ASIC ou GPU en minage : lequel acheter, et ce qu’il vaudra après
Deux façons de fabriquer un hachage, et une question qui revient dès qu’un particulier décide de miner : acheter une boîte qui ne sait faire qu’une chose, ou empiler des cartes graphiques qui savent tout faire. Les comparatifs répondent par la puissance. La puissance ne décide rien. Elle est écrite sur la fiche, elle penche du même côté depuis 2013, et elle ne dit rien de ce qui arrive ensuite. Ce qui décide, c’est ce que la machine devient le jour où l’algorithme qu’elle sert change de mains ou disparaît.
Les deux mêmes sigles alimentent aujourd’hui un autre débat, celui des puces de centre de données pour l’intelligence artificielle, et ce débat pèse directement sur le minage. Le hashrate du réseau Bitcoin est retombé à 899 EH/s. Il en valait 1 046 il y a un an, et 1 306 au sommet du 25 octobre 2025 : 11 % perdus en douze mois, 29 % depuis l’automne dernier. Le mégawatt se vend mieux à l’entraînement de modèles qu’au hachage SHA-256, et les premières machines à s’arrêter sont celles qui payaient leur courant au prix fort. Le prix des cartes graphiques neuves grimpe pour la même raison. Les deux marchés se disputent les mêmes wafers et la même électricité.
Un circuit gravé pour une fonction, un processeur qui accepte n’importe quel programme
Une machine dédiée ne contient pas d’ordinateur au sens courant. Chaque carte de hachage d’un Antminer S21 XP porte 91 puces BM1370 gravées en 5 nm, réparties en treize domaines de tension de sept puces chacun, autour de 1,04 V par puce. Trois cartes forment la machine, soit 273 puces. Le S21 en aligne 108 par carte, 324 au total, en BM1368 à 1,2 V environ. Ces puces ne savent rien faire d’autre que dérouler deux passes de SHA-256 : ni décodeur d’instruction, ni hiérarchie de cache, ni contrôleur de mémoire externe. Le silicium est entièrement occupé par des portes logiques câblées sur une seule fonction.
Le montage en série explique une bonne partie de l’efficacité. Les puces d’un même domaine partagent le courant, chacune prélevant sa fraction d’une tension d’une vingtaine de volts délivrée par un élévateur en amont. L’alimentation n’a donc pas à convertir 12 V vers 1 V soixante fois de suite, et toute la cascade de régulateurs qu’il faudrait pour cela disparaît, avec ses pertes. La contrepartie est brutale : la chaîne fonctionne comme une guirlande. Une puce morte éteint la carte entière, sans mode dégradé, sans fonctionnement partiel. Un dépannage se fait au fer à souder ou pas du tout. Le détail de ce que contient une machine dédiée, puce par puce, se lit mieux une fois cette chaîne comprise.
Une RTX 5070 Ti aligne 8 960 cœurs CUDA, 16 Go de GDDR7 et 300 W de puissance graphique totale. Chacun de ces cœurs sait exécuter une instruction quelconque, ce qui suppose de la lire, de la décoder, d’aller chercher des opérandes, de ranger un résultat. Cette généralité se paie, et elle se paie à chaque hachage. En minage, une seule ligne de la fiche technique commande vraiment le résultat, la bande passante mémoire : 896 Go/s sur la 5070 Ti, 640 Go/s sur une Radeon RX 9070 XT. Le nombre de cœurs arrive loin derrière. La bande passante décide du hashrate d’une carte sur presque tous les algorithmes encore actifs.
Le jeu de données du minage ne traverse jamais le lien PCIe. Le logiciel envoie un cache de 16 Mo, et c’est le processeur graphique qui reconstruit le jeu complet dans sa propre mémoire. Une voie PCIe x1 plafonne à 985 Mo/s et suffit largement. C’est ce qui rend un rig possible : six cartes sur des connecteurs à une voie, reliées par des risers alimentés en PCIe, jamais en SATA, un connecteur SATA n’autorisant que 54 W contre les 75 W qu’une carte tire par son slot.
