Crypto Legacy Pro : liste noire de l'AMF, et 60 % par jour promis
Le chiffre tenait dans une phrase de la page d'accueil : « Avec le système Crypto Legacy Pro, vous pouvez réaliser un ROI quotidien de près de 60 %, et nous ne plaisantons pas. » Prenons-les au mot. Un dépôt de 250 €, le minimum réclamé, devient 6 711 € au bout d'une semaine, 332 millions d'euros au bout d'un mois, et dépasse la valeur de tous les bitcoins en circulation le quarante-huitième jour. L'argent manque sur terre pour tenir la promesse jusqu'à la fin du trimestre.
Ce produit n'a d'ailleurs jamais miné un satoshi. L'Autorité des marchés financiers l'a rangé dans sa liste noire des produits dérivés sur crypto-actifs, la catégorie des contrats à effet de levier vendus par démarchage. Sa page de vente parlait de CFD, de matières premières et de café. Aucune machine, aucun térahash, aucune adresse de paiement. Le mot minage est absent de chez eux ; il n'apparaît que chez ceux qui écrivent à leur sujet, dont ce site avant réécriture.
Le domaine français figure sur cette liste depuis le 15 mai 2020. Le régulateur espagnol avait signalé le même site deux mois plus tôt, le canadien l'a fait l'année suivante sur une adresse voisine.
Ce que la page vendait, au mot près
La version française du site a été archivée le 17 mai 2022. Elle tient en une page, sans autre navigation qu'un formulaire d'inscription répété huit fois. Les arguments, dans l'ordre où ils arrivaient :
« Résultats prouvés avec un niveau de précision et de performance de 99,4 %. L'un des programmes les plus performants du secteur. Nos membres du monde entier nous font confiance pour doubler, tripler et quadrupler leurs investissements quotidiennement. »
« Le logiciel a une avance de 0,01 seconde sur les marchés financiers. Cet écart de temps fait du programme informatique l'application de trading la plus cohérente de la planète. »
« Bien que nous vous recommandions d'approvisionner votre compte de trading avec au moins 250 $, vous pouvez approvisionner votre compte avec ce qui vous convient. »
« Rejoignez plus de 25 000 crypto traders qui travaillent dans des entreprises de fortune comme : » suivi de logos d'entreprises cotées.
« Seules des connaissances de base en dactylographie sont nécessaires. Commencez dès aujourd'hui et vous pourrez observer l'argent affluer lentement sur votre compte, minute après minute ! »
Un bouton revenait entre chaque bloc : « Obtenez un gestionnaire de compte gratuit ». C'est la seule ligne de la page qui décrit exactement ce qui allait se passer. Le formulaire ne donnait accès à aucun logiciel ; il transmettait un numéro de téléphone. Le gestionnaire de compte rappelle, et son métier consiste à obtenir un second versement, puis un troisième.
Dix témoignages signés Dr Andy Wallace, Elizabeth Makena, Bridget Elton, Ken Erikkson, Josiah Woodward, Anna Brown occupaient le premier tiers de la page. Un tableau intitulé « Résultats de bénéfices en direct ! » alignait des noms d'utilisateur et des profits qui défilaient tout seuls. Rien de tout cela ne se vérifie. Rien n'a besoin de l'être : ces blocs occupent le temps que met le visiteur à taper son numéro.
Le gabarit se voit à l'œil nu
La page n'a pas été écrite pour ce produit. Elle vient d'un modèle, recopié vite. Trois autres marques y sont restées collées.
Dans le paragraphe sur les récompenses du secteur : « Bitcoin Digital a remporté un certain nombre de prix dans le secteur des services financiers. » Deux blocs plus bas, dans l'argumentaire technologique : « … en utilisant la plateforme Them News Spy. » Dans la réponse à la question de la légitimité : « le logiciel New Spy peut prédire les tendances plus rapidement ». Et une question de la foire aux questions porte encore, en français, le titre « Combien coûte le Nouvel Espion ? », traduction automatique du nom de la marque précédente.
La traduction laisse d'autres traces. Un intertitre annonce « Crypto Legacy Pro : Formation sur les fossés », rendu mot à mot de ditch training, qui voulait dire « laissez tomber la formation ». Le taux de réussite s'affiche « 99,4%% », avec deux signes pour cent : le symbole a été inséré dans un gabarit qui en ajoutait déjà un.
Ces bavures disent l'essentiel du modèle économique. Personne ne relit, parce que la page n'a pas vocation à durer. On génère un nom, on remplit un modèle, on achète du trafic, on encaisse les inscriptions, on recommence sous un autre nom quand celui-ci brûle. Le même mécanisme se retrouve derrière les autres marques de robots vendues par page d'atterrissage, et il explique pourquoi ces sites se ressemblent tous.

