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Ferme de minage en France : ce qui existe vraiment en 2026

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Ferme de minage en France : ce qui existe vraiment en 2026

Un mégawatt de machines de dernière génération produit aujourd’hui pour 2 881 € de bitcoin par jour. Le même mégawatt, payé au prix moyen que les entreprises françaises paient leur électricité, coûte 4 285 € sur les mêmes vingt-quatre heures. La facture dépasse la recette de 49 %. L’écart se creuse tant que les ventilateurs tournent : mille quatre cents euros par jour, un demi-million par an et par mégawatt.

Ce quotient explique le reste. Les sociétés françaises du secteur minent, mais ailleurs. Les hébergeurs qui facturent en euros à des clients français installent les machines au Paraguay, en Islande ou au Texas. Et le seul chantier de plusieurs mégawatts qu’un mineur de bitcoin ait obtenu sur le sol français est un centre de calcul destiné à l’intelligence artificielle, pas une ferme de minage en France.

Le mégawattheure français contre celui des pays qui minent

En 2025, le prix moyen payé par les entreprises françaises pour leur électricité s’établit à 148,8 € le mégawattheure hors TVA, en recul de 9,6 % sur un an, la baisse venant entièrement du coût de fourniture. C’est le chiffre le plus récent, publié le 23 juillet 2026.

Il faut lui ajouter la TVA. Le minage ne produit aucune opération taxée en aval, donc aucun droit à déduction ne s’ouvre : le mineur professionnel supporte la taxe comme un particulier. Cent quarante-huit euros hors TVA deviennent 178,6 € toutes taxes comprises. La taxe pèse 30 € du mégawattheure. Ce sont ces 178,6 € qui entrent dans le calcul, et que les projections optimistes oublient.

En face, les trois destinations que la presse cite sans jamais les chiffrer. L’industrie texane paie 6,33 cents le kilowattheure en mai 2026. Trois fois moins que la France. L’électricien éthiopien a mis fin à son tarif forfaitaire pour les mineurs au 1ᵉʳ décembre 2025 et l’a remplacé par une grille horaire : la moyenne journalière démarre à 4,00 cents et grimpe à 6,00 cents entre dix-huit et vingt-deux heures, alors que l’ancien forfait valait 3,14 cents. Au Paraguay, la fourniture des installations de minage est facturée 45 dollars le mégawattheure en 220 kV et 52 dollars en 23 kV.

Prix relevé

Converti

Facture d’un mégawatt en 24 h

France, entreprises

148,80 €/MWh hors TVA

178,56 €/MWh TTC

4 285 €

Texas, industrie

63,30 $/MWh

54,88 €/MWh

1 317 €

Paraguay, minage en 220 kV

45,00 $/MWh

39,02 €/MWh

936 €

Éthiopie, moyenne journalière

40,00 $/MWh

34,68 €/MWh

832 €

Le change de référence du 13 août 2026 donne 1,1534 dollar pour un euro. La conversion n’est pas un ornement. Les calculateurs de rentabilité appliquent par défaut 0,10 dollar le kilowattheure, et l’on traduit volontiers par « la moitié du tarif français ». Faux : 0,10 dollar vaut 8,67 centimes d’euro, soit 43 % du tarif réglementé résidentiel. L’erreur se trompe de sept points sur le rapport, et elle se trompe dans le sens qui rassure : lire ces dix cents comme des euros gonfle le coût étranger et fait paraître l’écart plus petit qu’il n’est.

Le Texas revient donc trois fois moins cher que la France, le Paraguay quatre fois et demie, l’Éthiopie cinq fois. Aucune remise négociée ni aide régionale ne comble un rapport de un à cinq sur le poste qui pèse la majorité des charges d’exploitation.

Rangées de machines de minage alignées dans une salle ventilée, l’air chaud évacué vers le plafond

Ce qu’un mégawatt rapporte, et ce qu’il coûte

La recette d’une ferme se calcule sur son hashrate et sur rien d’autre. Ni la surface du bâtiment ni le drapeau au-dessus de la porte n’y changent un satoshi. Le 14 août 2026, le réseau bitcoin verse 49,6 satoshis par térahash et par jour, difficulté à 127,48 × 10¹², un rapport sans unité, et cours à 54 899 €. Ce nombre est un quotient, pas une constante. Il descendait à 40,6 satoshis fin octobre 2025, au sommet du réseau, contre 43,1 une semaine plus tôt. Ce sont les chiffres publiés par le hashprice, et non ceux qu’on déduit d’un pic de la série quotidienne, qui en donnerait cinq de moins.

