Logiciel de minage : lequel produit le plus sur votre machine
Tous les classements de mineurs se ressemblent : dix noms, cinq étoiles, aucun chiffre. Pas un ne dit ce que le programme change au bout du mois sur votre carte à vous, avec votre courant et votre pool. La question se tranche par la mesure, et la mesure prend deux nuits. Encore faut-il mesurer la bonne chose, parce que le nombre qui défile dans la console du mineur n’est pas celui qui vous sera versé.
Ce que le programme décide, et ce qu’il ne décide pas
Le hashrate affiché n’est pas le hashrate payé
Le prélèvement, tel qu’il est écrit chez les auteurs
L’essai comparatif qui tranche, en deux nuits
Ce que l’écart pèse une fois converti en euros
Les cas où le choix du programme décide de tout
Par où commencer selon la machine posée sur le bureau
Ce que le programme décide, et ce qu’il ne décide pas
Un mineur fait trois choses. Il calcule un algorithme précis sur un matériel précis, il prélève une part de ce qu’il produit pour son auteur, et il tient ou ne tient pas la nuit sans planter. Le reste ne lui appartient pas.
Le cours de la monnaie lui échappe. La difficulté du réseau aussi, la chance du pool sur les douze dernières heures également, et le prix du kilowattheure encore davantage. Ces quatre variables font l’essentiel du résultat mensuel. Aucune ne figure dans les palmarès.
D’où une hiérarchie à poser avant de télécharger quoi que ce soit.
Levier | Amplitude sur le résultat | Qui le décide |
|---|---|---|
La monnaie visée et son algorithme | Du simple au néant : une machine sur le mauvais algorithme ne produit rien | Vous, avant d’installer |
Le tarif du courant | La totalité de la charge, tous les jours, que la machine produise ou non | Votre contrat |
Le réglage de la carte | Souvent un tiers de la consommation, pour une poignée de pourcents de calcul | Vous, après installation |
Le binaire retenu | Quelques pourcents de calcul, et de 0 à 2,5 points de prélèvement | Le sujet de cette page |
Le binaire arrive en dernier. C’est pourtant lui qui occupe les forums, et sa part reste assez petite pour qu’on ne la voie pas à l’œil nu sur un écran qui bouge sans arrêt. Deux pourcents d’écart entre deux programmes ne se lisent pas, ils se mesurent.
Le hashrate affiché n’est pas le hashrate payé
Ouvrez la console d’un mineur : un nombre défile, en mégahachages ou en gigahachages par seconde. Ce nombre est une déclaration du programme sur lui-même. Il compte les calculs qu’il croit avoir faits.
Le pool, lui, ne compte pas la même chose. Il additionne les parts que votre machine lui a réellement envoyées et les multiplie par la difficulté à laquelle elles ont été soumises. La documentation de f2pool comme celle de 2Miners le disent dans les mêmes termes : le hashrate du tableau de bord est calculé à partir des parts reçues, et cette valeur diffère de celle qu’annonce le logiciel. Trois écarts se cumulent entre les deux nombres.
Les parts rejetées. Une part qui arrive après que le bloc a été trouvé ne vaut rien. Une part calculée sur un travail périmé non plus. La latence vers le serveur, une connexion instable, une carte poussée au-delà de ce qu’elle encaisse : chaque cause a son compteur, et le mineur les affiche côte à côte sous forme d’acceptées sur rejetées.
Le prélèvement d’auteur. Il ne se paie pas en monnaie, il se paie en temps de calcul. XMRig l’écrit noir sur blanc dans son fichier de présentation : « Default donation 1% (1 minute in 100 minutes) ». Pendant cette minute, votre processeur travaille pour quelqu’un d’autre, votre pool ne reçoit rien, et le hashrate affiché à l’écran, lui, ne bouge pas d’un cheveu.
La variance. Le hashrate effectif se déduit de parts qui arrivent par paquets irréguliers : sur une heure, il monte et redescend sans que rien n’ait bougé dans la machine. La moyenne ne devient lisible qu’au bout d’une journée entière. Les pools affichent d’ailleurs une moyenne sur vingt-quatre heures à côté de la valeur instantanée, et c’est la seule des deux qu’on peut comparer à quoi que ce soit.
Regarder deux consoles pendant dix minutes ne prouve donc rien. C’est pourtant la méthode de la moitié des essais qu’on trouve en ligne.
Le prélèvement, tel qu’il est écrit chez les auteurs
Cette part-là, au moins, ne se mesure pas : elle se lit. Chaque auteur publie ses taux, algorithme par algorithme, et la lecture prend deux minutes.
Programme | Algorithme | Part prélevée |
|---|---|---|
XMRig | RandomX, donc Monero | 1 %, sous forme d’une minute sur cent |
lolMiner | Etchash et Ethash | 0,7 % |
lolMiner | Autolykos V2, donc Ergo | 1,5 % |
lolMiner | Kaspa | 0,75 % |
BzMiner | Etchash | 0,5 % |
BzMiner | Ergo, Ravencoin, Kaspa | 1 % |
BzMiner | Nexa | 2 % |
Regardez la ligne Etchash. Deux programmes couvrent le même algorithme, l’un prend 0,7 %, l’autre 0,5 %. L’écart vaut deux dixièmes de point de recette. Sur une carte qui rapporte trente euros de brut par mois, cela fait six centimes. Six centimes de différence, pour un choix que les forums traitent en trois pages de discussion.
