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Minage bitcoin au gaz torché : ce qui tourne vraiment en 2026

Kits de minage

Cent soixante-sept milliards de mètres cubes de gaz naturel sont partis en fumée au-dessus des champs pétroliers en 2025. La Banque mondiale a publié le chiffre le 23 juin 2026, avec sa contrepartie financière : 54 milliards de dollars de gaz brûlé pour rien, un volume proche de la consommation annuelle de gaz de l’Afrique entière. Brancher des machines de minage sur cette flamme est une idée vieille de huit ans. Elle fonctionne, elle produit du bitcoin aujourd’hui, et elle tient sur quelques centaines de mégawatts à l’échelle mondiale.

Le reste tient dans des communiqués. Sur ce sujet, l’écart entre l’annonce et la machine qui tourne est le plus large de toute l’industrie du minage : un ensemble de 53 mégawatts existe sur le papier depuis mai 2025, quand le plus gros site réellement énergisé de l’année écoulée en pèse 50.

Pourquoi une compagnie pétrolière brûle un gaz qu’elle pourrait vendre

Le gaz torché n’est pas un gaz de mauvaise qualité. C’est du méthane, souvent enrichi en éthane et en propane, qui remonte avec le pétrole. On appelle ça du gaz associé. Le producteur cherche le pétrole ; le gaz arrive en prime, et il faut en faire quelque chose dans la seconde où il sort.

Trois obstacles se dressent, tous d’ordre physique ou administratif plutôt qu’économique. Aucun gazoduc n’arrive au bout du champ : un puits de schiste se fore en quelques semaines, une conduite se négocie en années. Le raccordement électrique bute sur la même horloge, une demande d’interconnexion se comptant elle aussi en années d’attente. Resterait l’acheteur de proximité. Il n’existe pas, parce que le volume est trop irrégulier et qu’il décroît de moitié dans les douze mois qui suivent la mise en production.

Restent deux issues. Réinjecter le gaz dans le réservoir, ce qui coûte cher et se justifie mal sur un petit puits. Ou le brûler à la torche, ce qui est légal, encadré et gratuit. Neuf pays concentrent plus de quatre cinquièmes du torchage mondial : Russie, Iran, Irak, Venezuela, Mexique, Libye, Algérie, Nigeria et États-Unis. Ils produisent ensemble moins de la moitié du pétrole mondial, ce qui indique que la géographie du torchage suit celle des infrastructures manquantes, pas celle des barils.

La Banque mondiale chiffre à 70 à 100 milliards de dollars l’investissement nécessaire pour supprimer le torchage de routine dans le monde. Moins de deux fois la valeur du gaz gaspillé chaque année. Le calcul est favorable sur le papier. Il ne se fait pas, parce que personne ne finance un gazoduc pour un puits dont la production décline.

C’est dans cet interstice que le minage s’est installé. Un mineur ne demande ni conduite, ni ligne haute tension, ni contrat de vente. Il demande du gaz, un moteur et une adresse électronique. Là où le producteur n’avait le choix qu’entre brûler et réinjecter, une troisième option est apparue : convertir sur place.

Du pied cube au térahash : la chaîne complète, chiffre par chiffre

L’installation type tient sur une plateforme de puits. Un groupe électrogène à gaz avale le gaz associé, un ou plusieurs conteneurs abritent les machines, et une liaison satellite ou cellulaire suffit à remonter les parts de travail vers le pool. Aucune fibre, aucun transformateur de poste source, aucune convention de raccordement.

Le constructeur canadien Upstream Data fabrique ces ensembles depuis 2017. Sa gamme Hash Generator se décline en quatre tailles, chacune notée avec sa consommation de gaz à charge continue.

Modèle

Puissance continue

Gaz consommé

Emplacements de machines

50 kW

48 kW

12 Mcf/jour

12

80 kW

80 kW

24 Mcf/jour

24

160 kW

160 kW

50 Mcf/jour

48

325 kW

325 kW

91 Mcf/jour

96

Le Mcf désigne le millier de pieds cubes, unité de compte du gaz nord-américain. Soit environ 28,3 mètres cubes. Chaque ligne donne son propre rendement, et l’écart compte : 96 kWh par Mcf sur le plus petit groupe, 80 sur le suivant, 76,8 sur le troisième, 85,7 sur celui de 325 kW. Soit un rendement thermique de 25,3 à 31,6 % selon la machine, médiocre pour une centrale et normal pour un moteur alternatif qui digère un gaz brut, humide et de composition variable. La suite du calcul retient le groupe de 325 kW, qui tourne vingt-quatre heures pour 7 800 kWh et 91 Mcf : c’est le plus gros du catalogue, donc celui qu’on installe sur un puits qui torche assez pour intéresser un mineur.