Le matériel, relevé par relevé
Les deux familles ne se comparent pas sur un même tableau de hashrate, puisqu’elles ne calculent pas la même chose. Un térahash SHA-256 et un mégahash KawPow n’ont aucun rapport d’échelle, et les rapprocher ne produit qu’un chiffre décoratif. Les machines dédiées d’abord, au prix de boutique du jour.
Machine | Hashrate | Consommation | Efficacité | Prix relevé |
|---|---|---|---|---|
Antminer S21 XP | 270 TH/s | 3 645 W | 13,5 J/TH | 4 459,99 € TTC (Happy Mining) |
Antminer S21 Pro | 234 TH/s | 3 510 W | 15 J/TH | 2 379 $ (OneMiners) |
Antminer S19k Pro | 120 TH/s | 2 760 W | 23 J/TH | 899,99 € TTC (Happy Mining) |
Antminer S19j Pro | 96 TH/s | 2 832 W | 29,5 J/TH | marché de l’occasion |
Le prix au térahash range ces machines autrement que l’efficacité. Le S19k Pro sort à 7,50 € le térahash, le S21 XP à 16,52 €. La vieille machine coûte deux fois moins cher à l’achat par unité de puissance, et deux fois plus cher à faire tourner. Toute la décision d’achat tient dans cet arbitrage, et il se rejoue à chaque génération pour qui cherche quel modèle dédié acheter pour le Bitcoin.
Du côté des cartes, les relevés portent sur l’algorithme visé, chacun avec sa consommation mesurée à ce réglage et le revenu quotidien qui va avec.
Carte | Algorithme | Hashrate | Consommation | Revenu par jour | Prix relevé |
|---|---|---|---|---|---|
RTX 5070 Ti | KawPow (Ravencoin) | 44,05 MH/s | 249 W | 0,27 $ | 1 199,95 € (LDLC, Gainward Phoenix-S) |
RTX 5070 Ti | Etchash (Ethereum Classic) | 107,09 MH/s | 182 W | 0,05 $ | même carte |
RTX 5070 Ti | FishHash (Iron Fish) | 71,31 MH/s | 171 W | 0,43 $ | même carte |
RX 9070 XT | Autolykos2 (Ergo) | 78,8 MH/s | 144 W | 0,07 $ | 879,95 € (LDLC, Gigabyte Gaming OC) |
La Radeon figure là à son réglage sous-volté : cœur abaissé de 500 MHz, tension réduite de 200 mV, mémoire Hynix, 144 W au compteur quand AMD annonce 304 W de puissance carte typique. Ce sont ces 144 W qui produisent les 0,07 $ quotidiens. Sortie de la boîte, la même carte consomme le double pour un hashrate à peine supérieur, et la recette ne bouge pas d’un centime. Le réglage pèse ici autant que le modèle acheté.
La carte graphique a cessé d’être l’entrée de gamme, et ça retourne tout le raisonnement d’achat. Un Antminer S19k Pro coûte 899,99 € et une seule RTX 5070 Ti en coûte 1 199,95. Six cartes reviennent à 7 199,70 € rien qu’en processeurs graphiques, avant la carte mère, l’alimentation, le châssis et les risers, soit 1,6 fois le prix d’un S21 XP. Le « rig accessible » appartient à l’époque où une carte de milieu de gamme se trouvait à 250 €. Il reste vrai sur le marché de l’occasion, et nulle part ailleurs.
Le tableau de la décision
Une fois la puissance mise de côté, huit critères séparent les deux achats.
