Matériel minage : la liste de courses complète, pièce par pièce
La carte graphique ou l’ASIC monopolisent les comparatifs, et ils dépassent rarement la moitié de la facture d’une installation. Le reste tient dans une liste que personne ne publie en entier : ce qui porte les cartes, ce qui les alimente, ce qui les relie, ce qui évacue leur chaleur et ce qui mesure ce qu’elles consomment. Cette page déroule cette liste, pièce par pièce, avec les dimensions, les puissances et les prix qu’il faut avoir en tête avant de commander.
Le matériel de minage réserve des mauvaises surprises précises. Six connecteurs sur une carte mère ne font pas six ports utilisables de la même façon. Un bloc de 1 200 W ne délivre pas 1 200 W en continu sans y perdre. Un riser alimenté par la mauvaise prise finit par fondre. Chacun de ces points se règle en amont, pour quelques dizaines d’euros, ou se paie très cher en aval.
Le support : ce qui porte les cartes
Un support de minage bitcoin se choisit sur trois critères, et le prix n’en fait pas partie. L’espacement entre les cartes, la circulation d’air, la charge admissible.
Le châssis ouvert. C’est la structure la plus répandue pour un rig GPU : des profilés d’aluminium assemblés en cadre, sans panneau latéral, avec une barre supérieure sur laquelle les cartes se suspendent par leur équerre. L’espacement d’un emplacement à l’autre doit atteindre au moins 60 mm ; en dessous, le ventilateur d’une carte aspire l’air chaud recraché par sa voisine et les températures grimpent de dix degrés. Un cadre pour six à huit cartes se trouve entre 60 et 120 € en aluminium profilé. Les modèles en acier plié coûtent moins cher et se déforment sous la charge.
Le rack 19 pouces. Norme EIA-310 : 482,6 mm de largeur hors tout, 450,85 mm de passage libre entre les montants, une unité de hauteur valant 44,45 mm. Ce format s’impose dès qu’on aligne plusieurs machines, mais il ne convient pas à tout le matériel. Un ASIC refroidi par air mesure environ 40 à 45 cm de long, 20 cm de large et 29 cm de haut, pour 13 à 20 kg selon le modèle. Sa longueur dépasse le passage libre entre les montants : il ne se glisse pas en travers, il se pose sur une étagère, ventilateur d’aspiration côté allée froide. Les machines à circuit d’eau, plus plates, sont conçues pour le rack : un Antminer S21 XP Hyd tient dans 410 × 170 × 209 mm, soit cinq unités.
La charge. Six cartes graphiques haut de gamme pèsent une quinzaine de kilos, un ASIC jusqu’à vingt, et une étagère de rack standard supporte de 30 à 50 kg selon sa profondeur. Empiler quatre machines sur un meuble de bricolage finit mal. Les formats disponibles sont recensés sur notre page consacrée au rack de minage et à ce qu’il change au rendement.
Deux détails qui ne se voient qu’à l’usage : prévoyez 15 cm de dégagement à l’arrière pour le rayon de courbure des câbles d’alimentation, et posez la structure sur des patins antivibratoires. Un rig de six cartes fait vibrer un plancher bois, et cette vibration s’entend dans toute la maison.

La carte mère et le nombre de ports réellement utilisables
C’est le piège classique du matériel de minage crypto monnaies. Une carte mère annoncée avec six connecteurs PCI Express au format x16 ne fournit pas six liaisons x16. Sur une ASRock H510 Pro BTC+, vendue autour de 112 €, les six connecteurs sont bien physiquement au format x16, mais un seul est câblé en x16 : les cinq autres fonctionnent en x1, et un septième port de minage dédié travaille lui aussi en x1.
Pour le minage, cela suffit. Le fichier de travail de l’algorithme reste en mémoire vidéo une fois chargé, et le trafic sur le bus se résume aux résultats renvoyés au processeur. Une liaison x1 en PCI Express 3.0 transporte environ 985 Mo par seconde, largement de quoi. Le démarrage est simplement plus lent, parce que le chargement initial passe par ce goulot.
Trois vérifications avant d’acheter :
Le nombre de lignes du chipset. Certaines cartes désactivent un connecteur dès qu’un port M.2 est occupé. La documentation le précise dans un tableau de partage de ressources, jamais sur la fiche commerciale.
Le réglage du BIOS. Le mode « Above 4G Decoding » doit exister et être activable, sinon le système plafonne à quatre cartes reconnues quelle que soit la carte mère.
