquée. Elle a été annoncée en juin 2020, un mois après le halving qui a ramené la récompense de bloc de 12,5 à 6,25 BTC. La puissance de calcul du pool était devenue trop faible pour offrir des paiements réguliers, et les tentatives d’attirer de gros mineurs avaient échoué. C’est la même dynamique qui a vidé le minage Bitcoin domestique : la concentration rend les petits pools invivables, et la récompense est aujourd’hui à 3,125 BTC depuis avril 2024, moitié moins encore.
Les binaires MinerGate qui circulent toujours sur des sites de téléchargement ne se connectent plus à rien, et certains ont été reconditionnés avec une charge utile. Leurs remplaçants pour un usage quotidien sont détaillés dans le comparatif des mineurs encore maintenus sous Windows.
EasyMiner, GUIMiner, MultiMiner : les interfaces gelées
Trois interfaces graphiques reviennent dans toutes les listes destinées aux débutants. Aucune n’a bougé depuis des années.
Logiciel | Dernière version | Ce qui l’a arrêté |
|---|---|---|
GUIMiner | Dernier code en janvier 2014 | Conçu pour miner Bitcoin au processeur et à la carte graphique, rendu inutile par les ASIC |
MultiMiner | 4.3.1, février 2020 | Simple habillage de BFGMiner, gelé en même temps que lui |
EasyMiner | Version 98, mai 2020 | Interface pour cpuminer et cgminer, jamais adaptée aux algorithmes récents |
Le point commun saute aux yeux. Aucun des trois n’est un mineur. Ce sont des fenêtres posées par-dessus des moteurs tiers, et elles meurent quand le moteur meurt. GUIMiner reste le cas d’école, avec un projet dont le dernier code remonte à janvier 2014 et qui figure pourtant encore dans des articles publiés cette année. Sur une machine ancienne où l’on voudrait les essayer, ce qu’il reste possible de faire sous les vieilles versions de Windows donne les limites réelles.
CGMiner et BFGMiner, vivants mais pas là où on les cite
Ces deux-là méritent une nuance. Ils sont mal classés, pas morts.
CGMiner a perdu son support GPU en 2013, à la version 3.8. Le retrait était assumé : les circuits dédiés venaient de rendre le minage Bitcoin sur carte graphique sans objet, et maintenir deux moteurs n’avait plus de sens. Depuis, c’est un pilote d’ASIC, rien d’autre. Le dépôt principal est archivé en lecture seule, dernière étiquette v4.11.1, dernière poussée de code en mai 2020. Le voir présenté en « logiciel de minage GPU compatible NVIDIA et AMD », comme dans quantité de tableaux comparatifs, revient à recommander un programme qui ne détectera même pas la carte.
Le code, lui, n’a pas disparu : il tourne à l’intérieur de la plupart des firmwares ASIC du marché, d’origine comme alternatifs, sous forme de dérivés maintenus séparément par les fabricants. BFGMiner occupe la même niche, avec un dernier mouvement de code en 2023. Sur une machine SHA-256, c’est le firmware qui se choisit, pas le mineur, et le choix d’un mineur ASIC pour le Bitcoin part de là.
Le même sort attend T-Rex, longtemps la référence sur cartes NVIDIA : son dernier binaire publié date d’octobre 2022, quelques semaines après la Fusion. Il fonctionne toujours sur KawPow et Etchash, il n’est simplement plus développé, et aucune carte sortie depuis n’a été optimisée pour lui. Ce n’est pas un logiciel dangereux, c’est un logiciel qui prend du retard à chaque génération de matériel.
Vérifier soi-même en trente secondes
Le tri fait sur cette page vaudra ce que valent ses dates. Et les dates bougent. Autant savoir refaire le contrôle, il tient en trois réflexes et ne demande aucune compétence technique.
Ouvrir la page de publication, pas la page d’accueil. Un site de projet peut rester en ligne des années après le dernier commit. Seule compte la liste des versions publiées, avec leur date. Un mineur GPU dont le dernier fichier date d’avant l’automne 2022 n’a pas connu une seule génération de cartes depuis.
Regarder si le dépôt est archivé. Les forges affichent un bandeau explicite lorsqu’un projet passe en lecture seule. C’est le cas de CGMiner, dont le dépôt principal porte cette mention. Un projet archivé n’acceptera plus de correctif, y compris de sécurité, quel que soit ce qu’on découvre dedans.
Comparer la date avec le rythme habituel. Un mineur actif publie toutes les six à dix semaines, parce que les pilotes bougent, les algorithmes s’ajustent et les cartes changent. Un silence de dix-huit mois dans un projet qui livrait tous les deux mois se lit sans ambiguïté.
