L'effondrement du minage : quelles machines s'éteignent, et à quel prix du kWh
Le 29 octobre 2025, le bitcoin s'échangeait à 112 894 dollars et la difficulté du réseau touchait son record, 155 973 032 196 072. Ce 14 août 2026, la pièce en vaut 62 741 et la difficulté 127 479 855 693 691. Le prix a reculé de 44 %, la capacité de production de 18 %. Le premier tombe deux fois et demie plus vite que la seconde ne se retire, et c'est de cet écart que sortent tous les titres sur l'effondrement du secteur.
JPMorgan a mis un chiffre sur la conséquence le 18 juin 2026. La banque estime le coût de production d'un bitcoin à environ 78 000 dollars et relève que le cours passe sous ce niveau depuis cinq mois d'affilée. Elle reprend au passage un décompte de CoinShares, arrêté au premier trimestre 2026 : environ 20 % des mineurs travaillent à perte. Une industrie qui vend un cinquième sous son prix de revient ne s'évapore pas. Elle éteint ses mauvaises machines, dans un ordre qui se calcule.
Le seuil auquel chaque génération décroche
Vendre sous le prix de revient, et le chiffre neuf de 2026
Trois précédents, dont deux plus violents que celui-ci
Ce qui distingue celle-ci : personne ne rebranche
Ce que le départ des autres rend à ceux qui restent
En France, la ligne n'a pas bougé d'un centime
Questions fréquentes
Le seuil auquel chaque génération décroche
Une machine s'arrête quand son électricité coûte plus que son bitcoin. Ce point de bascule se déduit de deux nombres, la recette d'un térahash et l'efficacité de l'appareil. La marque inscrite sur le capot n'y entre pour rien.
La recette d'abord. Sur les blocs 962 285 à 962 428, les 144 derniers avant l'écriture de cette page, le réseau a distribué 45 321 451 380 satoshis, dont 321 451 380 de frais de transaction, soit 0,71 % du total. La puissance moyenne relevée sur trois jours par mempool.space s'établit à 901,5 EH/s. La division donne 50,3 satoshis par térahash et par jour, 0,0273 € au cours de 54 236 € la pièce.
L'efficacité ensuite. Un térahash consommé à raison de E joules par térahash brûle 0,024 kilowattheure sur vingt-quatre heures. Le prix du courant qui annule la marge vaut donc 0,0273 divisé par 0,024, puis par E. Le numérateur du jour est 1,136.
Machine | Puissance et appel | Efficacité | S'éteint au-dessus de |
|---|---|---|---|
Antminer S19 | 95 TH/s pour 3 250 W | 34,2 J/TH | 3,3 c€/kWh |
Antminer S19 Pro | 110 TH/s pour 3 250 W | 29,5 J/TH | 3,8 c€/kWh |
Antminer S19 XP | 140 TH/s pour 3 010 W | 21,5 J/TH | 5,3 c€/kWh |
Antminer S21+ | 225 TH/s pour 3 712 W | 16,5 J/TH | 6,9 c€/kWh |
Antminer S21 XP | 270 TH/s pour 3 645 W | 13,5 J/TH | 8,4 c€/kWh |
Antminer S23 Hydro | 580 TH/s pour 5 510 W | 9,5 J/TH | 12,0 c€/kWh |
Du haut au bas du tableau, le seuil est multiplié par 3,6. Une salle qui achète son courant 4 centimes d'euro garde ses S21 et ses S23 sans réfléchir, hésite sur les S19 XP, et sort les S19 par conteneurs. La même salle à 6 centimes vide aussi ses S19 XP. Les 18 % de puissance disparus depuis l'automne dernier sont donc localisables : ce sont les générations 2020 et 2021, lourdes en watts, maigres en térahash.
Les 20 % de CoinShares désignent la même population. Le cinquième du parc mondial dont l'efficacité est passée au-dessus de la ligne du moment, machine par machine. Le classement complet des modèles sur ce seul critère est dans notre page sur le choix d'un mineur ASIC et son efficacité en joules par térahash.
Vendre sous le prix de revient, et le chiffre neuf de 2026
Un producteur qui vend sous son coût de revient pendant cinq mois vit sur sa trésorerie. La note de JPMorgan porte pourtant une seconde donnée, moins reprise : le bêta de la difficulté de minage au prix du bitcoin est monté à 0,62 sur six mois.
