Surveiller un rig de minage à distance : ce qu'aucune sonde ne voit
Un rig de six cartes qui mine dans le vide consomme exactement ce qu’il consomme quand il produit : 3 100 W, soit 74,4 kWh et 14,77 € par jour au tarif réglementé de septembre 2026, 0,1985 € le kilowattheure pour un abonnement de 9 à 36 kVA. Trois jours sans que personne ne regarde le tableau du pool, et la facture a pris 44,31 € pour zéro part validée.
Deux pannes, deux additions. Une machine éteinte ne coûte que sa marge, quelques euros par jour, parfois rien du tout au tarif français. Une machine allumée qui ne produit plus coûte sa facture entière. Vues depuis le tableau du pool, elles se ressemblent : le hachage rapporté tombe à zéro dans les deux cas.
Quatre signaux les séparent, et tous doivent sortir de la pièce : les parts validées chez le pool, la puissance tirée à la prise, la température ambiante, une image du rack. Chacun se pose en moins d’une heure. L’ensemble coûte entre zéro et une centaine d’euros, et le parcours se termine par une vérification qui ne demande l’avis de personne : vous débranchez la machine, et l’alerte arrive.
Le tableau de bord du pool alerte le premier, et il ne coûte rien
Le pool est le seul point de relevé qui vit ailleurs que chez vous. Il compte les parts que la machine lui envoie. Cette information a une propriété qu’aucune sonde locale n’aura jamais : elle survit à la panne de tout ce qui se trouve dans la pièce, box comprise.
La plupart des pools publics ont un robot de notification. Chez 2Miners, le robot Telegram prévient quand un worker passe hors ligne, pour un nombre quelconque de machines et sans abonnement ; les applications mobiles du même pool font la même chose. La mise en route demande le nom du worker et l’adresse de paiement. Rien d’autre.
Deux réserves. Ce sont elles qui commandent tout le reste du parcours. La première tient au mode de calcul : un pool affiche un hachage rapporté, moyenné sur une fenêtre glissante, une heure le plus souvent, avec des cumuls à 12 heures, 24 heures et au-delà. Une machine qui s’arrête à 3 h du matin fait descendre la courbe progressivement ; le seuil d’alerte se franchit dix à trente minutes après l’incident. Parfois plus. La seconde est plus gênante. Le pool sait que la machine ne parle plus ; il ne sait pas pourquoi. Carte morte, alimentation en sécurité, coupure de courant, panne du fournisseur d’accès, mauvaise adresse de paiement copiée la veille, il envoie le même message. La configuration du pool et de l’adresse de paiement mérite d’ailleurs sa propre vérification, parce qu’une adresse fautive produit exactement la même courbe plate qu’une panne. Le pool constate. Il n’explique pas.
Les sondes des cartes : ce que le logiciel lit, ce qu’aucune interface ne rend
Le logiciel de minage affiche pour chaque carte une température de cœur, un régime de ventilateur en pourcentage et une puissance en watts. Ces trois valeurs viennent de la carte elle-même et se consultent depuis n’importe quel navigateur quand l’interface distante est activée. Elles règlent la moitié des questions et créent l’illusion de couvrir l’autre.
Les 110 °C de la mémoire ne s’affichent pas partout
Sur les cartes à mémoire GDDR6X, la durée de vie se joue à la jonction mémoire. Le cœur, lui, tient sans peine. Le bridage thermique de la mémoire se déclenche autour de 110 °C, pour une jonction spécifiée à 120 °C au maximum, et une carte qui mine avec ses réglages d’usine atteint ce seuil en quelques minutes. Les mesures publiées sur la génération RTX 30 montrent 96 à 108 °C en jeu et l’appui contre les 110 °C en minage, ce qui vaut relecture avant de brancher une carte d’occasion à mémoire GDDR6X.
Or cette valeur manque là où tournent la plupart des rigs. Sous Linux, nvidia-smi et la bibliothèque NVML ne l’exposent pas : la demande est ouverte chez NVIDIA depuis 2021 et n’a pas abouti. Le pilote Windows la publie par NVAPI, et c’est ce que lit HWiNFO64. Les distributions de minage la récupèrent par des chemins détournés, avec des trous selon les modèles de cartes. Un rig sous système Linux dédié peut donc afficher 62 °C de cœur en toute franchise pendant que sa mémoire frôle son seuil de bridage. L’affichage ne ment pas. Il ne montre pas la grandeur qui compte.