La machine la plus sobre jamais annoncée est le Bitdeer SEALMINER A4 Ultra Hydro, 9,45 joules par térahash. Annoncée seulement : la boutique du constructeur porte « Stay tuned » à la place du prix, quand le modèle précédent affiche « Buy Now ». La plus sobre réellement achetable est l’Antminer S23 Hyd, à 9,5. Empilez-en pour un mégawatt : 1 000 000 ÷ 9,45 donne 105 820 térahashs par seconde. À 49,6 satoshis, cela fait 5 248 672 satoshis, soit 0,0525 bitcoin, soit 2 881 € par jour. Vingt-quatre mille kilowattheures partent dans le compteur pendant ce temps.

Un mégawatt pendant 24 h

Recette

Électricité

Solde

France, prix entreprises TTC

2 881 €

4 285 €

− 1 404 €

Texas, industrie

2 881 €

1 317 €

+ 1 564 €

Paraguay, 220 kV

2 881 €

936 €

+ 1 945 €

Éthiopie, moyenne journalière

2 881 €

832 €

+ 2 049 €

Le solde français est négatif avant d’avoir compté le bâtiment, les machines, le personnel, l’assurance et le raccordement. Il l’est aussi avant le prochain ajustement de difficulté. Divisez 2 881 € par 24 000 kilowattheures : le prix du kilowattheure au-delà duquel la ferme perd de l’argent vaut 0,1202 €. Le prix entreprises français est 49 % au-dessus. Même en raisonnant hors TVA, ce qu’un mineur n’a pas le droit de faire, il reste 24 % au-dessus.

L’arithmétique se poursuit un cran plus bas. Ce seuil de 0,1202 € toutes taxes comprises correspond à 0,1002 € hors TVA. L’accise sur l’électricité en prélève 0,0306 € depuis le 1ᵉʳ août 2026. Reste 0,0696 € pour l’acheminement et l’énergie. C’est sous le coût d’acheminement additionné au prix de gros dans la plupart des heures de l’année. Le mégawattheure français n’atteint ce niveau qu’avec un contrat de long terme adossé à une centrale, et personne n’en signe pour du minage. La porte est close.

Refaites le calcul avec vos propres chiffres

9,45 pour la plus sobre annoncée, 9,5 pour la plus sobre achetable, 13,5 pour un S21 XP
49,6 au 14 août 2026 ; 35 au sommet d’octobre 2025
Hashrate installé0 PH/s
Recette par jour0,00 €
Facture d’électricité par jour0,00 €
Solde par jour0,00 €
Solde sur un an0,00 €
Prix du kilowattheure d’équilibre0,0000 €/kWh

Poussez l’efficacité à 6,35 joules par térahash et le mégawatt s’équilibre au prix entreprises français. Au tarif réglementé résidentiel, il en faudrait 5,68. Aucun constructeur n’approche ni l’un ni l’autre, et l’écart avec les 9,5 achetables ne se comble pas en une génération. La même division appliquée à tout le catalogue donne le classement des machines au tarif français, modèle par modèle.

Quitter le tarif bleu : les paliers qui décident du projet

Un projet de ferme se heurte à l’électricité bien avant de se heurter au bitcoin. Et il s’y heurte par paliers. Une machine seule tient sur une prise. Le premier seuil arrive vite : un circuit 16 ampères en 230 volts supporte 3 680 watts en pointe, moins en continu.

À 6 kVA, l’option base du tarif réglementé s’arrête. La grille du 1ᵉʳ août 2026 est nette : les puissances de 9 à 36 kVA de cette option sont en extinction et ne se souscrivent plus. Au-delà, on paie en heures pleines et heures creuses, 0,2142 € et 0,1589 €. Tourner jour et nuit revient à payer seize heures en pleines et huit en creuses, soit 0,1958 € en moyenne : deux pour cent sous le tarif de base, et non la moitié.

Le monophasé s’arrête à 12 kVA inclus ; à partir de 15 kVA, le triphasé devient obligatoire. Ce n’est pas une formalité administrative. L’Antminer S21 Hyd exige 380 à 415 volts triphasés, douze ampères par fil au maximum, et aucune ligne domestique ne le démarre.

À 36 kVA, on sort du tarif bleu. Les tarifs réglementés au-dessus de ce seuil avaient disparu fin 2015 ; la loi du 11 avril 2024 a supprimé le plafond, et ils sont revenus au 1ᵉʳ février 2025. Le retour est étroit : il vise les particuliers, les petites collectivités et les micro-entreprises, moins de dix salariés et deux millions d’euros de chiffre d’affaires ou de bilan. Une société montée pour exploiter un mégawatt n’entre dans aucune de ces cases.

