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Minage de crypto : ce qui se mine encore et ce que ça rapporte

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Minage de crypto : ce qui se mine encore et ce que ça rapporte

Vendre du calcul à un réseau, et être payé en monnaie neuve

Miner, c'est louer de la puissance de calcul à une blockchain qui n'a pas de patron. Elle a besoin que quelqu'un range les transactions en blocs et prouve qu'il a dépensé de l'électricité pour le faire. Elle paie ce service en monnaie qu'elle fabrique au même moment.

La preuve tient à un jeu bête. Chaque machine prend le bloc qu'elle veut publier, y ajoute un nombre libre, passe l'ensemble dans une fonction de hachage, et regarde le résultat. Si ce résultat tombe sous une cible fixée par le réseau, le bloc est valide et part chez les autres. Sinon on change le nombre libre et on recommence. Un Antminer S23 recommence trois cent dix-huit mille milliards de fois par seconde.

Personne ne résout rien. On tire au sort, très vite, et la cible se resserre ou s'élargit toutes les deux semaines pour que les blocs continuent de sortir au rythme prévu.

Le gagnant du tirage encaisse deux choses. Une création monétaire, appelée subvention de bloc, qui vaut aujourd'hui 3,125 bitcoins. Et les frais que les utilisateurs ont attachés à leurs transactions, soit un peu plus de deux millions de satoshis par bloc sur la dernière semaine, environ 0,7 % du total. Le reste du monde crypto marche pareil, avec d'autres monnaies, d'autres algorithmes et d'autres montants.

Cette récompense se partage ensuite entre tous ceux qui calculent, à proportion de ce que chacun apporte. D'où le seul chiffre qui serve à décider quoi que ce soit : au 14 août 2026, un térahash par seconde vendu au réseau Bitcoin pendant vingt-quatre heures rapporte 49,7 satoshis, soit 2,71 centimes d'euro. Aucun réglage, aucune marque de machine, aucun pool ne déplace ce nombre.

Ce que la preuve de travail achète : 24,7 millions d'euros par jour

Mineurs ASIC empilés dans un rack, ventilateurs et câbles réseau

La question de l'importance du minage se répond par une facture.

Le réseau Bitcoin verse environ 453 bitcoins par jour à ses mineurs. Au cours du 14 août 2026, 62 843 dollars l'unité, avec un dollar à 0,867 euro, cela fait 24,7 millions d'euros distribués chaque jour, neuf milliards d'euros sur une année. C'est la somme que le réseau accepte de payer pour que son registre ne se réécrive pas.

Cette dépense n'a de sens que si elle rend l'attaque plus chère qu'elle ne rapporte. Faites le compte à l'envers. Effacer une transaction déjà confirmée oblige à reconstruire une chaîne concurrente plus longue que celle qui existe, donc à calculer plus vite que tous les autres réunis. Le réseau tourne à 901,9 exahashs par seconde. Il faut donc en aligner plus de 450 pour soi seul.

À 318 térahashs par machine, cela représente un million quatre cent mille mineurs, à peu près huit milliards et demi d'euros de matériel, et près de cinq gigawatts au compteur. Le monde n'en fabrique pas autant en un an. L'attaquant paierait une année entière de sécurité du réseau pour annuler quelques transactions, et détruirait au passage la valeur de ce qu'il vient de voler.

L'importance du minage est là, et elle est arithmétique : il convertit une dépense d'électricité en coût d'attaque. Une blockchain en preuve d'enjeu obtient le même résultat autrement, en immobilisant du capital plutôt qu'en brûlant des watts. Les deux se paient, l'une en factures, l'autre en argent gelé.

Cette facture a une conséquence directe pour qui envisage d'acheter une machine. Les 24,7 millions quotidiens sont un gâteau fixe, découpé entre tous les participants. Quand la puissance branchée sur le réseau augmente, la part de chacun diminue à la seconde, sans que personne n'ait rien changé chez soi.

Les sept monnaies qui se minent encore en 2026

Chacune a son algorithme, et l'algorithme décide du matériel. Un mineur SHA-256 ne sait rien faire d'autre que du SHA-256 ; un processeur qui excelle sur RandomX est ridicule ailleurs. Choisir sa monnaie revient à choisir sa quincaillerie, et l'inverse est aussi vrai.

Monnaie

Algorithme

Matériel qui gagne

Récompense par bloc

Rythme des blocs

Bitcoin

SHA-256

ASIC

3,125 BTC

10 minutes

Litecoin

Scrypt

ASIC

6,25 LTC

2,5 minutes

Dogecoin

Scrypt, en minage fusionné

ASIC, la même machine que Litecoin

10 000 DOGE

1 minute

Monero

RandomX

Processeur

0,6 XMR

2 minutes

Ethereum Classic

Etchash

Carte graphique

1,6384 ETC

13 secondes

Zcash

Equihash

ASIC

1,5625 ZEC

75 secondes

Kaspa

kHeavyHash

ASIC

environ 2,3 KAS

10 blocs par seconde

Dogecoin ne se mine pas séparément. Il partage l'algorithme de Litecoin et se glisse dans le même travail, par un procédé appelé preuve de travail auxiliaire : une machine Scrypt produit les deux monnaies d'un coup, sans consommer un watt de plus. C'est la seule paire du tableau où l'on encaisse deux récompenses pour une facture.

