materiel-mining.fr

Choisir un logiciel de minage : les huit vérifications, dans l’ordre

Divers

Choisir un logiciel de minage : les huit vérifications, dans l’ordre

Il n’y a pas de meilleur logiciel de minage, il y a un logiciel qui correspond à l’algorithme d’une monnaie et au matériel d’une machine. Tout le reste se déduit. Cette page ne propose donc aucun classement : elle déroule les huit vérifications qui décident, dans l’ordre où elles comptent, depuis celle sans laquelle rien ne démarre jusqu’à celle qui empêche une carte de cuire un dimanche soir. La liste des binaires disponibles est ailleurs ; ici, c’est la méthode.

  • L’algorithme de la monnaie visée, avant tout le reste

  • Les frais de développeur, et où ils se lisent réellement

  • La provenance du binaire : trois gestes qui prennent deux minutes

  • Antivirus : distinguer le faux positif du vrai cheval de Troie

  • Le fichier de configuration : les cinq lignes qui décident

  • Lire un journal de mineur ligne par ligne

  • Le pilotage à distance et ce qu’il ouvre

  • Les garde-fous de température

  • Ce qui ne doit pas entrer dans la décision

1. L’algorithme de la monnaie visée

Un mineur ne calcule que ce qu’il a implémenté. Cette évidence est la première cause d’échec au démarrage, parce que les listes en circulation raisonnent en noms de monnaies alors que le code raisonne en algorithmes.

Deux exemples suffisent. Monero tourne sur RandomX, un algorithme volontairement gourmand en cache et en branchements, conçu pour qu’un processeur généraliste garde l’avantage : lancer une carte graphique dessus donne un rendement dérisoire, et beaucoup de mineurs GPU ne le proposent même pas. À l’inverse, Ravencoin tourne sur KawPow, réservé aux cartes graphiques : un processeur y produit un hashrate mesurable en dizaines de hachages par seconde, autant dire rien.

La conséquence pratique tient en une phrase : on part de la monnaie, on en déduit l’algorithme, l’algorithme désigne le matériel, et seulement ensuite on ouvre la liste des binaires compatibles. Le catalogue des mineurs rangés par algorithme et par matériel fait cette correspondance ligne par ligne.

Une vérification préalable évite une soirée perdue : la monnaie visée se mine-t-elle encore ? Ethereum est passé en preuve d’enjeu le 15 septembre 2022 et aucun logiciel ne le ramènera. Cardano, Solana et Ripple n’ont jamais reposé sur la preuve de travail. Kaspa se minait sur carte graphique jusqu’à l’arrivée des circuits dédiés en 2023, après quoi le hashrate d’un GPU y est devenu symbolique.

2. Les frais de développeur, et où ils se lisent

Deuxième critère, parce qu’il conditionne le calcul de rentabilité et qu’il se vérifie en trente secondes. Tous les mineurs gratuits prélèvent un pourcentage du temps de calcul au profit de leur auteur, entre 0,5 et 3 % selon le binaire et selon l’algorithme. À 1 %, cela fait 14 minutes et 24 secondes de calcul offert par tranche de 24 heures.

Ce taux se lit à trois endroits, et il faut les recouper.

  • Le fichier de documentation livré avec l’archive, qui donne en général un tableau par algorithme. lolMiner, par exemple, publie une ligne par algorithme, de 0,7 % sur Etchash à 2 % sur Nexa.

  • Les premières lignes affichées au démarrage, où la plupart des mineurs annoncent leur taux avant de se connecter au pool.

  • Le code source, quand il existe. XMRig est sous GPLv3, et l’on y trouve deux constantes explicites : niveau par défaut à 1 %, plancher à 1 %. Le paramètre existe, il ne descend simplement pas plus bas.

Trois signaux doivent faire reculer. Un binaire fermé qui annonce zéro frais se finance autrement, et pas forcément avec votre accord. Le mineur dont le taux ne figure nulle part dans la documentation officielle n’a pas de taux annoncé du tout. Et les correctifs de type « nodevfee » qui circulent depuis des années suppriment rarement le prélèvement : ils le redirigent. Ce que représentent ces pourcentages en minutes de calcul réelles est chiffré dans le décompte de ce qui est gratuit et de ce qui ne l’est pas.

terminal affichant le journal d’un mineur en cours : hashrate par carte, parts acceptées et latence du pool

3. La provenance du binaire

Les logiciels de minage sont la charge utile la plus fréquente des faux téléchargements. La raison est simple : un programme qui fait chauffer la machine et dialogue avec un serveur distant n’a l’air suspect à personne, pas même à son propriétaire. Trois gestes suffisent à écarter l’essentiel du risque.

