materiel-mining.fr

ROI du minage sur Raspberry Pi : 1,73 € par an, 17,53 € d'électricité

Divers

ROI du minage sur Raspberry Pi : 1,73 € par an, 17,53 € d'électricité

Un Raspberry Pi 5 branché en permanence sur un pool Monero produit 1,73 € par an. Il consomme pendant ce temps pour 17,53 € d’électricité au tarif réglementé français. Le solde annuel tombe à moins 15,79 €, et les 250,90 € de matériel restent entiers en face, sans le moindre début de remboursement.

Il n’y a donc pas de délai de retour à calculer. Une machine dont le solde est négatif ne s’amortit jamais, et chaque mois supplémentaire creuse l’écart au lieu de le combler. Ce qui se calcule, en revanche, c’est l’écart : de combien manque-t-on, et qu’est-ce qui devrait bouger pour que le signe s’inverse. Les trois réponses sont chiffrées plus bas, et aucune n’est atteignable.

  • Le calcul, ligne par ligne, au 14 août 2026

  • Le hash par watt, où la petite consommation se retourne contre la carte

  • Les trois façons d’inverser le signe, et ce qu’elles supposent

  • Cent quarante-cinq ans, ou trente secondes sur une place de marché

  • Ce qu’un processeur peut encore miner en 2026

  • Le seul montage autour d’un Pi qui ne perd rien

Le calcul, ligne par ligne, au 14 août 2026

Il faut quatre nombres, et un seul se trouve sur la fiche technique de la carte. Les deux suivants se relèvent sur le réseau Monero le jour où l’on calcule. Le dernier est sur votre facture d’électricité.

Ce que la carte produit

Le seul algorithme où un Raspberry Pi joue dans la même catégorie que les autres processeurs s’appelle RandomX, celui de Monero. Un Pi 5 en 8 Go, sous Raspberry Pi OS 64 bits avec les pages mémoire larges activées, tient entre 180 et 220 hashes par seconde selon le refroidissement. Retenons 200.

En face, il y a le réseau. Monero verse 0,6 XMR par bloc depuis la fin mai 2022, montant fixé une fois pour toutes par ce que le projet appelle l’émission de queue. Un bloc toutes les deux minutes, donc 720 blocs et 432 XMR distribués chaque jour, à partager entre tous les mineurs de la planète au prorata de ce que chacun apporte. La puissance branchée s’établissait à 6,2 GH/s le 14 août 2026, et le XMR valait 341 €.

Divisez 432 XMR, soit 147 312 €, par 6,2 milliards de hashes par seconde : un hash rapporte 0,0000238 € par jour. Un Pi 5 à 200 H/s en récupère 0,475 centime quotidien, ou 1,73 € sur douze mois. C’est une borne physique. Personne ne tire davantage d’un hash RandomX, quel que soit son matériel ou son pool.

Ce qu’elle coûte à faire tourner

Une charge processeur à 100 % vingt-quatre heures sur vingt-quatre place le Pi 5 autour de 10 W au mur. Les relevés à la prise donnent 8,8 W sur un test de charge des quatre cœurs, et jusqu’à 11,6 W sur un calcul plus dense, alimentation comprise. Dix watts en continu font 87,6 kWh sur l’année.

Au tarif réglementé de base, 0,2001 € le kilowattheure toutes taxes comprises pour un abonnement de 3 ou 6 kVA, l’année d’électricité revient à 17,53 €. Retirez 17,53 à 1,73. La carte perd quatre centimes et demi par jour, tous les jours, et elle les perd aussi la nuit.

Les 250,90 € de départ, et pourquoi le chiffre a doublé

Presque toutes les pages qui traitent le sujet chiffrent le matériel autour de 120 €. Ce montant appartient au monde d’avant, et le monde d’avant s’est arrêté à l’automne 2025.