Trois autorités, trois dates
Le nom figure dans les registres publics de trois régulateurs, sur deux noms de domaine différents.
Autorité | Adresse visée | Date | Motif inscrit |
|---|---|---|---|
CNMV, Espagne | cryptolegacypro.com | 9 mars 2020 | Entité non autorisée à fournir des services d'investissement |
AMF, France | cryptolegacypro.com/fr | 15 mai 2020 | Liste noire, catégorie « produits dérivés sur crypto-actifs » |
BCSC, Colombie-Britannique | cryptolegacy.cc | 3 mai 2021 | Ni reconnue comme place de marché, ni enregistrée comme courtier |
La fiche canadienne tient en quatre lignes, et elle suffit : « CryptoLegacy affirme être située au Texas. Elle affirme également proposer une plateforme d'échange de cryptomonnaies en ligne que les résidents de Colombie-Britannique peuvent utiliser. » Deux affirmations, aucune vérification possible. L'adresse était en .cc, l'extension des îles Cocos, qui ne demande rien à personne.
Le classement français renseigne le mieux sur la nature du produit. L'AMF tient plusieurs listes séparées, une pour les crypto-actifs, une pour le Forex, une pour les biens divers. Celle où ce nom se trouve rassemble les sites qui proposent des contrats dérivés indexés sur des cryptomonnaies, autrement dit des paris à effet de levier sur le cours. Elle comptait 265 adresses dans sa version du 10 juillet 2026, dont 75 inscrites dès 2018 et 29 depuis janvier. Le rythme n'a jamais faibli.
Le voisinage vaut la peine d'être regardé. La même liste porte securebitgains.com/bitcoinera, extra-gains.com/bitcoincode, secureriches.com/bitcointraderc : des domaines qui ne servent qu'à rediriger vers une marque, avec le nom de la marque écrit dans le chemin de l'adresse. La façade change, la mécanique de collecte reste.
Ce qu'une absence de liste ne prouve pas
Le réflexe consiste à taper un nom dans un registre et à conclure de son silence. Le raisonnement ne tient pas, et le fichier international le montre.
L'Organisation internationale des commissions de valeurs agrège les alertes de 93 autorités dans une base unique, qui contient aujourd'hui 46 267 signalements. Quarante d'entre eux contiennent le mot Legacy : Legacy Traders, Sovereign Legacy, Assets Legacy, Legacy Global Asset, Legacy Guard Trades, Legacy Bitfundex, Online Fortune Legacy, et ainsi de suite jusqu'à un dossier irlandais de 2013. Deux seulement portent la chaîne cryptolegacy, ceux de l'Espagne et de la Colombie-Britannique. La France y verse pourtant 3 398 signalements. Aucun ne comporte ce mot. L'inscription du 15 mai 2020 ne remonte pas dans la base internationale : elle vit uniquement dans le fichier de l'AMF.
Un même site peut donc être blacklisté chez soi et rester introuvable dans le registre mondial. Interroger un seul guichet revient à se donner une réponse rassurante sans l'avoir cherchée. Quarante marques bâties sur le même mot, chez une douzaine d'autorités, disent encore autre chose : le vocabulaire est un stock. Legacy, Revolution, Immediate, Quantum se recombinent sans fin. Une adresse propre aujourd'hui est une adresse dont le tour n'est pas venu.
Le domaine encaisse, puis change de métier
Les trois adresses citées par les régulateurs ont connu trois sorts différents.
cryptolegacypro.com ne résout plus. Son dernier passage dans les archives du web date du 13 août 2024. Le code source des captures vaut le détour : la page ne contenait pas une ligne de texte, seulement une balise <offers-root> et un widget affichant le cours du bitcoin. Tout le discours commercial arrivait par un script, comme le stock d'une régie publicitaire.
cryptolegacy.cc, l'adresse texane du dossier canadien, n'a été capturée que deux fois, en mai et juin 2021. Elle a disparu aussi.
crypto-legacy.app répond encore. Le tunnel de vente y a tourné jusqu'au 12 août 2024 au moins ; à la capture suivante, le 13 novembre, le formulaire avait disparu et le domaine publiait des articles sur les machines à sous en ligne. Il continue aujourd'hui, entre bonus de casino et design de jeux. Le nom garde son ancienneté et ses liens entrants, on lui a trouvé un autre métier.
Les archives conservent aussi les adresses par lesquelles les visiteurs arrivaient, du type /fr/?iampartner=125&subid=release. Un identifiant de partenaire, un identifiant de campagne : chaque inscription était payée à celui qui l'avait amenée. La marchandise se lit là, dans la barre d'adresse. Elle porte un numéro de téléphone français et un dépôt déjà consenti.
