Bot de minage crypto : trois choses portent ce nom, et aucune ne mine
Un bot ne mine pas. Le minage consiste à modifier un nombre dans un en-tête de bloc, à le hacher deux fois, à comparer le résultat à une cible, et à recommencer des milliards de fois par seconde. Il n’y a aucune décision là-dedans, donc rien à automatiser. Un programme qui « déciderait mieux » ne produirait pas un hash de plus.
Pourtant l’expression circule, et elle recouvre trois choses qui n’ont aucun rapport entre elles. Un jeu Telegram où l’on tape sur un écran pour voir un compteur monter. Un robot de trading qui passe des ordres d’achat sur une place de marché. Et un automate de supervision qui redémarre une carte tombée, coupe la ferme quand le kilowattheure passe à 73 centimes, ou prévient quand le hashrate décroche. Les trois arrivent sous le même mot-clé. Une seule des trois rapporte quelque chose de mesurable.
Un seul nombre sert de juge de paix dans tout ce qui suit. Le réseau Bitcoin distribue aujourd’hui 49,67 satoshis par térahash par seconde et par jour, frais compris, à tout le monde en même temps. C’est un plafond. Ce qu’un service promet au-dessus, il le prend dans la poche de quelqu’un.
Pourquoi un mineur n’a aucune décision à prendre
Famille 1 : les jeux Telegram, leur compteur et leurs jetons
Famille 2 : les robots de trading, qui ne touchent pas au minage
Famille 3 : ce qui s’automatise vraiment autour d’un rig
Écrire son propre automate : les quatre points d’entrée
Ce que l’automatisation rapporte, en euros, sur une machine réelle
Les signaux qui disqualifient un bot en trente secondes
Un mineur ne prend aucune décision
Une machine occupe sa seconde de la façon suivante. Elle reçoit du pool un modèle de bloc : la liste des transactions à inclure, l’empreinte du bloc précédent, la cible de difficulté. Elle assemble un en-tête de 80 octets, y place un nombre arbitraire appelé nonce, applique deux fois SHA-256, obtient une empreinte, la compare à la cible. Trop grande ? Elle incrémente le nonce et recommence. Un Antminer S21+ répète cette boucle 216 000 milliards de fois par seconde.
Aucune de ces répétitions n’a de sens prise isolément, et aucune ne dépend de la précédente. Le procédé est un tirage au sort géant, et la seule variable qui y compte est le nombre de tirages par seconde. Un logiciel « intelligent » ne change rien à un tirage au sort.
Les vraies décisions existent, mais elles se prennent en amont et elles se prennent une fois : quel matériel, quel pool, quelle fréquence, quel tarif d’électricité. Une fois ces quatre choix posés, la machine exécute. Le protocole Stratum qui la relie au pool ne lui laisse d’ailleurs presque rien à négocier : le pool envoie un travail, la machine renvoie des parts. La conversation tient en deux verbes.
Il reste un quatrième usage du mot, qu’on croise surtout dans la littérature de sécurité anglophone : le crypto mining bot y désigne un logiciel malveillant qui mine à l’insu du propriétaire de la machine. Celui-là existe bel et bien, il mine réellement, et il ne vous rapporte rien puisque le portefeuille configuré n’est pas le vôtre. Sa mécanique et la façon de le couper sont traitées dans la page sur le cryptojacking et le minage caché.
Famille 1 : les jeux Telegram, et ce que leur compteur compte
C’est la famille la plus visible. Elle occupe la première place des résultats français sur cette requête, et elle porte un vocabulaire emprunté au minage : « miner », « hashrate », « puissance », « améliorer sa carte ». Le mécanisme, lui, n’emprunte rien.
Un compteur côté serveur, et une réserve déjà frappée
Ces jeux tournent en Mini App, c’est-à-dire dans une page web ouverte à l’intérieur de Telegram. Chaque tap envoie une requête au serveur de l’éditeur, qui incrémente une ligne dans sa base. Aucun hash n’est calculé, ni sur le téléphone ni ailleurs : votre appareil ne fait que transmettre des clics.
