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MLM et minage : le parrainage paie mieux que les machines

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MLM et minage : le parrainage paie mieux que les machines

Deux nombres suffisent à trancher. Ce qu’un contrat de minage produit chaque jour est un plafond public, imposé par le protocole et identique pour tout le monde. Ce qu’une commission de parrainage verse est un pourcentage d’un dépôt, sans plafond d’aucune sorte. Les poser côte à côte prend une minute et règle la question du marketing de réseau appliqué au minage, quelle que soit la plateforme qui le propose.

Le réseau Bitcoin distribue environ 453 bitcoins par jour, cent quarante-quatre blocs à 3,125 augmentés des frais payés par les utilisateurs, soit 45,3 milliards de satoshis. Il tournait à 926 EH/s le 14 août 2026, relevé chez CoinWarz au bloc 962 422, c’est-à-dire 926 millions de térahash. La division donne 49 satoshis par térahash et par jour, environ 2,6 centimes d’euro au cours de 54 289 € le bitcoin. Un contrat de cent térahash vendu 1 200 € rapporte donc 2,66 € par jour au grand maximum, avant électricité et avant le moindre frais.

Une commission de 10 % versée au parrain sur ce contrat vaut 120 €, encaissés le jour de la signature. Quarante-cinq jours de la production brute entière du contrat, payés avant qu’une machine ait tourné une seconde. D’où sort cet argent ? Des 1 200 €. Les machines n’ont rien produit encore, et ce qu’un discours de recrutement vient de coûter, elles mettront un mois et demi à le rattraper.

Ce qu’une grille de commissions rémunère réellement

Un plan à niveaux tient dans un seul document, la grille de commissions, et les plateformes la publient volontiers puisqu’elle est leur argument de vente. Elle dit ce que touche le parrain direct, ce que touchent les parrains au-dessus de lui, et sur combien d’étages la chaîne remonte. Les webinaires, les tableaux de bord, les paliers de fidélité et les titres honorifiques servent à faire tenir cette grille debout.

Convertir un pourcentage en jours de production se fait ensuite de tête. Sur les cent térahash vendus 1 200 € :

Commission annoncée

Versée au réseau

Jours de production brute du contrat

Jours de production nette

5 %

60 €

23

40

10 %

120 €

45

79

20 %

240 €

90

158

35 %

420 €

158

277

La colonne de droite retire l’électricité, à un tarif industriel de 0,05 €/kWh qu’aucun particulier n’obtiendra jamais. La machine la plus efficace en vente aujourd’hui consomme 9,5 joules par térahash, soit 950 W pour cent térahash, soit 22,8 kWh par jour, soit 1,14 €. Reste 1,52 € de marge quotidienne, 553 € sur douze mois. L’opérateur a encaissé 1 200 €, et sur cette somme il doit acheter les machines, les héberger, les refroidir, les remplacer quand elles lâchent, payer ses salariés et vivre de ce qui traîne au fond. Une commission de 240 € ne rentre nulle part dans cette addition.

Elle rentre en revanche parfaitement dans le prix payé par le client, et c’est la seule ligne du budget qui la contienne. Le minage à distance pose déjà un problème de rentabilité que ses frais quotidiens suffisent à créer ; y greffer une chaîne de commissions revient à demander à une activité déficitaire de financer une force de vente.

Ces pourcentages ne sont pas des hypothèses d’école. IQ Mining, lancé fin 2016 et toujours en ligne en août 2026, publie sa grille sur son site : le parrain touche 10 % des achats de ses filleuls, et la page donne son propre exemple, un contrat à 1 000 $ qui rapporte 100 $ de commission. Cent dollars le jour de la signature. Au prix de 12 € le térahash retenu plus haut, cette somme vaut quarante-cinq jours de la production brute du contrat, versés d’avance à quelqu’un qui n’a rien miné.

Le plafond ne se contourne pas, et il va baisser

Vient toujours la même objection : l’électricité islandaise, l’échelle industrielle, une génération de matériel plus fine. Aucune des trois ne touche aux 49 satoshis, parce que ce chiffre se calcule avant tout coût. Le protocole émet une quantité fixe de bitcoins, le réseau entier se la partage au prorata de sa puissance, et ce partage ignore superbement ce que chacun paie son courant. Un opérateur mieux placé garde une plus grosse part de ses 49 satoshis. Il n’en produit pas 60.

