Difficulté de minage : ce que le nombre dit, et quelle monnaie paie le mieux
La difficulté du réseau Bitcoin vaut 127 479 855 693 691 au 14 août 2026. Le nombre s’affiche en direct sur une dizaine de sites, et tel quel il ne sert à personne. Divisé comme il faut, il devient autre chose : 49,66 satoshis par térahash et par jour, ce que le réseau verse pour mille milliards de hachages par seconde maintenus vingt-quatre heures. Sous cette forme, le chiffre s’oppose enfin à une facture d’électricité.
Cette page fait la division. D’abord sur Bitcoin, en montrant chaque terme, pour que l’opération se refasse le mois prochain avec les valeurs du moment. Ensuite sur les dix autres monnaies encore minables, puisque ce qu’un mineur cherche à savoir est laquelle paie le mieux la puissance dont il dispose. Le classement par difficulté et le classement par revenu ne se ressemblent pas du tout.
Ce que la difficulté compte, et rien d’autre
L’ajustement : deux semaines chez Bitcoin, chaque bloc ailleurs
Pourquoi une difficulté élevée ne vous interdit rien
Le classement des onze monnaies, difficulté et revenu par unité
Ce que ça donne sur une machine, au tarif français
L’effet chiffré des trois derniers grands ajustements
Ce que la difficulté compte, et rien d’autre
La difficulté est un rapport, pas une quantité de travail. Elle dit de combien la cible du premier bloc de 2009 a été rétrécie pour arriver à la cible d’aujourd’hui. Une difficulté de 1 correspond à une chance sur 2³² de tomber sur un hachage valide à chaque essai. Portée à 127 479 855 693 691, elle ramène cette chance à une sur 127 479 855 693 691 fois 2³².
De là sort la seule formule qui serve. Le nombre de hachages qu’il faut produire en moyenne pour trouver un bloc vaut :
hachages par bloc = difficulté × 2³², soit 127 479 855 693 691 × 4 294 967 296 = 5,475 × 10²³ au 14 août 2026.
Cinq cent quarante-sept mille milliards de milliards d’essais, en moyenne, pour un seul bloc. Le protocole vise dix minutes entre deux blocs, alors la puissance installée sur le réseau se déduit sans rien mesurer sur le terrain :
hashrate = difficulté × 2³² ÷ temps de bloc visé = 5,475 × 10²³ ÷ 600 = 912,5 EH/s.
Le même jour, les estimateurs qui mesurent la cadence réelle des blocs plutôt que la difficulté annoncent 902 EH/s en instantané, 927 EH/s en moyenne sur trois jours. Trois nombres, un écart de 2,5 %, aucun n’est faux : le réseau ne publie pas sa puissance, on la reconstitue, et chaque méthode de reconstitution a son biais. En pratique, une comparaison entre deux dates n’a de sens qu’avec le même estimateur aux deux dates. Un hashrate déduit de la difficulté en janvier opposé à une moyenne glissante en août fabrique une tendance qui n’existe pas.
Le pas suivant est celui que les compteurs en direct ne font jamais. Bitcoin a distribué 453,1 BTC sur ses cent quarante-quatre derniers blocs, dont 3,1 BTC de frais de transaction. Cent quarante-quatre blocs font une journée type. Divisez cette émission par les 912,5 EH/s installés et vous tenez ce qu’un térahash y gagne : 49,66 satoshis par jour, soit 0,0270 € au cours de 54 338 € le bitcoin relevé le 14 août 2026. Sur un an, en supposant tout figé, un térahash rapporte 18 125 satoshis, moins de dix euros. Ce quotient est le juge de paix de tout le secteur : une offre qui promet davantage que 49,66 satoshis par térahash et par jour promet plus que ce que le réseau entier verse. Il tombera de moitié au prochain halving, quand la récompense de bloc passera de 3,125 à 1,5625 BTC, au printemps 2028.