Ce que ces kilowattheures achètent en puissance de calcul

Un térahash par seconde maintenu pendant une journée consomme, sur une machine à 13,5 joules par térahash, exactement 13,5 × 86 400 joules, soit 0,324 kWh. C’est la classe d’un Antminer S21 XP, l’un des modèles que le constructeur canadien liste comme compatibles avec ses conteneurs.

Toujours sur ce groupe de 325 kW, 85,7 kWh divisés par 0,324 donnent 264 térahashs par seconde tenus pendant vingt-quatre heures pour un seul millier de pieds cubes. Au 14 août 2026, un térahash rapporte 49,6 satoshis par jour, quotient du revenu quotidien de l’ensemble des mineurs par la puissance du réseau. Le millier de pieds cubes rend donc 13 094 satoshis, soit 7,19 € au cours de 54 899 € le bitcoin.

Sur une machine plus ancienne, un Whatsminer M60S à 18,5 joules par térahash, la même quantité de gaz ne soutient plus que 193 térahashs et rapporte 5,25 €. L’écart atteint 37 %. C’est ce qui pousse les opérateurs à déplacer leur parc d’un site à l’autre.

Ce que ce même gaz vaudrait s’il était vendu

Ce même millier de pieds cubes, vendu au Henry Hub, la référence américaine, valait 2,79 $ par million de BTU le 11 août 2026. Un Mcf porte 1,037 million de BTU, soit 2,89 $, ou 2,51 € au taux de change du jour.

Converti en bitcoin sur une machine récente, le gaz rapporte donc près de trois fois ce qu’il vaut sur le marché. La comparaison est même indulgente. Ce gaz-là ne se vend pas, faute de conduite pour l’emporter. Sa valeur au bord du puits n’est pas de 2,51 €, elle est nulle, et c’est le seul point qui compte dans la décision du producteur.

Reste le coût de l’électricité ainsi fabriquée. En valorisant le gaz à son prix de marché, 2,51 € pour 85,7 kWh, le combustible revient à 0,029 € le kilowattheure. Le seuil d’équilibre d’une machine à 13,5 joules par térahash s’établit ce jour-là à 0,084 € le kilowattheure. La marge sur le combustible atteint 0,055 € par kilowattheure, soit environ 1 320 € par jour et par mégawatt installé, avant le groupe électrogène, son entretien, l’amortissement des machines et le personnel.

Cette marge fait vivre le secteur. Elle explique aussi pourquoi le procédé n’a aucun équivalent domestique : le tarif réglementé résidentiel français, 0,2001 € le kilowattheure en option base au 1ᵉʳ août 2026, vaut 2,4 fois le seuil d’équilibre de la meilleure machine du moment. Aucun réglage, aucune astuce de refroidissement, aucun choix de pool ne comble un écart pareil, et le classement des machines calculé au tarif français donne le même verdict sur toute la gamme.

Ce qui tourne réellement en 2026, opérateur par opérateur

Cinq ensembles ont une mise en service datée et revendiquée par leur exploitant. Les projets restés à l’état de lettre d’intention ou d’annonce de financement n’en font pas partie.

Exploitant

Puissance

Lieu

Depuis

NYDIG, parc racheté à Crusoe

270 MW annoncés par l’acheteur, 250 par le vendeur

7 États américains et Argentine

25/03/2025, annonce d’acquisition

MARA avec NGON

50 MW sur 4 sites

Texas et Dakota du Nord

12/2025, énergisé

Compass Mining avec 360 Energy

3,3 MW

Wyoming

09/2025, en service

Canaan avec Aurora AZ Energy

2,5 MW de calcul, attendus

Calgary, Alberta

10/2025, déploiement annoncé

Allied Energy avec EnerHash

1 MW

Texas

09/2024, en service

NYDIG détient de loin le premier parc mondial. Le 25 mars 2025, la société a racheté l’activité de minage de Crusoe Energy : plus de 425 centres de données modulaires, 250 mégawatts et davantage, répartis sur le Colorado, le Dakota du Nord, le Montana, le Wyoming, le Nouveau-Mexique, l’Utah, le Texas et l’Argentine. Environ 135 salariés ont suivi. Depuis le lancement de sa technologie, cette flotte a détourné de la torche près de 22 milliards de pieds cubes de gaz.

