Entreprise de minage bitcoin : qui mine, et à quel prix de revient
Une entreprise de minage bitcoin cotée publie chaque trimestre un chiffre qu’aucun vendeur de machine ne donnera jamais : ce que lui coûte la production d’un bitcoin. Sur avril-juin 2026, MARA Holdings l’a arrêté à 38 690 dollars, CleanSpark à 44 406, Riot Platforms à 49 912. Le bitcoin s’échange à 63 383 dollars ce 13 août 2026. Ce qui reste entre les deux paie les machines, les salaires et la dette.
Aucun classement d’entreprises de minage ne vaut ce chiffre-là, qui sort d’un document déposé auprès du régulateur américain et dit à quel niveau le métier tient debout. Pour un particulier français, la comparaison tient en une ligne de facture : ces sociétés achètent leur courant quatre centimes de dollar le kilowattheure, le tarif réglementé français est à vingt centimes d’euro.
Fabricant, exploitant, pool : trois métiers derrière un seul mot
Les listes d’entreprises de minage alignent Bitmain, Foundry USA et MARA sur la même colonne. Aucun des trois ne fait le travail des deux autres, et cette confusion suffit à rendre la liste inutilisable.
Bitmain, MicroBT et Canaan construisent les machines. Les trois gammes qui tiennent le marché sortent de chez eux : Antminer, Whatsminer, Avalon. Bitmain exploite aussi ses propres fermes et vend son matériel dans des montages qui ne ressemblent à aucune vente d’ordinateur. En août 2025, American Bitcoin a réglé 16 299 machines, soit 14,02 EH/s, pour 314 millions de dollars, en mettant 2 234 bitcoins en gage auprès du fabricant. En février 2026, 11 298 Antminer S21 XP supplémentaires, contre 314 bitcoins gagés. Le constructeur se fait payer dans la monnaie qu’il aide à produire.
Un quatrième nom brouille le rangement. Bitdeer grave ses propres puces, assemble ses propres machines, en vend à des tiers et fait tourner le reste pour son compte. Fabricant et exploitant dans la même société, ce qui explique qu’on le retrouve dans les deux colonnes selon la liste consultée.
Les exploitants, eux, achètent ces machines, les branchent sur un site électrique et gardent ce qu’elles sortent. MARA Holdings, Riot Platforms, CleanSpark, American Bitcoin : ceux-là déposent des comptes, et ce sont les seuls à publier un coût de production.
Les pools ne possèdent en général aucune machine. Ils rassemblent la puissance de milliers de mineurs pour lisser le hasard, puis répartissent la récompense au prorata du travail remis. Un pool ne mine pas, il compte. Son poids se mesure aux blocs trouvés, et sur les 997 blocs de la semaine écoulée, au 13 août 2026, la répartition est celle-ci.
Pool | Part des blocs | Rattachement |
|---|---|---|
Foundry USA | 22,6 % | Digital Currency Group, États-Unis |
AntPool | 20,6 % | Bitmain |
F2Pool | 16,5 % | indépendant |
ViaBTC | 9,2 % | indépendant |
SpiderPool | 9,0 % | indépendant |
SECPOOL | 4,9 % | indépendant |
MARA Pool | 3,7 % | MARA Holdings |
Luxor | 2,8 % | Luxor Technology, États-Unis |
OCEAN | 2,7 % | indépendant |
Foundry USA, AntPool et F2Pool signent près de six blocs sur dix. AntPool appartient au fabricant, MARA Pool à l’exploitant : chacun tient son guichet. En dessous, six pools se partagent le tiers restant, et la queue du classement se joue à un bloc près sur la semaine : vingt-huit pour Luxor, vingt-sept pour OCEAN. Pour un petit mineur, la taille du pool compte de toute façon moins que le mode de paiement retenu et les frais prélevés, qui font varier le versement mensuel bien davantage.
La raison d’être d’un pool tient dans une division. Une machine de 270 térahash pèse trois dix-millionièmes des 900 exahash du réseau ; à 144 blocs par jour, elle en trouverait un tous les vingt-trois mille jours, soit soixante-trois ans en moyenne. Le pool remplace cette loterie par un versement quotidien proportionnel au travail remis. Il ne change rien au total distribué : il en change le calendrier.