Le palier suivant coûte le plus cher. Chez Enedis, la limite est fixée : une demande de raccordement jusqu’à 250 kVA, soit 232 kilowatts, relève de la basse tension. Au-delà, le site bascule en HTA et doit se doter de son propre poste de livraison. Un poste standard est facturé au barème jusqu’à 250 kVA de transformation ; passé ce point, tout se fait sur devis, et l’extension de réseau reste à la charge du demandeur. La puissance limite du domaine HTA vaut quarante mégawatts, ou cent divisé par la distance en kilomètres jusqu’au poste source, la plus petite des deux valant.

Deux cent trente-deux kilowatts, c’est soixante-trois Antminer S21 XP. Trente-six kVA, c’est neuf machines. Une installation sérieuse quitte donc le contrat d’électricité ordinaire dès la troisième rangée, et la suite du parcours, du statut juridique au dimensionnement de l’arrivée, tient dans le statut et le raccordement électrique.

Ce qui existe réellement, société par société

La plus grande installation française reste celle d’Orvault, près de Nantes, ouverte en décembre 2017 sur l’ancien site d’Alcatel. Deux cent soixante machines y tournaient au printemps 2018, toutes propriété de clients qui avaient payé environ 3 000 € leur ticket d’entrée. L’exploitant visait mille cinq cents machines pour 2019. Il a déplacé son activité au Kazakhstan. Son groupe liste aujourd’hui des sites en République démocratique du Congo, à Oman, au Paraguay, en Finlande et au Congo-Brazzaville. Aucun en France.

Une société française cotée mine pourtant du bitcoin, tous les mois, sans interruption. Crypto Blockchain Industries, cotée sur Euronext Growth, exploitait en mai 2026 plus de sept cents serveurs avec une vingtaine en révision. Son communiqué du 3 juin 2026 annonce un rendement annualisé de l’ordre de 11 % pour un bitcoin à 74 000 dollars, calculé en rapportant les bitcoins reçus diminués de la facture d’électricité au montant investi dans les serveurs. Cette facture, précise le même texte, est établie par Blockware Solutions. Les machines sont aux États-Unis. Le siège, lui, est à Paris.

Février 2026 a vu la seule opération de taille sur le sujet. MARA Holdings, mineur américain, a bouclé le 20 février le rachat de 64 % d’Exaion, filiale d’EDF spécialisée dans le calcul intensif, pour 168 millions de dollars, avec une option pour monter à 75 % en 2027 contre 127 millions de plus. Les autorités françaises ont conditionné leur accord à une participation locale : NJJ Capital, le véhicule de Xavier Niel, détient 10 % de MARA France. Exaion fait du calcul, pas du hachage. Un mineur de bitcoin a donc acheté de l’infrastructure de calcul française, ce qui n’a rien à voir avec y installer des machines de minage.

Le chantier suivant confirme le glissement. Phoenix Group, coté à Abu Dhabi et venu du minage, a annoncé le 12 mai 2026 un bâtiment de 18 mégawatts à Dardilly, dans l’ouest lyonnais, avec DC Max. Terrain, permis, raccordement au réseau et énergie disponible sont sécurisés ; les travaux démarrent en juillet 2026 pour une livraison visée entre le dernier trimestre 2027 et le premier trimestre 2028. Dix-huit mégawatts d’intelligence artificielle et de calcul haute performance, pas de SHA-256. Le mineur qui arrive en France laisse ses ASIC dehors.

Reste la Normandie. Le 20 mars 2025, le président de la région annonçait vouloir accueillir une ferme financée par le sultanat d’Oman, en évoquant l’électricité nucléaire disponible près de Flamanville ou de Penly. En décembre 2025, le financement, le coût, la rentabilité et la puissance de calcul restaient à définir. Aucun site, aucun mégawatt, aucun calendrier n’a été rendu public depuis. Un tel projet se chiffre pourtant sur un coin de table : ce qu’une ferme coûte et ce qu’elle produit tient en deux lignes.

L’hébergement, la réponse que la France a trouvée

Le marché français vend des places dans les fermes des autres. Trois enseignes accessibles en français tiennent ce commerce, et leurs grilles sont publiques.

Startmining affiche quatre sites, tous tarifés en euros et tous hors taxes : l’Islande à 0,053 €/kWh, les États-Unis à 0,065, le Canada à 0,060 et le Paraguay à 0,056. Un client français y ajoute vingt pour cent qu’il ne récupère pas, ce qui porte l’Islande à 0,0636 € et les États-Unis à 0,078 €. Aucun site en France. Le 14 août 2026, les deux derniers sont annoncés complets. Achat du matériel, déploiement, hébergement, maintenance de premier niveau et suivi de performance sont pris en charge.