La preuve tient dans la comptabilité des jetons. Notcoin, l’ancêtre du genre, a une offre plafonnée à 102 456 956 842 unités, dont 99,4 milliards circulent déjà. Le stock entier a été frappé d’un coup sur la chaîne TON. Les taps ne créent rien : ils répartissent un tas qui existait avant le premier joueur. La preuve de travail fonctionne à l’envers. Les 3,125 bitcoins d’une récompense de bloc n’existent pas tant que le bloc n’a pas été trouvé.
Ce que le magasin d’applications écrit lui-même
L’application qui sort en tête sur cette requête s’appelle Bitcoin Miner - Earn Bitcoin, éditée par J Squared InfoTech, mise à jour le 18 février 2026, classée dans la catégorie Productivité, 10 000 téléchargements et plus, notée 2,4 sur 5 par 295 avis, avec publicités.
Sa description se lit jusqu’au bout, sinon on rate le meilleur. Au milieu : « L’application ne contient ni bitcoins ni minage réel », puis « Le minage de Bitcoins est simulé sur des systèmes cloud distants à des fins d’apprentissage. Il ne se fait pas directement sur votre appareil et ne produit pas de véritable monnaie numérique. » Six lignes plus bas, dans la même fiche : « Gagnez des Bitcoins gratuitement en minant sur votre téléphone. Commencez à miner des BTC dès aujourd’hui ! »
Les deux phrases cohabitent sur la même page du magasin. La première est celle qui protège l’éditeur, la seconde est celle qui recrute. La fiche déclare partager la position et l’identifiant de l’appareil avec des tiers, ce qui indique assez bien d’où vient le revenu. Le cas général des applications de minage sur téléphone est détaillé dans la page qui trie ce qu’une application Android fait réellement tourner.
L’arithmétique du téléphone qui minerait pour de bon
Supposons un instant qu’une de ces applications mine honnêtement, et donnons-lui 5 mégahashs par seconde, ce qui est généreux pour un processeur de téléphone sur SHA-256 double. Toutes machines confondues, la puissance déployée atteint 912,5 exahashs par seconde. La part du téléphone vaut donc 5,5 millionièmes de milliardième de l’ensemble.
Appliquée aux 453,3 bitcoins que le réseau émet chaque jour, récompense et frais compris, cette part donne 0,00025 satoshi par jour. Il faut onze ans pour accumuler un seul satoshi, dont la valeur au cours du jour est de cinq dix-millièmes d’euro. Pendant ces onze ans, le téléphone aura chauffé et usé sa batterie pour ce satoshi unique. Une application qui minerait honnêtement ruinerait donc son utilisateur au profit de rien. D’où le compteur simulé, qui revient beaucoup moins cher à tout le monde.
Les conditions de retrait, là où le mécanisme se lit
Sur les bots à jetons, la question intéressante n’est pas combien on gagne, mais à quelles conditions on sort. Prenez PEPE Miner, le bot Telegram cité par le centre d’apprentissage de KuCoin. Les taps créditent des PEPE, mais le retrait réclame aussi des « diamants », une seconde monnaie qui ne s’obtient pas en jouant. Un parrainage rapporte deux diamants, avec un plafond de vingt diamants par jour. Le retrait vers un portefeuille compatible ERC-20 exige aussi un seuil minimum de jetons, et les paliers montent : le niveau 2 se débloque à 100 PEPE, le niveau 8 à 202 000.
La règle revient à dire qu’on ne touche rien sans amener d’autres joueurs. Le jeu achète de l’audience et la paie en unités de compte qu’il émet lui-même : le parrainage est le produit, pas un bonus.
Ce que ces jetons valent, une fois cotés
Certains de ces bots sont allés au bout et ont distribué un jeton réellement échangeable. Le résultat est donc public, et il se lit sans commentaire.
