Quelle crypto miner en 2026 : ce qui reste à une carte, à un processeur
Avant de choisir une monnaie, on regarde son algorithme et le matériel qui le tient aujourd’hui. Le nom de la crypto ne décide de rien. L’algorithme décide, parce qu’il dit si une puce spécialisée peut faire le travail mille fois mieux qu’une carte graphique. Dès qu’une telle puce existe, elle existe pour tout le monde. La carte sort du marché. Quelques mois suffisent.
Cette règle range les monnaies en trois tas. Celles dont l’algorithme a sa machine dédiée depuis des années, Bitcoin, Litecoin, Dash, où un particulier n’entre qu’en achetant la machine. Celles qui ont basculé récemment, Kaspa en 2023, Ethereum Classic avant elle, et dont les cartes achetées la veille sont redevenues du matériel de jeu. Et le tas qui rétrécit : deux algorithmes que personne n’a encore réussi à figer dans du silicium, ou dont le marché reste trop étroit pour payer un masque de gravure.
Rien de ce qui suit ne dépend d’une prévision de cours. Les récompenses de bloc, les temps de bloc et les dates de halving sont écrits dans le protocole. Le matériel qui domine un algorithme se lit dans les catalogues des fabricants. Avec ces deux éléments, un particulier sait ce qu’il peut encore miner avec ce qu’il a sous la main.
Pourquoi l’algorithme chasse le matériel
SHA-256, l’algorithme de Bitcoin, n’est que de l’arithmétique. Un circuit gravé pour ne faire que ça, sans jeu d’instructions, sans mémoire à adresser, sans système d’exploitation, écrase n’importe quel processeur d’usage général de plusieurs ordres de grandeur. Un Antminer S21 Pro sort 234 TH/s pour 3 510 W. Une carte graphique lancée sur le même calcul n’est même pas dans la course, et aucun réglage ne l’y ramène.
Les algorithmes conçus après coup pour résister à cette logique s’appuient sur autre chose que le calcul brut : la bande passante mémoire, un jeu d’instructions tiré au hasard, un jeu de données trop gros pour tenir dans une puce. KawPow charge un DAG de 5,68 Go en mémoire vive et le relit sans arrêt. Autolykos2 fait la même chose autrement. RandomX fabrique à la volée des programmes que seul un processeur généraliste sait exécuter correctement. Sur ces algorithmes, l’avantage d’une puce dédiée tombe de six ordres de grandeur à deux ou trois.
Deux ou trois ordres de grandeur suffisent pourtant à tuer le marché. Kaspa l’a montré. Son kHeavyHash passait pour hostile aux machines dédiées jusqu’à ce qu’IceRiver annonce le KS1 en mars 2023, 1 TH/s pour 600 W. Un boîtier valait deux mille cartes. La génération suivante a enfoncé le clou, l’Antminer KS7 monte à 40 TH/s pour 3 080 W. Même histoire sur Etchash : le Jasminer X16-Q abat 1 950 MH/s pour 620 W, là où une carte récente tourne autour de la centaine de mégahashs pour deux cents watts. Vingt fois plus de hachages, mais trois fois plus de watts : à énergie égale, l’écart tombe à six pour un. Il suffit largement. Et RandomX, longtemps réputé imprenable, a son Antminer X5 depuis septembre 2023, 212 kH/s pour 1 350 W. Bitmain lui a annoncé un successeur en décembre 2025, le X9, avant de le retirer en mai 2026 sans avoir livré une seule unité, en remboursant les précommandes. Les fiches qui l’affichent encore à 1 MH/s vendent une machine qui n’est jamais sortie d’usine.
D’où un réflexe à prendre avant tout achat : chercher l’algorithme visé dans un index de matériel et regarder si une machine dédiée y figure. Si oui, la carte graphique n’a plus rien à y faire. Le catalogue complet, famille de matériel par famille de matériel, sépare les cas.