Ce quotient n’est d’ailleurs pas une constante. Son dénominateur bouge tous les jours, et son numérateur sera coupé en deux au printemps 2028, quand la récompense de bloc passera de 3,125 à 1,5625 BTC. Une souscription à cinq ans signée aujourd’hui traverse ce seuil de plein fouet. Les grilles de commissions, elles, n’ont jamais prévu de diviser leurs pourcentages par deux ce jour-là.

rangée de mineurs ASIC en fonctionnement dans une allée de centre de données, câbles d’alimentation et grilles de ventilation en gros plan

Trois quarts des membres sont au dernier étage, et le resteront

Le deuxième argument de vente d’un plan à niveaux relève de la géométrie : chacun amène quatre filleuls, qui en amènent quatre, et les commissions descendent en cascade. Cette géométrie a une conséquence que les présentations ne montrent jamais, et qui se démontre en trois lignes.

Dans un arbre où chacun recrute quatre personnes, le niveau n compte 4n membres et l’arbre entier en compte (4n+1 − 4)/3. Le rapport des deux vaut exactement trois quarts, quel que soit le nombre de niveaux atteint. À tout instant, 75 % des membres d’une structure à quatre filleuls n’ont personne sous eux, et n’ont donc jamais touché la moindre commission de niveau. À six filleuls chacun, la proportion monte à cinq sixièmes. Aucune formation, aucune motivation ne corrige ça. C’est la forme de l’objet.

Vient ensuite la saturation. Toujours à quatre filleuls par personne, le treizième niveau réclame 67 millions de recrues, à peu près la population française, que l’Insee estime à 69,1 millions au 1er janvier 2026. Le dix-septième en réclamerait 17 milliards, deux fois l’humanité. Ce genre de structure meurt d’épuisement démographique, longtemps avant d’atteindre ses derniers étages.

Les relevés de terrain retombent sur le même ordre de grandeur. L’enquête que la fondation AARP a menée en 2018 auprès de participants américains au marketing de réseau, tous secteurs confondus, trouve 47 % de perdants et 27 % de participants qui n’ont rien gagné du tout, 73 % au total. La géométrie en prédisait 75. Et l’étude que Jon M. Taylor a déposée auprès de la Federal Trade Commission, portant sur 350 structures, conclut qu’elles rémunèrent toutes le recrutement en premier et que plus de 99 % des participants y perdent de l’argent.

Ce que sont devenus les noms qui circulent encore

OneCoin est le cas d’école, et il est jugé. La société, installée à Sofia et lancée en 2014, vendait des lots de jetons à travers un réseau de marketing multiniveau en affirmant que sa monnaie était minée par ses propres serveurs. Le ministère américain de la Justice l’écrit sans détour : les OneCoins n’ont jamais été minés par le moindre ordinateur. Les victimes y ont mis plus de 4 milliards de dollars. Karl Sebastian Greenwood, cofondateur et premier distributeur du réseau, touchait 5 % des ventes mondiales mensuelles, où qu’elles aient eu lieu ; il a été condamné en 2023 à vingt ans de prison et à environ 300 millions de dollars de confiscation. Cinq pour cent de tout, pour un homme seul, avant que le premier étage de la pyramide ait vu un centime.

BitClub Network vendait, lui, ce qu’il présentait comme de vraies parts de pools de minage. L’acte d’accusation fédéral du New Jersey, déposé le 5 décembre 2019, décrit un montage actif depuis avril 2014, qui sollicitait de l’argent auprès d’investisseurs en échange de parts de prétendus pools de minage et récompensait ceux qui en recrutaient d’autres, pour au moins 722 millions de dollars. Les rendements affichés aux clients y sont qualifiés de chiffres faux et trompeurs. L’acte d’accusation prête encore à Matthew Brent Goettsche des échanges où il appelle sa clientèle des « moutons » et dit construire tout son modèle « sur le dos des idiots ».

La suite mérite d’être connue de qui compte sur la justice pénale pour récupérer sa mise. Sept ans après l’inculpation, aucune peine de prison n’a été prononcée contre le moindre prévenu de ce dossier. Plusieurs plaidoyers de culpabilité ont été enregistrés dès 2020, les audiences de peine ont été repoussées d’année en année, et le ministère de la Justice a fait classer les poursuites contre Goettsche en juillet 2026, quelques mois avant son procès. L’accusation restera donc une accusation.

