Appli de minage crypto : ce que vendent les plus téléchargées
Tape « minage crypto » dans la barre du Play Store et regarde ce qui remonte. On l’a fait en août 2026, puis on a ouvert les quatorze premières fiches une par une : raison sociale de l’éditeur, catégorie déclarée, nombre d’installations, texte de vente lu jusqu’au dernier paragraphe. Deux d’entre elles se rangent dans les jeux. Quatre sortent de deux sociétés qui publient chacune le même produit sous deux noms. Et la première de toutes écrit, sur son propre site, que le hashrate affiché dans son application ne correspond à aucune machine.
Les quatorze premières fiches, telles quelles
| Rang | Application | Éditeur | Installations | Catégorie déclarée |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Minage Bitcoin (Crypto-mineur) | Bitcoin Mining & Crypto Blockchain rewards cloud | 1 M+ | Finance |
| 2 | TurboMiner - Bitcoin Miner cloud | Osam Ecom LLC | 10 k+ | Finance |
| 3 | Bitcoin Miner Cloud | QuantumForge Studios | 10 k+ | Finance |
| 4 | Rise Miner - Bitcoin Miner Cloud | Osam Ecom LLC | 10 k+ | Finance |
| 5 | Crypto Miner Tycoon | MTAG Publishing Ltd | 10 M+ | Jeux, simulation |
| 6 | Bitcoin Miner Idle Tycoon Game | Fumb Games | 5 M+ | Jeux, simulation |
| 7 | GoMining - BTC Minage & Card | SIA GoMining Latvia | 1 M+ | Finance |
| 8 | Hash Miner - Bitcoin Miner Cloud | Cloud Ecom LLC | 5 k+ | Finance |
| 9 | CT Pool : Appli minage crypto | CT Technologies | 1 M+ | Outils |
| 10 | MobileCoin - Mine cryptomonnaie | MobileCoin | 50 k+ | Finance |
| 11 | Core Miner - Bitcoin Miner Cloud | Cloud Ecom LLC | 10 k+ | Entreprise |
| 12 | Crypto Miner 2 : Bitcoin Games | Hora Games | 10 k+ | Jeux, simulation |
Ni Hive OS, ni NiceHash, ni l’application de Braiins Pool n’apparaissent là-dedans. Les trois outils dont les mineurs se servent tous les jours sortent de la recherche, parce qu’ils ne mettent pas le mot dans leur titre et que les fiches qui l’y mettent occupent toute la place.
Ce que la première de la liste écrit sur son propre site
L’application en tête s’appelle Minage Bitcoin, plus d’un million d’installations, 4,3 étoiles pour 472 681 avis. Sa fiche renvoie vers le site de l’éditeur, cloudminecrypto.com, où figure ce paragraphe :
« Hashrate, boosts, and contract terms are calculation features and do not represent ownership or control of physical mining hardware. Rewards vary with network conditions and are not guaranteed, and may be lower than the amount you spend on optional purchases. This service is for entertainment purposes only and is not an investment product. »
Le hashrate est donc un chiffre d’affichage qui ne désigne aucune machine. Le service relève du divertissement. Ce qu’il rend peut rester inférieur à ce qu’on y a mis. L’éditeur le confirme dans ses réponses aux avis, où il explique que les meilleurs contrats gratuits « sont payés de notre poche » et se débloquent en regardant des vidéos publicitaires. Rien n’est caché. C’est écrit, en anglais, sur une page que personne n’ouvre.
Même opérateur sur l’App Store, sous une autre enseigne. La fiche « Bitcoin Miner : Minage de crypto » commence par la même phrase mot pour mot, renvoie au même site, et la société déclarée derrière les deux boutiques est la finlandaise Lowhill Games Oy. Elle publie exactement deux applications chez Apple : celle-ci, rangée en Finance, et une application de rencontres. Les contrats mensuels y vont de 2,99 € à 39,99 €.
Deux sociétés, quatre applications, un gabarit
Osam Ecom LLC signe TurboMiner au deuxième rang et Rise Miner au quatrième. Cloud Ecom LLC signe Hash Miner au huitième et Core Miner au onzième. Le titre suit le même moule à chaque fois : un nom de marque, un tiret, « Bitcoin Miner Cloud ». Les captures d’écran changent de teinte, l’interface ne change pas.
La duplication sert à quelque chose. Une application retirée par la boutique emporte avec elle ses installations et ses avis ; la jumelle, publiée sous une autre raison sociale, continue de tourner. C’est une pièce de rechange, pas un catalogue.
Les deux plus installées sont des jeux, et le disent
Crypto Miner Tycoon dépasse les dix millions d’installations, Bitcoin Miner Idle Tycoon Game les cinq millions. Les deux poids lourds du classement se déclarent en catégorie Jeux, sous-catégorie simulation. Ils annoncent la couleur : le compteur à l’écran mesure un score.
L’ennui vient du voisinage. Sur la même page, un jeu de gestion assumé et une plateforme qui encaisse 39,99 € par mois se ressemblent trait pour trait. Même icône de pioche, même compteur qui grimpe. Le classement en Finance ne prouve donc rien, et celui en Jeux protège mieux l’acheteur, puisqu’il prévient.
Le calcul d’une ligne
Le réseau Bitcoin verse une quantité fixe de bitcoins par jour, partagée entre tous ceux qui calculent. Sur ses cent quarante-quatre derniers blocs, il a distribué 453,15 BTC, frais de transaction compris, pendant que la puissance mondiale tournait autour de 902 EH/s. La division donne le rendement brut du réseau : environ 50 satoshis par TH/s et par jour. Personne n’y échappe, ni un groupe coté au Nasdaq, ni une application à un euro.