Les monnaies encore minables, ligne par ligne
État au 13 août 2026. La colonne « matériel » indique ce qui domine réellement le réseau, pas ce que le livre blanc espérait.
Monnaie | Algorithme | Matériel qui domine | Récompense de bloc | Temps de bloc | Dernière coupe | Coupe suivante |
|---|---|---|---|---|---|---|
Bitcoin (BTC) | SHA-256 | machine dédiée | 3,125 BTC | 10 min | avril 2024 | printemps 2028 |
Bitcoin Cash (BCH) | SHA-256 | machine dédiée | 3,125 BCH | 10 min | avril 2024 | printemps 2028 |
Litecoin (LTC) | Scrypt | machine dédiée | 6,25 LTC | 2,5 min | août 2023 | juillet 2027, bloc 3 360 000 |
Dogecoin (DOGE) | Scrypt, minage fusionné avec Litecoin | machine dédiée | 10 000 DOGE | 1 min | aucune depuis 2015 | aucune prévue |
Dash (DASH) | X11 | machine dédiée | 1,7702 DASH, dont 20 % au mineur | 2,5 min | baisse continue | − 7,14 % tous les 210 240 blocs |
Zcash (ZEC) | Equihash 200,9 | machine dédiée | 1,5625 ZEC, dont 80 % au mineur | 75 s | novembre 2024 | fin 2028, bloc 4 406 400 |
Kaspa (KAS) | kHeavyHash | machine dédiée | 2,3125 KAS | 0,1 s | réduction mensuelle | 4 septembre 2026, à 2,18 KAS |
Ethereum Classic (ETC) | Etchash | machine dédiée | 1,6384 ETC | 13,6 s | 22 juillet 2026 | 2028, bloc 30 000 000 |
Monero (XMR) | RandomX | processeur, machines dédiées depuis 2023 | 0,6 XMR | 2 min | aucune, émission de queue depuis juin 2022 | aucune, jamais |
Ravencoin (RVN) | KawPow | carte graphique | 1 250 RVN | 1 min | janvier 2026, bloc 4 200 000 | vers 2030, bloc 6 300 000 |
Ergo (ERG) | Autolykos2 | carte graphique | 3 ERG | 2 min | palier atteint | plancher fixe jusque vers 2045 |
Sept lignes sur onze se lisent de travers si on s’arrête au chiffre brut.
Dogecoin ne se mine pas seul
Dogecoin partage Scrypt avec Litecoin, et depuis 2014 les deux chaînes acceptent la même preuve de travail. Une machine Scrypt produit donc les deux monnaies en même temps, sans hashrate supplémentaire, sans watt supplémentaire. L’Antminer L9 sorti en mai 2024 fait 15 à 17 GH/s pour environ 3 400 W et encaisse les deux récompenses. C’est la seule configuration du tableau où deux monnaies tombent d’un même calcul sans compromis. Et Dogecoin n’a plus de halving. Depuis le bloc 600 000 en 2015, la récompense est bloquée à 10 000 DOGE, soit près de cinq milliards de jetons émis chaque année, pour toujours.
Dash et Zcash ne versent pas tout au mineur
Sur ces deux réseaux, la récompense affichée n’est pas ce que le mineur touche. Dash émet 1,7702 DASH par bloc, mais depuis le passage à Dash Core v20 en décembre 2023 la répartition est de 20 % au mineur, 60 % aux masternodes et 20 % au budget de gouvernance. Le mineur encaisse donc 0,354 DASH. Zcash émet 1,5625 ZEC depuis le halving de novembre 2024, dont 80 % au mineur, 8 % aux subventions communautaires et 12 % au fonds bloqué, soit 1,25 ZEC en main. Un calculateur qui prend le chiffre brut surestime le revenu de Dash d’un facteur cinq.
