Consommation électrique du minage Bitcoin : chiffres, chaleur et loi
Sommaire :
Ce que consomme le réseau, et comment on l’estime
La comparaison honnête, plutôt que le slogan
D’où vient l’électricité des fermes
Gaz torché et effacement : l’argument de l’énergie perdue
La chaleur, seconde vie de l’électricité
Ce qu’Ethereum a retiré de l’addition mondiale
Où le minage est interdit, toléré ou taxé
MiCA, et ce que le règlement ne dit pas du minage
En France : légal, non subventionné, imposé à la réception
Questions fréquentes
Ce que consomme le réseau, et comment on l’estime
Au 1er août 2026, l’indice de l’université de Cambridge situe le réseau Bitcoin à 16 GW de puissance appelée, soit environ 141 TWh sur un an. La fourchette du même modèle s’étale de 75 à 247 TWh, ce qui donne la mesure de l’exercice.
Car personne ne mesure rien. Il n’existe aucun compteur planté à la sortie du réseau Bitcoin. L’estimation se construit à l’envers : on connaît la puissance de calcul totale, on connaît les modèles de machines vendus depuis 2013 et leur efficacité en joules par térahash, et on suppose qu’un mineur n’allume que ce qui lui rapporte de l’argent. Cambridge retient un panier de machines encore rentables à un prix d’électricité supposé de 5 cents le kWh, et ajoute une marge pour le refroidissement et les pertes.
Digiconomist, l’autre référence du secteur, annonce 204 TWh, soit 45 % de plus. L’écart n’est pas du bruit : le modèle part du chiffre d’affaires des mineurs et suppose qu’une part écrasante file en électricité. Sa courbe grimpe donc quand le bitcoin monte, indépendamment du nombre de machines branchées. Deux modèles opposés, aucune mesure, et un écart d’un tiers entre les deux : c’est l’état réel du dossier.
Ramené à la production électrique mondiale, autour de 31 000 TWh, le minage de Bitcoin pèse entre 0,45 et 0,65 % selon le modèle retenu. Cambridge écrit « environ 0,5 % » dans son rapport d’avril 2025.
La comparaison honnête, plutôt que le slogan
« Bitcoin consomme autant qu’un pays » est vrai et ne veut rien dire. Le pays en question dépend du modèle retenu : 141 TWh, c’est un peu plus que les Pays-Bas et un peu moins que la Pologne, qui a consommé 169 TWh en 2024. La formule impressionne parce qu’un pays a des habitants et pas un réseau informatique, mais elle ne dit rien de l’usage.
La comparaison utile est ailleurs. L’Agence internationale de l’énergie chiffre la consommation mondiale des centres de données à 415 TWh en 2024, soit environ 1,5 % de l’électricité mondiale, et projette 945 TWh en 2030 sous la poussée de l’intelligence artificielle. Bitcoin pèse donc à peu près le tiers de ce que consomment déjà les centres de données, et il en représentera un septième en 2030 si les deux courbes tiennent.
Côté émissions, le rapport de Cambridge d’avril 2025 avance 39,8 millions de tonnes de CO₂ équivalent pour l’année 2024, environ 0,08 % du total mondial. Ce chiffre ne rend le minage ni propre ni sale : il le situe.
Ce qui compte davantage que le total, c’est la nature de la charge. Une ferme de minage est un consommateur d’électricité qui peut s’arrêter en quelques secondes, s’installer n’importe où et fonctionner sans interruption. Ces trois propriétés en font un client idéal pour de l’électricité que personne d’autre ne peut acheter, et un concurrent gênant partout où le réseau est déjà saturé. Tout le débat tient là-dedans.
D’où vient l’électricité des fermes
Le rapport de Cambridge, publié en avril 2025 sur les données 2024, donne la répartition suivante.
Source | Part en 2024 | Part en 2022 |
|---|---|---|
Renouvelables | 42,6 % | non détaillé |
Nucléaire | 9,8 % | non détaillé |
Gaz naturel | 38,2 % | 25,0 % |
Charbon | 8,9 % | 36,6 % |
Renouvelables et nucléaire additionnés font 52,4 % d’électricité bas carbone, contre 37,6 % deux ans plus tôt. La progression est réelle, mais elle mérite d’être lue jusqu’au bout : le charbon passe de 36,6 à 8,9 % pendant que le gaz monte de 25 à 38,2 %. L’essentiel du gain vient d’une substitution du charbon par le gaz, pas de l’arrivée massive de renouvelables.
Deuxième réserve, plus gênante. Ces chiffres viennent d’une enquête déclarative auprès de 49 sociétés de minage couvrant 48 % de la puissance mondiale, extrapolée à l’ensemble. Aucune mesure indépendante et auditée du mix électrique du minage n’existe à ce jour. L’ancien Bitcoin Mining Council, qui publiait des chiffres plus flatteurs, s’est arrêté après le premier semestre 2023 et son site ne répond plus.