Raspberry Pi a relevé ses tarifs quatre fois en six mois. Le 2 février 2026, la fondation ajoutait 30 $ aux modèles de 8 Go et 60 $ à ceux de 16 Go, en constatant que « le coût de certaines pièces a plus que doublé sur le dernier trimestre ». Le 1ᵉʳ avril, elle remettait 50 $ sur le 8 Go et 100 $ sur le 16 Go, cette fois en invoquant une multiplication par sept, en un an, du prix de la mémoire LPDDR4 utilisée sur les Pi 4 et Pi 5. Les centres de calcul pour l’intelligence artificielle ont vidé les lignes de production de mémoire, et une carte vendue 80 $ à son lancement s’affiche aujourd’hui à 175 $ au tarif officiel.

Chez un revendeur français, le 14 août 2026, un montage qui tienne des mois sans intervention se chiffre ainsi.

Poste

Prix TTC

Pourquoi il n’est pas optionnel

Raspberry Pi 5, 8 Go

204,00 €

en dessous de 4 Go libres, RandomX bascule en mode léger et le débit chute

Alimentation officielle 27 W USB-C

15,90 €

un bloc de téléphone provoque des redémarrages sous charge continue

Boîtier officiel avec ventilateur

12,50 €

en refroidissement passif, le bridage thermique s’installe en quelques minutes

Carte microSD 32 Go

18,50 €

système et journaux

Total

250,90 €

hors temps passé

Deux cent cinquante euros pour une machine qui perdra quinze euros par an. Le prix du matériel ne change pas la conclusion, il en change l’ampleur : même offerte, la carte reste dans le rouge tant qu’elle est branchée sur une prise payante.

Le hash par watt, où la petite consommation se retourne contre la carte

L’argument qui revient partout tient en une phrase : le Raspberry Pi consomme si peu qu’il finit forcément par gagner. L’argument confond la consommation absolue et le rendement. Dix watts, c’est peu. La question est de savoir combien de hashes ces dix watts fabriquent.

Rapportons donc chaque machine au même dénominateur, le hash par seconde et par watt, puis cherchons pour chacune le prix du kilowattheure au-delà duquel elle perd de l’argent. Chaque ligne sort d’un relevé unique, puissance de calcul et consommation mesurées ensemble.

Machine

RandomX

Consommation

Hash par watt

Seuil en €/kWh

Solde annuel

Raspberry Pi 4, 4 Go

110 H/s

6 W

18

0,018 €

− 9,56 €

Raspberry Pi 5, 8 Go

200 H/s

10 W

20

0,020 €

− 15,79 €

Radxa Rock 5B

728 H/s

14 W

52

0,051 €

− 18,22 €

Ryzen 9 7950X

22 500 H/s

295 W

76

0,076 €

− 321,97 €

La colonne du hash par watt renverse l’argument de départ. Le Raspberry Pi est le moins efficient des quatre : un processeur de bureau récent fabrique presque quatre fois plus de hashes avec le même watt. Sa faible consommation ne vient pas d’une sobriété particulière, elle vient de ce qu’il calcule peu. Une ampoule éteinte consomme encore moins et ne mine rien du tout.

Le seuil, lui, se déduit du hash par watt par une règle qui tient sur une ligne, valable tant que le revenu du hash reste au niveau du 14 août 2026 : le seuil en euros par kilowattheure vaut le hash par watt divisé par mille. Vingt hashes par watt donnent deux centimes, soixante-seize en donnent sept et demi. Pour atteindre le tarif français de 0,2001 €, il faudrait une machine à 202 hashes par seconde et par watt, presque trois fois le meilleur processeur grand public. Rien de tel n’existe, et un algorithme dessiné pour tourner sur processeur généraliste n’a aucune raison d’en voir apparaître.

rangée de tours de minage en salle machine, l’échelle à laquelle un Raspberry Pi se compare

Une précision d’unité s’impose ici, parce qu’elle fait dérailler beaucoup de comparaisons : un hash RandomX et un hash SHA-256 ne sont pas la même opération. Les térahashes des machines à bitcoin ne se comparent à aucune ligne de ce tableau, et le calcul de rentabilité côté bitcoin se mène avec ses propres constantes.