Une difficulté ne se compte pas en térahashs
La confusion revient sans arrêt, y compris sous des plumes sérieuses, et elle rend faux tout ce qui suit. Le hashrate est une vitesse : des hachages par seconde, qui se comptent en mégahashes, en térahashes, en exahashes. La difficulté n’a pas d’unité du tout. C’est un facteur d’échelle sans dimension, et écrire « une difficulté de 127 térahashs » revient à mesurer une distance en litres.
Le piège est renforcé par les suffixes. La presse spécialisée écrit souvent 127,48 T, où le T signifie « mille milliards » et rien de plus. Le même T dans TH/s désigne des térahashes par seconde. Deux emplois différents de la même lettre, à deux lignes d’écart, sur quantité de pages du secteur.
Autre effet de bord, plus vicieux : les difficultés de deux chaînes différentes ne se comparent pas. Monero affiche 745 770 621 713 et Bitcoin 127 479 855 693 691, un rapport de 171. On en conclurait volontiers que Bitcoin est cent soixante et onze fois plus dur, sauf qu’un hachage RandomX exige un processeur généraliste et deux gigaoctets de mémoire quand un hachage SHA-256 tient dans quelques milliers de transistors. Rapporté à la puissance, le réseau Monero paie d’ailleurs le hachage près de neuf cents millions de fois plus cher que Bitcoin, comme le montre le classement plus bas. Comparer les deux difficultés brutes ne renseigne sur rien. Le mécanisme complet, du nonce au paiement, est déroulé dans la page qui suit une transaction de la mempool jusqu’aux six confirmations ; ici on s’en tient à ce que les nombres permettent de calculer.
L’ajustement : deux semaines chez Bitcoin, chaque bloc ailleurs
Bitcoin recalcule sa difficulté tous les 2 016 blocs, soit deux semaines quand tout va bien. Le calcul est court : la nouvelle difficulté vaut l’ancienne multipliée par 20 160 minutes, la durée théorique de la fenêtre, divisée par la durée réelle qu’ont mise les 2 016 derniers blocs. Le résultat est borné, il ne peut ni quadrupler ni être divisé par quatre en une fois.
Le dernier recalcul remonte au 8 août 2026 à 19 h 35 UTC, au bloc 961 632, et il a ajouté 0,99 %. Le suivant tombera au bloc 963 648, attendu vers le 23 août. Les blocs de la fenêtre en cours mettent 624 secondes au lieu de 600, ce qui pointe une baisse d’environ 3,8 % : le réseau perd un peu de puissance, la difficulté suivra avec deux semaines de retard.
Ce retard est la particularité de Bitcoin, et il n’a rien de général. Les chaînes conçues après lui ont presque toutes abandonné la fenêtre longue, parce qu’elle expose une petite chaîne aux mineurs de passage : une ferme qui débarque, mine trois jours et repart laisse derrière elle une difficulté trop haute et des blocs qui n’arrivent plus.
Chaîne | Cadence de recalcul | Fenêtre observée | Temps de bloc visé |
|---|---|---|---|
Bitcoin | tous les 2 016 blocs | 2 016 blocs, environ deux semaines | 10 min |
Litecoin | tous les 2 016 blocs | 2 016 blocs, environ 3,5 jours | 2,5 min |
Bitcoin Cash | à chaque bloc | cible mobile ASERT, demi-vie de deux jours | 10 min |
Dogecoin | à chaque bloc | DigiShield, une heure environ | 1 min |
Dash | à chaque bloc | Dark Gravity Wave, 24 blocs | 2,5 min |
Zcash | à chaque bloc | DigiShield, 17 blocs | 75 s |
Kaspa | à chaque bloc | fenêtre glissante courte | 0,1 s |
Ethereum Classic | à chaque bloc | le bloc précédent | environ 13 s |
Monero | à chaque bloc | 720 blocs, un jour | 2 min |
Ravencoin | à chaque bloc | Dark Gravity Wave, 180 blocs | 1 min |
Ergo | tous les 1 024 blocs | huit époques précédentes | 2 min |
La colonne du milieu change tout à la stratégie. Sur Bitcoin, une machine qui s’allume aujourd’hui profite de la difficulté actuelle pendant le reste de la quinzaine ; l’effet de son arrivée ne se paiera qu’au recalcul suivant. Sur Monero ou sur Zcash, l’arrivée se paie en quelques heures. Sur Kaspa, en quelques secondes. Les moments où miner devient temporairement généreux, après une capitulation, durent donc deux semaines sur Bitcoin et presque rien ailleurs.