Un chiffre de la même enquête change la lecture géographique du secteur : les États-Unis concentrent 75,4 % de l’activité déclarée, le Canada 7,1 %. Parti de Chine en 2021, le secteur n’y est pas revenu.
Gaz torché et effacement : l’argument de l’énergie perdue
Chaque année, l’industrie pétrolière brûle à la torche du gaz qu’elle ne peut ni transporter ni vendre : 167 milliards de mètres cubes en 2025, troisième hausse annuelle d’affilée selon la Banque mondiale. Ce gaz produit du CO₂ sans produire un seul kilowattheure utile.
D’où l’idée de poser un générateur et des machines de minage au pied du puits. Crusoe Energy l’a fait à grande échelle : plus de 425 centres de données modulaires, plus de 250 MW installés dans sept États américains et en Argentine, et un cumul revendiqué de 22 milliards de pieds cubes de gaz non torché depuis 2018, soit 0,62 milliard de mètres cubes. L’entreprise a d’ailleurs revendu son activité de minage à NYDIG en mars 2025 pour se consacrer aux centres de calcul pour l’IA.
Le rapprochement des deux chiffres est instructif : 0,62 milliard de mètres cubes évités en sept ans, face à 167 milliards torchés en une seule année. L’effet est réel, documenté, et statistiquement invisible.
Payé pour éteindre : le cas texan
Le second argument est plus solide, parce qu’il se lit sur des comptes publiés. Sur le réseau texan ERCOT, un mineur peut se qualifier comme charge pilotable, c’est-à-dire s’engager à réduire sa consommation sur ordre. La société Lancium a développé le logiciel qui permet d’atteindre une consigne de puissance en moins de quinze secondes, un délai qu’aucun consommateur industriel classique ne tient.
Riot Platforms a encaissé 56,7 millions de dollars de crédits d’effacement en 2025, après 33,7 millions en 2024. Pendant la canicule d’août 2023, le seul mois lui avait rapporté 31,7 millions. Autrement dit, l’opérateur gagne parfois davantage à éteindre ses machines qu’à les faire tourner.
Le régulateur texan a approuvé près de 5 500 MW de charge flexible de ce type, avec plus de 26 000 MW en file d’attente. Un mineur devient là une réserve de puissance négative, mobilisable plus vite qu’une centrale. C’est le meilleur argument industriel du secteur, et il a un revers : il suppose une ferme suffisamment grande pour signer ce genre de contrat. Le particulier branché sur son tarif domestique n’en verra jamais la couleur, comme le montre la structure de coûts d’une ferme de minage professionnelle.
La chaleur, seconde vie de l’électricité
Une machine de minage ne consomme pas l’électricité, elle la convertit. Presque toute l’énergie entrée ressort en chaleur, et cette chaleur est la seule chose qu’un mineur produit en plus des bitcoins. Plusieurs installations la revendent au lieu de la jeter.
En Finlande, MARA alimente deux réseaux de chaleur urbains dans l’ouest du pays : 3,5 MW à Satakunta, avec une eau sortie entre 55 et 78 °C, et 1,25 MW à Seinäjoki en combinant les machines et des pompes à chaleur. La chaleur remplace de la tourbe, du fioul et du bois, et l’exploitant chiffre à 455 tonnes de CO₂ par mégawatt et par an ce que la substitution évite. Le pilote initial, 2 MW, desservait déjà près de 4 000 foyers dans une commune de 11 000 habitants.
Aux Pays-Bas, le cultivateur Bert de Groot chauffe sa serre à tulipes et sèche ses bulbes avec des machines alimentées par les panneaux solaires de ses toitures, sous l’enseigne Bitcoin Bloem, depuis l’hiver 2022. L’air ressort environ 20 °C plus chaud qu’il n’est entré.
En Norvège, KryptoVault s’est installé dans l’ancienne papeterie de Hønefoss, à une heure d’Oslo, et cède la chaleur de ses machines à une scierie voisine : le bois y sèche en quatre jours au lieu de deux à trois mois à l’air libre.
Au Manitoba, Canaan a annoncé en janvier 2026 un pilote de 3 MW avec Bitforest : 360 machines Avalon refroidies par liquide, une eau portée à plus de 75 °C, et une serre de tomates en boucle fermée. Les résultats sont attendus au bout de vingt-quatre mois.
À l’échelle d’un logement, Heatbit vend un radiateur qui mine, le Trio, 1 500 W pour 10 TH/s, annoncé pour une pièce d’environ 37 m² et facturé autour de 850 dollars. Le fabricant lui-même présente le bitcoin produit comme une réduction du coût de chauffage, pas comme un revenu.