Jeton distribué par le bot | Cours au 14 août 2026 | Plus haut historique | Écart |
|---|---|---|---|
Notcoin (NOT) | 0,000326 € | 0,02612 € le 2 juin 2024 | − 98,8 % |
Hamster Kombat (HMSTR) | 0,000153 € | 0,006469 € le 26 septembre 2024 | − 97,6 % |
Dogs (DOGS) | 0,0000300 € | 0,001467 € le 28 août 2024 | − 98,0 % |
Catizen (CATI) | 0,04100 € | 0,9892 € le 20 septembre 2024 | − 95,9 % |
Blum (BLUM) | 0,001377 € | 0,1425 € le 27 juin 2025 | − 99,0 % |
Cinq jetons, cinq baisses comprises entre 95,9 % et 99,0 %. Blum pèse aujourd’hui 601 000 euros de capitalisation totale, soit le prix de deux appartements. Ces chiffres ne disent pas que la distribution était frauduleuse ; ils disent ce que vaut, à l’arrivée, une unité de compte créée en échange de clics et distribuée à des dizaines de millions de comptes.
Les bots encore actifs répondent d’ailleurs sans détour quand on ouvre leur page. Vertus, Clayton et SEED App, cités fin 2024 dans un billet Binance consacré au « minage passif » sur Telegram, se présentent respectivement comme un jeu, une ferme de points et une plantation. Le mot « minage » figure dans l’argumentaire, pas dans la description que le bot donne de lui-même.
Famille 2 : les robots de trading, qui ne touchent jamais au minage
La deuxième famille occupe la moitié des résultats français sur « bot de minage crypto », ce qui est cocasse puisque aucun de ses membres ne mine. Ce sont des robots de trading : ils lisent des cours et passent des ordres sur une plateforme d’échange, selon une stratégie qu’on leur a écrite.
Quatre d’entre eux sont ouverts et documentés. OctoBot se présente comme un robot d’investissement automatisé, avec des paniers thématiques et des stratégies publiées. Freqtrade est un cadre Python libre, avec moteur de backtest, optimisation par apprentissage automatique et pilotage par Telegram ou interface web. Hummingbot est un cadre Python sous licence Apache 2.0 destiné aux teneurs de marché, revendiquant 318 connecteurs de plateformes. Jesse est un cadre Python auto-hébergé pour le trading algorithmique.
Un test simple tranche l’affaire : sur la page d’accueil de ces quatre projets, le mot mining n’apparaît pas une seule fois, ni dans un titre ni dans une fonctionnalité. Aucun des quatre ne revendique quoi que ce soit de ce côté. C’est le moteur de recherche qui les a rangés là, parce que le mot « bot » suffit à les convoquer.
Un cas d’homonymie vaut le détour. Hummingbot avait lancé un service nommé Hummingbot Miner. Il ne minait rien non plus : il récompensait les apporteurs de liquidité, une pratique que le secteur appelait liquidity mining par analogie. Le service a fermé : sa page d’accueil ne porte plus qu’un avis annonçant l’arrêt de toutes les prestations au 16 mars 2026. Un produit baptisé « Miner » qui n’a jamais miné, et qui n’existe plus depuis six mois.
Ces outils ont leurs mérites et leurs risques, mais ils relèvent du trading, pas de l’équipement de minage. Ce site ne les traite pas.
Famille 3 : ce qui s’automatise vraiment autour d’une machine
La troisième famille est la seule à produire un gain chiffrable. Elle laisse le calcul tranquille et s’occupe de ce qui l’entoure : la surveillance, la remise en route, la protection thermique, l’adaptation au tarif d’électricité, l’alerte. Cinq règles couvrent presque tout ce qu’un opérateur fait à la main.
Redémarrer ce qui est tombé. Une carte disparaît de la liste, le mineur se fige, le hashrate s’effondre : la machine repart sans attendre votre réveil.
Réagir à la température. Au-delà d’un seuil, on monte les ventilateurs, on baisse la puissance, on arrête.
Suivre le calendrier tarifaire. On coupe quand le kilowattheure devient prohibitif, on relance quand il redescend.