Ce que les sociétés cotées produisent, et à quel prix
Les valeurs qui suivent portent toutes sur le même trimestre, du 1ᵉʳ avril au 30 juin 2026, et sortent des publications déposées début août.
Société | Hashrate au 30 juin 2026 | Bitcoins par mois | Coût publié par bitcoin | Pays |
|---|---|---|---|---|
MARA Holdings | 70,3 EH/s énergisés | 807 (2 422 sur le trimestre) | 38 690 $ d’énergie achetée, sites détenus | États-Unis |
Riot Platforms | 44,4 EH/s déployés | 529 (1 587) | 49 912 $ hors amortissement des machines | États-Unis |
CleanSpark | 42,6 EH/s de puissance moyenne en juin | 642 (1 925) | 44 406 $ de coût direct de l’énergie | États-Unis |
American Bitcoin | 25,0 EH/s en production | 311 (932) | 36 500 $ | États-Unis et Canada |
Ni la taille ni la technique ne séparent ces quatre sociétés. La facture d’électricité, si : 0,04 dollar le kilowattheure chez MARA, 3,6 cents chez Riot une fois déduits les crédits d’effacement du réseau texan, 0,053 dollar chez CleanSpark. Riot chiffre même ces crédits à 6 335 dollars par bitcoin miné, une remise que seul un client capable d’arrêter mille machines en dix minutes peut négocier.
Le plus gros parc hors des États-Unis appartient à Bitdeer. La société de Singapour a terminé le trimestre à 73,0 EH/s pour son propre compte, 69,5 en moyenne sur les trois mois, et sorti 2 694 bitcoins depuis des sites du Bhoutan, de Norvège, d’Éthiopie et de l’Ohio, avec une électricité à 44 dollars le mégawattheure. Son parc affiche 15,8 joules par térahash. CleanSpark annonce 16,07 joules, mais c’est son efficacité de pointe, pas la moyenne de ses 225 137 machines : les deux nombres ne se posent pas côte à côte. Et ce parc-là ne tourne pas sur du matériel acheté aux mêmes usines que les autres, puisque Bitdeer fabrique le sien.
Un dernier acteur mine encore sans en faire son métier principal. Cipher Digital, l’ancien Cipher Mining, tient à Odessa, au Texas, 207 mégawatts dont le courant lui revient à 2,8 cents le kilowattheure. C’est le tarif le plus bas de tout le groupe, obtenu par un contrat d’achat d’électricité à prix fixe signé des années à l’avance. Un contrat pareil se négocie sur dix ans avec un fournisseur d’électricité, jamais au détail. Un tel contrat pèse plus lourd, sur la marge, que n’importe quelle génération de machines.
Il faut 3 704 Antminer S21 XP pour former un exahash : les 70,3 exahash de MARA équivalent donc à 260 000 machines de ce calibre. CleanSpark en aligne 225 137 dans ses fermes de Géorgie, du Mississippi, du Tennessee et du Wyoming. Riot, sur le trimestre, a consommé 1,79 milliard de kilowattheures, facturés 73,5 millions de dollars bruts, dont 10,1 sont revenus sous forme de crédits d’effacement. Bitdeer, de son côté, affiche 2,54 millions de mégawattheures. Aucune de ces lignes n’a de rapport avec une installation domestique.

Coût direct, coût complet : deux chiffres qui ne se comparent pas
« Coût de production d’un bitcoin » recouvre deux mesures très différentes. La première ne compte que ce qui sort de la caisse pour faire tourner les machines : l’électricité, l’eau, la maintenance. La seconde ajoute l’amortissement du matériel, c’est-à-dire la part du prix d’achat consommée pendant le trimestre. Riot chiffre les deux dans sa présentation trimestrielle. CleanSpark n’affiche que le coût direct ; l’amortissement qui manque, 51 871 dollars par bitcoin, se lit une page plus loin, dans son compte de résultat.