Autre conséquence, moins agréable : sur les chaînes à recalcul permanent, la difficulté relevée à un instant donné oscille d’un bloc à l’autre. Dogecoin est passé de 25,0 à 31,1 millions entre les blocs 6 331 456 et 6 331 461, soit en quatre minutes. Un chiffre isolé y décrit une minute, pas un état, et il se lit comme tel. Bitcoin, avec sa difficulté figée quinze jours, est le seul réseau du tableau dont la valeur du jour vaut aussi pour demain.
Pourquoi une difficulté élevée ne vous interdit rien
Le contresens se répète de forum en forum : la difficulté serait devenue si haute qu’un particulier ne peut plus miner. L’affirmation est fausse, et l’erreur porte sur la nature même du nombre.
La difficulté ne fixe aucun ticket d’entrée : ni puissance minimale, ni investissement plancher, ni autorisation. Elle décide d’une seule chose : la part que votre puissance représente dans le total, donc la fraction de l’émission qui vous revient. Une machine deux fois plus petite touche deux fois moins. Elle ne touche pas zéro.
Ce qui a disparu, c’est le minage en solitaire. Un Antminer S21 Pro sort 234 TH/s. Face aux 5,475 × 10²³ hachages qu’un bloc réclame en moyenne, il lui faudrait soixante-quatorze ans pour en trouver un tout seul, et le mot « moyenne » fait ici tout le travail : ce bloc peut tomber jeudi, ou jamais. Un mineur solitaire touche donc un revenu imprévisible, ce qui gêne davantage qu’un revenu faible.
Le pool règle exactement ce problème, et il le règle en ignorant la difficulté du réseau. Le serveur vous donne une cible bien plus facile, ajustée pour que votre machine lui renvoie quelques parts par minute. Ces parts ne servent à rien sur la chaîne, elles mesurent le travail fourni, et la paie en découle au prorata. Votre revenu devient régulier dès le premier jour, quelle que soit la difficulté. Elle ne détermine plus que le montant : une part vaut la récompense de bloc multipliée par la difficulté de la part, divisée par la difficulté du réseau. Rien d’autre. Les modèles de paiement et ce qu’ils changent au risque pèsent bien plus lourd, dans le résultat final, qu’un dixième de point de frais.
La barrière existe, mais elle est ailleurs : elle est dans le prix du kilowattheure et dans l’efficacité de la machine. Une difficulté qui double coupe votre revenu de moitié ; elle ne vous met pas à la porte. Un tarif d’électricité qui double, lui, vous sort du marché sans appel.
Le classement des onze monnaies encore minables
Onze chaînes en preuve de travail comptent encore, en ce sens qu’un particulier peut y engager du matériel disponible et revendre les jetons produits. Toutes les valeurs ci-dessous ont été relevées le 14 août 2026 vers 9 h UTC, chacune sur le nœud ou l’interface de sa propre chaîne. Le hashrate est déduit de la difficulté par la formule vue plus haut, adaptée au temps de bloc de chaque protocole, ce qui garantit que les deux colonnes se recoupent.
La dernière colonne est celle qui compte. Elle donne ce que le réseau verse pour un térahash par seconde maintenu vingt-quatre heures, une fois convertie en euros l’émission qui revient réellement aux mineurs. Le tableau est trié par cette valeur, décroissante.