La Mine Française annonce onze pays, seize centres partenaires, un ticket d’entrée à 400 € et « 0,0507 €/kWh contre 0,20 €/kWh en France ». Elle justifie l’absence de site français sans détour : « Il n’existe aucun datacenter LMF en France : ce serait économiquement contre-productif pour vous. » Elle ajoute que la colocation se facture « en $/kWh ou €/kWh selon le datacenter ». Deux offres du même hébergeur peuvent donc être libellées dans deux monnaies, et le même nombre affiché en dollars vaut 13 % de moins qu’en euros.

Feel Mining, société française enregistrée auprès du régulateur des marchés financiers, laisse voir son catalogue de sites. Douze entrées, du Canada aux Émirats arabes unis en passant par l’Islande, la Norvège, le Kazakhstan, la Sibérie, le Mexique et les États-Unis. Aucune en France. Le kilowattheure français ne figure nulle part. L’hébergeur annonce ses Émirats complets et renvoie vers le Mexique, et retient 10 % de frais de service sur les bénéfices nets.

Ce que ça change sur une machine

Prenons une machine qu’on peut réellement acheter, et une seule fiche : l’Antminer S23 Hyd, 580 TH/s, 5 510 W, 9,5 joules par térahash. Recette : 580 × 49,6 satoshis font 28 768 satoshis, soit 15,79 € par jour. Consommation : 5,51 kW pendant vingt-quatre heures font 132,24 kilowattheures.

Hébergée en Islande, l’électricité coûte 8,41 € par jour et la machine dégage 7,38 €. Le tarif affiché par l’hébergeur, 0,053 €, est hors taxes : un client français y ajoute une TVA qu’il ne récupère pas, ce qui le porte à 0,0636 €. Comparer un tarif hors taxes à un tarif français toutes taxes comprises fabriquerait un écart de vingt pour cent qui n’existe pas. La commission de gestion, quand l’hébergeur en prend une, se retranche là-dessus. Branchée en France au tarif bleu professionnel, à 0,1949 € toutes taxes comprises, la même machine paie 25,77 € d’électricité pour 15,79 € de recette : elle perd 9,98 € par jour. Le matériel est identique. Le réseau bitcoin est le même. Seule l’adresse a changé.

Le contrat règle ensuite trois choses. La machine reste la propriété du client, qui la fait livrer au centre ou l’achète sur place, et la production tombe sur son compte, la facture d’électricité venant en déduction. En cas de panne, les techniciens du site redémarrent, remplacent un ventilateur, remettent le firmware à niveau ; les interventions lourdes passent par un accord préalable. Enfin, l’imposition ne bouge pas d’un centime parce que la machine est à l’étranger : les jetons reçus par un résident français relèvent des bénéfices non commerciaux, à leur valeur du jour de réception, et la déclaration de ces gains obéit à son propre calendrier.

Ce qu’une ferme fait, et qu’un rig ne fait pas

Une salle de soixante machines ne ressemble pas à un garage avec un rig dedans. L’air, l’eau et le bruit changent d’échelle en même temps, et chacun se calcule.

Le débit d’air à évacuer, d’abord. Q égale la puissance multipliée par 3 600, divisée par le produit de la masse volumique de l’air, de sa chaleur massique et de l’écart de température visé. Pour 3 510 watts et dix degrés d’écart, il faut 1 048 mètres cubes par heure ; en acceptant vingt degrés d’écart, 524 suffisent. Soixante machines à vingt degrés d’écart demandent donc plus de trente mille mètres cubes par heure, en entrée comme en sortie, avec des chemins séparés. C’est là que le local ordinaire cède, et le refroidissement d’un rig obéit à la même formule, à un facteur d’échelle près.

Le refroidissement liquide déplace le problème sans le supprimer. La fiche de l’Antminer S21 Hyd, 335 TH/s pour 5 360 watts et 16 joules par térahash, fixe la température d’eau en entrée à 35 °C en mode normal, 45 et 50 °C dans les deux modes haute énergie. Le débit doit tenir entre 8 et 10 litres par minute, la pression sous 3,5 bars, l’eau être désionisée avec un pH compris entre 8,5 et 9,5. Le seul arrêt que le constructeur documente porte sur la température : sous vingt degrés en entrée, la machine refuse de démarrer.