Trimestre avril-juin 2026 | Coût direct | Coût complet, machines amorties | Valeur d’un bitcoin miné sur le trimestre |
|---|---|---|---|
Riot Platforms | 49 912 $ | 90 631 $ | 71 667 $ |
CleanSpark | 44 406 $ | 96 277 $ | 71 692 $ |
La troisième colonne renverse la lecture. Un bitcoin miné a rapporté environ 71 700 dollars à ces deux sociétés sur le trimestre. Amortissement compris, il en a coûté 90 631 chez Riot et 96 277 chez CleanSpark. Riot l’écrit noir sur blanc dans sa présentation : 126,5 % de la valeur produite. Chez CleanSpark, le rapport monte à 134,3 %. L’électricité est payée, les machines ne le sont pas.
Les 38 690 dollars de MARA demandent donc une précaution. Le chiffre est exact, mais il ne couvre que l’énergie achetée sur les sites détenus par la société. Comparé au coût complet de CleanSpark, il ne mesure pas la même chose et fait paraître MARA deux fois et demie meilleure qu’elle ne l’est. Un coût direct se compare à un coût direct, jamais à autre chose.
Une troisième mesure échappe à ces querelles de périmètre : le coût par pétahash et par jour. MARA l’affiche à 27,70 dollars sur le trimestre, en baisse de 4 % sur un an. Elle chiffre ce que coûte la capacité, indépendamment de ce qu’elle rapporte. Quand la difficulté monte, la production recule et le coût par bitcoin grimpe sans qu’aucune ferme ait mal tourné ; le coût par pétahash, lui, ne bouge que si l’exploitation bouge.
Un dernier repère aide à situer ces montants : la récompense de bloc est tombée à 3,125 bitcoins en avril 2024, et le halving suivant, au printemps 2028, la coupera encore de moitié. Les coûts, eux, ne se divisent pas par deux ce jour-là. À puissance de réseau inchangée, les cinquante satoshis par térahash et par jour deviendront vingt-cinq. Un exploitant dont le coût direct absorbe aujourd’hui 61,9 % de la valeur produite, comme CleanSpark, passerait mécaniquement au-dessus de la ligne de flottaison, amortissement non compris. C’est cette échéance, autant que le cours, qui explique les décisions prises depuis un an.
Le même calcul, sur une machine posée en France
L’opération se refait pour soi en cinq lignes, sans hypothèse cachée.
Le réseau tourne autour de 900 exahash par seconde, 899 en puissance courante ce 13 août. Il produit 144 blocs par jour à 3,125 bitcoins, soit 450 bitcoins, plus les frais de transaction, environ 453 au total. Divisés par 900 millions de térahash, cela fait 0,0000005 bitcoin par térahash et par jour : cinquante satoshis. Au cours du jour, 54 998 euros le bitcoin, chaque térahash rapporte donc 0,0275 euro par vingt-quatre heures. Ce chiffre vaut pour tout le monde. Le particulier de Roubaix et la ferme du Bhoutan touchent exactement la même chose par térahash.
Prenons un Antminer S21 XP, l’une des machines les plus efficaces du commerce : 270 TH/s pour 3 645 watts, 13,5 joules par térahash.
Recette : 270 × 0,0275 = 7,42 euros par jour.
Consommation : 3,645 kW × 24 heures = 87,5 kWh.
Facture au tarif réglementé bleu, option base, 6 kVA : 87,5 × 0,2001 = 17,51 euros par jour.
Production : 270 × 50 satoshis = 0,000135 bitcoin par jour.
Le coût de l’électricité par bitcoin sort de la division : 17,51 ÷ 0,000135 = 129 700 euros, soit près de 149 500 dollars. L’option heures creuses ne rattrape presque rien. Une machine qui tourne vingt-quatre heures sur vingt-quatre ne paie les 0,1589 euro que huit heures par jour, et les 0,2142 euro les seize autres : 4,63 euros puis 12,49, soit 17,13 par jour et 127 000 euros le bitcoin, environ 146 000 dollars. Son kilowattheure moyen ressort à 0,1958 euro, deux pour cent sous le tarif de base. Face aux 44 406 dollars de CleanSpark, mesurés sur la même définition, l’écart va de un à trois dans les deux cas. La machine est la même, le réseau paie tout le monde pareil : le kilowattheure fait tout.