Processeur sorti de son socket sur une carte mère, broches dorées visibles

Monero intéresse ceux qui n'ont rien à acheter. RandomX a été dessiné pour réclamer beaucoup de mémoire cache et de compilation à la volée, deux choses qu'un processeur ordinaire fait bien et qu'une puce spécialisée fait mal. Le minage y reste donc accessible depuis un ordinateur de bureau, avec les revenus qui vont avec. Bitmain a fini par sortir des machines dédiées à cet algorithme, et la communauté a l'habitude de le changer quand ça arrive.

Kaspa remplace le halving par une érosion mensuelle : la récompense recule d'un douzième de moitié chaque mois, ce qui divise l'émission par deux tous les ans au lieu de tous les quatre ans. La monnaie est jeune, sa récompense fond vite, et l'écart entre deux relevés à six mois d'intervalle se voit à l'œil nu.

Ethereum ne se mine plus, et cinq autres ne se sont jamais minées

C'est l'erreur la plus répandue, et elle circule encore dans des articles publiés cette année.

Ethereum a cessé d'être minable le 15 septembre 2022. Ce jour-là, la fusion a remplacé la preuve de travail par la preuve d'enjeu : les blocs sont produits par des validateurs qui immobilisent 32 ethers, et non plus par des cartes graphiques. La fondation chiffre la baisse de consommation du réseau à 99,95 %. Aucune configuration, aucun logiciel, aucun réglage ne permet de miner de l'ether aujourd'hui, et ce que sont devenues les cartes des mineurs d'ether se raconte à part.

Les GPU laissés sur le carreau se sont reportés sur Ethereum Classic, qui a gardé la preuve de travail et ne compte pas en changer, ainsi que sur Ravencoin et quelques monnaies plus petites.

Le second malentendu porte sur des monnaies qui n'ont jamais eu de mineurs. Cardano, Solana, Ripple, Polkadot et Tezos fonctionnent en preuve d'enjeu ou sur un protocole de consensus fermé depuis leur premier jour. Il n'existe pas de bon matériel pour les miner : il n'y a rien à miner. Ce qu'on peut faire avec, c'est du staking, une opération d'une tout autre nature, où l'on bloque des jetons qu'on possède déjà sans rien fabriquer de neuf. Une offre qui propose de miner du XRP ou du Cardano se disqualifie à sa première ligne.

Chainlink, souvent cité dans les mêmes listes, n'a même pas de blockchain : c'est un jeton qui vit sur celles des autres.

La borne qui démasque toutes les promesses

Les 49,7 satoshis par térahash et par jour méritent un détour, parce que ce nombre tranche à peu près tous les débats du secteur.

Il ne sort pas d'un site de rentabilité. Il se recalcule à la main depuis la difficulté du réseau, qui est publique. Trouver un bloc demande en moyenne cette difficulté multipliée par deux puissance trente-deux, soit 5,48 × 10²³ hachages au réglage du 8 août 2026. Un térahash par seconde en produit 8,64 × 10¹⁶ sur une journée. Le rapport des deux donne la part de bloc qui vous revient, et il ne reste qu'à multiplier par 3,125.

Ce que ça implique est brutal. Toute offre qui rapporte davantage par unité de calcul verse l'argent de quelqu'un d'autre. Un contrat de minage à distance qui affiche 2 % par jour, une application qui promet de miner sur un téléphone, un site qui annonce 871 % par an : tous se heurtent au même mur physique. Il ne sort que 453 bitcoins par jour de toute cette machinerie, la division est faite, il n'y a pas de rabiot.

La vérification prend trente secondes. On demande le hashrate exact que le contrat achète, on le multiplie par 49,7 satoshis, on compare au rendement annoncé. Quand le vendeur refuse de donner un hashrate, ou qu'il parle en pourcentage de l'investissement plutôt qu'en térahashs, la réponse est déjà là. Le tri des plateformes de minage à distance applique ce test une par une.

Le même calcul, branché sur une prise française

Tableau électrique domestique ouvert, disjoncteur d'abonné et rangée de départs

La recette est fixée par le réseau, la dépense par votre fournisseur d'électricité. C'est le seul terme sur lequel un mineur agit vraiment.

