Calculateur de rentabilité minage : le calcul au tarif français
Un Antminer S21 Pro annoncé à 245 TH/s pour 3 650 W produit 6,67 € par jour au 14 août 2026. Il consomme dans le même temps pour 17,53 € d’électricité au tarif réglementé français. Le solde tombe à moins 10,86 € par jour, soit 326 € qui partent chaque mois, et aucun réglage ne renverse ce signe.
Ce résultat ne ressemble à aucun de ceux que rendent les calculateurs de minage en ligne, et la raison tient dans une ligne de leur formulaire : le champ du prix de l’énergie arrive pré-rempli à 0,10 $ le kilowattheure, quand un particulier français en paie 0,2001 € toutes taxes comprises. Un coût d’électricité recopié tel quel depuis ces outils vaut 43 % de celui qui arrivera sur la facture.
Le calcul complet, sur une machine réelle et un tarif réel
Quatre nombres suffisent à trancher : la production de la machine, sa consommation, le prix du kilowattheure chez vous et son prix d’achat. Un cinquième, le revenu d’un térahash, ne se lit sur aucune fiche technique : il se calcule à partir du réseau et se remet à jour toutes les semaines.
La machine servant d’exemple est un Antminer S21 Pro refroidi par air, donné pour 245 TH/s et 3 650 W, vendu 2 649,99 € toutes taxes comprises par un revendeur qui stocke en France, prix relevé le 14 août 2026. Le hashrate et la consommation sortent de la même fiche et du même point de fonctionnement. C’est la condition pour que la ligne veuille dire quelque chose : prendre la puissance de calcul d’un profil poussé et les watts d’un profil économe fabrique un appareil qui n’existe pas, et c’est l’erreur la plus répandue des tableaux de rentabilité qui circulent.
Combien rapporte un térahash par jour
Le réseau Bitcoin verse 3,125 BTC à chaque bloc trouvé, et 144 blocs sortent en moyenne par jour : 450 BTC. S’y ajoutent les frais que les utilisateurs paient pour faire passer leurs transactions, qui pèsent 0,71 % des revenus des mineurs sur les mille huit derniers blocs. Le versement quotidien atteint donc 453,3 BTC, et cette somme se partage entre tous les mineurs de la planète, au prorata de la puissance que chacun apporte.
La puissance totale se déduit de la difficulté, qui vaut 127 479 855 693 691 au 14 août 2026, soit 912,5 EH/s : 912 500 000 térahachages par seconde. La division tombe alors toute seule : 453,3 BTC pour 912 500 000 TH/s, soit 49,6 satoshis par térahash et par jour. Au cours de 54 899 € le bitcoin, un térahash rapporte 0,0272 €, dont un pool prélèvera ensuite 2 à 4 % selon son mode de paiement.
Ce quotient est une borne physique. Aucun mineur ne tire davantage d’un térahash, où que soit sa machine et quel que soit son pool. Il bouge tous les jours, puisque son numérateur dépend des frais de transaction et son dénominateur de la puissance branchée dans le monde. Il valait environ 35 satoshis fin octobre 2025, quand le réseau tournait à 1 305 EH/s. C’est le premier chiffre à rafraîchir avant un calcul, et c’est aussi la division qui démasque une fausse offre : toute promesse de rendement supérieur, sans matériel rattaché au compte, verse l’argent d’un autre client.
Le revenu brut, puis la facture
À 0,0272 € le térahash, la machine produit 6,67 € de recette brute par jour. Avec 4 % de frais de pool, il reste 6,40 €. Le S21 Pro consomme 3,65 kW, ce qui donne 87,6 kWh sur vingt-quatre heures. Au tarif réglementé de base, 0,2001 € le kilowattheure toutes taxes comprises, la journée coûte 17,53 €.
Le choix du tarif mérite trente secondes d’attention. La grille du 1ᵉʳ août 2026 affiche 20,01 centimes le kilowattheure en option base pour 3 et 6 kVA, 19,85 centimes de 9 à 36 kVA, puis 21,42 centimes en heures pleines contre 15,89 en heures creuses. Une machine de 3 650 W ajoutée au reste du logement dépasse vite 6 kVA, et les puissances supérieures de l’option base ne sont plus souscriptibles depuis leur mise en extinction : le projet paie donc les heures pleines et les heures creuses. Sur vingt-quatre heures, seize heures pleines et huit heures creuses reviennent à 0,1958 € en moyenne, deux pour cent sous le tarif de base. La facture descend à 17,15 € et le solde reste négatif de 10,48 €. Appliquer le tarif creux aux vingt-quatre heures est la faute qui fait basculer des pages entières du rouge au vert : une machine tourne aussi en pleine journée, et ce que consomme vraiment une installation de minage se compte sur le mois, pas sur les huit heures les moins chères.