Une précision s’impose sur un exemple qui circule beaucoup : la piscine municipale d’Exmouth, dans le Devon, est bien chauffée depuis 2023 par des serveurs immergés, avec 62 % de gaz économisé, mais ces serveurs font du calcul loué à des clients, pas du minage. L’installation est réelle, l’attribution au minage ne l’est pas.
Reste à additionner. Toutes les installations nommées ci-dessus totalisent quelques dizaines de mégawatts, face aux 16 000 MW que consomme le réseau. Alex de Vries, qui tient Digiconomist, qualifie la récupération de chaleur d’« extrêmement de niche », et sur le volume il a raison : la chaleur ne voyage pas loin, il faut un consommateur thermique à côté de la ferme, et ils sont rares. Ça change le calcul d’une serre ou d’un logement, pas celui du réseau. Pour un particulier, l’équation ressemble d’ailleurs beaucoup à celle du minage adossé à des panneaux solaires : ce qui rend l’opération viable, ce n’est pas le bitcoin produit, c’est la dépense qu’il remplace.
Ce qu’Ethereum a retiré de l’addition mondiale
Le 15 septembre 2022, Ethereum est passé de la preuve de travail à la preuve d’enjeu. Le réseau consommait alors environ 22,9 TWh par an ; il en consomme aujourd’hui 2,6 GWh, soit une division par près de neuf mille. Les émissions associées sont passées de 11 millions de tonnes de CO₂ équivalent à 870 tonnes.
À l’échelle du secteur, Ethereum pesait à peu près un sixième de l’électricité consommée par l’ensemble des chaînes en preuve de travail. Son départ a donc retiré d’un coup une part substantielle de l’empreinte des crypto-monnaies, sans qu’aucun État ait eu besoin d’intervenir.
Pour le matériel, la conséquence a été immédiate et définitive : les cartes graphiques qui minaient de l’Ethash n’ont plus rien eu à miner, et le marché de l’occasion s’est effondré en quelques semaines. Il reste des algorithmes ouverts au GPU, mais leurs revenus n’ont rien de comparable, comme le détaille la page sur le hashrate réel des cartes graphiques et leur rentabilité.
Où le minage est interdit, toléré ou taxé
La carte a beaucoup bougé depuis 2021, et elle continue.
Pays | Régime | Depuis |
|---|---|---|
Chine | Interdit, activité résiduelle clandestine | mai puis septembre 2021 |
Angola | Interdit, peines de prison | avril 2024 |
Russie | Interdit dans dix régions jusqu’en 2031, saisonnier en Sibérie | janvier 2025 |
Iran | Licence obligatoire, suspensions saisonnières | 2019, durci depuis |
Tadjikistan | Vol d’électricité pour miner passible de prison | décembre 2025 |
Kazakhstan | Redevance au kWh, quotas contre part de production | 2023, révisé en août 2026 |
France et Union européenne | Légal, aucun agrément requis | toujours |
La Russie a bâti son interdiction sur un argument énergétique explicite : son ministère de l’Énergie évalue le minage à 16 TWh par an, soit 1,5 % de la consommation nationale. L’interdiction couvre dix régions jusqu’au 15 mars 2031, et trois régions sibériennes ferment chaque hiver, du 15 novembre au 15 mars.
L’Iran a choisi une autre voie : le minage y est légal sous licence, mais l’électricité se paie au prix export au lieu du tarif subventionné, et les machines s’arrêtent l’été quand la climatisation sature le réseau. Les autorités annoncent plus de 252 000 machines clandestines saisies depuis 2022 et payent désormais des primes aux dénonciateurs.
Le Kazakhstan, cinquième pays du secteur, applique depuis 2023 une redevance par kilowattheure dont le barème est inversement proportionnel au prix payé : plus le mineur paie son électricité cher, moins il paie de taxe. Le 1er août 2026, un régime supplémentaire est entré en vigueur : les fermes d’au moins 150 MW peuvent obtenir des quotas d’électricité à tarif régulé sur dix ans, en échange de 10 % des actifs numériques produits une fois l’électricité déduite, versés à une réserve d’État.
Aux États-Unis, les deux tentatives d’encadrement ont échoué. La taxe fédérale de 30 % sur l’électricité du minage, proposée en mai 2023, a disparu de l’accord budgétaire un mois plus tard. Le moratoire de l’État de New York, signé en novembre 2022, ne visait que les permis d’émission des centrales à combustible fossile alimentant directement une ferme, et il a expiré en novembre 2024.
MiCA, et ce que le règlement ne dit pas du minage
Le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs, dit MiCA, s’applique depuis le 30 juin 2024 pour les stablecoins et depuis le 30 décembre 2024 pour le reste. Il encadre trois choses : les émetteurs de crypto-actifs, les émetteurs de jetons adossés à des actifs, et les prestataires de services sur crypto-actifs, ces derniers étant les plateformes d’échange, les conservateurs, les gestionnaires de portefeuille et les intermédiaires d’ordres.