Critère | Machine dédiée SHA-256 | Rig de cartes graphiques |
|---|---|---|
Ordre de grandeur du hashrate | centaine de TH/s sur SHA-256 | dizaine de MH/s sur KawPow ou Autolykos2 |
Efficacité sur son algorithme | 13,5 à 29,5 J/TH selon la génération | 0,177 MH/s par watt en KawPow sur RTX 5070 Ti |
Prix d’entrée relevé | 899,99 € pour un S19k Pro complet | 879,95 € pour une seule RX 9070 XT |
Bruit | 76 dB(A) pour un S21 Pro à plein régime | 40,9 dBA à 50 cm pour une RTX 5070 Ti Ventus 3X sous charge |
Chaleur à évacuer | 1 088 m³/h pour 3 645 W à 10 K d’écart | 74 m³/h par carte à 249 W, 446 m³/h pour six |
Circuit électrique | ligne dédiée de 20 A et 4 000 W exigée par le constructeur | 1 494 W pour six cartes, 41 % d’un 16 A domestique |
Valeur de revente | acheteurs mineurs uniquement | 11,82 millions de cartes livrées au premier trimestre 2026 |
Durée avant obsolescence | un S19j Pro d’août 2021 perd 3,73 $ par jour à 0,10 $/kWh | la RTX 3060 de février 2021 reste la carte n° 1 du relevé Steam de juillet 2026 |
Les quatre premiers critères se lisent sur n’importe quelle fiche technique. Les quatre derniers décident de ce qu’il restera dans deux ans.
SHA-256 : l’écart d’efficacité, en joules par hachage
Sur le seul algorithme où les deux familles ont réellement coexisté, le calcul est court. Le meilleur relevé de carte graphique jamais publié sur SHA-256 est une Radeon HD 7970 sous Bitminter, cœur à 1 290 MHz, bloc de refroidissement à eau intégral : 825 Mhash/s pour 214 W lus au GPU-Z. Un mégahash vaut un millionième de térahash, donc 825 Mhash/s font 0,000825 TH/s. Divisez : 214 ÷ 0,000825 = 259 400 J/TH.
En face, le S21 XP travaille à 13,5 J/TH. Le rapport atteint 19 200. Ramené au hachage individuel, la carte dépensait 259 nanojoules là où la machine dédiée en dépense 13,5 pico, soit quatre ordres de grandeur. Voilà pourquoi personne ne mine Bitcoin au processeur graphique et pourquoi personne ne le fera. Un facteur vingt mille ne se rattrape par aucun réglage. La dernière carte à avoir été mesurée sérieusement sur cet algorithme date de 2012, et il n’y a rien eu depuis parce qu’il n’y avait plus de raison de mesurer. Le sujet était clos.
L’inverse est vrai aussi. Sur Autolykos2, Etchash ou KawPow, la machine dédiée SHA-256 vaut exactement zéro. Elle ne peut pas exécuter ces fonctions, aucune mise à jour de firmware ne le lui apprendra, et le silicium n’est pas reprogrammable. Sur un algorithme, l’écart se chiffre à vingt mille. Sur tous les autres, il ne se chiffre pas. Le classement complet du matériel rangé par efficacité montre bien que chaque famille domine son territoire et n’en sort pas.

Ce que la carte graphique garde quand l’algorithme s’en va
Elle change d’algorithme. Sur une seule et même RTX 5070 Ti, la recette dépend uniquement de la monnaie visée : 0,05 $ par jour en Etchash, 0,27 en KawPow, 0,43 en FishHash. Entre le meilleur et le pire choix du jour, le rapport dépasse huit, et il se corrige en changeant de logiciel, sans toucher au matériel. Dix minutes de travail. La machine dédiée n’a pas ce levier. Elle mine ce pour quoi elle a été gravée, au cours du jour, quel que soit ce cours.
Cette souplesse s’est beaucoup réduite depuis 2021. Ethereum est passé en preuve d’enjeu le 15 septembre 2022, au bloc 15 537 393 : il ne se mine plus du tout. Kaspa est tenu par les machines dédiées depuis avril 2023. Flux est sorti du minage le 25 octobre 2025, au bloc 2 020 000, la production revenant aux FluxNodes. Etchash lui-même est passé aux machines dédiées, ce qui explique les 0,05 $ quotidiens de la ligne Ethereum Classic. Ce qui tient encore honnêtement à la carte graphique se compte sur une main, et le relevé de ce qui se mine encore en 2026 le détaille monnaie par monnaie.