À 0,000135 bitcoin par jour, une machine seule met plus de sept mille quatre cents jours à sortir un bitcoin entier, une vingtaine d’années. Le chiffre mesure l’échelle plus qu’il ne condamne le minage : les versements tombent en satoshis, chaque jour, et l’unité entière n’est qu’une façon de compter.
Deux contraintes matérielles s’ajoutent à la facture. Un S21 XP tire 3 645 watts en continu quand un circuit 16 ampères en 230 volts tient 3 680 watts en pointe : une machine par circuit dédié, pas deux. Ces 3 645 watts ressortent ensuite intégralement en chaleur dans la pièce, à 76 décibels. Le minage domestique bute sur le tableau électrique et la ventilation avant même de buter sur la rentabilité.
Le seuil se calcule aussi dans l’autre sens. Un térahash-seconde à 13,5 joules par térahash consomme 13,5 watts, donc 0,324 kWh par jour, pour 0,0275 euro de recette : l’équilibre tombe à 0,085 euro le kilowattheure. À 9,5 joules, l’efficacité de la meilleure machine en vente aujourd’hui, 0,228 kWh par jour et un équilibre à 0,121 euro. La même division, appliquée aux modèles qu’un revendeur français propose vraiment, donne le prix du courant sous lequel chacune tient debout.
Machine | Efficacité annoncée | Prix du kWh à l’équilibre |
|---|---|---|
Whatsminer M60S | 18,5 J/TH | 0,062 € |
Avalon A1566 | 18,5 J/TH | 0,062 € |
Antminer S21 Pro | 15 J/TH | 0,076 € |
Antminer S21 XP | 13,5 J/TH | 0,085 € |
Antminer S21 XP Hydro | 12 J/TH | 0,095 € |
Antminer S23 Hydro | 9,5 J/TH | 0,121 € |
Aucune ligne n’atteint 0,13 euro, et le tarif français le moins cher, l’heure creuse à 0,1589 euro, n’est facturé qu’un tiers du temps à une machine qui ne s’arrête jamais. Prises dans l’autre sens, ces divisions donnent 5,73 joules par térahash pour tenir au tarif de base et 5,85 au prix moyen d’un abonnement heures pleines / heures creuses. Un seul seuil, donc, à quelques centièmes près, et le meilleur matériel en vente en est loin. Il n’y a pas de nuance à apporter, et le détail d’une journée de production le confirme heure par heure.
Le prix de la machine n’entre pas dans ces 129 700 euros. Un S21 XP se vend 4 459,99 euros toutes taxes comprises chez un revendeur français ce 13 août. Il s’ajoute au reste, exactement comme les 51 871 dollars d’amortissement par bitcoin que CleanSpark porte à ses comptes.
Pourquoi ces sociétés vendent leur mégawatt à l’intelligence artificielle
Le réseau a perdu près de trente pour cent de sa puissance depuis son sommet. Il culminait à 1 306 exahash par seconde le 25 octobre 2025 ; il en valait 1 046 il y a un an, il en affiche 927 en moyenne du jour et 899 en puissance courante ce 13 août. Aucune panne là-dedans. Deux mouvements, dont un seul fait la une.
Le premier tient au prix payé pour un pétahash. Quand le hashprice est tombé à son plus bas, 27,89 dollars par pétahash et par jour, les générations précédentes de machines ont cessé de couvrir leur propre facture d’électricité : 252 exahash de matériel ancien se sont éteints. C’est de loin la plus grosse part du recul, et elle n’a rien à voir avec l’intelligence artificielle. Le second mouvement, lui, se raconte en mégawatts.