Un seul point de téléchargement. Le dépôt public de l’auteur, ou le site officiel du projet, et rien d’autre. Ni site agrégateur, ni miroir, ni lien de forum, ni archive protégée par mot de passe, ce dernier détail servant précisément à empêcher l’analyse antivirus au téléchargement. Les binaires repackagés circulent surtout sous les noms les plus recherchés, y compris ceux de logiciels arrêtés depuis des années.

La somme de contrôle. Les projets sérieux publient un fichier de sommes SHA-256 à côté des archives. XMRig va plus loin et joint la signature GPG de ce fichier à chaque version. La vérification prend une commande.

Système

Commande

Windows, PowerShell

Get-FileHash .\xmrig-6.26.0-windows-x64.zip -Algorithm SHA256

Linux, macOS

sha256sum xmrig-6.26.0-linux-static-x64.tar.gz

La chaîne obtenue fait 64 caractères hexadécimaux et doit correspondre signe pour signe à celle publiée. Un écart, même d’un signe, signifie que le fichier n’est pas celui que l’auteur a produit.

La date de la dernière version. Un programme dont le dernier fichier remonte à plus de deux ans tourne souvent encore, mais il n’a pas vu les architectures récentes et personne ne corrigera la faille qui s’y trouve. Le détail des noms qui traînent encore dans les comparatifs alors qu’ils ne reçoivent plus rien est dans l’inventaire des logiciels de minage arrêtés. Les étapes d’installation elles-mêmes sont couvertes par la procédure de téléchargement et de première mise en route.

4. Antivirus : le faux positif et le vrai cheval de Troie

Presque tous les moteurs antivirus signalent les mineurs légitimes. Ils les classent en « application potentiellement indésirable », catégorie créée exactement pour ce cas : un logiciel qui n’est pas malveillant en soi mais qui, installé à l’insu du propriétaire de la machine, l’est complètement. Un binaire officiel de XMRig déclenchera l’alerte. C’est normal, documenté, et ce n’est pas un indice.

Ce qui distingue le faux positif du vrai piège :

  • La somme de contrôle correspond à celle publiée par l’auteur. C’est le critère décisif, et il rend tous les autres secondaires.

  • Le nom de la détection. Une mention de type « PUA » ou « Riskware » désigne la catégorie mineur. Un nom de famille de cheval de Troie, de voleur d’identifiants ou d’injecteur désigne autre chose, et le fichier part à la poubelle sans discussion.

  • Le comportement au démarrage. Un mineur légitime se connecte au pool que vous avez écrit dans son fichier de configuration, et à lui seul, exception faite des courtes fenêtres de prélèvement. Une connexion sortante vers une adresse que vous n’avez pas configurée n’a aucune raison d’être.

La bonne pratique n’est jamais de désactiver la protection, mais d’ajouter une exception limitée au dossier du mineur, après vérification. La machine détient une adresse de portefeuille et souvent des identifiants de pool ; c’est le pire endroit où retirer le dernier filet. Les vecteurs d’infection propres au minage montrent à quoi ressemble l’attaque quand elle réussit.

5. Le fichier de configuration : les cinq lignes qui décident

Entre le binaire vérifié et le premier hachage, il reste une poignée de paramètres. Ils sont les mêmes chez tous les mineurs, à la syntaxe près, et quatre pannes de démarrage sur cinq viennent de l’un d’entre eux.

Paramètre

Ce qu’il contient

L’erreur classique

Algorithme

Le nom exact attendu par le binaire, du type autolykos2 ou kawpow

Écrire le nom de la monnaie au lieu de celui de l’algorithme

Adresse du pool

Serveur, port, et parfois un préfixe de chiffrement

Prendre un serveur asiatique depuis la France, ce qui fait grimper les parts obsolètes

Adresse de portefeuille

Celle qui recevra les paiements

Copier une adresse d’une autre chaîne, auquel cas les fonds sont perdus

Nom de worker

L’identifiant de la machine dans le tableau de bord du pool

Le même nom sur deux machines, dont les statistiques se mélangent

Mot de passe

Souvent inutile, il sert surtout à passer des options au pool

Ignorer la difficulté fixe, utile quand les parts arrivent trop vite ou trop lentement

Ce dernier champ est le moins connu et le plus utile. La plupart des pools acceptent une consigne du type d=8192 dans le mot de passe pour imposer une difficulté de part fixe. Trop basse, la machine inonde le pool de solutions minuscules et sature sa liaison ; trop haute, elle n’envoie presque rien et les statistiques mettent des heures à devenir lisibles. Un réglage qui produit une part toutes les dix à trente secondes est un bon point de départ.

