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Impact environnemental des cryptomonnaies : 190 TWh, et ce que ça donne en France

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Impact environnemental des cryptomonnaies : 190 TWh, et ce que ça donne en France

Le réseau Bitcoin tirait 190 térawattheures par an au relevé de décembre 2025, contre 138 dix-huit mois plus tôt. La France entière en a consommé 451 sur la même année. Une seule chaîne de blocs mobilise donc 42 % de l’électricité d’un pays industrialisé, ou la production annuelle de vingt-neuf réacteurs nucléaires français.

Les valeurs qui circulent en français vont pourtant de 116 à 190 TWh, les émissions de 39,8 à 95 millions de tonnes, la part de renouvelable de 25 à 59 %. Aucun désaccord scientifique là-dedans. Ce sont des millésimes recopiés sans leur date, sur un indicateur qui a presque doublé en quatre ans. Les valeurs à jour tiennent dans un tableau, et elles changent de sens dès que la machine est branchée à Nantes plutôt qu’au Kazakhstan.

  • Ce que le réseau consomme, et pourquoi les chiffres publiés varient du simple au double

  • Le coût par transaction, la statistique la plus reprise et la moins solide

  • D’où vient le courant des mineurs, et ce qui a basculé en trois ans

  • Ce qu’une machine émet, branchée sur une prise française

  • Pourquoi personne ne mine en France, et ce que ça explique du reste

  • Les 3 650 watts finissent en chaleur, et la chaleur se récupère

  • Déchets électroniques et eau, les deux autres factures

  • Ethereum a divisé sa consommation par deux mille, Bitcoin ne le fera pas

Ce que le réseau consomme, et pourquoi les chiffres varient du simple au double

Personne ne mesure la consommation de Bitcoin. On l’estime, et l’estimation part d’une grandeur publique : la puissance de calcul totale du réseau, 912,5 exahachages par seconde à la mi-août 2026, qui se déduit directement de la difficulté. Reste à savoir avec quelles machines ces hachages sont produits. Un S19 Pro de 2020 dépense 29,5 joules par térahash, un modèle hydraulique de 2026 en dépense 9,45. Selon l’âge du parc supposé, le même réseau consomme du simple au triple.

De là l’habitude de publier une fourchette plutôt qu’un nombre, et de là aussi les contradictions entre deux articles qui citent pourtant la même source. Les valeurs qui circulent en français aujourd’hui appartiennent à quatre millésimes différents.

Millésime du relevé

Consommation annualisée

Émissions estimées

Part d’énergie bas carbone

Janvier 2022

134 TWh

Non consolidée

37,6 %

Juin 2024

138 TWh

39,8 Mt CO₂e

52,4 %

Décembre 2025

190 TWh

≈ 48 Mt CO₂e

59,4 %

Deux mouvements se lisent dans ce tableau, en sens contraire. La consommation a bondi de 38 % en dix-huit mois, parce que le prix du bitcoin a financé l’installation de machines supplémentaires et que la puissance branchée suit le cours, jamais l’inverse. Les émissions, elles, n’ont progressé que de 20 %. Le réseau grossit plus vite qu’il ne pollue.

Ces nombres méritent une réserve. Ils reposent en partie sur une enquête déclarative auprès d’exploitants, quarante-neuf sociétés couvrant à peu près la moitié de l’activité mondiale, dont beaucoup sont cotées en Bourse et donc plus regardantes que la moyenne du secteur. La part réelle de renouvelable est vraisemblablement un peu sous les 59,4 % annoncés. Aucune autre estimation ne fait mieux, et celle-ci reste la seule à publier sa marge d’erreur.

Le coût par transaction, la statistique la plus reprise et la moins solide

« 672 kilos de CO₂ par transaction », « 16 000 litres d’eau par virement », « autant qu’un Paris-New York » : ces formules sont partout. Elles reposent sur une division qui n’a aucun sens physique.