L’alimentation des connecteurs. Au-delà de six emplacements, les cartes mères de minage ajoutent des prises Molex ou SATA à alimenter séparément, sous peine d’instabilité aléatoire.
Le processeur n’a aucune influence sur le rendement : une puce d’entrée de gamme du socket correspondant, à quelques dizaines d’euros, fait le travail. Huit gigaoctets de mémoire vive suffisent pour six cartes, seize deviennent nécessaires au-delà de huit. Les modèles courants sont comparés sur notre page dédiée aux cartes mères pour six cartes graphiques, et celle qui aide à choisir un configurateur de machine de minage déroule l’assemblage complet.
L’alimentation et son calcul de dimensionnement
Le dimensionnement se fait en trois lignes, et il ne se devine pas.
Additionnez la consommation réelle des cartes, au réglage que vous comptez appliquer. Six RTX 5080 bridées à 140 W font 840 W ; les mêmes au réglage d’usine, à 360 W, font 2 160 W.
Ajoutez 100 W pour la carte mère, le processeur, le disque et les ventilateurs.
Divisez par 0,8. Une alimentation ne se charge pas au-delà de 80 % en régime continu, sous peine de vieillissement accéléré et de ventilateur permanent à plein régime.
Le rig bridé demande donc 940 ÷ 0,8 = 1 175 W, soit un modèle de 1 200 W. Le même rig au réglage d’usine réclame 2 825 W, c’est-à-dire deux alimentations synchronisées par un module de démarrage. Une 1 200 W certifiée 80 PLUS Gold coûte entre 215 et 250 € chez les revendeurs français.
La certification se lit sur la facture d’électricité autant que sur l’étiquette. En 230 V, le niveau Gold impose 90 % de rendement à 20 % de charge, 92 % à 50 % et 89 % à pleine charge. Sur notre rig de 940 W, les 10 % perdus font 104 W dissipés en chaleur pure, soit 2,5 kWh par jour et 183 € par an au tarif réglementé. Une alimentation Platinum, plus chère de cinquante euros, récupère la moitié de cette perte en un an et demi. Souvent moins chers au watt, les blocs de récupération serveur sont détaillés sur notre fiche consacrée à l’alimentation de 2 000 W pour rig de minage.
Deux erreurs coûteuses : ne branchez jamais deux cartes sur un même câble PCI Express à double connecteur au-delà de 200 W cumulés, et n’utilisez pas d’adaptateur bricolé. Si vos cartes réclament du 8 broches et votre alimentation ne sort que du 6, passez par un convertisseur 6 vers 8 broches prévu pour cet usage.
Les risers, la pièce qui prend feu
Le riser déporte la carte graphique hors du connecteur de la carte mère : une petite carte femelle sur le châssis, un câble USB 3.0, une carte mâle dans le connecteur x1. Les versions 009S, 010X et 011 sont les plus fiables ; les générations antérieures ont mauvaise réputation. Comptez 40 à 70 € le lot de six.
Le point critique est l’alimentation du riser. Une carte graphique tire jusqu’à 75 W par le connecteur PCI Express, et c’est le riser qui doit les fournir. Trois prises existent pour cela :
Le connecteur PCI Express 6 broches : conçu pour 75 W. C’est le seul qui couvre le besoin avec de la marge.
Le Molex 4 broches : acceptable pour une carte modeste, à raison d’un riser par prise.
Le connecteur SATA : son rail 12 V n’est spécifié que pour 4,5 ampères, soit 54 W. Il est donc en dessous du besoin par construction. Ce sont ces câbles que l’on retrouve fondus sur les photos d’incendies de rigs.
La longueur du câble USB compte aussi : entre 30 et 60 cm. Plus court, il tire sur les connecteurs ; plus long, il accumule de la résistance et des erreurs de transmission qui se traduisent par des cartes qui disparaissent du système sans raison apparente. Prévoyez un remplacement tous les douze à dix-huit mois en fonctionnement continu, et un soufflage des connecteurs à l’air sec tous les trois à six mois. Notre fiche sur les risers pour le minage et leurs câbles d’extension compare les versions.
Le stockage, le système et le logiciel
Un disque de 120 à 240 Go suffit, en SSD SATA de préférence : le système écrit peu mais lit en continu, et un disque mécanique de récupération finit par claquer sous la vibration. Trois systèmes se partagent le terrain : une distribution dédiée au minage démarrée depuis une clé USB, une distribution Linux généraliste, ou Windows pour ceux qui veulent garder l’usage de la machine.