Le taux n’est donc pas un critère de décision, sauf aux extrêmes. Un prélèvement de 2,5 % sur un algorithme de niche mérite qu’on regarde ailleurs ; un écart de trois dixièmes ne mérite rien du tout. Le détail complet des prélèvements et la façon dont ils se vérifient chez chaque éditeur tiennent dans le relevé des frais de développeur programme par programme.
L’essai comparatif qui tranche, en deux nuits
Reste la seule chose qui se mesure vraiment : ce que chaque binaire tire de votre silicium. Deux cartes du même modèle ne réagissent pas identiquement, les pilotes changent tout, et un programme rapide sur une RTX 3070 peut être en retrait sur une RX 7800 XT. D’où l’essai maison.
On ne change qu’une variable à la fois, et on laisse tourner assez longtemps pour que le hasard s’efface. Trois règles suffisent.
Un seul pool, un seul portefeuille, deux noms de worker. Le premier binaire s’annonce sous un nom, le second sous un autre. Le tableau de bord du pool tiendra les deux compteurs séparés, et vous comparerez deux moyennes établies par le même arbitre, dans les mêmes conditions de latence.
Les mêmes réglages de carte des deux côtés. Limite de puissance identique, fréquences mémoire identiques, ventilation identique. Si le réglage bouge entre les deux essais, la comparaison ne mesure plus le logiciel, elle mesure le réglage, et le réglage d’une carte au hashrate par watt se traite à part, une fois le binaire choisi.
Vingt-quatre heures chacun, en alternance. Une nuit ne suffit pas si la température de la pièce change du tout au tout entre les deux essais. Deux périodes de vingt-quatre heures alternées valent mieux qu’une longue période par binaire : la journée chaude et la nuit fraîche tombent alors des deux côtés.
Quatre valeurs se relèvent à la fin, chacune à un endroit différent.
Mesure | Où elle se lit | Ce qu’elle sert à établir |
|---|---|---|
Hashrate effectif sur 24 h | Tableau de bord du pool, ligne du worker | La production réellement créditée, prélèvement d’auteur déduit |
Parts acceptées et rejetées | Console du mineur | Un taux de rejet qui grimpe signale une latence ou une carte instable |
Consommation à la prise | Wattmètre entre la multiprise et le mur | La seule consommation qui figurera sur la facture |
Redémarrages et pertes de connexion | Journal du mineur | Une machine qui décroche vingt minutes par nuit perd davantage que tous les écarts de rendement réunis |
Le wattmètre mérite un mot. Le chiffre que remonte le pilote de la carte porte sur la carte seule : il ignore l’alimentation, la carte mère, les ventilateurs et le processeur qui fait tourner l’ensemble. Une alimentation certifiée 80 PLUS Gold tient au moins 90 % de rendement à mi-charge. Les 10 % restants partent en chaleur avant d’atteindre le moindre composant, et le compteur les facture quand même.
La division finale se fait à la main : hashrate effectif divisé par watts à la prise, pour chacun des deux essais. Le meilleur rapport gagne. Il ne coïncide pas toujours avec le meilleur hashrate brut, et c’est ce désaccord entre les deux nombres qui rend la mesure utile.
Ce que l’écart pèse une fois converti en euros
Accordons au vainqueur une hypothèse haute : cinq pourcents de mieux que son rival, mesurés sur vingt-quatre heures. Sur une carte qui produit trente euros bruts par mois, le bon choix rapporte alors dix-huit euros sur l’année.
Maintenant l’autre côté de l’équation. Dix watts consommés en permanence, ce sont 87,6 kilowattheures sur l’année. Au tarif réglementé résidentiel option Base, à 0,2001 € le kilowattheure pour un compteur de 3 ou 6 kVA, la note s’élève à 17,53 €. Dix watts. Une carte qui tourne à 200 W jour et nuit consomme 4,8 kWh par jour, soit 0,96 € quotidiens et près de 350 € par an, avant d’avoir produit le moindre satoshi.
Le tableau du début plaçait donc bien le binaire en dernier. Le meilleur programme rapporte ici l’équivalent de dix watts économisés. Une limite de puissance abaissée de cinquante watts vaut 87 € par an au même tarif, pour quelques pourcents de calcul en moins, et le passage en heures creuses joue sur la totalité de la facture plutôt que sur une part de la recette. Le calcul complet, avec la grille française et un exemple de machine réelle, est posé dans le calculateur de rentabilité au tarif français.
Ce qui ne veut pas dire que le choix se joue à pile ou face. Dix-huit euros par an et par carte, sur un rig de six cartes tenu trois ans, font 324 €. La mesure vaut les deux nuits qu’elle coûte. Elle ne vaut pas les trois pages de forum qu’on lit d’habitude à la place.