Le bruit se mesure aussi. Un Antminer S21 Pro atteint 76 dB(A) à plein régime, un S19k Pro 72. Le voisinage entend tout. Un mur de machines à air ne se pose pas à côté d’un logement, et l’immersion ou l’hydraulique se choisissent parfois pour cette raison seule.

Reste la redondance, où une ferme s’éloigne franchement du centre de données classique. Une heure d’arrêt sur un mégawatt coûte 2 881 ÷ 24, soit 120 € de production perdue. Aucun onduleur d’un mégawatt ne se rembourse à ce rythme, aucun groupe électrogène non plus. La coupure fait partie du modèle. L’argent va donc dans la ventilation, les pompes et la surveillance : température d’entrée d’eau, cartes de hachage devenues muettes, décrochage du hashrate signalé à la minute.

La chaleur : ce qui sort vraiment d’une machine

Une machine de minage convertit son électricité en chaleur, à la quantité près de ce qui part en signal réseau. Le mégawatt installé est donc un mégawatt de chauffage. La température de sortie décide de ce qu’on peut en faire, et c’est elle qui recale les promesses.

Côté air, reprenons le calcul du débit. Prenez 3 510 watts et des ventilateurs qui poussent un peu plus de mille mètres cubes par heure : le flux ressort dix degrés au-dessus de la pièce, soit trente degrés dans un local à vingt. Pour sortir à quarante, il faut diviser le débit par deux, et les puces montent d’autant. La température plafonne vite. Cet air-là chauffe un atelier, un séchoir, une serre. Il n’alimente aucun radiateur.

Côté eau, le calcul est plus favorable. Cinq mille trois cent soixante watts dissipés dans neuf litres par minute élèvent la boucle de 8,5 degrés. Entrée à 35 °C, sortie à 43 ; entrée à 50 °C dans le mode le plus chaud, sortie autour de 58. On tient le plancher chauffant, qui demande trente à trente-cinq degrés, et on frôle l’eau chaude sanitaire. Un réseau de chaleur urbain classique part beaucoup plus haut : il faudrait une pompe à chaleur intermédiaire, avec son coût et sa propre consommation.

Un mégawatt produit 24 000 kilowattheures thermiques par jour. S’ils remplacent un chauffage électrique payé au même prix, ils valent 4 285 €, davantage que les 2 881 € de bitcoin sortis dans le même temps. La chaleur est le produit principal, le bitcoin la prime. Encore faut-il quelqu’un pour la consommer, sur place, et l’hiver seulement. C’est pourquoi le marché français vend des machines de chauffage qui minent plutôt que des fermes, et pourquoi la vraie question domestique devient celle du nombre de boîtiers : combien de machines tiennent chez soi se règle compteur en main.

Le cadre légal, et le texte qui dort à l’Assemblée

Miner en France est libre. Aucun agrément n’est exigé, le règlement européen sur les crypto-actifs ne couvre pas le minage, et aucune autorité n’en délivre de licence. Les jetons reçus relèvent des bénéfices non commerciaux, imposés à la réception à leur valeur du jour, la valeur d’acquisition étant nulle ; le régime micro s’applique jusqu’à 83 600 € de recettes pour les années 2026 à 2028, avec un abattement de 34 %. Le détail des obligations tient dans ce que la loi française autorise.

Un texte cherche à changer l’équation par le prix. La proposition de loi n° 1750, « autorisant à titre expérimental l’utilisation des surplus électriques pour le minage de crypto-actifs », a été déposée le 11 juillet 2025 et renvoyée à la commission des finances. Elle y est toujours, treize mois plus tard. Son idée est solide sur le papier : une ferme se coupe et se rallume en quelques secondes, ce qui en fait une charge d’ajustement capable d’absorber les excédents plutôt que de faire moduler les réacteurs.

Même adoptée, elle ne suffirait pas seule. Un surplus vendu à un mineur reste soumis à l’accise et à l’acheminement : l’ensemble devrait arriver sous douze centimes le kilowattheure pour qu’une ferme française cesse de perdre de l’argent. Les sociétés de minage et leur coût par bitcoin donnent le point de comparaison, et l’état réel du marché replace la France dans l’ensemble. Quant à la consommation électrique du minage, elle se mesure à l’échelle du réseau mondial.

Le jour où un mégawattheure livré en France passera sous cent euros hors TVA pour cet usage, la question se rouvrira, et le raccordement redeviendra le premier obstacle plutôt que le second. D’ici là, l’adresse de la ferme est ailleurs, la facture arrive en euros, et la chaleur reste le seul produit que la France consomme sur place.