Pourquoi ce nom traîne dans les pages sur le minage
Les deux mondes n'ont rien de commun, et ils sont pourtant servis ensemble. Le minage produit des blocs et reçoit une émission connue ; le robot fait miroiter un rendement sur un dépôt. La confusion arrange le second, parce que le premier a une réputation d'activité technique, laborieuse, donc crédible.
Le minage se chiffre, et il se chiffre en deux minutes. Sur les 144 derniers blocs, du 962 280 au 962 423, le réseau Bitcoin a distribué 453,17 BTC, dont 3,17 de frais payés par les utilisateurs. Il tournait au même moment à 901,9 exahash par seconde. Divisez : 50,25 satoshis par térahash et par jour, soit 2,7 centimes d'euro au cours du 14 août 2026. C'est un maximum absolu, brut, avant la moindre facture d'électricité, et personne ne passe au-dessus, pour la raison qu'il n'y a rien au-dessus. La division qui démasque une fausse offre de minage part exactement de là.
Rapporté à ce plafond, 60 % par jour change carrément d'ordre de grandeur. Les promesses de la maison ne s'accordent d'ailleurs pas entre elles. Les pages qui vantent encore la marque annoncent « plus de 2 000 € par semaine à partir de 250 € », quand le taux quotidien affiché sur le site en donnerait 6 711. Deux chiffres inventés séparément ne tombent jamais juste.
Reste le calcul de rentabilité, le vrai, celui qui prend un modèle de machine, un tarif d'électricité et une durée. Il donne des résultats modestes, souvent négatifs chez un particulier français. Aucune page de robot ne le pose. Poser soi-même le calcul de rentabilité d'une machine prend un quart d'heure et referme le sujet.
Quatre vérifications qui survivent au changement de nom
La marque examinée ici est morte deux fois. Ce qui l'a remplacée porte un autre nom, et le portera encore six mois. Ces quatre gestes, eux, valent pour n'importe quelle enseigne.
Ce que vous voyez | Ce que ça vaut | Le geste |
|---|---|---|
Un rendement en pourcentage par jour ou par semaine | Aucune production réelle ne se verse à taux fixe | Composer le taux sur trente jours et regarder le résultat |
Un formulaire qui réclame un téléphone avant toute démonstration | Le produit vendu est votre numéro | Chercher si un logiciel existe ailleurs que dans la promesse |
Des noms d'autres marques oubliés dans le texte | Le site est une copie de gabarit | Rechercher dans la page les mots qui n'ont rien à y faire |
Le nom absent d'un registre | Rien du tout | Interroger la liste noire de l'AMF et le fichier de l'OICV, les deux |
Un cinquième geste vaut quand l'argent est déjà parti : ne jamais payer pour le récupérer. Les listes de personnes qui ont versé circulent entre fraudeurs, et l'offre de recouvrement contre honoraires qui arrive quelques semaines plus tard est la seconde fraude. La plainte se dépose au commissariat ou à la gendarmerie ; le service en ligne THESEE exclut explicitement les faux placements. Le détail des guichets et de ce que chacun traite est ailleurs sur ce site.
Questions fréquentes
Crypto Legacy Pro existe-t-il encore ?
Le domaine principal ne résout plus depuis 2024, et l'adresse canadienne non plus. Le nom continue de circuler sur des pages d'avis qui n'ont pas rouvert le site depuis des années. Une adresse voisine répond toujours mais publie désormais des articles sur les casinos en ligne.
Est-ce que ce robot mine des cryptomonnaies ?
Non, et il ne l'a jamais prétendu. Sa page de vente proposait des contrats sur différence portant sur des cryptomonnaies et des matières premières. L'AMF l'a d'ailleurs classé parmi les produits dérivés, pas parmi les acteurs du minage.
Un rendement de 60 % par jour est-il possible sur un marché volatil ?
Sur une journée, oui, par chance. Répété, non : 250 € placés à ce taux dépasseraient la capitalisation de tout le bitcoin en quarante-huit jours. Un taux quotidien affiché comme un acquis décrit un versement pris sur les dépôts suivants, pas une performance.
Comment savoir si une plateforme est sur la liste noire française ?
Les listes de l'AMF sont publiques, classées par catégorie, et téléchargeables. Il faut ouvrir la bonne : un robot de trading crypto se trouve dans « produits dérivés sur crypto-actifs », pas dans « crypto-actifs ». L'absence d'un nom ne vaut aucune garantie, l'autorité le rappelle en tête de chaque liste.
J'ai versé 250 €, que faire ?
Prévenir sa banque immédiatement si le versement est parti par carte ou par virement, la fenêtre de rappel se compte en heures. Conserver les échanges, les captures d'écran du compte et les références de paiement. Déposer plainte en personne. Et refuser tout contact ultérieur proposant de récupérer les fonds contre une avance.