Le solde, le remboursement, le seuil
Retirer 17,53 € d’électricité à 6,67 € de recette laisse un solde de moins 10,86 € par jour, moins 326 € sur trente jours, moins 3 963 € sur une année pleine. La question du remboursement des 2 649,99 € ne se pose même pas : une machine dont le solde est négatif ne s’amortit jamais, et chaque journée supplémentaire creuse l’écart au lieu de le combler. Un outil qui affiche malgré tout un délai de retour sur investissement dans cette situation calcule sur la recette brute et a oublié l’électricité en route.
Reste le chiffre que personne ne donne : le prix du kilowattheure au-delà duquel cette machine perd de l’argent. Il s’obtient en divisant la recette quotidienne par la consommation quotidienne, 6,67 € pour 87,6 kWh, ce qui donne 0,076 € le kilowattheure. Le tarif de base français coûte 2,6 fois ce prix. En dessous de ce seuil la machine gagne, au-dessus elle perd, et rien d’autre n’entre en jeu.
Ce seuil ne dépend que de l’efficacité énergétique, exprimée en joules par térahash. Il vaut 1,136 divisé par cette efficacité au 14 août 2026, le numérateur se recalculant avec le cours et le revenu du térahash du jour. Quelques repères pour situer une machine avant de l’acheter :
9,45 J/TH, l’efficacité de la meilleure machine en vente aujourd’hui : le seuil s’établit à 0,120 € le kilowattheure.
12 J/TH, la génération hydraulique précédente : 0,095 €.
15 J/TH, le S21 Pro et la plupart des modèles refroidis par air encore vendus neufs : 0,076 €.
18,5 J/TH, les machines de 2024 qu’on trouve d’occasion : 0,061 €.
29,5 J/TH, un S19 Pro d’ancienne génération : 0,039 €.
Aucune de ces valeurs n’atteint 0,1958 €. La machine la plus efficace du marché s’arrête à 0,120 € le kilowattheure, près de 40 % sous le tarif français le plus favorable sur une journée complète. Il faudrait descendre à 5,7 J/TH pour être à l’équilibre chez un particulier, et rien de tel n’existe ni ne s’annonce. Le classement des machines au tarif français dit lesquelles s’en approchent le plus, et à quel prix de l’énergie le minage redevient possible en France traite le problème par l’autre bout, celui du contrat d’électricité.
Le calculateur
Les valeurs de départ sont celles de l’exemple ci-dessus, tarif de base compris. Changez ce que vous voulez : le résultat suit à la frappe.

Les cinq chiffres à réunir, et où ils se lisent
Un résultat ne vaut que ce que valent ses entrées. Elles se trouvent toutes, à condition de savoir quelle ligne lire et de ne pas croiser deux relevés différents.
Le hashrate et la consommation, du même relevé
Ces deux-là forment un couple. Une fiche produit annonce souvent plusieurs profils, un firmware alternatif en propose d’autres, et chaque profil change les deux valeurs en même temps. On en retient un seul, celui qui fournit les deux nombres.
Le vendeur du S21 Pro écrit lui-même une tolérance de 5 % sur le hashrate et de 10 % sur la puissance. Cette fourchette déplace tout le résultat : dans le cas défavorable, 232,8 TH/s pour 4 015 W, l’efficacité tombe à 17,3 J/TH et le seuil descend à 0,066 € le kilowattheure ; dans le cas favorable, il monte à 0,089 €. Un exemplaire donné se situe quelque part dans cet intervalle, et personne ne sait où avant de l’avoir branché sur une prise mesurée.
Le revenu d’un térahash
Deux chemins mènent au même nombre. Le premier est la division du dessus : versement quotidien du réseau divisé par sa puissance totale. Le second consiste à lire le hashprice, publié en dollars par pétahash et par jour, 31,41 $ le 14 août 2026 ; on divise par mille pour revenir au térahash, ce qui donne 0,0314 $, puis on convertit au taux du jour, 1,1534 dollar pour un euro, soit 0,0272 €. Les deux chemins se recoupent à 0,1 % près, ce qui est la bonne façon de vérifier qu’on n’a pas glissé d’un facteur mille.
Le prix du kilowattheure
Sur la facture, la ligne s’appelle « prix du kWh TTC ». Le prix hors taxes ne convient pas, et un prix moyen reconstitué abonnement compris encore moins. L’abonnement n’entre pas dans ce champ : il est dû que la machine tourne ou non, et le mélanger au prix de l’énergie fausse le seuil vers le haut.