Le minage n’y figure pas. Il ne fait pas partie des services énumérés par le règlement, un mineur n’est donc pas un prestataire au sens de MiCA, et aucune autorisation n’est requise pour brancher des machines dans l’Union. Le Parlement européen avait bien envisagé d’interdire la preuve de travail : l’amendement a été rejeté en commission en mars 2022, au profit d’une obligation de transparence.
Cette transparence existe, mais elle ne pèse pas sur les mineurs. Ce sont les émetteurs, dans leur livre blanc, et les plateformes, sur leur site, qui doivent publier les incidences climatiques du mécanisme de consensus des actifs qu’ils proposent : consommation d’énergie, émissions, eau, déchets électroniques. Le régulateur a donc choisi de faire remonter l’information au consommateur final sans toucher à l’activité qui la produit.
En France : légal, non subventionné, imposé à la réception
Brancher des machines en France ne demande aucune autorisation. Aucun tarif électrique dédié n’existe non plus, ni abattement, ni zone franche : un mineur paie l’électricité comme tout le monde. Au 1er août 2026, le tarif réglementé bleu s’établit à 0,2001 € le kWh en option base et 0,1589 € en heures creuses, et le tarif professionnel tourne autour de 0,1583 €. À ces prix, une machine de dernière génération perd de l’argent avant même d’avoir été amortie, ce que confirme le classement du matériel par efficacité en joules par térahash.
Fiscalement, les jetons obtenus par minage relèvent des bénéfices non commerciaux, au titre de l’article 92 du code général des impôts. Deux conséquences pratiques en découlent, et ce sont celles qui piègent le plus de débutants.
D’abord, l’imposition se fait à la réception des jetons, à leur valeur du jour, pas au moment où on les revend. Un mineur qui a reçu des bitcoins en janvier et qui les garde doit malgré tout les déclarer au titre de l’année. Ensuite, le régime micro-BNC applique un abattement forfaitaire de 34 % sur les recettes, dans la limite de 77 700 € pour les revenus de 2023 à 2025 et de 83 600 € pour ceux de 2026 à 2028.
La flat tax à 31,4 %, en vigueur depuis janvier 2026, ne concerne pas ces revenus-là : elle s’applique à la plus-value réalisée lors de la revente ultérieure des actifs. Le détail des cases, du calcul et des sanctions se trouve dans les pages sur la fiscalité du minage crypto en France et sur la déclaration des gains de minage, qui reprennent le formulaire ligne par ligne. Le cadre juridique français vu du côté du droit complète le tableau.
Reste un débat français, ouvert en août 2025 : une proposition de loi visait à utiliser les excédents d’électricité nucléaire pour miner du bitcoin sur des sites EDF, sous forme de pilote de cinq ans. Elle n’a pas prospéré, mais elle dit assez bien ce que le minage représente pour un pays qui produit parfois plus d’électricité qu’il n’en écoule.
Pour comprendre d’où vient l’argent que tout cela met en jeu, la page sur la récompense de bloc et la part des frais prend le relais. Et si la question porte sur le matériel plutôt que sur la facture, celle qui décrit l’intérieur d’une machine et ses contraintes physiques répond plus directement.
Questions fréquentes
Combien consomme le réseau Bitcoin en 2026 ?
Environ 141 TWh par an selon l’indice de Cambridge au 1er août 2026, 204 TWh selon Digiconomist. Soit entre 0,45 et 0,65 % de l’électricité mondiale.Le minage est-il alimenté par des renouvelables ?
À 42,6 %, auxquels s’ajoutent 9,8 % de nucléaire, d’après l’enquête de Cambridge sur les données 2024. Le gaz naturel reste la première source unique, à 38,2 %.Peut-on chauffer sa maison avec une machine de minage ?
Oui, et c’est même le seul cas où le calcul tient à petite échelle, puisque presque toute l’électricité consommée ressort en chaleur. Le bitcoin produit réduit une facture de chauffage, il ne la remplace pas.MiCA oblige-t-il un mineur à se déclarer ?
Non. Le minage ne fait pas partie des services encadrés par le règlement. Les obligations d’information environnementale pèsent sur les émetteurs de jetons et sur les plateformes d’échange.Le minage est-il légal en France ?
Oui, sans agrément ni déclaration préalable. Les revenus relèvent des bénéfices non commerciaux et s’imposent au moment où les jetons sont reçus.Ethereum se mine-t-il encore ?
Non, depuis le 15 septembre 2022. La chaîne fonctionne en preuve d’enjeu et sa consommation électrique a été divisée par près de neuf mille.