Monnaie | Algorithme | Difficulté au 14 août 2026 | Hashrate du réseau | Matériel qui tient | Revenu par unité et par jour | Ramené au térahash |
|---|---|---|---|---|---|---|
Zcash (ZEC) | Equihash 200,9 | 210 917 251 | 23,0 GSol/s | machine dédiée | 0,0264 € par kSol/s | 26 433 788 € |
Monero (XMR) | RandomX | 745 770 621 713 | 6,22 GH/s | processeur, machine dédiée depuis 2023 | 0,0236 € par kH/s | 23 636 857 € |
Ravencoin (RVN) | KawPow | 12 001 | 859 GH/s | carte graphique | 0,00478 € par MH/s | 4 775 € |
Ergo (ERG) | Autolykos2 | 64 021 336 162 304 | 534 GH/s | carte graphique | 0,000719 € par MH/s | 719 € |
Dogecoin (DOGE) | Scrypt, minage fusionné avec Litecoin | 31 113 669 | 2,23 PH/s | machine dédiée | 0,390 € par GH/s | 390 € |
Ethereum Classic (ETC) | Etchash | 1 961 736 462 756 485 | 144,5 TH/s | machine dédiée | 0,383 € par GH/s | 383 € |
Litecoin (LTC) | Scrypt | 90 789 409 | 2,60 PH/s | machine dédiée | 0,0534 € par GH/s | 53,4 € |
Dash (DASH) | X11 | 85 098 651 | 2,44 PH/s | machine dédiée | 0,00218 € par GH/s | 2,18 € |
Kaspa (KAS) | kHeavyHash | 16 456 761 604 112 286 | 329 PH/s | machine dédiée | 0,132 € par TH/s | 0,132 € |
Bitcoin (BTC) | SHA-256 | 127 479 855 693 691 | 912,5 EH/s | machine dédiée | 0,0270 € par TH/s | 0,0270 € |
Bitcoin Cash (BCH) | SHA-256 | 468 788 186 212 | 3,36 EH/s | machine dédiée | 0,0239 € par TH/s | 0,0239 € |
L’écart entre la première ligne et la dernière atteint un facteur d’environ un milliard. Le calcul n’a pas dérapé : un réseau paie le hachage à hauteur de ce qu’il coûte à produire. Un hachage Equihash mobilise deux gigaoctets de mémoire vive et des dizaines de milliers de transistors ; un hachage SHA-256 tient dans un circuit minuscule qu’on grave par milliards sur une puce. Le premier se vend cher, le second pour presque rien. La concurrence entre mineurs a ajusté les deux prix toute seule.
De là une conclusion qui contredit la question de départ : classer les monnaies par difficulté ne veut rien dire. Ravencoin affiche 12 001, Ethereum Classic 1 961 736 462 756 485, et la seconde n’est pas cent soixante milliards de fois plus dure pour autant. Chaque protocole a choisi sa propre échelle. Un tel paramètre ne se compare qu’avec lui-même, d’une date à l’autre, sur une même chaîne. La colonne du térahash, elle, se compare, puisqu’elle est libellée en euros.
Quatre lignes demandent un mot de plus. Litecoin et Dogecoin partagent l’algorithme Scrypt et, depuis 2014, la même preuve de travail : une machine Scrypt encaisse les deux récompenses en même temps, sans hashrate supplémentaire ni watt supplémentaire. Le bon chiffre pour un mineur Scrypt n’est donc ni 0,0534 € ni 0,390 € par gigahash, mais leur somme, 0,444 €. Dash émet 1,7702 DASH par bloc mais n’en verse que 20 % au mineur, le reste allant aux masternodes et au budget de gouvernance ; le tableau tient compte de cette part réelle, un calculateur qui prend le chiffre brut surestime Dash d’un facteur cinq. Zcash verse 80 % de ses 1,5625 ZEC au mineur, 8 % aux subventions communautaires et 12 % à un fonds contrôlé par les détenteurs, répartition en vigueur depuis la mise à jour NU6.1 du 24 novembre 2025.
Reste Ethereum Classic, dont la récompense est passée de 2,048 à 1,6384 ETC le 22 juillet 2026, et dont les blocs tombent en 13,58 secondes mesurées sur les cinquante mille derniers. La chaîne émet donc environ 10 430 ETC par jour, et cet écart avec la cadence théorique part directement dans le revenu. Le détail des récompenses, des temps de bloc et des dates de coupe monnaie par monnaie occupe la page consacrée aux monnaies encore minables en 2026 ; elle explique aussi ce qui a chassé les cartes graphiques de huit de ces onze réseaux.