Alerter. Un message dès que la production sort d’une fourchette, plutôt qu’un tableau de bord consulté deux fois par semaine.
Basculer d’un algorithme à l’autre quand le matériel sait en calculer plusieurs.
Le cinquième point est le plus documenté du lot et le plus mal compris : il ne s’applique qu’à du matériel polyvalent, et il coûte un prélèvement qu’il faut comparer à ce qu’il rapporte. La page consacrée au logiciel de minage automatique et à ses quatre sens chiffre ce prélèvement en euros par an ; il n’y a pas lieu de refaire le calcul ici.
Les moteurs de règles existants
Trois outils du marché font tout cela sans une ligne de code, et leur documentation publique donne les conditions exactes. Chez minerstat, les déclencheurs se rangent en cinq catégories. Les températures d’abord, GPU, mémoire et ASIC. La production ensuite : hashrate, efficacité, consommation, nombre de GPU, parts rejetées et parts totales. Puis les erreurs de console, qu’elles viennent de la configuration, de l’authentification, du pilote, du GPU, du client ou du pool. Puis l’état du worker, inactif, dormant ou sans réponse. Enfin l’heure et les gains.
Les fréquences d’évaluation ne sont pas les mêmes, et cela compte pour régler un automate. Les températures et les états du worker sont contrôlés chaque minute. Le hashrate, l’efficacité, la consommation, le compte de cartes, les parts et les erreurs sont contrôlés toutes les dix minutes, avec un délai minimal de dix minutes avant déclenchement. Le déclencheur horaire ne descend pas sous quinze minutes. Neuf actions répondent à ces conditions : redémarrer le logiciel, redémarrer la machine, l’éteindre, la faire cycler, arrêter le minage, le reprendre, régler les ventilateurs, appeler un webhook, exécuter une commande.
Awesome Miner suit la même logique avec un vocabulaire différent : des règles, composées d’un ou plusieurs déclencheurs, en mode « tous » ou « au moins un », suivis d’actions. La détection de machine hors ligne se déclenche par défaut au bout de trente secondes. Les déclencheurs de température et de statistiques peuvent agir immédiatement ou seulement après un maintien du dépassement, et l’analyse de hashrate accepte une valeur remontant jusqu’à vingt minutes en arrière. Côté actions, la palette est large : message Telegram, script C# personnalisé, changement de pool, activation ou désactivation d’une carte de hachage sur ASIC, envoi d’un paquet Wake on LAN. Une action passe inaperçue et mérite mieux : la modification du prix de l’électricité que le logiciel utilise pour ses calculs de rentabilité.
Hive OS complète l’ensemble par un chien de garde de hashrate, des feuilles de vol qui changent la configuration de minage en un clic, des profils d’overclocking, le redémarrage à distance d’une carte, les mises à jour de masse sur toute la ferme et des notifications Telegram et Discord. La supervision d’un parc entier, nommage des workers compris, est décrite dans la page sur la couche logicielle d’une installation professionnelle.
L’automatisme embarqué dans le firmware
Braiins OS pousse la logique dans la machine elle-même avec le Dynamic Performance Scaling. La consigne de puissance ou de hashrate s’ajuste seule selon les conditions du moment : quand la température atteint le seuil chaud, la cible descend d’un pas, avec un délai minimal de trois minutes entre deux ajustements ; quand elle redescend, la cible remonte au même rythme. On règle le pas, la cible minimale, et le comportement une fois la cible minimale atteinte, avec une option d’arrêt pur et simple. Deux modes cohabitent, l’un qui vise la température cible, l’autre plus offensif.
Le délai de trois minutes est le détail à retenir : il existe pour empêcher l’oscillation. Une règle sans temporisation qui baisse à 80 degrés et remonte à 79 passe sa journée à basculer, et une machine qui bascule sans arrêt produit moins qu’une machine bridée une bonne fois pour toutes. Tout automate écrit à la main bute tôt ou tard sur ce mur.