Les cas où le choix du programme décide de tout
La règle des quelques pourcents suppose deux binaires vivants et compatibles avec la machine. Trois situations sortent de ce cadre, et le choix n’y coûte plus des pourcents : il coûte tout.
Le programme qui ne pilote pas votre matériel. CGMiner reste cité dans la moitié des comparatifs francophones comme un mineur pour cartes graphiques. Son support GPU est sorti du code à la version 3.8.0, le 10 novembre 2013. Installé sur une machine à carte graphique, il ne détecte rien du tout, et le rendement de l’essai vaut zéro. Le tri complet entre les programmes arrêtés et ceux qui reçoivent encore des versions est fait dans l’inventaire des logiciels de minage morts que les comparatifs citent encore.
Le binaire falsifié. Certains noms connus n’ont plus d’auteur, et leur réputation reste. Ce qui circule sous ces étiquettes sur les sites de téléchargement tiers provient de sources invérifiables, avec des cas documentés d’adresse de portefeuille remplacée à la volée. Un mineur qui produit parfaitement pour quelqu’un d’autre reste un mineur qui produit parfaitement. Les gestes de vérification de provenance figurent dans les huit contrôles à faire avant de lancer un mineur, et le fonctionnement du minage installé à l’insu du propriétaire est décrit dans la page consacrée au cryptojacking.
La couche qui n’est pas un mineur. Un système de gestion de rig ne calcule rien : il lance des mineurs et les surveille. Hive OS laisse passer deux machines gratuitement, puis facture de 0,50 à 3 dollars par mois et par rig selon le nombre de cartes, et 2 dollars par machine dédiée, gratuits sous son propre micrologiciel. Un service à bascule automatique, lui, prélève sa commission sur la vente de puissance plutôt que sur le calcul. Ces familles se confondent facilement, et la distinction entre mineur, gestionnaire de rig, micrologiciel et application de pool évite de comparer un chien et une laisse.
Par où commencer selon la machine posée sur le bureau
Trois portes d’entrée, pas davantage. Elles se choisissent avant l’essai, puisque l’essai compare deux binaires du même monde.
Un processeur. RandomX et Monero, donc XMRig, libre et compilable, avec sa minute sur cent. SRBMiner-Multi couvre le même algorithme, ce qui donne le rival de l’essai. Ce que rend réellement un processeur est chiffré dans le relevé de ce que rapporte un CPU.
Une carte graphique. Ergo, Ravencoin, Kaspa ou Ethereum Classic, avec lolMiner et BzMiner en face-à-face naturel : les deux couvrent la même liste d’algorithmes, ce qui rend l’essai comparatif immédiatement lisible. Le catalogue par algorithme et par matériel donne le reste des combinaisons.
Une machine dédiée. Rien à installer : le logiciel vit déjà dans l’appareil, sous forme de micrologiciel. Le choix porte sur celui-ci, avec ses propres prélèvements, et il se traite dans le choix d’un mineur dédié pour le Bitcoin.
Sur Windows, deux détails de configuration font perdre plus de temps que tout le reste : l’exclusion antivirus et la ligne de pool correctement formée. Le comparatif des mineurs maintenus sous Windows les traite dans l’ordre.
Questions fréquentes
Existe-t-il un logiciel qui choisit tout seul la monnaie la plus rentable ?
Oui, plusieurs, et ils basculent d’un algorithme à l’autre selon une estimation de rendement rafraîchie régulièrement. La bascule a un coût qu’on oublie : le temps de rechargement et les parts perdues au changement. Les quatre sens du mot automatique sépare ce qui relève du calcul et ce qui relève du commerce.Peut-on miner du bitcoin avec un logiciel sur PC ?
Techniquement oui, économiquement non. Le réseau se compte en centaines d’exahachages par seconde, une carte graphique y apporte quelques centaines de mégahachages. La borne des cinquante satoshis par térahachage et par jour permet de chiffrer l’écart soi-même.Mon antivirus bloque le mineur que je viens de télécharger, faut-il l’ignorer ?
Pas avant d’avoir vérifié d’où vient le fichier. Les mineurs légitimes déclenchent des alertes parce que le même code sert au minage caché, mais un binaire récupéré ailleurs que chez son auteur justifie l’alerte. La provenance se contrôle avant l’exclusion, jamais après.Faut-il payer un logiciel de minage ?
Les mineurs se distribuent gratuitement et se rémunèrent par prélèvement sur le calcul. Ce qui se facture à l’abonnement, ce sont les couches de supervision au-dessus. Payer trois dollars par mois pour piloter dix machines se défend ; payer pour un mineur seul, non.Deux binaires affichent le même hashrate, comment les départager ?
Par la consommation à la prise et par le taux de rejet sur vingt-quatre heures. À production égale, celui qui tire vingt watts de moins gagne trente-cinq euros par an, et celui qui rejette 2 % de parts en moins gagne 2 % de recette. Ces deux nombres ne s’affichent pas sur la même page, ce qui explique qu’on les oublie.