Keel Infrastructure, l’ancien Bitfarms, a achevé au deuxième trimestre le démantèlement de toutes ses opérations de minage aux États-Unis et vendu 1 085 bitcoins pour 75 millions de dollars entre le 1ᵉʳ avril et le 7 août. TeraWulf a signé un bail de vingt ans avec Anthropic sur environ 401 mégawatts, quelque 19 milliards de dollars, dont le premier loyer ne tombera pas avant le second semestre 2027 ; la location lui fournit déjà 71 % de son chiffre d’affaires trimestriel, mais pour d’autres clients et sur d’autres sites. IREN est passé d’environ 3 mégawatts de capacité de calcul il y a un an à 480 en cours de livraison cette année. Core Scientific a facturé 136,7 millions de dollars de colocation au deuxième trimestre contre 21,5 millions d’auto-minage. Cipher Mining s’appelle maintenant Cipher Digital et garde Odessa, mais sur les 5,3 gigawatts de son portefeuille à l’horizon 2030, le minage ne pèse plus que 4 %. CleanSpark a signé un bail triple net de vingt ans à Sandersville, 6,6 milliards de dollars. Bitdeer loue seize ans de son site norvégien de Tydal pour 4,7 milliards. Hut 8 a sorti son minage dans une filiale cotée séparément, American Bitcoin, et gardé les centres de données.
L’arithmétique est brutale. Un mégawatt de minage rapporte ce que rapporte le bitcoin, c’est-à-dire, au cours actuel, un peu moins que son coût complet. Le même mégawatt loué à un locataire noté investment grade rapporte un loyer fixe pendant vingt ans, sans exposition au cours. Aucun conseil d’administration n’hésite longtemps devant cette comparaison, et les rares qui grossissent encore côté minage le font avec du courant à quatre cents.
Le particulier y gagne d’un côté : la difficulté baisse quand des exahash s’éteignent, donc le térahash rapporte un peu plus. Il y perd de l’autre, puisque les sites qui hébergent les machines des tiers sont exactement ceux que le calcul convertit, et la question énergétique du minage se déplace d’un débat sur la consommation vers une compétition pour le raccordement.
S’exposer au minage sans acheter de machine
Trois voies existent, avec trois risques qui n’ont rien à voir entre eux.
L’action d’un exploitant coté
Elle ne suit pas la production de bitcoins, elle suit le stock. MARA a publié une perte nette de 611,3 millions de dollars au deuxième trimestre, dont 343 millions de simple réévaluation de ses actifs numériques : la société détenait 35 577 bitcoins au 30 juin, dont 4 528 nantis et 4 742 prêtés, et le cours a baissé. Le résultat comptable d’un mineur est aujourd’hui dominé par cette ligne, pas par ses machines.
Le second point est moins visible. Une action de mineur achetée en 2026 est de plus en plus souvent une action de bailleur : chez Core Scientific, le minage pour compte propre ne pèse plus que 13,1 % du chiffre d’affaires, et la société reste pourtant indépendante et cotée sous son nom. Le nom n’a pas changé, le métier si.
Le rapport entre le stock et l’activité en dit autant. MARA a encaissé 174,9 millions de dollars de recettes au deuxième trimestre et détenait pour environ 2,1 milliards de bitcoins au 30 juin : la trésorerie en jetons pèse douze fois le chiffre d’affaires d’un trimestre. American Bitcoin pousse la logique jusqu’au bout en publiant ses satoshis par action, 10 989 au 30 juin contre 9 943 trois mois plus tôt, et en assumant le mot d’ordre : produire du bitcoin plutôt que d’en acheter. Qui souscrit à ce type de titre achète surtout une réserve, et l’outil industriel par-dessus.
Faire héberger sa propre machine
On achète l’ASIC, on le fait tourner chez un exploitant, on paie le kilowattheure et l’hébergement, on garde le matériel et les bitcoins. Startmining, société française installée à La Seyne-sur-Mer, affiche 0,053 euro le kilowattheure sur son site islandais et 0,065 aux États-Unis.
Reprenons le S21 XP à ce tarif : 87,5 kWh par jour à 0,053 euro, 4,64 euros contre 7,42 de recette. Ramené au bitcoin, l’électricité revient à 34 300 euros, environ 39 600 dollars. On retombe dans la fourchette des industriels, entre MARA et CleanSpark. Seul le prix du courant a bougé. Le choix de l’hébergeur devient alors la vraie question, et le tri entre pool, hébergeur et vendeur de contrats commence par là.