Une vérification vaut la peine avant de laisser tourner : le premier paiement. Beaucoup de pools imposent un seuil minimal, et une petite machine peut mettre des semaines à l’atteindre. Le seuil, le mode de rémunération et la fréquence des versements sont les premiers chiffres à lire sur la page d’un pool, avant même ses frais.

6. Lire un journal de mineur

Un mineur qui tourne écrit des lignes en continu, et ces lignes sont le seul retour honnête sur ce qui se passe. Trois compteurs comptent vraiment.

Les parts acceptées. Chaque fois que la machine trouve une solution au niveau de difficulté fixé par le pool, elle l’envoie et le pool la valide. C’est l’unité de mesure de votre contribution, et donc de votre paie. La console affiche généralement un cumul du type accepted (312/2) : trois cent douze parts validées, deux refusées.

Le taux de rejet. Le pool a refusé la solution. Au-delà de 1 % du total, il y a un problème réel : réglage mémoire trop agressif, carte instable, ou serveur de pool situé à l’autre bout du monde. Un taux de rejet qui grimpe après un surcadençage indique que le gain de hashrate est payé en travail perdu, ce qui arrive plus souvent qu’on ne le croit.

Les parts obsolètes, ou stale shares. La solution était bonne mais elle est arrivée après que le bloc a été trouvé par quelqu’un d’autre. C’est un problème de latence, pas de calcul. La plupart des mineurs affichent le temps de réponse du pool à côté de chaque part acceptée : au-delà de 100 ms, changez de serveur régional. Un pool européen depuis la France répond en général sous 30 ms, contre 250 à 300 ms pour un serveur asiatique.

Un quatrième chiffre mérite d’être compris pour éviter une inquiétude inutile : le hashrate affiché par le mineur et celui affiché par le pool ne coïncident jamais à l’instant t. Le premier est mesuré directement, le second est reconstitué à partir des parts reçues, donc statistique. Sur quelques minutes, l’écart peut atteindre 30 % dans un sens ou dans l’autre ; sur vingt-quatre heures, les deux convergent. Comparer les deux valeurs à cinq minutes d’intervalle ne sert à rien.

Une fois ces compteurs stables, la rentabilité se calcule à partir du hashrate côté pool, du tarif électrique et de la difficulté du jour, selon la méthode de calcul appliquée au tarif français. Le mode de rémunération du pool joue aussi, et les quatre critères qui séparent un pool sérieux d’un autre les détaillent.

7. Le pilotage à distance et ce qu’il ouvre

Dès qu’une machine tourne sans écran, il faut pouvoir la consulter. Tous les mineurs modernes embarquent pour cela une petite interface web ou une API en JSON. lolMiner l’expose par exemple avec --apiport, désactivée par défaut, et fournit même une page de suivi consultable au navigateur.

Un réglage compte plus que les autres, et il est régulièrement laissé de côté : l’adresse d’écoute. Par défaut, lolMiner écoute sur 0.0.0.0, c’est-à-dire sur toutes les interfaces réseau. Sur un réseau domestique fermé, cela n’a pas grande conséquence. Derrière une redirection de port ouverte sur l’extérieur, cela publie l’état de la machine, et parfois davantage. Deux règles suffisent :

  • lier l’API à 127.0.0.1 quand elle ne sert qu’en local, ou à l’adresse du réseau interne ;

  • ne jamais exposer directement le port d’API sur internet, et passer par un tunnel SSH quand il faut consulter le rig depuis l’extérieur.

Le même raisonnement vaut pour l’accès système. Une machine de minage est allumée en permanence, souvent oubliée, et fait une base de rebond commode. Un système sans bureau graphique, mis à jour et accessible par clé plutôt que par mot de passe, réduit la surface d’un facteur considérable : le choix de la version LTS et la configuration d’accès d’un rig sous Ubuntu traite ce point en pratique. Sur un poste Windows qui sert aussi à autre chose, les arbitrages sont différents et se lisent dans le comparatif des mineurs sous Windows.

