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Minage informatique : quel calcul tourne, et ce qu'il rapporte

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Minage informatique : quel calcul tourne, et ce qu'il rapporte

Sommaire :

  • L’opération que la machine répète

  • Le nombre d’essais qu’un bloc coûte

  • Ce qu’un térahash rapporte

  • Processeur, carte graphique, ASIC

  • Pourquoi personne ne mine seul

  • La facture, au tarif français

  • Le minage qu’on subit sans l’avoir installé

  • Ce qui se mine encore par ce chemin

L’opération que la machine répète

Une machine de minage ne sait faire qu’une chose. Elle prend l’en-tête du bloc en cours de fabrication, quatre-vingts octets, y écrit un nombre, passe le tout deux fois dans la fonction SHA-256, lit le résultat, l’efface et recommence avec le nombre suivant. Pas de base de données, pas de calcul scientifique, pas d’apprentissage automatique. Une boucle, et un compteur qui avance.

Ces quatre-vingts octets contiennent le numéro de version du protocole, l’empreinte du bloc précédent, la racine de l’arbre de Merkle qui résume les transactions retenues, l’horodatage, la cible de difficulté, et le fameux nombre qu’on fait varier : le nonce. Changer une seule transaction du bloc change la racine de Merkle, donc l’en-tête, donc toutes les empreintes déjà calculées. C’est ce qui rend l’historique impossible à retoucher sans tout recalculer.

La sortie de SHA-256 fait 256 bits, soit un nombre à 78 chiffres. Le réseau n’en accepte qu’une infime fraction : celles qui tombent sous une valeur appelée cible. L’empreinte doit donc commencer par une longue suite de zéros. La machine n’a aucun moyen de deviner quel nonce donnera ce résultat. Elle essaie.

Un calcul volontairement inutile

Le résultat de ces milliards d’essais ne sert à rien. On ne le stocke pas, on ne l’exploite pas, il part à la poubelle dès qu’il rate. Ce que le réseau achète avec ces essais perdus, c’est une facture d’électricité que n’importe qui peut vérifier. Réécrire l’historique reviendrait à repayer cette facture depuis le bloc visé, plus vite que le reste du monde ne la paie en avançant. Cambridge chiffre la note annuelle du réseau Bitcoin à 141,5 TWh.

Cette inutilité assumée est le cœur de la preuve de travail, et la raison pour laquelle les chaînes qui l’ont quittée n’ont plus rien à faire calculer. Ethereum est passé en preuve d’enjeu le 15 septembre 2022 : depuis, aucune machine ne mine plus d’ether, ni carte graphique ni ASIC.

Le nombre d’essais qu’un bloc coûte

La difficulté est le réglage qui fixe la hauteur de la barre. Le 14 août 2026, elle vaut 127 480 milliards. Elle se traduit en un nombre d’essais moyen par la multiplication la plus simple du protocole : difficulté multipliée par 2³², soit environ 5,5 × 10²³ hachages pour un bloc. Cinq cent cinquante mille milliards de milliards de tentatives. Pour dix minutes de réseau.

Divisez ce nombre par six cents secondes et vous obtenez la puissance que la planète consacre à Bitcoin. Sur les sept jours qui s’achèvent le 14 août 2026, mempool.space donne une moyenne de 902 EH/s, soit 902 milliards de milliards de hachages par seconde. Le chiffre bouge d’un jour sur l’autre : 794 EH/s le 7 août, 993 le 8, 927 le 14. Les fermes s’arrêtent et redémarrent au gré du prix de l’électricité, et la mesure quotidienne s’en ressent.

Le protocole réajuste la difficulté tous les 2 016 blocs pour ramener l’intervalle moyen à dix minutes. Quand de la puissance arrive, la barre monte. Quand elle part, la barre redescend. Le dernier réajustement date du 8 août 2026 et a durci la barre de 0,99 % ; le suivant, attendu le 23 août, la desserrera de 3,4 %. Aucun gain d’efficacité ne survit longtemps à ce mécanisme : la difficulté rattrape la machine. Le trajet complet d’une transaction, de la mempool aux six confirmations, se lit à côté.

Ce qu’un térahash rapporte

Le calcul tient en une division.