Ce que ça donne sur une machine, au tarif français
Le revenu par unité de puissance ne devient une décision qu’une fois multiplié par le hashrate d’une machine et confronté à sa consommation. Le tableau ci-dessous retient un seul point de fonctionnement par machine, celui de sa fiche constructeur, et le tarif bleu résidentiel option base au 1ᵉʳ août 2026, soit 0,2001 € le kilowattheure toutes taxes comprises. Les hashrates et les puissances sont des enveloppes annoncées par le fabricant, pas des relevés de banc d’essai : la marge habituelle est de 3 % sur le hashrate et de 5 % sur la consommation au mur.
Machine | Monnaie | Point de fonctionnement | Recette par jour | Électricité par jour | Solde | Seuil d’équilibre |
|---|---|---|---|---|---|---|
Antminer Z15 Pro | Zcash | 840 kSol/s, 2 780 W | 22,20 € | 13,35 € | + 8,85 € | 0,333 €/kWh |
Antminer X5 | Monero | 212 kH/s, 1 350 W | 5,01 € | 6,48 € | − 1,47 € | 0,155 €/kWh |
Ryzen 9 7950X | Monero | 21,5 kH/s, 200 W | 0,51 € | 0,96 € | − 0,45 € | 0,106 €/kWh |
Antminer L9 | Litecoin et Dogecoin | 16 GH/s, 3 360 W | 7,10 € | 16,14 € | − 9,04 € | 0,088 €/kWh |
Antminer S21 Pro | Bitcoin | 234 TH/s, 3 510 W | 6,31 € | 16,86 € | − 10,54 € | 0,075 €/kWh |
Antminer KS7 | Kaspa | 40 TH/s, 3 080 W | 5,29 € | 14,79 € | − 9,50 € | 0,072 €/kWh |
Antminer S21 Pro | Bitcoin Cash | 234 TH/s, 3 510 W | 5,59 € | 16,86 € | − 11,27 € | 0,066 €/kWh |
Antminer D9 | Dash | 1,77 TH/s, 2 839 W | 3,86 € | 13,63 € | − 9,78 € | 0,057 €/kWh |
RTX 5070 Ti | Ergo | 195 MH/s, 100 W | 0,14 € | 0,48 € | − 0,34 € | 0,058 €/kWh |
Jasminer X16-Q | Ethereum Classic | 1,95 GH/s, 620 W | 0,75 € | 2,98 € | − 2,23 € | 0,050 €/kWh |
RTX 5070 Ti | Ravencoin | 43 MH/s, 190 W | 0,21 € | 0,91 € | − 0,71 € | 0,045 €/kWh |
Une seule ligne du tableau finit dans le vert, et elle mérite qu’on s’y arrête. Zcash a vu son cours et son revenu par unité de puissance monter plus vite que son hashrate : le Z15 Pro dégage 8,85 € par jour après électricité, et il faudrait payer le kilowattheure 0,333 € pour le ramener à l’équilibre, soit deux tiers de plus que le tarif de base français. Aucune autre configuration du tableau n’approche le quart de cette marge. Une situation pareille attire des machines, le hashrate monte, la difficulté suit à chaque bloc puisque Zcash recalcule sur dix-sept blocs, et le revenu par unité redescend mécaniquement. Le chiffre vaut pour le 14 août 2026, il se revérifie avant tout achat.
Le reste du tableau redit ce qu’on savait. Bitcoin réclame 0,075 € le kilowattheure pour tenir l’équilibre sur une machine à 15 J/TH, quand le tarif français le plus bas, les heures creuses d’un jour bleu en option Tempo, s’établit à 0,1356 €. La marche vaut près d’un facteur deux, et aucun réglage ne la franchit. Le tarif bleu professionnel n’y change rien non plus : il tient à 0,1949 € toutes taxes comprises, et le minage sortant du champ de la TVA, personne ne récupère cette taxe, professionnel compris.