L’écart entre la pièce et la carte en dit plus que la carte
Une carte à 70 °C ne veut rien dire seule. À 70 °C dans une pièce à 20 °C, le refroidissement travaille avec 50 degrés d’écart et garde de la réserve. À 70 °C dans une pièce à 42 °C, la même carte n’a plus que 28 degrés devant elle et son ventilateur tourne déjà au maximum : le premier coup de chaud extérieur la fait basculer. L’écart est donc la grandeur utile, et il demande une seconde sonde hors du châssis. Le dimensionnement du débit d’air de la pièce part du même écart.
Autre angle mort, en dehors des cartes : le brassage. Un ventilateur de caisson piloté par un contrôleur 12 V n’est branché sur aucun bus qui remonte quoi que ce soit. Il s’arrête sans rien dire. La seule trace qu’il laisse est une dérive lente des températures, difficile à distinguer d’un été qui commence.
Une sonde de température dans la pièce, pas dans le châssis
Un capteur de température et d’humidité Wi-Fi coûte autour de 23 €, avec une précision annoncée de ±0,3 °C et deux ans d’autonomie sur des piles AAA. Il se pose à hauteur d’aspiration des cartes, à un mètre du mur, jamais dans le flux d’air chaud de sortie qui mesurerait le rig plutôt que la pièce.
Un piège coûte une commande à beaucoup de monde : ces capteurs ne parlent pas tous directement au réseau. Le modèle T315 de la gamme Tapo, par exemple, fonctionne seul comme un thermomètre à écran, et n’envoie ses alertes à distance qu’associé au concentrateur H100 de la même marque. Sans ce boîtier, il affiche joliment 43 °C sur une étagère que personne ne regarde. Le budget réel de cette étape est donc de 50 à 60 €, concentrateur compris, et non de 23 €.
Le seuil se règle sur ce que vous savez de la pièce, pas sur un chiffre général. Relevez la température maximale atteinte pendant une semaine de marche normale, ajoutez cinq degrés, et posez l’alerte là. Une alerte réglée trop bas se déclenche chaque après-midi d’été et cesse d’être lue au bout de trois jours. Une alerte qu’on n’ouvre plus n’est plus une alerte.
La prise mesurante, et le rig qu’elle ne peut pas porter
C’est le seul relevé qui dit « la machine tire encore du courant » sans rien installer sur elle. Une prise connectée avec mesure coûte 11 à 25 € et rapporte la puissance instantanée à 2 ou 3 % près. Réglée sur un seuil bas, elle prévient dès que la consommation tombe sous une valeur que seule une machine à l’arrêt peut produire.
Mais elle s’insère en série entre le mur et l’alimentation, donc elle encaisse tout ce que le rig consomme. Les modèles courants sont donnés pour 16 A, soit 3 680 W, certains pour 2 500 W seulement. Un appareil qui tire en continu ne se pose pas au-delà de 80 % de la capacité annoncée de ce qui le porte : 2 944 W pour une prise à 3 680 W. Le rig de 3 100 W de l’ouverture dépasse cette limite. Une prise à 2 500 W est hors-jeu dès le départ. Le boîtier ne disjoncte pas forcément le premier jour ; il chauffe, jour et nuit, comme chauffe une alimentation qu’on charge au-delà de son palier de rendement.
Trois sorties, selon la machine. Un rig bridé sous 2 500 W accepte la prise mesurante sans discussion. Un rig au-dessus se mesure en amont, au tableau, et les quatre façons de relever la puissance absorbée disent laquelle tient un mois entier plutôt qu’un instant. Une installation à plusieurs machines mesure chaque départ séparément, ce qui suppose que chaque machine ait sa ligne et son disjoncteur.
La même prise sert d’interrupteur à distance. Elle coupe et relance la machine sur commande, donc sur horaire, donc sur les plages d’un contrat à double index ou sur le calendrier des jours rouges.