Applique-le à CT Pool, neuvième du classement, un million d’installations. Sa fiche promet d’augmenter ta puissance « jusqu’à 200 MH/s ». Deux cents mégahash valent deux dix-millièmes de TH/s. Multiplie : un centième de satoshi par jour. Le premier satoshi arrive au bout de cent jours, et il vaut cinq centièmes de centime. La même fiche propose au passage de répartir le solde sur neuf cryptomonnaies dont Ethereum et Solana, qui ne se minent ni l’une ni l’autre, la première depuis le 15 septembre 2022 et la seconde depuis sa naissance.
Le calcul se retourne, et démolit du même coup l’idée du minage domestique. Un TH/s rapporte à peu près 2,7 centimes par jour. Pour le produire, un Antminer S21 dépense 17,5 W, soit 0,42 kWh sur vingt-quatre heures, soit 8,2 centimes au tarif bleu professionnel de 0,1949 €/kWh. Trois fois le produit. Le calculateur de rentabilité au tarif français détaille la mécanique, mais l’ordre de grandeur se retient sans notes.
Pourquoi aucune de ces applications ne calcule
La règle vient des boutiques elles-mêmes. Google Play l’écrit ainsi : « We don’t allow apps that mine cryptocurrency on devices. We permit apps that remotely manage the mining of cryptocurrency. » Apple dit la même chose autrement, en interdisant à une application de miner « unless the processing is performed off device ». Une application distribuée sur l’une des deux loue donc de la puissance ailleurs, ou n’en loue nulle part.
Le téléphone lui-même n’y changerait rien. Un modèle haut de gamme atteint 700 hachages par seconde sur l’algorithme de Monero, la dernière cryptomonnaie sérieuse que mine encore un processeur ordinaire. Le réseau Monero tourne à 6,2 GH/s et émet environ 432 XMR par jour : la part du téléphone revient à moins de deux centimes quotidiens, une cinquantaine de centimes sur un mois complet. Au-delà de 3,5 W tirés au mur, le chargeur coûte plus cher que le gain, et un processeur à fond dépasse largement ce seuil. Ce que le système Android laisse malgré tout passer est traité dans le dossier sur ce qu’une application de minage sur Android fait vraiment.
Trois questions avant de payer
Combien de TH/s, écrit noir sur blanc ? Une offre de puissance qui ne chiffre pas la puissance ne s’évalue pas. Les fiches parlent de plans, de contrats, de multiplicateurs de fidélité ; le nombre manque. Quand il apparaît, comme les 200 MH/s de CT Pool, il se retourne contre le vendeur.
Que donne la multiplication ? Puissance en TH/s, fois 50 satoshis : c’est le plafond quotidien, avant la moindre dépense d’électricité. Une promesse au-dessus de ce plafond se paie avec l’argent des suivants.
Le retrait laisse-t-il une trace ? Un versement en bitcoins produit un identifiant de transaction que n’importe qui vérifie sur un explorateur de blocs. Réclame-le au premier retrait, avant d’augmenter la mise. Une plateforme qui affiche un montant et rien d’autre n’a rien envoyé. C’est ce test qui sépare les opérateurs des vitrines, et les avis sur les plateformes de cloud mining montrent où passe la ligne.
Ce qui vaut la peine d’être installé
Reste la question de départ : quelle application ouvrir. Elle se règle par ce que tu possèdes déjà.
| Ta situation | L’application | Ce qu’elle fait |
|---|---|---|
| Un rig de cartes graphiques | Hive OS Official, 500 k+ installations | Hashrate, températures, erreurs GPU, redémarrage à distance de la ferme entière |
| Un ASIC branché sur un pool | L’application du pool, Braiins Pool par exemple | Courbe de hashrate, historique des paiements, alerte quand la machine décroche |
| Une machine et l’envie de louer sa puissance | NiceHash, 1 M+ installations | Suivi du solde et des ordres en cours, la puissance part au plus offrant |
| Un téléphone et rien d’autre | Aucune | Le meilleur résultat possible tourne autour de cinquante centimes par mois, batterie chaude comprise |
Aucune des trois ne mine quoi que ce soit : elles surveillent une machine qui, elle, mine. C’est la seule famille d’applications qui rende un service mesurable. Pour le logiciel qui tourne sur la machine elle-même, mineur, système de gestion ou firmware, le dossier sur les logiciels qui pilotent une production réelle les compare poste par poste. Et si le mot « gratuit » apparaît dans l’offre que tu regardes, le verdict service par service l’a sans doute déjà passée au crible.
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure application de minage crypto ?
Celle qui surveille une machine que tu possèdes : Hive OS pour un rig de cartes graphiques, l’application de ton pool pour un ASIC. Aucune ne remplace le matériel. Toute la catégorie des mineurs en nuage du Play Store vend un abonnement, pas de la puissance.
Peut-on miner du bitcoin avec un téléphone ?
Non, les deux boutiques l’interdisent à leurs applications. Et sans interdiction, un processeur de smartphone face à 902 EH/s de concurrence ne toucherait rien de mesurable.
Ces applications versent-elles quelque chose ?
Certaines versent de petites sommes au début, financées par la publicité et par les abonnements des arrivants. Le seuil de retrait monte ensuite, ou la vitesse du compteur baisse. Demande l’identifiant de transaction dès le premier versement.
Et celles qui promettent cent euros par jour ?
Cent euros de bitcoins par jour réclament environ 3 700 TH/s, soit dix-huit Antminer S21 tournant sans arrêt. Ces machines avalent 1 537 kWh par jour, près de 300 € au tarif professionnel. La promesse coûte trois fois ce qu’elle rapporte, ce qui explique qu’elle ne soit jamais tenue.