Un professionnel ne s’en tire pas mieux qu’un particulier. Le tarif bleu professionnel se décompose en 0,1318 € hors taxes, 0,1624 € une fois l’accise de 3,062 centimes ajoutée, et 0,1949 € toutes taxes comprises. C’est ce dernier montant qui entre dans le calcul, parce que la taxe sur la valeur ajoutée est hors champ sur le minage : sans opération taxée en aval, aucun droit à déduction. Raisonner en hors taxes fait passer plusieurs machines du rouge au vert, à tort.
Le prix d’achat
Une annonce, une date, port et frais de douane inclus. Un prix relevé sur un site et une puissance relevée sur un autre donnent un euro par térahash faux, et c’est la deuxième erreur la plus fréquente après le mélange des points de fonctionnement. Les relevés à jour sont dans ce que coûte un térahash à l’achat.
Pourquoi les calculateurs du marché se trompent sur la France
Le champ du prix de l’énergie arrive pré-rempli à 0,10 $ chez ASIC Miner Value, qui l’écrit noir sur blanc dans sa foire aux questions, et la version française de Minerstat charge la même valeur, 0,1, dans son formulaire. Ce chiffre correspond à un tarif industriel nord-américain négocié, pas à une facture domestique européenne.
Au change du 14 août 2026, 0,10 $ vaut 0,0867 €, soit 43 % du tarif français et non la moitié comme on le lit souvent. Le S21 Pro à ce prix de l’énergie coûterait 7,59 € d’électricité par jour et afficherait un solde de moins 0,92 €, à un cheveu de l’équilibre. Le même appareil, branché dans un pavillon français, perd 10,86 €. Un facteur douze sépare les deux résultats, et tout l’écart tient à un champ laissé au défaut.
Les autres écarts sont plus discrets, et se cumulent. Ces outils raisonnent en dollars sans prévenir quand on tape un montant en euros. Ils ne savent pas qu’un abonnement au-dessus de 6 kVA bascule d’office en heures pleines et heures creuses en France, ce qui interdit de raisonner sur le seul tarif de base. Aucun ne rend le seuil : ils affichent un profit du jour, jamais le prix de l’énergie qui ferait basculer la machine du bon côté. Or c’est le seul chiffre stable de l’affaire, celui qu’on peut opposer à un devis d’hébergement ou à une installation photovoltaïque.
Ce que le calcul ne dit pas
Un solde quotidien décrit une journée, celle du relevé. Trois grandeurs le déplacent ensuite, et la seule façon honnête de les traiter est de refaire l’opération avec la nouvelle valeur plutôt que d’agiter le mot volatilité.
La difficulté monte, ou descend
Elle se réajuste tous les 2 016 blocs, environ toutes les deux semaines. Le dernier réajustement remonte au 8 août 2026, plus 0,99 %. Le suivant est attendu vers le 23 août au bloc 963 648, estimé à moins 4,5 % : le revenu du térahash passerait de 49,6 à 51,9 satoshis, la recette de la machine de 6,67 à 6,99 €, et le solde de moins 10,86 à moins 10,54 €. Le gain tient en 31 centimes. Un ajustement de difficulté ne sauve pas une machine, il la fait perdre un peu moins vite. Dans l’autre sens, au sommet d’octobre 2025, un réseau à 1 305 EH/s ramenait le térahash à 34,7 satoshis, la recette à 4,67 € et le solde à moins 12,86 €.
Le cours multiplie la recette et rien d’autre
La récompense est fixée en satoshis, donc le cours agit uniquement sur le côté recette et ne touche jamais à la facture d’électricité. La question se retourne alors proprement : quel prix du bitcoin mettrait cette machine à l’équilibre au tarif de base ? Elle produit 0,00012152 BTC par jour et doit couvrir 17,53 €. Il faudrait 144 000 € le bitcoin, deux fois et demie le cours du 14 août 2026. C’est l’ordre de grandeur du pari que prend l’acheteur d’une machine déjà déficitaire le jour de la livraison.
Le halving du printemps 2028
La récompense de bloc passera de 3,125 à 1,5625 BTC au bloc 1 050 000, projeté au 13 avril 2028 sur la base de dix minutes par bloc, plutôt mi-mai au rythme réellement constaté. Les frais de transaction ne sont pas divisés, mais ils ne pèsent que 0,71 % : le versement quotidien tomberait de 453,3 à 228,3 BTC, et le revenu du térahash à 25,0 satoshis. À réseau et cours inchangés, le S21 Pro produirait 3,36 € par jour contre 17,53 € de facture, un solde de moins 14,17 €. Toute promesse de remboursement étalée sur trois ans traverse cette date, et la récompense de bloc et l’après-halving détaille le mécanisme.