Un point à corriger, parce qu’il traîne dans presque tous les guides : CGMiner et BFGMiner ne minent plus au GPU depuis 2013. Le support des cartes graphiques a été retiré de CGMiner cette année-là, et l’installer sur un rig GPU en 2026 mène à un logiciel qui ne trouve aucun matériel. Ces deux programmes restent en revanche pertinents pour piloter des ASIC ou des FPGA.
Deuxième correction du même ordre : les cartes graphiques ne minent plus d’Ethereum. Le réseau est passé en preuve d’enjeu le 15 septembre 2022 et ne distribue plus rien aux mineurs. Ce qui tourne encore sur GPU relève d’Autolykos2, de KawPow, d’Octopus et de quelques réseaux plus récents. La page qui aide à choisir la machine adaptée à la monnaie visée fait le tri.
Une remarque enfin sur les FPGA, souvent présentés comme la troisième famille de matériel. Ce sont des circuits reprogrammables, adaptés à un algorithme donné par le chargement d’un fichier de configuration. Ils occupent des niches où aucun ASIC n’a été développé. Le nom d’ASICMiner, qu’on leur associe parfois, désigne en réalité une société chinoise fondée en 2012 qui fabriquait des ASIC bitcoin, contrôlait un cinquième du réseau en 2013, s’est effondrée sur des défauts de conception en 2014 et a disparu avec son fondateur en 2015. Elle n’a jamais produit de FPGA et n’existe plus.
La ventilation, le bruit et la chaleur
Toute la puissance électrique consommée ressort en chaleur : un rig de 940 W chauffe autant qu’un radiateur de 940 W, un ASIC de 3 510 W autant que trois. La comparaison est exacte au watt près.
Le dimensionnement de l’extraction se fait sur le débit. Pour évacuer 1 kW avec un écart de dix degrés entre l’air entrant et l’air sortant, il faut environ 300 mètres cubes par heure. Quatre ventilateurs de 120 mm à 2 000 tours en fournissent grossièrement autant, à condition qu’ils soufflent tous dans le même sens et qu’une entrée d’air froide existe à l’opposé. Un local sans entrée d’air recycle son propre air chaud, et la température monte jusqu’au bridage thermique des cartes.
Le bruit suit le débit. Un ASIC à plein régime produit 76 dB(A), le niveau d’un aspirateur, en continu. Un rig GPU bridé descend vers 45 dB(A) si les ventilateurs tournent à mi-régime, ce qui reste audible dans une pièce voisine. Un régulateur de vitesse de ventilateur asservit la vitesse à la température au lieu de laisser tourner à fond en permanence, et fait gagner une dizaine de décibels la nuit.
Les filtres à poussière en mousse coûtent quelques euros et se lavent. Sans eux, un radiateur de carte graphique se colmate en six mois dans une pièce normale, et le nettoyage impose alors un démontage complet.
Le wattmètre, la seule pièce qui dit la vérité
Additionner les valeurs des fiches produit donne une estimation ; mesurer donne un chiffre. Une prise wattmètre coûte 20 à 30 €, accepte 16 A et 3 680 W, affiche la puissance instantanée au dixième de watt près et cumule les kilowattheures sur plusieurs mois.
L’écart entre la somme des fiches et la mesure à la prise correspond exactement aux pertes de l’alimentation. Sur notre rig, 940 W annoncés se lisent 1 044 W au compteur. C’est ce second nombre qui apparaît sur la facture, et donc lui qu’il faut reporter dans un calcul de rentabilité. Mesurez, ne déduisez pas. Une pince ampèremétrique, une trentaine d’euros également, complète l’outillage quand il faut vérifier la charge d’un circuit au tableau plutôt qu’à la prise.
Le circuit électrique et son ampérage
Un circuit de prises en 16 A sous 230 V tient 3 680 W en pointe. En régime continu, on ne dépasse pas 80 % de cette valeur, soit 2 944 W, et il s’agit d’un circuit dédié : pas de four, pas de bouilloire, pas de plaque à induction sur la même ligne. Un branchement domestique français plafonne par ailleurs rarement au-delà de 12 kVA au compteur.