Écrire son propre automate : les quatre points d’entrée
Un automate de minage utile tient en une boucle : elle interroge quatre sources, applique une condition, envoie un ordre. Les quatre sources existent et sont documentées ; trois d’entre elles répondent en JSON.
La machine, par le port 4028
Les mineurs ASIC exposent l’API historique de cgminer sur le port TCP 4028. On y envoie une chaîne JSON, on reçoit une chaîne JSON, la connexion se ferme. La commande la plus utile tient en une ligne :
echo '{"command": "summary"}' | nc 192.168.1.42 4028
La réponse porte tout ce qu’il faut pour décider : GHS 5s et GHS av pour le hashrate instantané et moyen, GHS 30m pour la moyenne sur trente minutes, Elapsed pour les secondes écoulées depuis le démarrage, Accepted, Rejected et Stale pour les parts, Hardware Errors pour les erreurs matérielles, Last getwork pour l’horodatage du dernier travail reçu. Les commandes devs et pools donnent respectivement l’état carte par carte et la liste des pools configurés.
Un chien de garde maison se résume alors à une condition : si GHS 5s tombe sous 80 % de GHS av pendant deux relevés consécutifs, on redémarre. Trois lignes de logique.
Le firmware, par son API publique
Braiins OS expose une API publique depuis la version 23.03 en gRPC, sur le port 50051, et depuis la version 25.07 en REST sur http://miner/api/v1/, les deux offrant les mêmes possibilités. On s’authentifie par identifiant et mot de passe pour obtenir un jeton, placé ensuite dans l’en-tête d’autorisation. Les points d’accès couvrent le démarrage, l’arrêt, la pause et la reprise du minage, ainsi que le redémarrage de l’appareil. On y règle aussi les cibles de hashrate et de puissance, on y active le réglage dynamique, on y lit l’état des cartes de hachage avec leurs températures, leurs tensions et leurs fréquences. Restent les groupes de pools avec répartition par quotas, les modes de ventilation et la diffusion en continu de l’état du mineur.
Tout ce que fait l’interface web, un script le fait aussi. C’est par là qu’on écrit un automate capable de décider quelque chose sans dépendre d’un logiciel tiers.
Le pool, pour la production réelle
La machine dit ce qu’elle calcule ; le pool dit ce qui a été crédité. Les deux chiffres ne coïncident jamais tout à fait, et leur écart en apprend plus que chacun pris seul. Braiins Pool publie quatre points d’accès JSON : /stats/json/btc, /accounts/profile/json/btc/, /accounts/workers/json/btc et /accounts/payouts/json/btc. Le jeton d’accès se place dans un en-tête nommé Pool-Auth-Token ou X-Pool-Auth-Token, et la cadence sûre est d’une requête toutes les cinq secondes. F2Pool travaille en POST sur https://api.f2pool.com/v2/, jeton dans l’en-tête F2P-API-SECRET. Trois chemins suffisent : /v2/hash_rate/info pour le hashrate du compte, /v2/hash_rate/worker/list pour les workers, /v2/assets/balance pour le solde et les revenus.
Un automate qui compare le hashrate déclaré par la machine et celui vu par le pool attrape une catégorie de pannes qu’aucun capteur local ne voit : une connexion réseau qui perd des parts, un pool qui rejette, un worker mal nommé dont la production part sur un autre compte. Le choix du pool et son mode de paiement pèsent sur ce que vous lirez dans ces réponses, sujet traité dans la page sur les pools, leurs frais et leurs modes de paiement.
Le prix de l’électricité, gratuitement et sans compte
Presque personne ne branche cette source, et c’est celle qui rapporte le plus. Pour un contrat Tempo, l’API couleur Tempo publie la couleur du jour sur /api/jourTempo/today, celle du lendemain sur /api/jourTempo/tomorrow dès que RTE la diffuse en fin de matinée, et le tarif applicable à l’instant sur /api/now. Elle est gratuite, fonctionne en HTTP comme en HTTPS, et ne demande aucune authentification.