Ce qui relance la machine quand personne n’est devant
Relever ne sert à rien si le retour sur place prend trois jours. Deux dispositifs rendent le déplacement inutile dans les deux cas les plus fréquents, et aucun des deux ne dépasse le prix d’un riser.
Le réglage de BIOS qui rallume après la coupure
La coupure de courant se traite dans le BIOS, gratuitement. Le réglage s’appelle « Restore on AC Power Loss », « AC Back Function » ou « State After Power Failure » selon les fabricants, et se passe sur « Power On ». Par défaut, une carte mère de bureau reste éteinte quand le courant revient. Quatre secondes de coupure, huit heures d’arrêt.
Le watchdog USB pour la machine figée
La machine figée se traite par un watchdog USB. Le module attend un signal périodique envoyé par le système ; quand le signal cesse, il actionne le connecteur de reset de la carte mère. Comptez une dizaine d’euros pour un module générique acheté en ligne, jusqu’à une centaine pour un boîtier de marque avec logiciel et documentation. Les pilotes fournis visent Windows ; sous Linux, le module fonctionne mais le service qui envoie le signal se configure à la main.
L’onduleur, lui, reste écarté, et c’est la position tenue par l’inventaire des pièces qui ne calculent pas. Un modèle capable de tenir un rig de 900 W coûte 200 à 400 € pour quelques minutes d’autonomie. Sur un serveur de fichiers, cet argent protège des écritures en cours. Sur un rig, il n’y a rien à sauvegarder. Le travail perdu vaut quelques secondes de hachage, et le BIOS réglé fait repartir la machine tout seul.
La caméra pour ce qu’aucune sonde ne remonte
Une caméra IP ne mesure rien. Elle attrape donc ce que les sondes laissent passer : la LED de façade éteinte, la multiprise qu’on a débranchée dans la maison pour y mettre un aspirateur, la porte du local restée ouverte, un dépôt de fumée, un ventilateur immobile qu’on voit à l’image alors que le capteur à effet Hall continue de rapporter un régime. Elle répond aussi à la question que le pool ne traite pas : la machine est-elle éteinte, ou est-elle allumée sans produire.
Comptez 27 € pour un modèle d’intérieur en 1080p avec vision nocturne infrarouge. Il se pose face au rack, là où se lisent les diodes, et non face à la porte. L’enregistrement local sur carte microSD évite l’abonnement, et un modèle qui accepte l’Ethernet se branche sur le même switch que le rig au lieu d’encombrer le Wi-Fi de la pièce.
Un local non chauffé change les critères. C’est là que le choix se complique. Un garage, un abri de jardin ou un local technique imposent une étanchéité certifiée, une plage de fonctionnement qui descende sous zéro, une portée de vision nocturne réelle et une alimentation secteur permanente plutôt qu’une batterie qui se vide en hiver. Un modèle extérieur courant annonce l’indice IP66, 30 mètres de vision nocturne et une double connexion filaire ou Wi-Fi 2,4 GHz pour 35 € environ ; le détail des gammes et de leurs indices se compare sur la meilleure caméra Tapo pour l’extérieur, qui met ces critères en face les uns des autres. Poser un modèle d’intérieur dans un garage marche jusqu’au premier hiver humide.
Ce que chaque relevé coûte, et ce qu’il ne voit pas
La colonne de droite décide de l’ordre de pose. Elle dit quel trou le relevé suivant vient boucher.