MARA a doublé sa capacité avec NGON. Le premier ensemble de 25 mégawatts a commencé à être énergisé en septembre 2024 au Texas et dans le Dakota du Nord, l’exploitant l’annonçant alors pleinement opérationnel pour janvier 2025 et ne le confirmant pleinement énergisé qu’en avril suivant ; l’extension à 50 mégawatts était pleinement énergisée en décembre 2025 et a été détaillée le 31 mars 2026. Quatre sites, dont deux nouvelles plateformes multipuits. Le délai entre la signature et la mise en service complète a été d’environ quatre mois, contre les années qu’exige un raccordement classique. L’exploitant chiffre à 315 905 tonnes équivalent CO₂ les émissions évitées depuis septembre 2024. Son président, Fred Thiel, résume le raisonnement : « le consommateur d’énergie n’est pas près de l’endroit où l’énergie est produite. La solution consiste à déplacer la demande là où se trouve la puissance. »

Compass Mining a ouvert son premier site hors réseau dans le Wyoming en septembre 2025, avec 360 Energy, pour 3,3 mégawatts. Le communiqué désigne le matériel employé comme relevant d’une génération antérieure et sous-employé, ce qui dit l’intérêt de l’opération mieux que la puissance : le site accueille des machines de la série S19, retirées des fermes raccordées au réseau parce que leur consommation n’y passe plus, et qui redeviennent productives sur un combustible gratuit.

Canaan a annoncé un pilote à Calgary le 13 octobre 2025, avec l’aménageur Aurora AZ Energy. Le communiqué est au futur, et il se lit comme tel : le fabricant attend du déploiement de 700 machines Avalon A15 Pro qu’il fournisse environ 2,5 mégawatts de capacité de calcul au bord du puits, pour un peu plus de 2 millions de dollars, avec une disponibilité visée de 90 % et 12 000 à 14 000 tonnes de CO₂ évitées par an. Ces mégawatts-là ne se comparent pas à ceux des lignes précédentes, qui mesurent une production électrique. Canaan évoque par ailleurs le potentiel d’alimenter la prochaine génération d’infrastructure d’intelligence artificielle répartie.

Allied Energy et EnerHash tiennent le plus petit site documenté, et le plus instructif. Le protocole d’accord de novembre 2022 annonçait un premier mégawatt, puis 20, puis 100 « rapidement ». En septembre 2024, l’exploitant a confirmé un mégawatt en service sur du gaz torché au Texas et l’encaissement de ses premiers revenus. Deux ans pour le premier pour cent de l’objectif. C’est le rythme réel du secteur, et il vaut d’être gardé en tête devant n’importe quelle annonce.

Le constructeur Upstream Data, enfin, revendique plus de 500 systèmes de calcul distribués déployés en Amérique du Nord depuis 2017. Ce sont des unités de 50 à 325 kilowatts, éparpillées sur des puits appartenant à des dizaines de producteurs différents, et qui ne figurent dans aucun décompte de mégawatts consolidé.

Le mégawatt s’en va vers l’intelligence artificielle

Le secteur ne grandit plus. Il change d’affectation.

Crusoe Energy était l’inventeur du procédé et son meilleur praticien. Sa technologie de digital flare mitigation a fait école, ses conteneurs ont détourné 22 milliards de pieds cubes de la torche, et l’entreprise a vendu l’ensemble de cette activité en mars 2025 pour se consacrer aux centres de données d’intelligence artificielle. Son dirigeant Chase Lochmiller a présenté l’opération comme un recentrage sur des infrastructures d’IA intégrées verticalement.

Ce mouvement n’est pas isolé. Sa logique est arithmétique. Un mégawatt consacré au minage produit, dans les conditions du 14 août 2026 et sur une machine à 13,5 joules par térahash, environ 74 pétahashs par seconde, soit près de 2 020 € de bitcoin par jour, avant tout coût. Le même mégawatt loué à un client qui entraîne des modèles se facture au contrat, sur plusieurs années, avec un revenu prévisible qu’aucune récompense de bloc ne garantit. L’état réel du marché du minage depuis le dernier halving rend cet arbitrage difficile à contester.

La conséquence pour le gaz torché est nuancée. Les sites les plus reculés restent hors d’atteinte de l’IA : un modèle s’entraîne sur des grappes de cartes graphiques qui exigent un refroidissement liquide, un réseau interne à très haut débit et une disponibilité proche de la perfection, trois choses qu’une plateforme de puits du Dakota du Nord ne fournit pas. Le minage garde donc les sites que rien d’autre ne peut occuper, ce qui est sa fonction depuis le premier jour, mais il cesse d’être la destination naturelle de tout mégawatt disponible.

West Newton : ce qu’une lettre d’intention ne prouve pas

Le cas le plus commenté du côté européen mérite d’être déroulé dans l’ordre, parce qu’il enseigne exactement la distinction qui manque à la plupart des articles sur le sujet.