Le réseau Bitcoin produit un bloc toutes les dix minutes. Ce bloc coûte exactement la même énergie qu’il contienne trois transactions ou quatre mille, parce que l’électricité ne paie pas le traitement des transactions : elle paie la compétition entre mineurs pour trouver le bloc. Diviser la consommation totale par le nombre de virements revient à diviser le budget d’une caserne de pompiers par le nombre d’incendies de l’année. Le quotient se calcule, il ne décrit rien.

La démonstration se fait en une ligne. Le réseau distribue 453,3 bitcoins par jour, dont 450 de récompense de bloc et le reste en frais de transaction. Cette somme est fixée par le protocole et ne bouge qu’aux halvings, tous les quatre ans. Les mineurs dépensent en électricité une fraction de ce qu’elle vaut, et cette valeur dépend du cours, pas du trafic. Le jour où le réseau traite deux fois plus de transactions par bloc, grâce aux signatures compactées par exemple, le « coût par transaction » est divisé par deux sans qu’un seul watt ait été économisé.

La grandeur qui décrit vraiment le système se mesure en joules par térahash, autrement dit en énergie dépensée par unité de sécurité. Elle est passée de 29,5 J/TH sur les machines de 2020 à 9,45 J/TH sur les meilleures de 2026. Une division par trois en six ans, sur le seul indicateur que les mineurs surveillent réellement.

Rangée de machines de minage en fonctionnement dans un centre de données, câblage et ventilation apparents

D’où vient le courant des mineurs, et ce qui a basculé en trois ans

Un térawattheure ne dit rien de son empreinte. Produit en Pologne, il pèse près de 700 grammes de CO₂ par kilowattheure ; produit en France, moins de vingt. C’est le mix qui décide, et le mix du minage a changé de visage entre 2022 et 2025.

Source

Part en 2022

Part au relevé de 2025

Charbon

36,6 %

8,9 %

Gaz naturel

25,0 %

38,2 %

Renouvelables

Non détaillée

42,6 %

Nucléaire

Non détaillée

9,8 %

L’effondrement du charbon, de 36,6 à 8,9 % en trois ans, est le fait marquant du secteur, et il n’a rien d’une conversion morale. La Chine a chassé ses mineurs en mai 2021 ; ceux qui sont partis se sont réinstallés là où le kilowattheure était le moins cher, et depuis 2022 le kilowattheure le moins cher n’est plus charbonnier. Au relevé de décembre 2025, l’hydraulique est passée devant le gaz et devient la première source du réseau, portée notamment par les fermes installées au pied du barrage de la Renaissance en Éthiopie.

Reste que le gaz a gagné treize points sur la même période. Une part de ce gaz est du gaz de torchère, brûlé sur les puits de pétrole faute de gazoduc, et le récupérer pour alimenter des machines émet moins que le laisser partir en torche. Le reste est du gaz ordinaire, acheté au prix du marché sur des réseaux qui en manquent parfois. Ranger les deux sous la même étiquette arrange les communicants des deux camps.

Ce qu’une machine émet, branchée sur une prise française

Prenons un Antminer S21 Pro, la machine la plus répandue chez les particuliers : 245 térahachages par seconde, 3 650 watts en fonctionnement continu. Elle avale 31 974 kilowattheures sur une année pleine, près de dix fois la consommation électrique d’un ménage français hors chauffage.

Ces 31 974 kWh n’ont pas le même poids selon la prise. La production électrique française a émis 19,6 grammes de CO₂ équivalent par kilowattheure en 2025, deuxième meilleur mix d’Europe derrière la Norvège. La moyenne mondiale s’établit à 458 grammes.

Lieu de branchement

Intensité carbone du kWh

Émissions de la machine sur un an

Comparaison

France

19,6 g CO₂e

627 kg

8 % de l’empreinte annuelle d’un Français

Moyenne mondiale

458 g CO₂e

14,6 t

L’empreinte annuelle complète de 1,8 Français

Vingt-trois fois d’écart, pour le même appareil, le même hashrate et le même bitcoin produit. C’est le rapport le plus important de tout le sujet, et il ne dépend d’aucune vertu du mineur : il dépend de la carte du réseau électrique. Un particulier français qui branche un ASIC chez lui exploite, sans y penser, le parc nucléaire et hydraulique le plus décarboné d’Europe continentale.