La réponse est directement exploitable. Au 14 août 2026, /api/now renvoie un code couleur 1, un code horaire 1, le libellé « Bleu-HP » et un tarif de 0,1654 euro le kilowattheure. La grille complète en vigueur depuis le 1er août 2026 se lit sur /api/tarifs :
Couleur Tempo | Heures creuses | Heures pleines | Jours dans l’année |
|---|---|---|---|
Bleu | 0,1356 €/kWh | 0,1654 €/kWh | 300 |
Blanc | 0,1536 €/kWh | 0,1921 €/kWh | 43 |
Rouge | 0,1615 €/kWh | 0,7295 €/kWh | 22 |
Entre la case la moins chère et la case la plus chère, le rapport vaut 5,4. Aucun réglage de fréquence, aucune bascule d’algorithme ne produira jamais un écart de cette taille. Régler le reste avant celle-ci revient à travailler sur les décimales.
Ce qui fait tourner tout ça
Reste à faire vivre la boucle. Un script Python de quarante lignes, un service systemd avec redémarrage automatique, un intervalle de soixante secondes pour les températures et de dix minutes pour la production, un journal qui garde chaque décision avec son horodatage. Le journal sert le jour où une règle mal réglée se manifeste par une facture surprenante, trois semaines plus tard, et qu’il faut retrouver la condition qui l’a déclenchée.
Deux garde-fous s’ajoutent, et ils s’oublient toujours. Une hystérésis, pour couper à un seuil et redémarrer à un autre, sensiblement plus bas. Et un plafond de basculements par jour, parce qu’un ASIC qui redémarre subit un cycle thermique complet à chaque fois, et que ces cycles se comptent dans la durée de vie des cartes de hachage.
Ce que l’automatisation rapporte, en euros
Prenons un Antminer S21+, 216 térahashs par seconde pour 3 564 watts, soit 16,5 joules par térahash, branché sur un contrat Tempo. Chaque térahash reçoit 49,67 satoshis par jour, soit 0,027008 euro au cours de 54 370 euros le bitcoin. La machine produit donc 5,83 euros par jour, 2 129 euros sur l’année.
Côté consommation, elle avale 85,5 kilowattheures par jour, 31 221 sur l’année. Avec le découpage Tempo classique, seize heures pleines et huit heures creuses, une journée bleue lui coûte 13,30 euros, une journée blanche 15,33 euros, et une journée rouge 46,20 euros. Sur une année de 300 jours bleus, 43 blancs et 22 rouges, la facture atteint 5 665 euros, soit 0,1815 euro le kilowattheure en moyenne. Le résultat net s’établit à − 3 536 euros.
Ajoutons maintenant une seule règle : couper la machine pendant les heures pleines des jours rouges, prévenues la veille par l’API. Vingt-deux journées de seize heures : 352 heures d’arrêt par an.
Poste | Sans automatisme | Avec la règle « arrêt en rouge » |
|---|---|---|
Production annuelle | 2 129 € | 2 044 € |
Électricité | 5 665 € | 4 750 € |
Résultat | − 3 536 € | − 2 706 € |
L’économie d’électricité atteint 915 euros, la production perdue 86 euros, et le gain net de la règle vaut 830 euros par an. Pour une condition, un appel d’API sans authentification et un ordre d’arrêt. Aucun autre automatisme de cette page n’approche ce rapport entre effort et résultat.
Et pourtant la machine perd encore 2 706 euros. Le seuil de rentabilité d’un matériel à 16,5 joules par térahash s’établit aujourd’hui à 0,0682 euro le kilowattheure. La case la moins chère du calendrier français, les heures creuses des jours bleus, est à 0,1356 euro : très exactement le double. Un automate qui ne ferait tourner la machine que pendant les heures creuses les moins chères de l’année perdrait encore un euro sur deux.