Le 7 août 2025, Union Jack Oil publie un communiqué réglementaire sur West Newton, un gisement gazier de l’East Yorkshire. Le titre parle de monétisation précoce par le minage de cryptomonnaie. Le contenu dit ceci, mot pour mot : Rathlin Energy, l’opérateur du permis PEDL183, a signé pour le compte de la coentreprise une lettre d’intention non contraignante avec 360 Energy, société d’Austin, en vue de concevoir une solution de minage sur le site, sous réserve des autorisations réglementaires et de tiers.

Quatre éléments en réduisent la portée.

  • Le signataire n’est pas Union Jack Oil. C’est Rathlin Energy, l’opérateur. Union Jack détient 16,665 % du permis ; Reabold Resources en détient l’essentiel.

  • Une lettre d’intention n’engage à rien, par définition, et le communiqué le dit deux fois. Il ajoute que les partenaires « travaillent en vue de conclure un accord définitif contraignant ». Aucun accord définitif n’a jamais été annoncé depuis.

  • West Newton ne produit pas de gaz. Le champ est en phase d’appréciation et de développement, une évaluation indépendante de 2022 lui attribuant des ressources récupérables 2C de près de 200 milliards de pieds cubes. Une ressource 2C est une estimation de ce que le sous-sol contient, pas un débit au collecteur. Il n’y a donc, à ce stade, ni flamme à éteindre, ni gaz à convertir.

La suite est du même ordre. Ni la revue de portefeuille du 30 janvier 2026, ni le communiqué du 16 février, ni les résultats annuels du 26 mai, ni l’annonce d’intention ferme du 1ᵉʳ juillet 2026 ne contiennent le mot bitcoin. Le 1ᵉʳ juillet 2026, la société a accepté les termes d’une offre entièrement en actions de Reabold Resources, son conseil ayant estimé que c’était la seule solution de financement disponible pour éviter la déchéance de ses licences.

Le fil survit chez l’acquéreur. Reabold a créé en 2025 une filiale nommée KryptoByte, destinée à valoriser du gaz isolé, et a publié le 20 avril 2026 une mise au point après un article de presse : la société explore le potentiel du déploiement d’une installation de production électrique de petite taille sur le puits West Newton A, pour miner du bitcoin à partir des premiers débits de gaz. Son codirigeant Sachin Oza formule l’intérêt sans détour : « une alimentation en gaz privée nous permet de faire tourner un centre de données pour miner du bitcoin à un coût relativement faible. » Le conditionnel n’a pas bougé en un an.

360 Energy, de son côté, existe et fonctionne. La société texane, fondée en 2021, a été rejointe à son capital par Halliburton Labs fin 2024, et son site du Wyoming avec Compass Mining tourne depuis septembre 2025. Elle signe régulièrement des lettres d’intention non contraignantes : Permex Petroleum en a déposé une du même type auprès du régulateur américain le 19 août 2025. Une lettre d’intention est, pour ce type de fournisseur, un acte commercial ordinaire, pas la veille d’un chantier.

La leçon se retient en une phrase : une lettre d’intention n’est pas un contrat, un contrat n’est pas une installation, et une installation n’est pas une machine qui tourne. Trois franchissements séparent l’annonce du premier satoshi. La majorité des projets s’arrête au premier. La même prudence s’applique à toute offre de minage vendue au public, et la division qui démasque une fausse offre fournit le test arithmétique correspondant.

Les projets qu’on cite partout et qui n’ont jamais publié un mégawatt

Deux noms reviennent dans presque tous les articles français sur le sujet, et aucun des deux ne recouvre ce qu’on lui prête.

ConocoPhillips a confirmé en février 2022 un projet pilote dans le Bakken, au Dakota du Nord. Le producteur y vend du gaz qui aurait été torché à un mineur tiers, qui possède et exploite le matériel. ConocoPhillips ne mine pas. Le groupe n’a jamais publié la puissance de l’installation, ni le moindre bilan de l’opération. Le pilote a quatre ans et demi.

ExxonMobil n’a jamais confirmé le programme qu’on lui attribue. Interrogée en 2022, sa porte-parole s’est bornée à indiquer que le groupe évalue en continu les technologies émergentes visant à réduire les volumes brûlés, et n’a pas commenté ce qu’elle a qualifié de rumeurs et de spéculations. Le groupe n’a depuis publié ni puissance installée, ni bilan.