Le réseau distribue 144 blocs par jour. Chacun porte une récompense fixe de 3,125 BTC depuis le halving d’avril 2024, plus les frais des transactions embarquées. Sur les 1 008 derniers blocs relevés le 14 août 2026, une semaine pile, le total versé aux mineurs atteint 317 233 989 375 satoshis, dont 2 233 989 375 de frais. Ramené à la journée : 453,2 BTC, dont 3,2 de frais.

En face, 902 EH/s de puissance, c’est-à-dire 902,2 millions de térahashs par seconde. La division donne :

50,2 satoshis par térahash et par jour.

Au cours du 14 août 2026, 54 300 € le bitcoin chez Kraken, ça fait 2,7 centimes d’euro. Une machine doit donc aligner 37 TH/s pour produire un euro brut par jour, avant électricité, avant frais de pool, avant amortissement du boîtier.

Ce quotient n’est pas une constante. Il baisse quand la puissance du réseau monte, il grimpe quand elle recule, et il change de valeur en euros à chaque mouvement du cours. Refaites la division le jour où vous achetez, avec le hashrate du moment : elle tient en trente secondes. La borne, elle, tient : personne ne verse durablement plus que ce que le réseau émet. Une offre qui promet le double puise ailleurs, et cette division démasque les fausses offres de minage mieux que n’importe quelle liste noire.

Rangée d'ASIC de minage alignés sur des étagères métalliques dans une salle ventilée

Processeur, carte graphique, ASIC

Trois familles de matériel ont fait tourner ce calcul, dans cet ordre historique. Chacune a été chassée par la suivante en moins de quatre ans.

Le processeur

Un processeur d’ordinateur exécute une poignée d’instructions à la fois, très vite, en changeant de tâche en permanence. C’est exactement l’inverse de ce que réclame le hachage : une seule opération, répétée à l’identique, des milliards de fois. Tout a démarré ainsi en 2009, faute de mieux. Dès 2010, les cartes graphiques avaient pris la main. Sur SHA-256, un processeur ne produit plus rien de mesurable. Il reste utile ailleurs : Monero tourne sur RandomX, un algorithme écrit pour avantager les processeurs et neutraliser les puces dédiées.

La carte graphique

Une carte graphique contient des milliers d’unités de calcul simples, conçues pour appliquer la même opération à des milliers de données en parallèle. Le hachage lui va bien mieux. Elle a régné sur Bitcoin de 2010 à 2013. Puis sur Ethereum jusqu’en 2022. Aujourd’hui les cartes graphiques minent Ergo, Ravencoin et quelques réseaux plus petits, jamais Bitcoin. Une carte de 300 W devrait produire 51 TH/s rien que pour payer son électricité au tarif français. Aucune n’en approche.

L’ASIC

Un ASIC est une puce gravée pour ce calcul-là et incapable d’en faire un autre. Pas de mémoire vive à alimenter, pas de jeu d’instructions à décoder, pas de pilote : le circuit d’un ASIC tient en quatre pièces, et il est l’algorithme. La fiche Bitmain de l’Antminer S21 XP annonce 270 TH/s pour 3 645 W, soit 13,5 joules par térahash. La boutique MicroBT donne 188 TH/s et 3 478 W au WhatsMiner M60S, soit 18,5 J/TH. L’écart d’efficacité entre ces deux machines de même génération atteint 27 %, et il décide laquelle s’arrête en premier le jour où le courant renchérit. Les revendeurs européens affichent le S21 XP autour de 3 400 € hors taxes, alimentation comprise.

La contrepartie est brutale. Cette machine ne sait miner que du SHA-256, donc Bitcoin et Bitcoin Cash. Elle ne se recycle pas en serveur, pas en station de calcul, pas en console de jeu. Le jour où l’algorithme cesse d’être rentable pour elle, il reste un boîtier de treize à dix-neuf kilos dont personne ne veut. Le choix entre ASIC et carte graphique se joue autant sur cette valeur résiduelle que sur le rendement du premier jour.

Matériel

Puissance de hachage SHA-256

Consommation

Ce qu’il mine encore

Processeur

Négligeable

65 à 250 W

Monero, en RandomX

Carte graphique

Marginale

200 à 450 W

Ergo, Ravencoin

WhatsMiner M60S

188 TH/s

3 478 W

Bitcoin, Bitcoin Cash

Antminer S21 XP

270 TH/s

3 645 W

Bitcoin, Bitcoin Cash

Pourquoi personne ne mine seul

Une machine qui produit un térahash par seconde met en moyenne 17 350 ans à épuiser les 5,5 × 10²³ essais d’un bloc. L’Antminer S21 XP ramène l’attente à 64 ans. Le WhatsMiner M60S, à 92 ans.