Un dernier signal, moins évident : le nom de domaine. Plusieurs projets abandonnés ont vu leur adresse rachetée après expiration, puis remise en ligne à l’identique par un tiers qui y distribue autre chose. Une page qui ressemble à celle d’un logiciel connu mais dont la dernière actualité date de plusieurs années, et qui propose pourtant un téléchargement tout neuf, mérite d’être refermée. Les étapes propres d’une installation, somme de contrôle comprise, sont décrites dans la procédure de téléchargement d’un logiciel de minage.
Ce qui reçoit encore des versions aujourd’hui
Voilà la liste courte. Chaque ligne porte la date de la dernière version publiée, relevée au 13 août 2026. Elle est plus fiable que n’importe quel classement, parce qu’une date se vérifie.
Logiciel | Matériel | Dernière version | Ce qu’il sert à miner |
|---|---|---|---|
SRBMiner-Multi | Processeur, AMD, NVIDIA, Intel Arc | 3.5.4, août 2026 | RandomX, kHeavyHash et une centaine d’algorithmes |
WildRig Multi | AMD, NVIDIA | 0.50.1, août 2026 | KawPow et les algorithmes de niche |
BzMiner | AMD, NVIDIA, Intel Arc | 25.0.1, juillet 2026 | Etchash, Ergo, KawPow, Kaspa, minage double |
XMRig | Processeur surtout | 6.26.0, mars 2026 | RandomX, donc Monero |
lolMiner | AMD, NVIDIA, Intel Arc | 1.98a, septembre 2025 | Etchash, Autolykos 2, Kaspa, Nexa, Octopus |
Un détail mérite d’être relevé. Les trois premières lignes ont été publiées cet été, et ce n’est pas un hasard de calendrier. Les auteurs encore actifs le sont parce qu’ils ont diversifié leurs algorithmes bien avant septembre 2022, au lieu de tout miser sur Ethash. SRBMiner-Multi en couvre une centaine, WildRig s’est spécialisé dans les monnaies de niche, BzMiner a suivi chaque nouvelle chaîne en preuve de travail apparue depuis. Ceux qui ne faisaient qu’Ethash se sont arrêtés en même temps que leur algorithme.
Sur un PC ordinaire, deux chemins restent ouverts. Pas trois. Le processeur mène à Monero et à XMRig, libre, compilable, avec un prélèvement d’auteur fixé à 1 %. La carte graphique mène à Ergo, Ravencoin ou Ethereum Classic, avec lolMiner ou BzMiner. Dans les deux cas la facture d’électricité décide du reste, et le décompte de ce que coûte vraiment un minage annoncé gratuit chiffre le point d’équilibre au tarif d’août 2026.
Reste une catégorie qui ne meurt jamais. Celle des sites qui promettent des revenus quotidiens sans matériel. Ceux-là ne ferment pas faute de logiciel, ils ferment quand les dépôts s’arrêtent, et un nouveau nom prend la place la semaine suivante. Les plateformes de cloud mining qui existent réellement et celles qui n’existent que sur le papier se départagent avec une seule division, celle du hashrate promis par le hashrate disponible.
Questions fréquentes
PhoenixMiner peut-il encore servir sur Ethereum Classic ?
Le problème n’est pas l’algorithme mais le fichier : plus aucune version officielle n’est distribuée depuis 2021, et ce qui circule sous ce nom provient de sources invérifiables, avec des cas de vol documentés. lolMiner et BzMiner couvrent Etchash et sont, eux, publiés par leurs auteurs.Un vieux rig sous ethOS ou RaveOS mine-t-il encore ?
Un rig RaveOS continue de calculer en mode autonome, sans pilotage à distance ni mise à jour. Le remettre sous un système soutenu vaut mieux, et le choix d’une version LTS d’Ubuntu pour un rig détaille la bascule.Pourquoi tant de comparatifs citent-ils encore ces logiciels ?
Parce qu’ils se recopient les uns les autres depuis des listes de 2019, sans jamais ouvrir la page de téléchargement. La date de la dernière version publiée est le seul contrôle qui prend dix secondes et qui tranche.Une carte graphique de l’époque Ethereum sert-elle encore à quelque chose ?
Sur les algorithmes restants, oui, avec des rendements bien plus bas et une consommation inchangée. Les hashrates par modèle sont dans le relevé de performances des cartes graphiques en minage.Existe-t-il encore un logiciel de minage Bitcoin pour PC ?
Aucun qui produise un revenu. Le réseau tourne autour de 900 EH/s, une carte graphique y apporte quelques centaines de mégahachages, soit un rapport de l’ordre du milliardième. Le SHA-256 se mine sur ASIC, et ce que coûte réellement une machine d’occasion donne le ticket d’entrée.