Une machine tire d'autant moins de courant qu'elle est efficace, et l'efficacité se lit en joules par térahash sur la fiche technique. Le seuil tient en une ligne : la recette quotidienne d'un térahash divisée par sa consommation quotidienne donne le prix maximal du kilowattheure au-delà duquel la machine consomme plus qu'elle ne produit. Avec 2,71 centimes de recette, ce seuil vaut 1,127 divisé par l'efficacité de la machine.

Une machine de 3,5 kilowatts oblige à souscrire au moins 9 kVA. À cette puissance, le tarif réglementé était à 0,1985 euro le kilowattheure en option base au 1er août 2026, et 0,1589 euro en heures creuses. Il faudrait donc 5,7 joules par térahash pour rentrer dans ses frais, et 7,1 en heures creuses. La meilleure machine refroidie à l'air qu'on puisse acheter est à 11.

L'écart va du simple au double, et aucun réglage ne le rattrape. Le tarif bleu professionnel, à 0,1949 euro toutes taxes comprises, ne change rien à l'affaire, et il se réserve aux entreprises de moins de dix salariés dont le chiffre d'affaires reste sous deux millions d'euros.

Le signe s'inverse dans trois cas : la machine hébergée dans une ferme qui paie son courant six centimes, celle qui remplace un radiateur pendant la saison de chauffe, et celle qui absorbe un surplus solaire invendable. La procédure complète et le calcul poste par poste les détaillent, chiffres à l'appui.

Seize gigawatts, et ce que le chiffre dit vraiment

Le minage consomme beaucoup, et le débat sur ce point se nourrit surtout de chiffres mal cités.

Le centre de Cambridge qui tient l'index de référence chiffrait la consommation annuelle du réseau Bitcoin à 138 térawattheures en avril 2025, soit environ 0,5 % de l'électricité mondiale, pour 39,8 millions de tonnes d'équivalent CO₂. RTE a mesuré la consommation française de 2025 à 451 térawattheures : le réseau Bitcoin en pèse à peu près le tiers.

Ce chiffre se recoupe tout seul. Ces 901,9 exahashs par seconde sortent d'une puissance instantanée estimée autour de seize gigawatts. Le rapport des deux donne une efficacité moyenne de 17,8 joules par térahash sur le parc mondial, ce qui place le matériel branché quelque part entre les générations de 2020 et celles de cette année. Les deux estimations se tiennent.

La part d'énergie décarbonée, elle, se fait maltraiter dans les deux sens. La même étude l'établit à 52,4 %, mais ce total inclut 9,8 % de nucléaire : les renouvelables proprement dites pèsent 42,6 %. Écrire que le minage tourne à plus de la moitié aux renouvelables est faux ; écrire qu'il tourne au charbon l'est tout autant, puisque le charbon est descendu à 8,9 %, loin derrière le gaz naturel. La consommation du minage et son évolution se suivent séparément.

Le fisc range le minage du côté de l'activité

Un point que les guides de définition ne mentionnent jamais, et qui change le calcul de rentabilité.

En France, les produits du minage relèvent des bénéfices non commerciaux, au titre de l'article 92 du Code général des impôts. La doctrine administrative le dit explicitement, et elle ajoute le détail qui fait mal : la valeur d'acquisition des jetons reçus est réputée nulle. L'intégralité de ce qui arrive sur votre adresse est donc imposable, sans rien à déduire au titre d'un prix d'achat.

Suivent deux effets qu'on découvre en général trop tard. L'impôt naît au moment où le pool verse, au cours du jour, même si vous ne vendez rien et même si la monnaie s'effondre le lendemain. Et le régime ne se choisit pas : ce n'est ni le prélèvement forfaitaire de 30 % qui s'applique aux plus-values de revente, ni les bénéfices industriels et commerciaux qu'on lit sur des sites recopiés les uns sur les autres. Les cases à remplir et le calcul du bénéfice se traitent en détail.

Par où on commence, si la réponse reste oui

L'ordre des décisions compte plus que le budget. La monnaie d'abord, parce qu'elle impose l'algorithme. L'algorithme ensuite, parce qu'il impose le matériel. Le matériel en dernier, une fois qu'on sait ce qu'on cherche à produire. Presque tous ceux qui perdent de l'argent ont fait l'inverse : ils ont acheté une machine, puis cherché quoi miner avec.

Reste le prix du courant, qui décide de tout le reste. Multiplié par les joules par térahash de la machine visée, il doit rester sous 1,127. Chez un particulier au tarif réglementé, ce produit vaut 2,18 avec le meilleur ASIC du marché, et il repasse sous la barre dès que le kilowattheure descend sous dix centimes.

Le budget de départ, palier par palier donne les ordres de grandeur, et le choix du pool décide de la régularité des versements bien plus que de leur montant. Pour qui paie son électricité au tarif français, il n'y a pas de configuration à trouver : il y a un calcul à refaire le jour où le tarif change.