Et ce qui ne se calcule pas du tout
Le S21 Pro monte à 75 décibels à plein régime, ce qui exclut un logement occupé et déplace la question vers un local, donc vers un loyer. L’été, la machine dissipe 3,65 kW dans la pièce où elle se trouve, deux radiateurs électriques à plein régime. Ces contraintes ne se rangent dans aucune case du formulaire, et ce sont pourtant elles qui arrêtent le plus souvent le projet avant l’arithmétique.
Le cas de la carte graphique
Une carte graphique ne se mesure pas en térahachages mais en mégahachages sur un algorithme donné. La conversion d’unité est triviale, un térahash valant un million de mégahachages : 78,8 MH/s font 0,0000788 TH/s. La conversion s’arrête là. Un hachage Autolykos2 et un hachage SHA-256 sont deux calculs différents, et le revenu du térahash bitcoin n’a strictement aucun sens sur un autre algorithme.
La marche à suivre est donc inverse. On part du revenu quotidien de la carte sur sa monnaie, tel qu’un relevé le publie, et on le divise par son hashrate exprimé en térahachages pour obtenir le revenu d’un térahash sur cet algorithme. Une Radeon RX 9070 XT sur Ergo, relevée le 20 juin 2025 sous SRBMiner avec de la mémoire Hynix, le cœur abaissé de 500 MHz et la tension de 200 millivolts, sort 78,8 MH/s pour 144 W et produit 0,356 ERG par jour, soit 0,07 $ ou 0,0607 €. Divisé par 0,0000788, cela fait 770 € le térahash et par jour, 28 000 fois le térahash bitcoin. Le nombre paraît absurde ; il dit seulement que les deux algorithmes n’ont pas la même échelle d’unité.
Le calcul se termine ensuite comme les autres. La carte tire 144 W, soit 3,456 kWh sur vingt-quatre heures et 0,69 € au tarif de base, contre 0,0607 € de recette : elle perd 63 centimes par jour. Son seuil s’établit à 0,0176 € le kilowattheure, un tarif qui n’existe nulle part en France.
Le second point de fonctionnement de la même carte le montre bien. Sur Ravencoin et l’algorithme KawPow, relevée en mars 2025 sous WildRig, elle donne 41,03 MH/s pour 318 W et 0,24 $ par jour : 0,208 € de recette, 1,53 € d’électricité, un solde de moins 1,32 € et un seuil à 0,027 €. La recette triple, la consommation double, le seuil reste hors d’atteinte. Et surtout, mélanger les 144 W du premier réglage avec les 0,24 $ du second est la façon la plus rapide de produire un chiffre faux et flatteur. La rentabilité réelle d’une configuration à plusieurs cartes reprend l’exercice sur un ensemble complet, alimentation et carte mère comprises.
Le cas du cloud mining
Un contrat de cloud mining ne donne ni watt ni machine : le matériel reste chez l’opérateur, la facture d’énergie aussi, et le formulaire ci-dessus n’a plus qu’une entrée utile. Le seul calcul possible compare le prix payé pour un térahash à ce qu’un térahash produit.
Un plan Antminer S19 Pro sur 180 jours, relevé chez Bitdeer le 14 août 2026, facture 0,0029 $ par térahash et par jour de frais de puissance, plus 0,0531 $ de frais d’électricité, soit 0,0560 $ au total. Le même jour, un térahash produit 0,0314 $. Le contrat coûte 1,8 fois ce qu’il rapporte, et le seul poste électricité en coûte déjà 1,7 fois.
Ce poste électricité se lit d’ailleurs à l’envers. Un S19 Pro consomme 29,5 joules par térahash, soit 0,709 kWh par térahash et par jour ; 0,0531 $ divisés par 0,709 donnent 0,075 $ le kilowattheure. L’opérateur facture donc l’énergie à un tarif trois fois inférieur à celui d’un particulier français, dans un centre de données conçu pour ça, et le compte ne tombe toujours pas juste pour l’acheteur du contrat.
Sur douze mois, un térahash produit 9,94 € brut au rythme du 14 août 2026. C’est la seule référence à opposer à un prix affiché. Un contrat vendu au-dessus de dix euros le térahash et par an ne peut pas se rembourser, même en imaginant l’électricité offerte et la difficulté figée. Les plateformes de cloud mining se jugent toutes à cette division, et ce que rapporte vraiment une journée de minage mène le même raisonnement côté machine possédée.
Un seul de ces nombres bouge assez vite pour renverser une décision d’achat, et c’est le revenu du térahash : il a fait le trajet de 35 à 49,6 satoshis en dix mois, sans que personne l’annonce. Reprenez-le avant chaque commande, divisez, comparez le résultat au seuil de la machine visée. Et gardez la fiscalité des gains de minage à l’esprit : la recette s’impose à la réception des jetons, à leur valeur du jour, y compris l’année où le solde finit dans le rouge.