Menée jusqu’au bout, la logique donne une réponse désagréable. Un automate à qui l’on demande de ne miner que lorsque c’est rentable, en France, au tarif domestique, éteint la machine et ne la rallume jamais. Aucun vendeur d’automatisme ne programme cette règle par défaut, pour des raisons qui se devinent. La même conclusion, posée machine par machine, se retrouve dans le calcul de rentabilité au tarif français.
Les signaux qui disqualifient un bot en trente secondes
Un bot qui promet du minage se juge sur cinq points, sans même l’installer.
Un rendement quotidien fixe. Le revenu d’un térahash bouge tous les jours, avec la difficulté et avec le cours. Un service qui annonce 1,5 % par jour, ou n’importe quel pourcentage constant, ne suit rien de réel. La difficulté a changé de valeur quinze fois depuis le début de l’année ; un rendement fixe ignore ces quinze changements.
Un rendement supérieur à 49,67 satoshis par térahash et par jour. C’est la totalité de ce que le réseau distribue, avant l’électricité, avant les frais de pool, avant l’amortissement du matériel. Au-dessus, l’argent versé vient d’ailleurs, et « ailleurs » désigne en général les dépôts des derniers inscrits.
Un compteur qui monte tout seul. Une machine qui mine produit par à-coups, au rythme des parts acceptées. Un affichage qui s’incrémente à la seconde, sans jamais marquer de pause, décrit une horloge maquillée en mineur.
Un parrainage nécessaire au retrait. Quand la seconde monnaie qui débloque le paiement ne s’obtient qu’en amenant des inscrits, le produit vendu n’est pas du minage.
Un seuil de retrait hors d’atteinte. Divisez le seuil par le gain quotidien affiché. Au-delà de deux ans, le seuil fait office de porte fermée.
Une sixième vérification règle le reste des cas : demandez quel matériel calcule. Un service qui vend de la puissance sans jamais nommer un modèle de machine, un site d’hébergement ni une adresse de pool ne vend pas de la puissance. La division qui démasque une fausse offre de minage détaille cette vérification, et le passage en revue des applications de minage gratuites montre à quoi ressemblent les offres qui échouent au test.
Questions fréquentes
Un bot peut-il augmenter le hashrate d’une machine ?
Non. Le hashrate dépend du nombre de puces, de leur fréquence et de leur tension. Le firmware autorise une hausse de fréquence, qui se paie en watts et en chaleur, mais aucune capacité de calcul ne sort de nulle part. Ce qu’il fait de mieux, c’est éviter les heures pendant lesquelles la machine ne tourne pas.
Les bots de minage sur Telegram versent-ils vraiment quelque chose ?
Certains ont distribué un jeton coté, donc oui, au sens strict. Ce que valent ces jetons se lit dans le tableau plus haut : les cinq exemples cotés ont perdu entre 95,9 % et 99,0 % de leur plus haut. Ce versement vient d’une réserve frappée à l’avance, pas d’un calcul.
Faut-il savoir programmer pour automatiser un rig ?
Pas pour les règles courantes. Les moteurs de minerstat, d’Awesome Miner et de Hive OS couvrent le redémarrage sur perte de hashrate, l’arrêt sur température et les alertes sans une ligne de code. Le code devient utile pour ce qu’aucun de ces outils ne fait de série : croiser l’état de la machine avec une source extérieure, un calendrier tarifaire par exemple.
Quel gain attendre d’une règle liée au prix de l’électricité ?
Sur un Antminer S21+ en contrat Tempo, couper pendant les heures pleines des jours rouges économise 915 euros d’électricité et coûte 86 euros de production, soit 830 euros nets par an. Le calcul dépend entièrement du contrat : sans jours rouges, la règle ne rapporte rien.
Un automate rend-il une machine rentable en France ?
Non. Un matériel à 16,5 joules par térahash passe à l’équilibre à 0,0682 euro le kilowattheure. L’heure la moins chère du calendrier Tempo est à 0,1356 euro, soit le double. L’automatisme réduit la perte, il ne la retourne pas ; ce qui la retourne est un tarif d’électricité que ne propose aucun contrat domestique.