Les trois façons d’inverser le signe, et ce qu’elles supposent

Production moins électricité, rien d’autre. Trois grandeurs pilotent cette soustraction : le prix du kilowattheure, le cours du monero et la taille du réseau. Chacune se laisse résoudre. Plutôt que de constater le déficit, cherchons pour chacune la valeur qui l’annule.

Un kilowattheure à deux centimes

Le Pi 5 produit 0,475 centime par jour et consomme 0,24 kWh. La division rend son seuil : 0,0198 € le kilowattheure. En dessous, la carte gagne ; au-dessus, elle perd. Le tarif réglementé français coûte dix fois ce prix, et l’option heures creuses, à 0,1589 €, en coûte encore huit fois.

Aucun contrat d’électricité domestique n’approche deux centimes, en France ou ailleurs. Le seul cas qui y arrive est celui d’une énergie déjà payée : un surplus photovoltaïque en journée, un abonnement inclus dans un loyer. Le compte repasse alors à plus 1,73 € par an, et les 250,90 € de matériel demandent cent quarante-cinq ans pour revenir. La carte aura été remplacée cinq ou six fois d’ici là. C’est le même seuil, calculé de la même façon, qui commande la rentabilité du minage de bitcoin en France.

Un monero à 3 450 €

La récompense étant fixée en XMR, le cours agit uniquement sur la production et ne touche jamais à la facture d’électricité. La question se retourne donc proprement : à quel prix du monero cette carte serait-elle à l’équilibre ?

Elle mine 0,0000139 XMR par jour et doit couvrir 4,80 centimes. Il faudrait 3 450 € le monero, dix fois le cours du 14 août 2026 et près de cinq fois le record historique de la monnaie, atteint le 14 janvier 2026 à 799,89 $. Aucune prévision sérieuse n’écrit ce chiffre. C’est pourtant le prix d’entrée pour que la carte cesse de perdre.

Un réseau divisé par dix

Reste la puissance branchée en face. Plus le réseau grossit, plus la part de chacun rétrécit. Pour que les 200 H/s du Pi couvrent leurs 4,80 centimes quotidiens, il faudrait que le réseau Monero redescende à 0,61 GH/s, un dixième de sa taille actuelle.

Cette hypothèse est la plus retorse des trois, parce qu’elle se retourne contre celui qui la formule. Un cours qui monte ramène des mineurs, donc de la puissance, donc réduit la part de chacun : les deux premiers leviers se neutralisent l’un l’autre. Acheter du matériel pour miner Monero revient à parier que personne d’autre n’en achètera.

Cent quarante-cinq ans, ou trente secondes sur une place de marché

Les 250,90 € du montage, convertis en monero le jour de l’achat, donnent 0,74 XMR. La même carte, branchée sur un pool, mine 0,0000139 XMR par jour : il lui faut cent quarante-cinq ans pour en accumuler autant, et elle aura brûlé 2 500 € d’électricité en route. L’achat prend trente secondes et ne consomme rien.

Le résultat se lit aussi dans l’autre sens, en cherchant l’échelle à laquelle ce montage produirait un revenu visible. Gagner un euro par jour demande 210 cartes. Cela fait 52 700 € de matériel, 2,1 kW branchés en permanence et 10,08 € d’électricité quotidienne pour produire ce fameux euro. La ferme de Raspberry Pi, qui revient régulièrement dans les discussions, perd neuf euros par jour à l’échelle exacte où elle commence à ressembler à quelque chose.

Ce raisonnement fait aussi le meilleur détecteur d’offre douteuse qui existe. Toute plateforme qui promet un rendement sur du matériel de cet ordre verse l’argent d’un autre client, et la division qui démasque une fausse offre se pose exactement dans ces termes.

Ce qu’un processeur peut encore miner en 2026

La question suivante arrive toujours : puisque Monero ne rapporte rien, autant changer de monnaie. Le tri est vite fait, et il tient à l’algorithme plutôt qu’au portefeuille.