La revente pèse plus lourd encore, parce que l’acheteur d’une carte d’occasion, lui, ne mine pas. Le marché des cartes graphiques additionnelles a absorbé 11,82 millions d’unités au seul premier trimestre 2026, en hausse de 8,3 % sur un an, et le parc installé est projeté à 183 millions d’unités à l’horizon 2029. Une carte d’occasion part chez un joueur ou dans un studio de montage, sans que le mot minage soit prononcé. Le relevé matériel de Steam de juillet 2026 place encore la RTX 3060, sortie en février 2021, en tête des cartes utilisées avec 3,88 % du parc. Cinq ans après, elle vaut toujours quelque chose parce que des dizaines de millions de gens la font tourner.
Reste l’usage. Un rig arrêté redevient six machines de jeu, ou un banc de rendu, ou rien du tout mais rangé dans un placard sans perdre sa valeur. Côté location, une instance g5.xlarge coûte 24,14 $ par jour. Elle porte une seule A10G, plafonnée à 600 Go/s de bande passante mémoire, en dessous des 896 de la 5070 Ti sur la ligne qui décide du hashrate. Au taux de la 5070 Ti en KawPow, 0,0061 $ par mégahash et par jour, ça donne autour de 0,20 $ de hachage quotidien. Celui qui loue cette carte pourrait miner dessus. S’il la loue, c’est que la location paie cent vingt fois mieux, et l’écart se creuse tant que le calcul se vend au prix de l’intelligence artificielle.
Ce que la machine dédiée impose au logement
Un S21 Pro à plein régime émet 76 dB(A), et un S21 XP la même chose. En face, une RTX 5070 Ti Ventus 3X sous charge de jeu se tient à 40,9 dBA, micro à cinquante centimètres. L’échelle des décibels étant logarithmique, ces 35 dB d’écart correspondent à un rapport d’environ trois mille en puissance acoustique. Les deux mesures se prennent d’ailleurs dans des mondes différents : la carte se tait dès que le jeu s’arrête, la machine dédiée souffle à ce niveau-là vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans courbe silencieuse ni ventilateurs au repos. Aucun de ces chiffres ne se corrige avec un caisson : un caisson qui atténue le son bloque aussi l’air, et l’air est justement ce dont la machine a besoin.
Le débit se calcule. Q = P × 3 600 ÷ (ρ × cp × ΔT), avec l’air à 1,2 kg/m³ et 1 005 J/kg/K. Pour les 3 645 W d’un S21 XP et 10 K d’écart entre l’entrée et la sortie, il faut 1 088 m³/h. À 249 W et dans le même écart, une carte demande 74 m³/h, six cartes 446. Une VMC de logement neuf souffle entre 100 et 200 m³/h. Le rig passe encore dans une pièce ventilée. La machine dédiée exige une bouche à elle ou une fenêtre ouverte toute l’année, et c’est là que se joue l’évacuation de la chaleur et la tenue du disjoncteur.
Le circuit électrique tranche encore plus vite, et Bitmain ne laisse pas le choix : la fiche du S21 XP réclame une arrivée de 20 A et 4 000 W disponibles. Un 16 A en 230 V tient 3 680 W en pointe, moins en continu. Sur une telle ligne, le S21 XP passe donc sous la spécification du fabricant, et la prise ordinaire du salon le range encore plus bas. Il faut tirer une ligne dédiée jusqu’au tableau, en 2,5 mm² au minimum, avec son disjoncteur à elle. Six cartes à 249 W font 1 494 W et se contentent d’un 16 A existant, à 41 % de sa valeur de pointe. Plus haut dans la gamme, la contrainte devient administrative : un Antminer S21 XP Hydro réclame du 380 à 415 V triphasé industriel, et aucune ligne monophasée domestique ne le fait démarrer. En résidentiel, le monophasé va jusqu’à 12 kVA inclus, le triphasé devient obligatoire à partir de 15 kVA.