Ce sont des espérances mathématiques. Un mineur solo peut décrocher son bloc le premier jour comme ne jamais rien trouver. Sur cinq ans de fonctionnement, un S21 XP branché seul a 7,5 % de chances de gagner au moins une fois. Sinon, elle aura tourné cinq ans, brûlé pour 31 000 € d’électricité et rapporté zéro.

D’où les pools. Un pool additionne les puissances de milliers de participants, encaisse les blocs et redistribue au prorata du travail fourni, moins 1 à 3 % de frais. Le pool ne crée aucun satoshi. Il lisse le hasard, rien de plus, et il le lisse pour beaucoup de monde à la fois : sur les mille derniers blocs relevés le 14 août 2026, Foundry USA en a signé 22,6 %, AntPool 20,3 % et F2Pool 16,9 %. Trois adresses pour près de six blocs sur dix.

Le pool change surtout la lecture du compte. Avec un S21 XP raccordé, la ligne quotidienne fait 13 500 satoshis, soit environ 7,36 €. Une somme qui se compare, enfin, à une facture d’électricité.

La facture, au tarif français

Un ASIC de 3 645 W qui tourne sans interruption consomme 87,5 kWh par jour. Au tarif bleu professionnel, 0,1949 €/kWh TTC depuis le 1ᵉʳ août 2026, l’électricité coûte 17,05 € par jour pour 7,36 € produits. Chaque jour creuse le trou de dix euros. Le week-end aussi.

Le seuil se calcule à l’envers : 7,36 € de revenu divisés par 87,5 kWh donnent 0,084 € par kilowattheure. Au-delà, la machine perd de l’argent. Le kWh le moins cher de toute la grille réglementée est celui des heures creuses des jours bleus de l’option Tempo, à 0,1356 € : encore soixante pour cent au-dessus du seuil, et seulement pendant les heures creuses des trois cents jours bleus de l’année.

Tarif

Prix du kWh TTC

Facture d’un ASIC 3 645 W sur un jour

Solde face à 7,36 € produits

Seuil d’équilibre

0,084 €

7,36 €

0 €

Tempo, heures creuses des jours bleus

0,1356 €

11,86 €

−4,50 €

Heures creuses HP/HC

0,1589 €

13,90 €

−6,54 €

Tarif bleu professionnel

0,1949 €

17,05 €

−9,69 €

Base résidentielle, 9 à 36 kVA

0,1985 €

17,36 €

−10,00 €

Heures pleines HP/HC

0,2142 €

18,74 €

−11,38 €

Le tarif bleu professionnel n’est pas non plus une porte ouverte : il suppose moins de dix salariés et un chiffre d’affaires, des recettes ou un bilan sous deux millions d’euros. Et même obtenu, il laisse la machine en perte. Acheter un ASIC pour le brancher sur un compteur français, c’est acheter un radiateur très cher.

Trois leviers déplacent la ligne, et le dernier n’appartient qu’aux exploitants. Le photovoltaïque en autoconsommation fait tomber le coût marginal du kilowattheure sous le seuil aux heures de production. La récupération de chaleur transforme les 3 645 W en chauffage qu’on aurait payé de toute façon, ce qui change entièrement le calcul en hiver. Reste le contrat industriel négocié au mégawatt, qui se signe à partir de quelques centaines de machines. La rentabilité du minage en France se joue au centime d’euro par kilowattheure, jamais sur le choix de la marque.

Le minage qu’on subit sans l’avoir installé

Tapez la même question dans un moteur et vous tomberez sur des glossaires d’éditeurs d’antivirus autant que sur des pages de blockchain. Il y a une raison. Sur un ordinateur ordinaire, la forme de minage la plus répandue est celle que quelqu’un d’autre y a installée.

L’arithmétique du début explique le mode opératoire. Voler une heure de processeur pour miner du bitcoin rapporte à l’attaquant une fraction de centime, autant dire rien. Il vise donc Monero, dont l’algorithme RandomX rend un processeur compétitif, et il compense la faiblesse unitaire par le nombre. Quelques milliers de postes infectés produisent un revenu réel. Payé par l’électricité et l’usure des victimes. Kaspersky a mesuré une hausse de 230 % du minage de cryptomonnaies sur un an en 2022.