Les deux lignes de cartes graphiques ferment le classement, et l’écart entre elles apprend quelque chose. Ergo demande 0,058 € le kilowattheure, Ravencoin 0,045 €, alors que la même RTX 5070 Ti produit quatre fois plus de mégahashes sur Autolykos2 que sur KawPow. La consommation fait la différence à elle seule : 100 W contre 190 W. Sur une carte, le chiffre qui décide reste le rapport entre ce qu’elle sort et ce qu’elle tire au mur.
Le seuil d’équilibre se recalcule d’ailleurs en une ligne pour n’importe quelle machine SHA-256, sans passer par la recette. Divisez le revenu par térahash et par jour, 0,0270 €, par 0,024, le nombre de kilowattheures qu’un watt consomme en vingt-quatre heures : vous obtenez 1,124. Divisez ce 1,124 par l’efficacité de la machine en joules par térahash et vous tenez le prix maximal du kilowattheure. Le S21 Pro tourne à 15 J/TH, d’où 0,075 €. Une machine à 9,5 J/TH, ce que fait de mieux le marché en immersion, monterait à 0,118 €. Toujours sous le tarif français. Le numérateur, lui, bouge tous les jours avec la difficulté et le cours, et la méthode complète, terme par terme vaut mieux qu’un calculateur en ligne qui applique 0,10 $ le kilowattheure par défaut.
L’effet chiffré des trois derniers grands ajustements
Le revenu d’une machine est inversement proportionnel à la difficulté : elle double, il tombe de moitié ; elle recule de 10 %, il monte de 11,1 %. Rien d’autre n’intervient dans cette relation, ni le nombre de mineurs, ni le pool choisi. Les douze derniers mois du réseau Bitcoin en donnent trois illustrations franches, lues sur la même série d’ajustements, ce qui les rend comparables entre elles.
Date | Bloc | Difficulté après ajustement | Variation | Effet sur le revenu | Sur un Antminer S21 Pro |
|---|---|---|---|---|---|
7 février 2026 | 935 424 | 125 864 590 119 494 | − 11,16 % | + 12,6 % | + 0,80 € par jour |
19 février 2026 | 937 440 | 144 398 401 518 101 | + 14,73 % | − 12,8 % | − 0,81 € par jour |
14 juin 2026 | 953 568 | 124 932 866 006 548 | − 10,09 % | + 11,2 % | + 0,71 € par jour |
8 août 2026 | 961 632 | 127 479 855 693 691 | + 0,99 % | − 1,0 % | − 0,06 € par jour |
Ces quatre lignes se lisent souvent de travers, parce que la presse spécialisée les a couvertes séparément. Une dépêche du 7 février annonce une chute de 11,16 % à 125,86 T, la plus forte depuis 2021 ; une autre du 19 février annonce un bond de 15 % à 144,4 T ; une troisième, à la mi-juin, décrit un repli de 138,9 T à 124,9 T. Les trois sont exactes, et elles ne se contredisent pas : ce sont des recalculs successifs, séparés de douze jours pour les deux premiers, de quatre mois pour le troisième. Les mettre côte à côte comme des estimations concurrentes du même moment est l’erreur type sur ce sujet.
Sur le S21 Pro, la quinzaine ouverte le 7 février a donc rapporté 11 € de plus que la précédente, et celle du 19 février 11 € de moins que celle qu’elle suivait, cours du bitcoin figé pour isoler l’effet de la difficulté. Onze euros par quinzaine et par machine : négligeable sur un boîtier au fond d’un garage, décisif sur un hangar qui en aligne mille.
À plus longue échelle, la difficulté a culminé à 155 973 032 196 072 le 29 octobre 2025, et elle a perdu 18,3 % depuis. Sur douze mois glissants, entre le 22 août 2025 et le 8 août 2026, le solde est presque nul : − 1,7 %. Autrement dit, un térahash rapporte à peu près ce qu’il rapportait il y a un an, à cours égal. Entre les deux, le paramètre est monté à 155,97 T fin octobre puis descendu à 124,93 T à la mi-juin : vingt pour cent d’amplitude en huit mois, sur une grandeur que beaucoup croient monotone. Ce qu’une journée de machine rapporte concrètement s’en trouve un peu meilleur qu’à l’automne dernier, sans rien renverser du raisonnement.