Kaspa n’a pas de date de halving
Kaspa ne coupe pas sa récompense d’un coup tous les quatre ans. Il la réduit chaque mois d’un facteur constant, de sorte qu’elle se divise par deux en un an. La prochaine marche tombe le 4 septembre 2026 et fait passer le bloc de 2,3125 à 2,18 KAS. Depuis la mise à jour Crescendo du 5 mai 2025, la chaîne sort dix blocs par seconde au lieu d’un. La cadence est passée à un bloc toutes les cent millisecondes, et la récompense unitaire a été divisée par dix le même jour.
Ethereum Classic vient de couper sa récompense
ETC ne halve pas non plus. Il retranche 20 % tous les cinq millions de blocs, ce que sa communauté appelle un cinquièmement. Le cinquième est passé au bloc 25 000 001 le 22 juillet 2026, faisant tomber la récompense de 2,048 à 1,6384 ETC. Les blocs y tombent toutes les 13,6 secondes en moyenne, mesuré sur les cent quarante-deux mille derniers, et non toutes les douze comme le veut la valeur cible : la chaîne émet donc autour de 10 400 ETC par jour, pas 11 800. L’écart se retrouve tel quel dans le revenu d’une machine. Pour le reste ETC tient sa preuve de travail, contrairement à Ethereum. Mais Etchash est terrain de machines dédiées depuis longtemps : une carte graphique y produit le vingtième des hachages d’un Jasminer X16-Q, en tirant certes trois fois moins de watts. À énergie égale, le boîtier reste six fois devant.
Ravencoin, la seule vraie monnaie de carte, traverse une crise
KawPow reste sans machine dédiée, et Ravencoin est la monnaie que l’on recommande partout aux détenteurs de carte. Sa récompense est passée de 2 500 à 1 250 RVN au bloc 4 200 000, en janvier 2026. Depuis le 7 août 2026, la chaîne vit une avarie de consensus : un bloc invalide accepté par des nœuds vulnérables au bloc 4 487 776, à 15 h 44 UTC, à cause d’un champ de hauteur que le protocole ne recoupait pas avec la position réelle du bloc. La faille contournait purement et simplement la vérification de preuve de travail. Divulguée le 10 août, elle a fait chuter le jeton de 20 %. Upbit et Bitvavo ont suspendu dépôts et retraits. Les pools 2Miners et RavenMiner reconstruisent une chaîne à partir du bloc 4 487 775, avec à la clé une réorganisation d’environ trois jours. Le correctif en service, la version 4.6.1.1-hf1, vient d’un pool et non de l’équipe du protocole. C’est à savoir avant d’engager une carte sur ce réseau, y compris pour quelques semaines.
Ergo tient son plancher
Autolykos2 est le second algorithme encore rendu par une carte graphique. Ergo a fini sa phase de décroissance et verse 3 ERG par bloc, valeur que le soft-fork EIP-27 a figée jusque vers 2045, complétée par les frais et par le loyer de stockage prélevé sur les portefeuilles dormants depuis plus de quatre ans. Aucune autre ligne du tableau n’a cette propriété.
Ce qui ne se mine pas et qui traîne encore dans les listes
Ethereum est passé en preuve d’enjeu le 15 septembre 2022, au bloc 15 537 393. Plus de récompense de bloc à gagner, plus d’algorithme à faire tourner, aucun retour prévu. Ce qui s’est joué cette nuit-là vaut la lecture pour quiconque a encore des cartes achetées pour Ethash.
Flux a arrêté le minage le 20 octobre 2025 au bloc 2 020 000, pools fermés à 19 h UTC ce jour-là. La production revient depuis aux FluxNodes, sous un modèle de preuve de travail utile.
Kaspa se mine, très bien même, mais plus avec une carte : les machines dédiées ont pris le réseau à partir d’avril 2023 et son hashrate se compte en pétahashs. Les listes anglophones qui la donnent encore comme la monnaie la plus rentable pour une carte graphique décrivent un monde disparu depuis trois ans.