Ce coefficient dit à quelle vitesse la production suit le prix. À 0,62, une baisse de dix pour cent du cours retire un peu plus de six pour cent de difficulté dans les semaines qui suivent. Le tableau ci-dessus explique pourquoi : une part croissante du parc tourne à quelques centimes de son seuil, et coupe au premier mouvement défavorable.
Cette élasticité est ce qui a changé en 2026, davantage que le pourcentage de recul. Un paramètre réputé mécanique répond désormais au marché. Deux ajustements à deux chiffres l'ont montré cette année : −11,16 % le 7 février, au bloc 935 424, puis −10,09 % le 14 juin, au bloc 953 568. Aucun palier de cette ampleur depuis 2021.
Trois précédents, dont deux plus violents que celui-ci
Le mot d'effondrement circule dès qu'une courbe descend. La série des ajustements de difficulté, qui remonte à 2009 et se relit bloc par bloc, remet l'épisode à sa place.
Épisode | Sommet | Creux | Recul | Durée | Retour au sommet |
|---|---|---|---|---|---|
Fin de cycle 2018 | 7,455 T le 4 octobre 2018 | 5,106 T le 18 décembre 2018 | −31,5 % | 11 semaines | 30 mai 2019 |
Départ de Chine, 2021 | 25,046 T le 13 mai 2021 | 13,673 T le 17 juillet 2021 | −45,4 % | 9 semaines | 21 janvier 2022 |
Bascule vers l'IA, 2025-2026 | 155,973 T le 29 octobre 2025 | 124,933 T le 14 juin 2026 | −19,9 % | 33 semaines | pas encore |
L'été 2021 reste hors catégorie. Le 3 juillet, la difficulté a chuté de 27,94 % en un seul palier, de 19,93 à 14,36 billions. C'est le plus fort recul jamais enregistré par le protocole, et rien depuis ne s'en est approché. La cause était administrative. Le relevé de l'université de Cambridge mesure une chute de 38 % de la puissance mondiale sur le seul mois de juin 2021, et une part chinoise tombée à zéro en juillet comme en août. Un pays entier débranché en quatre semaines. Le réseau avait retrouvé son niveau d'avant six mois plus tard.
Comparé à ces deux-là, ce qui se passe depuis dix mois est modeste en profondeur. La difficulté d'aujourd'hui vaut 9,3 fois celle du creux de juillet 2021. La vitesse, elle, a changé du tout au tout. Le repli en cours efface 0,6 % de difficulté par semaine, contre 2,9 % en 2018 et 4,9 % en 2021 : cinq à huit fois plus lentement.
Une quatrième date mérite d'être versée au dossier, parce qu'elle sépare deux choses qu'on confond. Fin 2022, deux exploitants majeurs se sont placés sous la protection du chapitre 11 devant le tribunal des faillites du district sud du Texas : Compute North le 22 septembre, avec jusqu'à 500 millions de dollars dus à quelque deux cents créanciers, puis Core Scientific le 21 décembre. Pendant cette même année, la difficulté du réseau est montée de 24,4 billions au premier ajustement de janvier à 35,4 en décembre, soit 45 % de plus. Les sociétés tombaient, les machines changeaient de mains et continuaient de tourner. Une faillite d'exploitant et une contraction du réseau sont deux événements différents.
Ce qui distingue celle-ci : personne ne rebranche
La lenteur trahit la cause du départ.
En 2018, le cours s'était effondré et les machines ont été rallumées dès qu'il est remonté. En 2021, les machines chinoises ont voyagé : elles ont pris six mois pour traverser un océan et retrouver une prise au Kazakhstan ou au Texas, puis elles ont recommencé à hacher. Dans les deux cas, la capacité était rangée quelque part, prête à revenir.
Cette fois, les mégawatts ne sont pas rangés. Ils sont loués. Un exploitant qui signe un bail de quinze ans pour héberger du calcul intensif ne remettra pas d'ASIC dans cette salle si le bitcoin remonte, parce que la salle est occupée et payée. Le mouvement est décrit en détail, contrats et noms de sociétés à l'appui, dans notre page sur l'avenir du minage et ce que le calendrier a déjà décidé.
Les deux contractions précédentes se sont refermées. Celle-ci retire de la capacité du marché pour la durée des baux, et personne ne sait où se posera le plancher.