L’objection est immédiate et elle est juste : cette machine ne remplace aucune machine ailleurs. Elle s’ajoute à la puissance mondiale, fait monter la difficulté d’un cheveu, et rend les autres marginalement moins rentables. Son effet net sur les émissions du réseau est légèrement négatif, à hauteur de sa part dans le hashrate total, soit un vingt-millionième. C’est peu, et ça va dans le bon sens.

Pourquoi personne ne mine en France, et ce que ça explique du reste

Si l’électricité française était aussi propre qu’abordable, la carte du minage aurait un autre visage. Le calcul se pose en quatre lignes, et il tombe toujours du même côté.

Un térahash rapportait 49,6 satoshis par jour à la mi-août 2026, soit 0,0272 € au cours de 54 899 € le bitcoin. Le S21 Pro produit donc 6,66 € par jour, 2 433 € sur une année. Ses 87,6 kilowattheures quotidiens coûtent 17,53 € au tarif réglementé de base, 6 398 € sur l’année. La machine consomme deux fois et demie ce qu’elle rapporte, et aucun réglage ne renverse ce signe.

Le seuil de bascule s’obtient en divisant la recette par la consommation : 0,076 € le kilowattheure. Au-dessus, la machine perd de l’argent chaque heure qu’elle tourne. Le tarif français le moins cher, heures creuses comprises, vaut deux fois ce montant. Le détail du calcul de rentabilité au tarif français se refait à la main avec les chiffres du jour, et il ne passe jamais dans le vert.

Ce seuil de sept ou huit centimes gouverne toute la géographie du minage, et donc toute son empreinte. Il exclut d’office l’Europe de l’Ouest, l’Allemagne, le Japon. Il désigne un petit nombre d’endroits : les surplus hydrauliques du Nord canadien et de l’Éthiopie, le gaz de torchère du Texas et du Dakota, quelques réseaux subventionnés. Le mineur ne choisit pas une énergie propre ou sale, il choisit une énergie invendable ailleurs. Les surplus hydrauliques et le gaz brûlé en pure perte ont ce point commun d’être invendables, ce qui explique bien mieux le mix du secteur que n’importe quelle politique environnementale d’entreprise.

La conséquence pratique, pour qui veut miner depuis la France, est qu’il faut posséder son électricité plutôt que l’acheter. Une installation photovoltaïque autoconsommée descend le coût du kilowattheure sous le seuil ; c’est l’unique montage qui tienne, et le minage alimenté au solaire en donne les conditions exactes.

Ferme de minage alimentée par des sources renouvelables, panneaux solaires et bâtiment technique

Les 3 650 watts finissent en chaleur, et la chaleur se récupère

Un point de physique élémentaire disparaît de tous les bilans : la totalité de l’électricité consommée par une machine de minage ressort en chaleur. Pas 60 %, pas 80 %. La quasi-totalité, aux quelques microwatts partis en ondes radio près. Un S21 Pro est un radiateur de 3 650 watts qui, en prime, produit du bitcoin.

Cette évidence change le bilan carbone dès qu’un chauffage électrique tourne dans le même bâtiment. Pendant la saison de chauffe, chaque kilowattheure envoyé dans la machine est un kilowattheure que le radiateur n’envoie pas dans la pièce : la chaleur est produite deux fois moins souvent, et le surcoût énergétique du minage tombe à zéro pendant ces mois. Les mineurs de bitcoin qui chauffent leur atelier ou leur serre l’ont compris avant les industriels, et une petite communauté française fonctionne ainsi depuis des années.

À l’échelle d’une ville, l’idée a été mise en service. North Vancouver, au Canada, injecte depuis 2022 la chaleur de machines de minage dans son réseau de chauffage urbain : les échangeurs récupèrent plus de 96 % de l’électricité consommée sous forme d’eau chaude, et une centaine de bâtiments résidentiels et commerciaux s’en servent. Le calcul de l’exploitant du réseau est simple : cette chaleur remplaçait du gaz.