Cardano, Solana, Polkadot et Tezos n’ont jamais eu de preuve de travail. Aucun algorithme de minage n’existe pour elles, ni ASIC, ni logiciel. Ce qu’on peut en faire, c’est du staking : immobiliser des jetons déjà achetés pour toucher une part de l’émission. Un placement, pas une production, et sans le moindre matériel.
Ripple et Stellar ne se minent pas non plus, et ne se stakent pas davantage. Sur XRP, les frais de transaction ne reviennent à personne : ils sont détruits, définitivement, et il n’existe aucune émission à se partager. Sur XLM, le mécanisme d’inflation a été coupé au protocole 12 ; une transaction qui porte encore l’opération correspondante se fait rejeter. Un rendement affiché sur ces deux monnaies vient d’un intermédiaire qui prête les jetons, avec le risque de contrepartie qui va avec. Le protocole, lui, ne verse rien.
Chainlink n’a pas de chaîne à elle. LINK est un jeton ERC-20 émis sur Ethereum, transporté sept ans durant par une preuve de travail qui n’était pas la sienne, et passé à la preuve d’enjeu avec son hôte en septembre 2022. Il n’y a rien à y miner : le réseau d’oracles se rémunère en LINK déjà émis.
Ce qui reste à chaque matériel
Une carte graphique n’a plus que deux terrains sérieux. Ravencoin sur KawPow, Ergo sur Autolykos2. Le reste de ce qu’on trouve sous l’étiquette « GPU » relève de chaînes trop petites pour offrir un marché à la revente, ou d’algorithmes déjà couverts par du silicium. Ce qu’une carte rend réellement, chiffre par chiffre, dépend d’abord de sa bande passante mémoire, pas de son nombre de cœurs ni de sa quantité de mémoire.
Un processeur n’en a plus qu’un : Monero, sur RandomX. Et le terrain y est déjà disputé. Un Ryzen 9 7950X, l’un des meilleurs de sa génération sur cet algorithme, sort 21,5 kH/s pour environ 200 W pris à la prise. L’Antminer X5 en aligne 212 kH/s : une seule de ces boîtes vaut une dizaine de processeurs haut de gamme, et elle ne sait rien faire d’autre. Sur les 6,10 GH/s du réseau, le processeur pèse 3,52 millionièmes. Il rafle donc 0,00152 XMR par jour sur les 432 distribués, soit 0,52 € au cours de 344 €. Face à 4,8 kWh d’électricité, donc 0,96 €, le solde tombe à − 0,44 € par jour. Seuil d’équilibre : 10,8 centimes le kilowattheure. De loin la moins mauvaise des trois lignes.
Passer à la machine dédiée déplace le résultat sans le renverser. Le X5 pèse 34,8 millionièmes du réseau, encaisse 0,0150 XMR par jour, soit 5,17 €, et brûle 32,4 kWh, soit 6,48 € au tarif de base : − 1,31 € par jour, 39 € par mois. Son seuil d’équilibre tombe à 16 centimes le kilowattheure, à un cheveu des 15,89 centimes des heures creuses. Qui la ferait tourner la nuit couvrirait sa consommation à quelques centimes près, et rien d’autre : ni le boîtier, ni les 1 350 W de chaleur à sortir de la pièce. Dix pour cent de cours en plus ou en moins font basculer ce demi-équilibre en une séance.
Les huit autres monnaies du tableau ne se minent qu’en machine dédiée. Bitcoin, Bitcoin Cash, Litecoin, Dogecoin, Dash, Zcash, Kaspa, Ethereum Classic : sur ces réseaux, aucune carte graphique et aucun processeur n’a d’existence économique. La question devient celle du modèle et de son efficacité en joules par térahash, et le classement des machines au revenu net français la tranche autrement que les fiches produit.