Ce que le départ des autres rend à ceux qui restent
Une machine ne gagne pas moins parce que le réseau se contracte. Elle gagne plus. Le protocole verse une subvention fixe, 3,125 bitcoins par bloc, soit 450 tout rond sur 144 blocs ; les frais de transaction y ont ajouté 3,21 bitcoins sur la dernière journée. Ce total se partage entre ceux qui sont branchés, et moins ils sont nombreux, plus chacun touche.
Cet effet se voit à la deuxième décimale du budget d'un exploitant, jamais dans un titre de presse. Le mécanisme d'ajustement qui le produit, et son calendrier de 2 016 blocs, sont détaillés dans notre page sur ce que le nombre de difficulté mesure vraiment.
Le raisonnement a sa limite, et elle est nette. Le partage s'améliore de quelques pour cent pendant que le cours perd la moitié : le second effet écrase le premier. Un exploitant qui se réjouit de la baisse de difficulté célèbre un lot de consolation.
En France, la ligne n'a pas bougé d'un centime
Le tableau du haut se lit aussi depuis un garage. Le tarif bleu professionnel vaut 0,1949 € le kilowattheure toutes taxes comprises depuis le 1er août 2026. La meilleure machine du marché s'éteint à 12,0 centimes. Il manque un facteur 1,6.
Ce facteur se traduit en puissance de calcul. Pour que le seuil du S23 Hydro rejoigne le tarif français, il faudrait que le hashrate mondial recule de 38,6 %, deux fois ce qu'il a fait depuis octobre 2025, et presque autant que le record absolu de 2021. Encore le calcul ne vaudrait-il que pour cette machine-là, la plus efficace de la série actuelle, refroidie à l'eau et raccordée en triphasé.
Autrement dit, ce que les gros mineurs vivent comme une crise ne déplace pas la frontière française. Elle était infranchissable au sommet d'octobre 2025, elle l'est encore. Le détail des tarifs et des trois situations où le calcul redevient discutable est dans notre page sur le seuil de rentabilité du minage en euros par kilowattheure.
Une occasion s'ouvre quand même, à condition de savoir ce qu'on achète. Quand des salles entières se vident, leurs machines partent en lots à des prix qui n'ont plus de rapport avec leur valeur d'usage. La facture d'électricité, elle, ne bouge pas d'un centime, et c'est elle que nous avons chiffrée dans notre page sur ce que coûte vraiment une machine de minage bon marché.
Questions fréquentes
Le minage de bitcoin est-il en train de mourir ?
Non, il se concentre. Le réseau tourne à 901,5 EH/s au 14 août 2026, sur une difficulté 9,3 fois supérieure à celle du creux de juillet 2021. Meurent les machines de 2020 et le modèle d'exploitant qui ne vendait que du hachage. L'état du marché, géographie et hashprice compris, est relevé dans notre page sur où en est le minage de cryptomonnaies en 2026.Pourquoi la difficulté baisse-t-elle ?
Parce que des machines s'arrêtent. L'ajustement recalcule la difficulté tous les 2 016 blocs pour maintenir un bloc toutes les dix minutes : moins de puissance en face, difficulté plus basse.Le bitcoin peut-il durablement valoir moins que son coût de production ?
Il le fait depuis cinq mois selon JPMorgan. Ce coût est une moyenne, pas un plancher : les exploitants les moins chers restent profitables très en dessous, et ce sont eux qui fixent le niveau auquel le réseau continue de tourner.Faut-il acheter une machine pendant une contraction ?
Le matériel d'occasion devient bon marché au moment précis où il rapporte le moins. Tout se décide sur le prix du kilowattheure : le tableau de cette page donne le seuil au-dessus duquel chaque modèle perd de l'argent, quel qu'ait été son prix d'achat.Que se passe-t-il si le hashrate continue de baisser ?
La part de chaque machine restante augmente, ce qui finit par rappeler des exploitants au bord de leur seuil. Le protocole est construit pour ça. L'été 2021 a fait perdre 45 % de puissance en neuf semaines, sans incident. Au-delà, la question de la sécurité se poserait, et personne n'a d'expérience de cette zone-là.Où vérifier ces chiffres soi-même ?
La difficulté et la puissance du réseau se lisent sur mempool.space, l'émission des derniers blocs aussi. Les deux se recalculent en une division, et c'est ce que fait cette page.