Les signes se lisent sans outil. Ventilateurs à plein régime sur une machine au repos, boîtier chaud, autonomie qui s’effondre sur un portable, et un processus qui tient 90 % du processeur pendant des heures sans que rien ne soit ouvert. La variante navigateur s’arrête quand on ferme l’onglet coupable. La variante installée revient à chaque démarrage. Repérer un minage caché sur son propre PC demande dix minutes. Le voleur, lui, empoche ce que le cryptojacking rapporte à l’échelle d’un parc entier, et il ne paie ni la facture ni les ventilateurs.

Ce qui se mine encore par ce chemin

Un algorithme, un matériel, une monnaie : cette correspondance décide de tout, et on la lit avant de regarder le moindre catalogue. Beaucoup de pages francophones affirment encore qu’Ethereum se mine, Ethash à l’appui, au présent. C’est faux depuis le 15 septembre 2022, et l’erreur se recopie d’un guide à l’autre depuis quatre ans.

  • SHA-256, ASIC seulement : Bitcoin, Bitcoin Cash

  • Scrypt, ASIC seulement : Litecoin et Dogecoin, minés ensemble par minage fusionné

  • kHeavyHash, ASIC : Kaspa, que les cartes graphiques ont dû lâcher en 2023

  • RandomX, processeurs : Monero

  • Autolykos v2, cartes graphiques : Ergo

  • KAWPOW, cartes graphiques : Ravencoin

Cardano, Solana, Ripple, Polkadot, Tezos et Stellar n’ont jamais été minables : leurs réseaux n’ont jamais tourné en preuve de travail. Une plateforme qui propose d’en « miner » vend autre chose que ce qu’elle annonce. Regarder ce qui reste accessible à une carte ou à un processeur évite d’acheter du matériel pour une monnaie qui n’en réclame aucun.

Questions courantes

  • Combien de matériel faut-il pour gagner 100 € par jour ?
    Au quotient du 14 août 2026, 3 667 TH/s. Comptez quatorze Antminer S21 XP : 47 600 € d’achat hors taxes, 51 kW appelés en permanence, un raccordement triphasé sérieux, et 239 € d’électricité par jour au tarif bleu professionnel. Les 103 € bruts que sortent ces machines se transforment en 136 € de perte quotidienne. Regardez votre prix du kilowattheure avant de compter les machines.

  • Le minage est-il rentable en France ?
    Pas au tarif du réseau. Le seuil est à 0,084 €/kWh, et le kWh réglementé le moins cher, celui des heures creuses des jours bleus en Tempo, coûte 0,1356 €. Il faut sortir du tarif : autoconsommation solaire, chaleur revendue ou récupérée, ou contrat industriel. Le calcul se refait pour chaque configuration, avec le prix du kWh réellement payé.

  • Miner chez soi est-il légal en France ?
    Oui. Aucun texte français ne l’interdit, et rien n’oblige à déclarer une installation domestique. Ce qui est encadré, ce sont les revenus : ils relèvent des bénéfices non commerciaux, article 92 du code général des impôts. La déclaration des gains de minage obéit à ses propres cases.

  • Pourquoi un ordinateur de bureau ne mine-t-il rien ?
    Parce qu’il n’a pas le bon circuit. Il faut 37 TH/s pour produire un euro brut par jour, et 51 TH/s à une carte de 300 W rien que pour payer son courant. Sur SHA-256, aucun processeur ni aucune carte graphique n’en est là. Sur RandomX ou Autolykos v2, ils produisent quelque chose de mesurable.

  • Le nombre de bitcoins émis va-t-il continuer à baisser ?
    La récompense passera de 3,125 à 1,5625 BTC au prochain halving, attendu au printemps 2028. Les frais de transaction, aujourd’hui 3,2 BTC par jour sur 453, prendront progressivement le relais. À hashrate constant, chaque halving divise par deux le revenu par térahash.

Deux nombres tranchent n’importe quel projet de minage : les 453 BTC que le réseau émet chaque jour, à partager entre tous ceux qui calculent, et le prix du kilowattheure inscrit sur votre facture. Posez la division avant d’ouvrir un catalogue. Le modèle de machine, les réglages et la monnaie visée se discutent après, et ils ne déplacent que les décimales.