Le nombre de places se réduit pourtant. Bitdeer hébergeait 86 000 machines pour des tiers au deuxième trimestre 2025 ; elles ne sont plus que 46 000 un an après, 8,2 exahash contre 13,9, pendant que son parc personnel passait de 114 000 à 243 000 machines. Les exploitants gardent leurs mégawatts ou les louent au calcul, et l’hébergement de matériel appartenant à des tiers est la première activité qu’ils sacrifient.
Le contrat de puissance vendu sans matériel
Ici, la borne des cinquante satoshis fait office de détecteur. Le réseau entier distribue 453 bitcoins par jour pour 899 exahash : personne ne peut verser plus de cinquante satoshis par térahash et par jour sans puiser ailleurs. Ce nombre n’est pas une constante, c’est un quotient. Il remonte quand le réseau perd de la puissance, il retombe quand il en regagne, et c’est au 13 août 2026 qu’il vaut cinquante. Une offre qui promet le double paie les anciens clients avec l’argent des nouveaux. Le mot existe pour ça.
Les précédents sont documentés. HashFlare a coûté 577 millions de dollars à des centaines de milliers d’investisseurs, avec des plaidoyers de culpabilité en février 2025. Genesis Mining ne signe plus de contrat depuis février 2021. StormGain a fermé le 13 janvier 2025. Aucune autorité française n’agrée ce type d’offre : le règlement européen sur les crypto-actifs ne couvre pas le minage, et les plateformes de cloud mining encore debout se jugent sur ce qu’elles versent réellement par térahash, pas sur leur rendement annoncé.
Quelle que soit la voie, les bitcoins reçus sont imposés à la réception, à leur valeur du jour, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. La déclaration des gains de minage suit ses propres règles, indépendantes de la revente.
Ce qui se vérifie avant de confier une machine à un exploitant
Le tarif affiché est le premier des cinq points sur lesquels se lit un contrat d’hébergement.
Le prix du kilowattheure et son périmètre. Un tarif « tout compris » et un tarif auquel s’ajoutent les frais de service, l’assurance et la maintenance ne se comparent pas. Demandez une facture type sur un mois plein plutôt qu’une grille.
Le traitement des arrêts. Les exploitants coupent quand le mégawatt vaut plus que le bitcoin qu’il produirait : CleanSpark l’écrit dans ses comptes et Riot en a tiré 10 millions de dollars de crédits sur le seul deuxième trimestre. Le contrat doit dire qui supporte ces heures d’arrêt et si elles sont facturées.
L’assurance du matériel. Deux bâtiments de Bitdeer à Massillon, dans l’Ohio, 26 mégawatts, ont brûlé et sont en reconstruction, la plus grande part du coût ayant été récupérée auprès de l’assurance du fournisseur. En cas de sinistre, qui est indemnisé : le site ou le propriétaire des machines ?
La sortie et la restitution. Préavis, frais de démontage, délai d’expédition, état dans lequel le matériel revient. Un ASIC immobilisé trois mois chez un prestataire en litige ne vaut plus grand-chose, parce que ces machines perdent leur valeur au rythme des générations suivantes.
La reconversion du site. À Wenatchee, dans l’État de Washington, Bitdeer indique que le centre de minage a été retiré et que le bâtiment passe au calcul. Un hébergeur qui bascule vers l’intelligence artificielle n’a plus de place pour vos machines, et le contrat prévoit rarement ce cas.
Ceux qui envisagent l’étape d’après, c’est-à-dire un site à soi plutôt qu’une machine chez un autre, trouveront dans ce qu’une ferme de minage coûte et produit les ordres de grandeur, et dans le parcours du statut au raccordement électrique la partie administrative qui décide de tout.
Les sociétés qui minent encore ne gagnent pas parce qu’elles sont grosses. Elles gagnent parce qu’elles paient leur courant quatre à cinq centimes et qu’elles savent l’arrêter quand il vaut mieux le revendre au réseau. Un particulier français paie vingt centimes et n’a rien à revendre. Tant que cette ligne de facture ne bouge pas, le reste est du décor.