Ce que rend vraiment une carte : le calcul déroulé
Un rendement journalier ne veut rien dire seul. Il lui faut le prix du kilowattheure qui va avec. Tous les calculateurs du marché appliquent 0,10 $ le kilowattheure par défaut, soit 8,6 centimes d’euro : 43 % du tarif de base français. Le rendement qu’ils affichent repose sur une facture deux fois trop légère, et il se recopie tel quel de comparatif en comparatif. La chaîne complète, sur Ravencoin, avec une RTX 5070 Ti et un seul point de fonctionnement, 43 MH/s pour 190 W au mur :
Le réseau Ravencoin tourne à 850 GH/s, soit 850 000 MH/s. La part de la carte vaut 43 ÷ 850 000 = 0,0000506.
L’émission vaut 1 250 RVN par bloc, et il tombe 1 440 blocs par jour, soit 1 800 000 RVN quotidiens.
La carte encaisse donc 1 800 000 × 0,0000506 = 91 RVN par jour.
Au cours de 0,00232 € le RVN, cela fait 0,21 € de recette.
Côté dépense : 0,190 kW × 24 h = 4,56 kWh, à 0,2001 € le kilowattheure au tarif bleu résidentiel option base, soit 0,91 €.
Solde : − 0,70 € par jour, avant frais de pool, avant amortissement de la carte. Sur un mois, 21 € qui sortent.
En heures creuses, à 0,1589 €, la dépense tombe à 0,72 €. Le solde reste négatif : − 0,51 €. Pour atteindre l’équilibre sur cette carte et cette monnaie, il faudrait payer le kilowattheure 4,6 centimes, soit moins du quart du tarif français le plus bas. Le détail des autres algorithmes sur cette même carte ne renverse pas le résultat.
Ergo change les proportions sans changer la conclusion. La même carte y sort 195 MH/s pour 100 W. Sa difficulté vaut 55,3 térahashs pour deux minutes de bloc, soit 460 GH/s installés. La part vaut 195 ÷ 460 000, l’émission quotidienne 3 ERG × 720 blocs = 2 160 ERG, et la carte en récupère 0,92 par jour, soit 0,17 € au cours de 0,18 €. L’électricité coûte 2,4 kWh, donc 0,48 €. Solde : − 0,31 € par jour, seuil d’équilibre à 6,9 centimes. Autolykos2 s’en sort mieux que KawPow parce qu’il consomme deux fois moins, pas parce qu’il produit davantage.
Ces deux divisions se refont en vingt minutes avec le hashrate et le cours du jour, et il vaut mieux les refaire que les croire sur parole : les difficultés bougent de semaine en semaine, et une avarie comme celle de Ravencoin déplace la sienne en quarante-huit heures. Les deux nombres à retrouver sont le hashrate du réseau, publié par n’importe quel pool, et la récompense de bloc, publiée par le protocole. La méthode pas à pas, avec les termes de chaque division, s’applique à n’importe quelle ligne du tableau.
« Quelle puissance faut-il pour miner un bitcoin ? »
La question revient sans arrêt et se répond par une division. Bitcoin distribue 453,3 BTC par jour, frais compris, pour 899 EH/s de puissance installée au 14 août 2026. La division donne 50 satoshis par térahash et par jour. Ce quotient n’a rien d’une constante : il remonte quand des machines s’éteignent, il redescend quand d’autres s’allument, et il se refait avec le hashrate du jour. À cette date-là, il vaut cinquante, et personne ne verse davantage sans machine rattachée au compte. Un bitcoin valant cent millions de satoshis, il faut deux millions de térahashs pendant une journée entière. Le S21 Pro et ses 234 TH/s mettent donc environ 8 500 jours, soit vingt-trois ans, à produire un bitcoin entier. Pendant ces vingt-trois ans, il aura avalé quelque 720 000 kWh, soit 144 000 € d’électricité au tarif de base, pour un jeton qui en vaut 55 000. Ce que rapporte concrètement une journée de machine le confirme ligne par ligne.