HashFlare a fonctionné quatre ans sur le même principe, tableau de bord compris. Sergueï Potapenko et Ivan Turõgin ont vendu pour plus de 577 millions de dollars de contrats de minage entre 2015 et 2019 sans posséder plus qu’une fraction infime de la puissance annoncée, et ont plaidé coupable le 12 février 2025. La procureure fédérale a résumé le dossier d’une formule : un système de Ponzi classique, adossé à un actif clinquant, le mirage du minage de cryptomonnaies. La justice fédérale, à Seattle, les a condamnés en août 2025 à la peine déjà purgée, seize mois de détention, plus 25 000 $ d’amende chacun, quand l’accusation en réclamait dix ans. Le ministère de la Justice a fait appel. Ces montages ont chacun leur habillage, et les mécanismes qu’ils partagent se reconnaissent un par un.

MiningCity montre que le modèle n’appartient pas au passé. La plateforme, lancée en 2018, vend des contrats de puissance de trois ans, de 300 à 12 600 $, payés dans un jeton créé pour l’occasion, avec des commissions de parrainage sur plusieurs niveaux. La commission des opérations de bourse des Philippines l’a visée par un avis public le 10 septembre 2020 : la société n’y est pas enregistrée et n’a aucune autorisation pour solliciter des placements du public, et le mécanisme décrit y présente les signes d’un possible système de Ponzi, où l’argent des nouveaux entrants sert à payer de faux profits aux anciens. L’avis relève les versements promis, de 2 à 92 $ par jour selon le lot souscrit. Le plus petit, à 300 $, rend ainsi 730 $ l’an, et le plus gros, à 12 600 $, en rend 33 580 : dans les deux cas, aux alentours de 250 % par an, indéfiniment. Le site fonctionne toujours en août 2026.

Le reste de la liste que recopient les comparatifs a surtout cessé d’exister.

Service

Ce qu’il vendait

Où il en est

MinerGate

Pool et minage à distance, parrainage à paliers

Pool Bitcoin fermé le 3 avril 2019, service arrêté en 2023, dernières demandes de remboursement traitées jusqu’au 1er février 2024

Genesis Mining

Vente de hashrate, commission d’apporteur de 5 à 10 %

Plus aucun contrat vendu depuis février 2021, plateforme réservée aux clients déjà inscrits

Eobot

Minage à distance multi-cryptomonnaies

Fermeture annoncée à l’expiration des contrats GHS 6.0, aucun successeur lancé

HashFlare

Vente de hashrate

Deux dirigeants condamnés en août 2025, appel du ministère de la Justice

BitClub Network

Parts de pools, rémunération au recrutement

Site éteint, poursuites fédérales ouvertes en décembre 2019 et jamais menées à leur terme

IQ Mining

Contrats de minage, parrainage à 10 %

Encore en ligne en août 2026

MiningCity

Contrats de trois ans, commissions à plusieurs niveaux

Encore en ligne, visée par un avis du régulateur philippin en 2020

Un comparatif publié cette année qui recommande encore MinerGate ou Genesis Mining n’a ouvert aucun des sites qu’il cite, et le reste de sa sélection vaut ce que vaut cette ligne-là. Le détail de la fermeture de MinerGate et de ce qu’elle a laissé derrière elle se trouve pourtant en deux clics, et l’examen des plateformes une à une montre à quel point ces listes se recopient entre elles.

Ce que la loi française interdit exactement

Le marketing de réseau est licite en France. Beaucoup croient le contraire. Ce qui tombe sous le coup de la loi pénale tient dans deux lignes de l’article L121-15 du code de la consommation, qui vise « le fait de proposer à une personne de collecter des adhésions ou de s’inscrire sur une liste en exigeant d’elle le versement d’une contrepartie quelconque et en lui faisant espérer des gains financiers résultant d’une progression du nombre de personnes recrutées ou inscrites plutôt que de la vente, de la fourniture ou de la consommation de biens ou services ».

Deux mots portent tout l’article : « plutôt que ». Presque toutes ces plateformes vendent quelque chose, et le texte s’en moque. Ce qu’il regarde, c’est d’où vient le gain espéré. Une offre dont la commission dépasse plusieurs mois de production répond toute seule : le gain vient du recrutement, la production servant d’habillage.

Le même article ajoute une interdiction dont ces plateformes s’accommodent mal. Dans un réseau constitué par recrutement en chaîne, il est interdit d’obtenir d’un membre le paiement d’un droit d’entrée ou l’achat de matériel de formation, de démonstration ou de vente, lorsque ce versement conduit à l’attribution d’un avantage bénéficiant à un ou plusieurs autres membres du réseau. Le pack de démarrage payant dont une part remonte au parrain tombe exactement là-dedans.

La sanction figure à l’article L132-19 : deux ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende, montant pouvant être porté à 10 % du chiffre d’affaires annuel moyen des trois derniers exercices. Le délit se juge au correctionnel, et il expose à une interdiction d’exercer une activité commerciale pendant cinq ans.