Dawcon Energy, associé à Green Flare Holdings, a annoncé en mai 2025 au Nigeria un ensemble de 53 mégawatts réparti sur trois sites de l’État du Delta. Le pays figure parmi les neuf premiers torcheurs mondiaux, le gisement de gaz perdu est donc bien réel. Aucun communiqué d’énergisation n’a suivi l’annonce.

Ces trois cas partagent un trait. Ils circulent depuis des années dans des textes qui les racontent au présent de l’indicatif. Un pilote annoncé, une déclaration de porte-parole et un plan de financement occupent la même place dans un texte qu’une installation énergisée, et rien dans la formulation ne les distingue. C’est la façon la plus courante de se tromper sur ce sujet.

Ce que ça donne en Europe et en France

Le torchage européen est marginal. Le torchage français est inexistant à l’échelle qui intéresserait un mineur, la production d’hydrocarbures du pays étant résiduelle. Les fermes européennes qui revendiquent une énergie excédentaire tournent à l’hydraulique, à l’éolien, à la géothermie islandaise ou sur des surplus de réseau. Le minage sur gaz associé appartient aux bassins nord-américains, au Nigeria, au Moyen-Orient et à l’Argentine, c’est-à-dire aux endroits où le gaz sort du sol loin de tout.

La seule trace institutionnelle française voisine est une proposition de loi enregistrée à l’Assemblée nationale le 11 juillet 2025 sous le numéro 1750. Elle vise à autoriser, à titre expérimental et pour cinq ans, l’utilisation des surplus d’électricité pour le minage de cryptoactifs, avec pour argument la réduction des cycles de modulation des centrales nucléaires. Elle a été renvoyée à la commission des finances. Elle n’a pas prospéré depuis. Son objet est électrique, pas gazier. Le gaz associé n’y apparaît nulle part.

Pour un lecteur français, la portée pratique est donc indirecte, et elle est double.

D’abord, elle éclaire le calcul de rentabilité. Le gaz torché est le seul contexte au monde où le combustible a une valeur négative pour son détenteur, puisque le brûler coûte de l’argent en redevances et en contraintes réglementaires. Comparer sa propre facture d’électricité à celle d’un opérateur du Dakota du Nord revient à comparer un prix à l’absence de prix. C’est pourquoi ce qu’une ferme de minage coûte et ce qu’elle produit ne se transpose jamais d’un continent à l’autre, et pourquoi le fonctionnement d’une ferme installée en France obéit à d’autres arbitrages.

Ensuite, elle donne un critère de lecture pour les offres. Un service qui promet des revenus de minage adossés à du gaz torché, sans matériel identifiable rattaché au compte du client, promet un rendement que la physique du réseau ne permet pas de servir. La borne est connue et se recalcule chaque jour : 49,6 satoshis par térahash et par jour au 14 août 2026, quotient des 453,27 bitcoins distribués quotidiennement par les 912,5 exahashs de puissance installée. Toute promesse supérieure paie l’argent d’un nouvel entrant, et le passage en revue des plateformes de cloud mining montre à quel point le motif est fréquent.

Quatre repères pour lire une annonce de minage sur gaz torché

  • La puissance en mégawatts et la date d’énergisation. Une annonce sans ces deux éléments décrit une intention. Les exploitants qui ont vraiment mis en service publient les deux, parce que c’est ce que leurs actionnaires réclament.

  • Le statut juridique de l’accord. Lettre d’intention, protocole d’accord, accord définitif : les trois mots figurent explicitement dans les communiqués réglementaires et ne se valent pas.

  • L’existence d’une production de gaz. Un champ en phase d’appréciation ne torche rien. Une ressource estimée dans le sous-sol n’est pas un débit disponible.

  • Le sort du parc de machines. Un site sur gaz torché prolonge la vie de matériel déclassé plutôt que d’accueillir les dernières générations, qui vont là où l’électricité est stable. La consommation annoncée doit être cohérente avec cet âge.

Le procédé, lui, ne fait pas débat. Il convertit un déchet en calcul, il améliore la combustion du méthane par rapport à une torche, et il produit du bitcoin à un coût de combustible que personne ne peut approcher sur un réseau électrique. Sa limite est ailleurs : il ne fonctionne qu’aux endroits où le gaz n’a nulle part où aller, et ces endroits ne sont ni en France, ni sur un compte en ligne. La consommation électrique du minage de bitcoin et ce que la loi française autorise en matière de minage se posent chez nous dans des termes complètement différents, et les sociétés cotées qui minent, avec leur coût de revient par bitcoin, restent le seul moyen d’y prendre part sans électricité à bas prix. Quant à la grandeur qui commande tous ces calculs, la récompense de bloc et son évolution après le halving décideront de la marge de ces sites bien plus sûrement que le prix du gaz.