RandomX reste le seul mécanisme de premier plan dessiné pour le processeur, et Monero le seul réseau qui l’utilise avec un marché liquide derrière. Zephyr et Salvium tournent sur le même algorithme, avec des réseaux plus petits, donc une part relative plus grande pour une petite machine ; la contrepartie est une profondeur de marché qui rend la revente hasardeuse. Tout le reste est fermé. Litecoin, Zcash et Dogecoin appartiennent aux circuits spécialisés depuis des années, Ravencoin et Ergo demandent une carte graphique, et Ethereum a quitté la preuve de travail le 15 septembre 2022. Quant à Cardano, Solana, Ripple et Tezos, qu’on croise dans presque toutes les listes de « cryptos minables sur Raspberry Pi », ils n’ont jamais eu de minage du tout : on y délègue des jetons, ce qui n’a aucun rapport avec du calcul de hachage.

Le détail par monnaie, avec les récompenses de bloc et les dates de division, est dans ce qui reste minable en 2026 à une carte et à un processeur, et ce que rapporte vraiment un processeur reprend le calcul sur des machines de bureau.

Le seul montage autour d’un Pi qui ne perd rien

Il reste une place, dans une installation de minage, où une carte à 250 € rend plus qu’elle ne coûte : celle où elle ne mine pas.

En bout de rack, elle surveille les températures, coupe et rallume les alimentations par relais, relance une machine figée et expose un tableau de bord consultable depuis un téléphone. Sur une installation de plusieurs machines, elle évite le déplacement à chaque plantage, et une carte qui prévient avant qu’un appareil à 3 000 € ne cuise a remboursé son prix dès le premier été. Elle tient aussi un nœud complet, monerod ou bitcoind sur un SSD, ce qui ne rapporte aucun jeton mais retire un intermédiaire de la chaîne.

Pour qui veut quand même faire tourner XMRig en connaissance de cause, le matériel exact, l’image système et les commandes sont dans le montage d’une machine de minage Raspberry Pi, et le hashrate modèle par modèle dans ce que vaut réellement un Raspberry Pi en minage. Un réglage évite une déception inutile : demander au pool une difficulté de part basse, sans quoi une machine à 200 H/s remonte trop peu de parts valides et son débit affiché part en dents de scie pendant des heures. Le choix du pool et de son seuil de paiement compte davantage ici qu’ailleurs, puisqu’un seuil élevé bloque le solde pendant des années.

Et si l’objectif de départ était de faire produire quelque chose à un petit budget plutôt que d’apprendre, les paliers de matériel et ce que chacun rend par jour montrent où le premier euro positif apparaît vraiment.

Questions fréquentes

  • Combien rapporte un Raspberry Pi qui mine, par mois ?
    Quatorze centimes de monero, contre 1,46 € d’électricité au tarif réglementé. Le solde mensuel s’établit à moins 1,32 €.

  • Un modèle plus puissant change-t-il la conclusion ?
    Non, et c’est le point contre-intuitif. Une carte ARM trois fois et demie plus rapide comme la Rock 5B perd 18,22 € par an, davantage que le Pi 5, parce que sa consommation grimpe plus vite que sa production.

  • Et avec plusieurs cartes ?
    Le hashrate s’additionne, la facture aussi, et le rapport entre les deux ne bouge pas d’un millimètre. Dix cartes perdent dix fois plus.

  • Faut-il 4, 8 ou 16 Go de mémoire ?
    Huit. RandomX construit un jeu de données de 2 080 Mio qu’il garde en mémoire ; en dessous de 4 Go libres, le mineur bascule sur un cache de 256 Mio et le débit est divisé par cinq. Les 16 Go n’apportent rien au calcul et coûtent 130 $ de plus au tarif officiel.

  • Le minage use-t-il la carte microSD ?
    Le mineur écrit peu, les journaux écrivent beaucoup. Rotation limitée, journal en mémoire volatile, ou démarrage sur SSD si la machine doit tenir des années.

  • Le calcul change-t-il avec un tarif professionnel ?
    Marginalement. Le tarif bleu professionnel s’établit à 0,1949 € le kilowattheure toutes taxes comprises, à peine sous le tarif domestique, et dix fois au-dessus du seuil de la carte.