Du côté de l’autorité de marché, le minage ne relève d’aucun agrément et aucune licence de minage n’existe nulle part, si bien qu’un opérateur qui n’en détient pas ne se distingue en rien de ses concurrents. L’Autorité des marchés financiers saisit ces offres par un autre bout, le régime des intermédiaires en biens divers, et inscrit sur ses listes noires des sites de minage nommément désignés. Cette qualification et les guichets où signaler méritent d’être connus avant plutôt qu’après.

Quatre questions avant de signer

Chercher un réseau de vente sérieux est une démarche légitime, et il en existe : la vente à domicile de produits physiques à des gens qui ne s’inscrivent jamais nulle part fonctionne depuis des décennies. Sur le minage, l’examen est même plus simple qu’ailleurs, puisque la production se chiffre à l’avance. Quatre questions suffisent, et elles se posent avant le premier virement.

Question

Ce que la réponse révèle

Qui verse la commission : un client qui achète, ou un adhérent qui s’inscrit ?

C’est le critère exact de l’article L121-15. Un réseau dont les clients finaux sont tous des membres n’a pas de clients

Le produit se vend-il à quelqu’un qui refuse de rejoindre le réseau ?

Si la réponse est non, le produit sert de décor à l’adhésion

Faut-il payer un droit d’entrée, un pack ou un palier pour toucher quoi que ce soit ?

Le versement dont une part remonte à un membre plus ancien est interdit, même dans un réseau par ailleurs licite

Quelle puissance exacte, en TH/s, le contrat achète-t-il ?

Sans ce chiffre, il n’y a rien à diviser, donc rien à évaluer

La quatrième est celle qui tue. Une offre qui chiffre sa puissance se laisse diviser : la commission annoncée, ramenée à 49 satoshis par térahash et par jour, donne son prix en jours de production brute. Au-delà de quelques jours, il n’y a plus grand-chose à discuter, et la grille a répondu à la place du commercial. Ce réflexe vaut pour toute promesse de rendement, puisque le calcul de rentabilité d’une machine réelle obéit à cette division-là et à aucune autre.

Questions fréquentes

  • Le marketing de réseau est-il légal en France ?

    Oui, et il est encadré. Ce qui est interdit et puni de deux ans de prison, c’est de faire espérer un gain provenant de la progression du nombre de recrues plutôt que de la vente de biens ou de services, et de prélever un droit d’entrée dont une part remonte au réseau. Un réseau qui vend de vrais produits à de vrais clients extérieurs reste dans le cadre.

  • Quelle différence concrète entre un réseau licite et un montage pyramidal ?

    La provenance de l’argent. Dans le premier cas, le chiffre d’affaires vient de personnes qui achètent sans jamais s’inscrire. Dans le second, il vient des adhérents eux-mêmes, et la structure a besoin d’un flux d’entrées permanent pour payer ceux qui sont déjà là. Avec des machines, le test est facile : la production maximale d’un contrat étant connue, tout ce qui est versé au-delà provient forcément d’ailleurs.

  • Peut-on gagner de l’argent en parrainant sur une plateforme de minage ?

    Les premiers entrés en gagnent, avec les dépôts de ceux qui arrivent derrière eux. Trois quarts des membres d’une structure à quatre filleuls n’ont personne sous eux à un instant donné, ce que les relevés de l’AARP retrouvent avec 73 % de participants perdants ou à zéro. Le gain existe donc, pour une minorité, et il est payé par la majorité.

  • Celui qui tape mlm mining ou mlm bitcoin tombe sur des programmes anglophones : obéissent-ils à d’autres règles ?

    Aux mêmes, dès lors qu’ils démarchent depuis la France. L’interdiction du code de la consommation vise la pratique, pas la nationalité de la société, et l’arithmétique des 49 satoshis ne connaît pas les frontières. La différence tient au recours : une société immatriculée aux îles Marshall ou au Belize ne se poursuit pas devant un tribunal de commerce français.

  • J’ai déjà versé de l’argent, que faire ?

    Prévenir sa banque tout de suite si le virement est récent, conserver les échanges, les captures du tableau de bord, les références de virement et les adresses de destination, puis déposer plainte au commissariat ou à la gendarmerie, la plainte en ligne ne traitant pas les faux placements. Et refuser toute proposition ultérieure de récupération contre honoraires : les listes de victimes circulent entre fraudeurs, et cette seconde couche vise ceux qui ont déjà perdu une fois.