| Relevé | Coût | Ce qu’il détecte | Ce qu’il ne voit pas |
|---|---|---|---|
| Sondes du logiciel de minage | 0 € | cœur du GPU, régime des ventilateurs, watts par carte | la jonction mémoire sous Linux, l’air de la pièce, une machine éteinte |
| Robot du pool | 0 € | hachage tombé, worker hors ligne, parts refusées | la cause de l’arrêt, et rien avant 10 à 30 min |
| Sonde de température de pièce | 50 à 60 € avec son concentrateur | air ambiant, ventilation de pièce à l’arrêt | l’état des cartes, un arrêt franc jusqu’à ce que la pièce refroidisse |
| Prise mesurante | 11 à 25 € | machine à l’arrêt en moins de 2 min, puissance réelle | rien au-delà de 2 944 W, et pas un rig allumé qui mine dans le vide |
| Watchdog USB | 10 à 100 € | système figé, signal périodique interrompu | il agit sans rien relever : ni carte morte, ni coupure secteur |
| Réglage BIOS de relance | 0 € | rien : il relance après retour du courant | tout le reste, et il n’envoie aucune alerte |
| Caméra IP | 27 à 35 € | diodes, fumée, porte ouverte, câble débranché | aucune valeur chiffrée, et il faut ouvrir l’application |
Vérifier que l’alerte arrive, et ce qui la fait taire
Le test tient en dix minutes et se fait une fois, au moment de la pose. Coupez l’alimentation du rig, puis chronométrez. Le seuil bas de la prise mesurante doit alerter en moins de deux minutes, la sonde de pièce ne bougera pas avant un bon quart d’heure, le pool suivra dans la demi-heure. Si un des trois ne dit rien au bout d’une heure, il n’est pas réglé. Il est décoratif. Refaites le test après chaque changement de box, d’application ou de mot de passe Wi-Fi.
Ce test révèle en général le défaut qui compte. La prise, la caméra et le concentrateur du capteur passent tous par la même box, en 2,4 GHz, dans une pièce pleine de métal et de cartes qui rayonnent. Quand la box tombe, ou quand la ligne du fournisseur d’accès coupe, les trois se taisent ensemble. Et une surveillance qui se tait ressemble exactement à une surveillance qui n’a rien à signaler.
La parade ne coûte rien : une seule des alertes doit fonctionner à l’envers, sur l’absence de nouvelles plutôt que sur leur contenu, et vivre hors de la maison. Le robot du pool fait ce travail par construction, puisqu’il prévient quand le worker cesse de parler. Une installation de plusieurs machines gagne en plus une redondance gratuite, que détaille l’organisation d’une ferme domestique : deux rigs déclarés comme deux workers, et le silence d’un seul devient une information au lieu d’un doute.
Questions fréquentes
Faut-il ouvrir un port sur la box pour consulter le rig à distance ?
Non, et c’est à éviter. L’interface d’un logiciel de minage exposée sur Internet est un service d’administration ouvert à tous : elle accepte des commandes, elle affiche l’adresse de paiement, et elle n’a pour la plupart aucune authentification digne de ce nom. Les alertes du pool, la prise et la caméra sortent par leur propre canal, sans redirection de port. Pour la consultation directe, un accès chiffré par réseau privé virtuel reste le seul chemin raisonnable.
Le hachage affiché par le pool est plus bas que celui du logiciel, est-ce une panne ?
Un écart de 1 à 3 % entre le hachage local et le hachage rapporté est normal : le premier compte ce que les cartes calculent, le second ce que le pool a validé, parts refusées et latence déduites. Un écart durable au-delà de 5 % désigne plutôt le réseau ou une carte qui produit des parts invalides. Le repère utile est le taux de parts refusées, qui doit rester sous 1 % sur 24 heures.
Une caméra suffit-elle si le budget est serré ?
Elle couvre le plus de cas pour 27 €, mais elle demande qu’on la regarde. Une sonde alerte, une caméra montre. Avec un seul poste à financer, le robot du pool vient d’abord puisqu’il ne coûte rien ; la caméra passe en deuxième et sert à comprendre l’alerte plutôt qu’à la déclencher.
Combien de temps une carte survit-elle à un ventilateur de caisson arrêté ?
Aucune durée générale ne tient, parce que tout dépend du volume de la pièce et de la charge. Le mécanisme, lui, est connu : le bridage thermique protège la carte en réduisant sa production bien avant la casse, donc une carte qui chauffe produit moins et le hachage baisse avant la panne. Une alerte posée sur une baisse de 10 % du hachage rapporté attrape cet incident plusieurs heures avant qu’une température ne devienne critique.
Faut-il surveiller le disque système ?
Sur un rig, le disque ne porte que le système et le logiciel ; il n’y a aucune donnée à perdre. Une clé USB ou un petit disque qui lâche se remplace en une réinstallation, et le choix des composants d’un rig traite ce poste comme consommable. Le seul relevé utile le concernant est indirect : une machine qui redémarre en boucle sans que le watchdog ait agi désigne presque toujours le support système.