Les limites sont réelles. Une machine à air produit 75 décibels, ce qui la rend inhabitable dans un logement occupé et impose l’immersion ou un local dédié. Et six mois par an, en France, cette chaleur ne sert à rien et doit être évacuée, ce qui ajoute de la ventilation à la facture. Le refroidissement d’une installation de minage se conçoit dès la première machine, pas quand la pièce atteint quarante degrés.

Déchets électroniques et eau, les deux autres factures

L’électricité occupe tout le débat, mais elle n’est pas le seul poste. Les circuits gravés pour le SHA-256 ne savent rien faire d’autre : un ASIC dépassé ne devient ni un serveur, ni une console, ni rien. Il devient un déchet.

L’estimation de référence chiffre à plus de 30 000 tonnes les déchets électroniques annuels du réseau, soit l’ordre de grandeur du petit matériel informatique jeté par les Pays-Bas. Elle repose sur une hypothèse contestée depuis : une durée de vie économique de 1,29 an par machine. Un réexamen de 2024 la situe plutôt entre quatre et cinq ans, ce qui diviserait le tonnage par trois. La différence tient à un fait de marché : depuis le halving de 2024, les machines dépassées ne partent plus à la benne, elles partent d’occasion vers des régions où l’électricité coûte trois centimes. Un S19 Pro à 29,5 J/TH y gagne encore de l’argent. Le marché de l’ASIC d’occasion est devenu le premier recycleur du secteur, sans l’avoir cherché.

L’eau suit le même schéma d’estimation fragile. Le chiffre de 1 600 gigalitres pour 2021 est presque entièrement indirect : il compte l’eau évaporée dans les tours de refroidissement des centrales qui alimentent les mineurs, et celle qui s’évapore à la surface des retenues hydroélectriques. Très peu passe réellement dans les machines. Ce poste se déplace donc avec le mix électrique, et il baisse quand le charbon recule.

Ethereum a divisé sa consommation par deux mille, Bitcoin ne le fera pas

Le 15 septembre 2022, Ethereum a remplacé la preuve de travail par la preuve d’enjeu. La sécurité du réseau ne repose plus sur du calcul mais sur des jetons immobilisés en garantie : le tricheur perd sa mise au lieu de gaspiller de l’électricité. La consommation a chuté de 99,95 %, et le deuxième réseau mondial est aujourd’hui invisible dans les statistiques énergétiques.

Ce basculement a rendu inutilisable, du jour au lendemain, tout le parc de cartes graphiques de minage, et il a réglé à lui seul l’essentiel de la question environnementale des cryptomonnaies hors Bitcoin. Cardano, Solana, Polkadot, Tezos n’ont jamais fonctionné autrement. Les monnaies qui minent encore au processeur graphique, Ergo ou Ravencoin, pèsent des ordres de grandeur en dessous.

Bitcoin ne suivra pas, et il vaut mieux le dire clairement que d’espérer. Un changement de mécanisme de consensus exige l’accord de l’ensemble des acteurs du réseau, dont les mineurs eux-mêmes, qui perdraient dans l’opération à la fois leur revenu et un parc de machines inutilisable ailleurs. Aucune proposition sérieuse n’a jamais dépassé le stade de la discussion. L’empreinte de Bitcoin se réduira par le mix électrique et par l’efficacité des puces, pas par un changement de règles.

Ce qui laisse le lecteur devant une question honnête. Miner en France coûte deux fois et demie ce que ça rapporte, et le seul projet qui tienne debout consiste à chauffer un bâtiment avec des machines alimentées par sa propre production. Détenir du bitcoin sans miner n’ajoute rien à la consommation du réseau, puisque celle-ci dépend du cours et de la récompense de bloc, pas du nombre de détenteurs. Et si le sujet vous intéresse d’abord pour le matériel, le fonctionnement d’une ferme de minage montre où passent réellement les watts, machine par machine.