La même division répond à l’autre question qu’on pose toujours, celle du minage qui rapporterait le plus. Classer les monnaies par montant distribué ne dit rien du gain d’un mineur : ce qui compte est l’écart entre la recette et la facture. Bitcoin distribue de loin la plus grosse somme et reste le pire choix pour un particulier français, parce qu’il faudrait une machine à 5,73 J/TH pour être à l’équilibre au tarif de base, quand la meilleure en vente tient 9,5 J/TH.
Une monnaie sans marché produit des jetons invendables
C’est le piège de la « nouvelle crypto à miner ». Une chaîne qui vient de démarrer a une difficulté ridicule, ce qui gonfle spectaculairement le nombre de jetons produits par jour. Le calculateur affiche un rendement flatteur parce qu’il multiplie cette quantité par un prix. Sauf que ce prix vient parfois d’un carnet unique. On y échange quelques centaines d’euros par jour. Miner un mois y produit plus de jetons que le marché n’en absorbe en une semaine. Le cours s’écroule au premier ordre sérieux.
Trois vérifications écartent les cas désespérés, et elles se font avant d’allumer quoi que ce soit.
Le volume échangé sur vingt-quatre heures, compté en euros et non en jetons. Une monnaie qui traite trois mille dollars par jour n’a pas un marché, elle a une vitrine, et le cours dont le calculateur tire son rendement sort de cette vitrine.
La profondeur du carnet d’ordres, c’est-à-dire combien on peut vendre d’un coup avant de faire bouger le prix de 5 %. Si ce montant est inférieur à une production mensuelle, la production mensuelle ne sortira pas.
Le nombre de places d’échange. Une seule plateforme, et c’est un point de défaillance unique : un retrait suspendu, et les jetons restent où ils sont. Ravencoin vient d’en faire la démonstration pendant son avarie de consensus, sur un réseau pourtant vieux de huit ans.
Le raisonnement vaut aussi pour le pool. Un pool qui mine une monnaie confidentielle peut fermer du jour au lendemain avec le solde non versé dedans, et son seuil de paiement minimal peut représenter plusieurs mois de production quand on n’aligne qu’une carte. Les modes de rémunération et ce qu’ils changent au risque pèsent plus lourd qu’un dixième de point de frais.
Miner, ou acheter
La comparaison est arithmétique. Sur la RTX 5070 Ti du calcul précédent, dépenser 0,91 € d’électricité produit 0,21 € de Ravencoin. Prendre les mêmes 0,91 € et acheter du Ravencoin en produit 0,91. Acheter rend plus de quatre fois plus, sans bruit, sans chaleur, sans usure de matériel. La démonstration se refait sur Ergo, sur Monero, sur n’importe quelle ligne du tableau : tant que le coût de l’électricité française dépasse la recette, miner revient à acheter la même chose beaucoup plus cher.
Le calcul bascule seulement quand l’électricité cesse d’être achetée au tarif réglementé. Un surplus solaire qu’on ne revend pas, une chaleur récupérée qui remplace un chauffage réel et pas seulement sur le papier, un tarif industriel négocié, un contrat professionnel : ce sont des situations, chacune à chiffrer séparément, et le tarif bleu professionnel lui-même reste à 0,1949 € toutes taxes comprises au 1ᵉʳ août 2026, loin des 4,6 centimes qu’il faudrait sur KawPow. Louer de la puissance à un tiers ne change rien à l’équation non plus, puisque le loueur pourrait miner sur sa propre machine : ce que valent réellement les offres de puissance louée mérite le même examen que le reste.

Reste la raison qui tient encore debout pour un particulier français : comprendre le mécanisme de l’intérieur, tenir un nœud, voir passer les partages, apprendre ce que fait vraiment un réseau de preuve de travail. Cela coûte quelques dizaines d’euros par mois. C’est une dépense, pas un placement. Sur ce terrain-là, Monero et Ergo se défendent : peu de watts, une chaîne stable, des logiciels maintenus. Ravencoin, lui, attendra d’avoir refermé sa faille.