Ethereum n’a plus de difficulté de minage
La requête revient encore par milliers, et la réponse tient en une date. Ethereum est passé en preuve d’enjeu le 15 septembre 2022, au bloc 15 537 393. Depuis cette nuit-là, il n’y a plus d’algorithme à faire tourner ni de récompense de bloc à disputer, donc plus de difficulté de minage : le paramètre a disparu du protocole avec le mécanisme qu’il réglait. Les graphiques qui affichent encore une courbe s’arrêtent à septembre 2022, et un site qui publie une difficulté Ethereum du jour publie une valeur qui n’existe nulle part.
Ethereum Classic, lui, a conservé la preuve de travail : c’est la chaîne qui figure dans le classement plus haut, avec Etchash et sa difficulté de 1 961 736 462 756 485. Beaucoup de détenteurs de cartes achetées pour Ethash s’y sont repliés, avant de découvrir que les machines dédiées y étaient déjà installées. Ce qui s’est joué exactement cette nuit de septembre mérite le détour pour quiconque a encore ce matériel sur les bras.
Ce qui n’a jamais eu de difficulté de minage
Une part des listes qui circulent range sous « cryptomonnaies faciles à miner » des jetons qui ne se minent pas et ne se sont jamais minés. Cardano, Solana, Ripple, Polkadot, Tezos, Stellar, Chainlink et Binance Coin n’ont pas de preuve de travail dans leur protocole. Il n’existe donc aucun algorithme de hachage à y faire tourner, et aucune difficulté à consulter. Ce qu’on peut en faire, pour certaines, c’est du staking : immobiliser des jetons déjà achetés pour toucher une part de l’émission. Un placement, avec ses risques propres, et rien qui ressemble à une production.
La même prudence vaut pour les chaînes minuscules qu’un comparateur classe en tête parce que leur difficulté est basse. Plus le paramètre est bas, plus le nombre de jetons produits par jour gonfle, et le calculateur multiplie cette quantité par un cours issu d’un carnet d’ordres où passent quelques centaines d’euros. Miner un mois y produit plus de jetons que le marché n’en absorbe en une semaine. Le volume échangé sur vingt-quatre heures, compté en euros, écarte ces cas en dix secondes.
Refaire le calcul chez soi
Aucune valeur de cette page ne tiendra jusqu’à la fin de l’année, et c’est normal : la difficulté est faite pour bouger. La procédure, elle, ne bouge pas. Quatre nombres à retrouver, et l’affaire est pliée.
La difficulté du jour, publiée par n’importe quel nœud de la chaîne visée, avec sa date. Sur les réseaux à recalcul permanent, mieux vaut une moyenne sur quelques dizaines de blocs qu’une valeur instantanée.
Le hashrate du réseau, soit déduit de cette difficulté, soit lu sur l’estimateur du nœud. Choisir l’un des deux et s’y tenir pour toute comparaison entre deux dates.
La récompense de bloc réellement versée au mineur, frais inclus et parts de gouvernance déduites. C’est là que se logent les erreurs les plus coûteuses, sur Dash comme sur Zcash.
Le prix du kilowattheure toutes taxes comprises, celui de votre contrat, pas celui qu’un calculateur américain applique par défaut.
La division finale se pose toujours de la même façon : émission quotidienne en euros, divisée par le hashrate du réseau, multipliée par le hashrate de votre machine, moins sa consommation quotidienne multipliée par votre tarif. Une règle de méthode rattrape à peu près toutes les fautes : vérifier que les deux nombres d’une division viennent du même relevé. Un hashrate mesuré à un point de fonctionnement divisé par une consommation prise à un autre ne décrit rien du tout. Le choix du matériel lui-même, une fois cette arithmétique en main, se règle sur le classement des machines au revenu net français plutôt que sur les fiches produit.