8. Les garde-fous de température

Dernier critère, et le seul dont l’absence coûte du matériel plutôt que du rendement. Les binaires sérieux arrêtent une carte au-dessus d’un seuil et la relancent en dessous d’un autre. lolMiner le fait avec --tstop et --tstart, en degrés Celsius, et permet de choisir le capteur de référence avec --tmode.

Ce dernier réglage n’est pas un détail. Sur une carte AMD récente, la température de jonction dépasse couramment de 20 à 30 °C celle du bord de puce ; sur une carte NVIDIA équipée de mémoire GDDR6X, c’est la mémoire qui atteint son seuil de bridage en premier, bien avant le cœur. Un garde-fou réglé sur la température de bord laisse donc passer exactement ce qu’il devait attraper.

Capteur

Ce qu’il mesure

Seuil d’arrêt raisonnable

Bord de puce

Le boîtier du processeur graphique

75 à 80 °C

Jonction, ou point chaud

Le point le plus chaud du silicium

95 à 100 °C

Mémoire

Les puces GDDR

95 à 100 °C

Une précision que la documentation de lolMiner donne elle-même et qu’il faut prendre au sérieux : ces mineurs ne pilotent pas les ventilateurs et ne régulent pas la température. L’arrêt est une protection contre la casse, du type ventilateur bloqué, pas un outil de réglage thermique. Le refroidissement se traite en amont, au montage, comme le rappelle l’assemblage d’un rig, de la ventilation à l’alimentation.

Ce qui ne doit pas entrer dans la décision

Trois arguments reviennent dans tous les comparatifs et n’ont aucun poids une fois la machine lancée.

L’interface graphique. Un mineur se configure une fois, en trois lignes, puis tourne pendant des semaines. La qualité de sa fenêtre n’a d’effet que pendant les cinq premières minutes, et les binaires les plus performants sont en ligne de commande.

Le nombre de monnaies annoncées. Un logiciel qui revendique cent cinquante monnaies compatibles en implémente en réalité une vingtaine d’algorithmes, dont trois ou quatre valent la peine. La seule question utile porte sur l’algorithme visé, pas sur la longueur de la liste.

Le classement lui-même. Le meilleur mineur pour une RX 7900 XT sur Autolykos 2 n’est pas le meilleur pour une RTX 4070 sur KawPow. La méthode qui tranche vraiment tient en une heure : lancer les deux candidats successivement, mêmes réglages, même pool, et comparer le hashrate mesuré côté pool ainsi que le taux de rejet. Le résultat vaut mieux que n’importe quel palmarès, parce qu’il porte sur votre carte.

Questions fréquentes

  • Par quoi commencer quand on ne sait pas quelle monnaie miner ?
    Par le matériel disponible, en sens inverse. Un processeur seul mène à RandomX, donc à Monero. Une carte graphique mène à Autolykos 2, KawPow ou Etchash. Un ASIC ne laisse aucun choix, il ne calcule que son algorithme. Le parcours complet est décrit dans la marche à suivre pour un premier minage.

  • Comment savoir si un logiciel prélève plus que ce qu’il annonce ?
    En comparant le hashrate mesuré par le mineur et celui reconstitué par le pool sur vingt-quatre heures pleines. L’écart doit correspondre au taux annoncé, à un point près. Un écart durablement supérieur mérite un changement de binaire.

  • Faut-il un mineur différent pour chaque carte d’un même rig ?
    Non, un binaire pilote toutes les cartes de la machine, y compris de marques différentes chez ceux qui gèrent AMD, NVIDIA et Intel. Certains réglages, en revanche, se posent carte par carte.

  • Un mineur peut-il abîmer une carte graphique ?
    Pas par lui-même. L’usure vient d’ailleurs : une charge permanente sans surveillance thermique, un surcadençage mémoire maintenu trop haut, une alimentation sous-dimensionnée. Les seuils d’arrêt et un dimensionnement correct règlent les trois.

  • Les revenus du minage se déclarent-ils ?
    Oui, dès l’encaissement des jetons, sans attendre la revente. Le régime applicable et l’abattement sont précisés dans la fiscalité du minage en France.