Deux conséquences pratiques. Un seul ASIC de 3 510 W dépasse déjà la limite continue d’une ligne 16 A : il lui faut un circuit en 20 ou 32 A, tiré depuis le tableau avec la section de câble correspondante. Et les alimentations à découpage génèrent chacune un courant de fuite de quelques milliampères vers la terre ; quatre ou cinq d’entre elles suffisent à faire déclencher un différentiel 30 mA sans qu’aucun défaut n’existe. La parade consiste à répartir les alimentations sur plusieurs différentiels.
Au-delà de quatre ou cinq machines, on quitte le domaine domestique : raccordement dédié, triphasé, armoire et déclaration. C’est le sujet de notre page sur l’installation minage professionnelle, du statut au raccordement électrique, qui vaut aussi pour le matériel de ferme de minage.
Le solaire, et l’ordre de grandeur avant d’y croire
L’idée d’alimenter un rig au photovoltaïque revient dans tous les forums, souvent accompagnée d’une batterie domestique. Les nombres refroidissent vite.
Un kilowatt-crête de panneaux produit de 950 à 1 400 kWh par an en France selon la région, environ 1 100 en moyenne nationale. Notre rig de six cartes consomme 22,6 kWh par jour, soit 8 200 kWh par an : il faut donc 7 à 8 kWc de panneaux, une surface de trente-cinq mètres carrés environ. Un seul ASIC de 3 510 W, avec ses 84 kWh quotidiens, en réclame près de 28 kWc.
La batterie ne comble pas le trou. Un Tesla Powerwall 3 stocke 13,5 kWh utiles et délivre 11,5 kW en continu. La puissance suffit largement, la capacité non : il tient un rig de 940 W pendant quatorze heures, et un ASIC de 3 510 W pendant moins de quatre. Il en faudrait six pour couvrir une seule journée sans soleil de cet ASIC, et la production de décembre tombe au quart de la moyenne annuelle. Le solaire réduit la facture d’un rig modeste sur six mois de l’année ; il ne remplace pas le réseau. Notre page sur la façon de rentabiliser une machine de minage avec des panneaux solaires chiffre l’installation complète.
La liste, récapitulée
Pièce | Spécification | Ordre de prix |
|---|---|---|
Châssis ouvert | Aluminium profilé, 6 à 8 emplacements, 60 mm d’entraxe | 60 à 120 € |
Carte mère | 6 connecteurs PCI Express, Above 4G Decoding | à partir de 112 € |
Processeur, mémoire, disque | Entrée de gamme, 8 Go DDR4, SSD 240 Go | quelques dizaines d’euros chacun |
Alimentation | 1 200 W, 80 PLUS Gold, modulaire | 215 à 250 € |
Risers | Version 009S ou 010X, prise 6 broches, câble 30 à 60 cm | 40 à 70 € les six |
Ventilation | 4 ventilateurs 120 mm, 300 m³/h par kilowatt | quelques dizaines d’euros |
Wattmètre | 16 A, 3 680 W, cumul en kWh | 20 à 30 € |
Circuit électrique | Ligne dédiée 16 A minimum, 2 944 W en continu | selon l’électricien |
Questions fréquentes
Peut-on monter un rig dans un boîtier de PC classique ? Jusqu’à deux cartes, oui, à condition de laisser un emplacement libre entre elles. Au-delà, la carte du bas aspire l’air chaud de celle du dessus et perd dix à quinze degrés de marge thermique. Le châssis ouvert répond à ce problème, et c’est sa seule raison d’être.
Combien consomme un rig de six cartes ? De 940 W bridé à 2 260 W au réglage d’usine, hors pertes d’alimentation. Comptez 10 % de plus au compteur, et vérifiez au wattmètre plutôt que sur les fiches.
Faut-il un onduleur ? Sur un rig, non : une coupure fait perdre quelques minutes de travail, rien de plus. Sur une installation où le redémarrage n’est pas automatique, un petit onduleur qui tient trente secondes évite un arrêt de plusieurs heures jusqu’à la prochaine visite.
Quel matériel pour miner autre chose que du bitcoin ? La liste ci-dessus vaut pour tout rig à cartes graphiques, quelle que soit la monnaie. Seul le logiciel change, et le réglage de bridage propre à l’algorithme retenu.
Que faut-il acheter en premier ? Le wattmètre et la ligne électrique. Tant que vous ne savez pas ce que votre installation consommera ni ce que votre tableau accepte, l’achat des cartes est prématuré.