La puissance souscrite change aussi de règles. L’option base n’est plus souscriptible au-dessus de 6 kVA. Elle s’éteint en deux temps depuis janvier 2025 : d’abord de 9 à 15 kVA, ensuite de 18 à 36, les compteurs concernés basculant d’office en heures pleines et heures creuses le 1ᵉʳ février 2027. Seuls les particuliers au tarif réglementé sont visés ; les offres de marché gardent leur grille. Un rig dépasse vite 6 kVA. La question du tarif se pose donc avant celle de la machine, et le dimensionnement des composants d’un rig commence au tableau électrique.
Le seuil, la seule ligne qui tranche
Au hashprice et au cours du jour, l’électricité maximale supportable par une machine SHA-256 se calcule directement : seuil en euros par kilowattheure = 1,146 ÷ efficacité en joules par térahash. Le tarif réglementé bleu résidentiel en option base vaut 0,2001 €/kWh TTC à 3 et 6 kVA, 0,1985 de 9 à 36 kVA. Les heures creuses tombent à 0,1589, les heures pleines montent à 0,2142. Côté professionnel, le bleu s’établit à 0,1949 €/kWh TTC.
Pour être à l’équilibre au tarif de base, il faudrait une machine à 5,73 J/TH. En heures creuses, 7,21 suffiraient. La meilleure machine en vente aujourd’hui, un Antminer S23 Hydro, travaille à 9,5 J/TH. Aucune machine dédiée n’est à l’équilibre chez un particulier français, ni en base, ni en heures creuses. Cette conclusion ne se nuance pas. À 13,5 J/TH, le S21 XP tient jusqu’à 0,0849 €/kWh ; le S21 Pro à 15 s’arrête à 0,0764, le S19k Pro à 23 à 0,0498.
Le même calcul se fait sur une carte, sans formule spéciale. En KawPow, la 5070 Ti consomme 249 W, soit 5,976 kWh par jour, pour 0,27 $ de revenu. Au taux de change de référence de la Banque centrale européenne, 1,1555 dollar pour un euro, cela fait 0,2337 € par jour. Divisez par la consommation : 0,039 €/kWh. La carte s’arrête d’être rentable au cinquième du tarif français.
Deux chiffres finissent alors par se rejoindre. Un Antminer S19j Pro d’août 2021, à 29,5 J/TH, s’arrête à 0,0388 €/kWh. Une RTX 5070 Ti neuve en KawPow s’arrête à 0,039. À cinq ans d’écart de conception, la machine dédiée périmée et la carte graphique flambant neuve transforment l’électricité en revenu au même taux. La séparation arrive le jour de la revente : l’un trouve un joueur, l’autre un ferrailleur. Le classement des machines par revenu net au tarif français applique la même grille à toute la gamme, amortissement du matériel compris.
Les calculateurs en ligne appliquent tous 0,10 $/kWh par défaut, soit la moitié du tarif français. Un résultat lu là-dessus et recopié tel quel se trompe de moitié sur le poste de dépense principal. Même à 0,10 $, une machine de 2021 ne rattrape rien : un S19j Pro à 96 TH/s et 2 832 W avale 67,97 kWh par jour, 6,80 $ de courant, pour 3,07 $ de hachage vendu au hashprice du jour. Il perd 3,73 $ par jour dans un pays où l’électricité coûte deux fois moins cher qu’ici ; branché sur le tarif de base français, à 0,2001 €/kWh, il en perd 10,94 €.
Le logiciel et le pool ne se choisissent pas de la même façon
Le matériel commande le logiciel. Une machine dédiée arrive avec son firmware et se pilote depuis une page web sur le réseau local ; le choix se réduit à garder l’original ou passer sur un firmware tiers, ce qui a un prix affiché. Braiins OS prélève 2 à 2,5 % de frais de développeur d’un modèle de machine à l’autre, VNish de 1,8 à 2,8 %, LuxOS 2,8 %. Ce prélèvement ne se récupère jamais : ce qui est ristourné dans les offres commerciales, c’est le frais de pool, qui est autre chose. Côté cartes, il faut un logiciel par algorithme, chacun avec sa ponction : lolMiner prend de 0,7 à 1,5 % selon l’algorithme, XMRig 1 %, NiceHash 2 % plus 1 % quotidien. Deux pour cent ne changent rien sur une carte qui rapporte 0,27 $ par jour. Dans une ferme, ils changent tout.
La question du solo se tranche par une division. Un S21 Pro à 234 TH/s pèse 2,6 dix-millionièmes d’un réseau à 899 EH/s. À 144 blocs par jour, cela donne 0,0000374 bloc quotidien, soit un bloc tous les 26 700 jours. Soixante-treize ans d’attente pour une récompense de 3,125 BTC. Personne n’attend ça. En niche, six cartes s’en sortent mieux, mais la variance reste telle que le revenu devient imprévisible sur des mois. Dans les deux cas la réponse est la même, et ce qui sépare ensuite une plateforme d’une autre, ses frais et sa taille, se règle au moment du choix d’un pool et de son mode de paiement.
Les deux cas où la question ne se pose pas
Premier cas : la carte est déjà là. Quelqu’un qui possède une RX 9070 XT achetée pour jouer n’a rien à comparer. Il installe un logiciel, il choisit Ergo ou Ravencoin, et il regarde le compteur. Le matériel est amorti par un autre usage, l’arbitrage porte seulement sur l’électricité marginale, et il paiera 0,69 € d’électricité par jour en Autolykos2 au tarif de base pour 0,07 $ de recette, soit 0,63 € de perte nette. Cette perte est petite, et réversible en une commande. Elle apprend en une semaine ce qu’aucun tableau ne fait comprendre.
Second cas : il n’y a rien du tout. Là, le raisonnement ne porte pas sur des machines mais sur des dépenses. Le S21 XP avale 87,5 kWh par jour, soit 17,50 € au tarif de base, pour une recette de 8,63 $ au hashprice du jour, 0,0320 $ par térahash et par jour. La perte quotidienne approche 10 €, soit 3 660 € sur une année, avant même de compter les 4 460 € d’achat. Six RTX 5070 Ti en KawPow consomment 35,9 kWh par jour, 7,18 €, pour 1,62 $ de recette : environ 5,77 € perdus chaque jour, 2 106 € par an, sur 7 200 € de cartes. Ni l’un ni l’autre ne mène à un gain au tarif français, et le second laisse à la sortie un matériel qui se revend.
Ce constat n’interdit pas de miner. Il déplace la question. On mine en France pour apprendre, pour chauffer une pièce en hiver avec une machine dont on connaît le rendement thermique, pour tenir un nœud, ou parce qu’on dispose d’une production photovoltaïque en excédent que le réseau rachète mal. Dans chacun de ces cas, la comparaison change de nature : laquelle des deux coûte le moins cher à posséder ? La réponse penche vers la carte graphique, qui sort du minage par la porte du marché de l’occasion, et vers la machine dédiée dès qu’il s’agit de convertir des kilowattheures en chaleur utile. Le reste, châssis, alimentation, câblage, tient dans le montage d’un rig de cartes.
Le halving suivant tombe au printemps 2028 et coupera la recette en deux. Une machine dédiée achetée aujourd’hui devra donc être amortie avant cette date, ce qui laisse moins de deux ans. C’est court. Une carte graphique achetée aujourd’hui sera revendue à quelqu’un qui n’a jamais entendu parler du halving. C’est toute la différence entre un pari sur un algorithme et un pari sur un objet.