Comment fonctionne le minage de crypto-monnaie, du hachage au paiement
« Les mineurs résolvent des équations mathématiques complexes. » La phrase revient sur des centaines de pages et elle ne décrit rien. Un mineur ne résout aucune équation. Il empile des transactions dans un bloc, colle un compteur au bout, passe l’ensemble dans une fonction de hachage, lit le résultat, change le compteur, recommence. Il n’y a rien à comprendre là-dedans, seulement à essayer. Une machine récente le fait deux cents mille milliards de fois par seconde, et il en faut environ 550 000 milliards de milliards, tout le réseau réuni, avant qu’un bloc tombe.
Le trajet complet va de l’émission d’une transaction au paiement du mineur qui l’inscrit. Les chiffres sont ceux d’août 2026 ; chacun vient avec sa formule, pour le recalculer quand il aura bougé.
Ce que fait un mineur, seconde par seconde
Le trajet d’une transaction, de la mempool aux six confirmations
Hashrate, difficulté, chance : les trois nombres qui décident
Preuve de travail, preuve d’enjeu : ce que l’une achète et l’autre remplace
La récompense : 3,125 BTC, et des frais devenus marginaux
Qui mine, et avec quoi, en août 2026
Questions fréquentes
Ce que fait un mineur, seconde par seconde
Un bloc Bitcoin se résume, pour la partie qui compte, à un en-tête de 80 octets. Six champs, pas un de plus.
Champ de l’en-tête | Contenu | Le mineur peut-il le changer ? |
|---|---|---|
Version | Le jeu de règles du protocole que le bloc respecte | Non |
Hash du bloc précédent | L’empreinte du bloc auquel celui-ci s’accroche | Non, c’est ce qui fait la chaîne |
Racine de Merkle | Un résumé de 32 octets de toutes les transactions du bloc | Oui, en touchant une transaction |
Horodatage | L’heure déclarée par le mineur | Oui, dans une fenêtre de deux heures |
Bits | La cible à battre, sous forme compactée | Non, elle est imposée par la difficulté |
Nonce | Un compteur de 32 bits sans autre usage | Oui, c’est sa seule raison d’être |
Ces 80 octets passent dans SHA-256, deux fois de suite, et il en sort un nombre de 256 bits. Si ce nombre est inférieur à la cible inscrite dans le champ « bits », le bloc est valide et la course s’arrête. Sinon le mineur incrémente le nonce et recommence. Rien dans SHA-256 ne laisse deviner quel nonce marchera. On l’a choisie pour ça.
Le nonce compte 4 294 967 296 valeurs possibles. Un ASIC de 200 TH/s les épuise toutes en vingt et une microsecondes. Il faut donc rouvrir l’espace de recherche autrement, en modifiant un champ libre de la transaction coinbase, l’extranonce : la racine de Merkle change, et les 4,3 milliards de nonces redeviennent utilisables. Cette gymnastique tourne en boucle, des dizaines de milliers de fois par seconde, sur chaque machine du réseau.
Combien d’essais pour un bloc ? La difficulté multipliée par 2³². Elle vaut 127,48 T à la mi-août 2026, ce qui donne en moyenne 5,5 × 10²³ hachages pour en trouver un seul. Le résultat gagnant commence aujourd’hui par dix-neuf zéros en écriture hexadécimale. Le trouver mobilise la planète pendant dix minutes ; vérifier qu’il est bon prend un millionième de seconde à n’importe quel nœud, qui refait le double SHA-256 et compare. Toute la solidité du procédé tient dans cette asymétrie.
Le trajet d’une transaction, de la mempool aux six confirmations
Une transaction naît dans un portefeuille. Elle désigne des fonds reçus lors d’opérations antérieures, indique où les envoyer, et porte une signature qui prouve la possession de la clé privée correspondante. Le portefeuille l’envoie à ses voisins, qui la contrôlent et la repassent aux leurs. Quelques secondes plus tard, tout le réseau la connaît.
Elle attend alors dans la mempool, la file que chaque nœud tient de son côté. Bitcoin Core lui réserve 300 Mo par défaut et refuse de relayer en dessous d’un satoshi par octet virtuel. Rien n’oblige deux nœuds à héberger la même file : chacun se fait son opinion sur ce qui mérite d’être relayé, et la mempool du voisin ressemble à la sienne sans lui être identique.
C’est là que le mineur puise pour construire son bloc, et il trie par taux de frais, en satoshis par octet virtuel, jamais par montant absolu. Un virement d’un million d’euros qui paie deux satoshis par vB passe derrière une transaction minuscule qui en paie dix. La place est plafonnée à quatre millions d’unités de poids, soit deux à trois mille transactions par bloc en pratique.
Au printemps 2026, la file dépassait 170 Mo pendant que le tarif conseillé pour entrer dans le prochain bloc tenait à un satoshi par vB. Les deux chiffres ne se contredisent pas. Le stock en attente est fait de transactions qui paient trop peu pour intéresser un mineur, et la place reste libre pour tout ce qui accepte le minimum. Les périodes de congestion existent, elles durent des heures, pas des saisons.
La première transaction du bloc n’a pas d’expéditeur. C’est la transaction coinbase, celle qui crée la subvention et ramasse les frais des transactions incluses. Le protocole la bloque pendant cent blocs, environ seize heures et quarante minutes. Un mineur ne peut donc pas dépenser sa récompense dans la foulée, ce qui évite le désordre si son bloc finit abandonné.
Abandonné, cela arrive. Quand deux mineurs trouvent une solution à quelques secondes d’écart, le réseau se retrouve avec deux chaînes concurrentes de même longueur. Chacun poursuit sur celle qu’il a reçue en premier, jusqu’à ce qu’un bloc supplémentaire tombe d’un côté. La règle tranche seule : la chaîne qui cumule le plus de travail l’emporte, l’autre bloc devient orphelin, ses transactions retournent dans la file et son mineur ne touche rien.
De là vient l’usage des confirmations. Une confirmation veut dire que la transaction figure dans un bloc. Six confirmations, environ une heure, veulent dire que six blocs se sont empilés par-dessus et qu’un renversement demanderait de refaire ce travail plus vite que le reste du réseau. Le seuil n’a rien de sacré : personne ne bascule d’un état « non payé » à un état « payé », c’est une probabilité d’annulation qui s’effondre bloc après bloc. Pour un café, une confirmation suffit. Pour un virement à six chiffres, on attend.
Étape | Durée typique | Ce qui peut mal tourner |
|---|---|---|
Diffusion sur le réseau | Quelques secondes | Frais sous le seuil de relais : la transaction n’est jamais transmise |
Attente en mempool | De dix minutes à plusieurs jours | Taux de frais trop bas face aux transactions concurrentes |
Inclusion dans un bloc | Dix minutes en moyenne | Un bloc tombe sans elle, elle repart dans la file |
Propagation du bloc | Une à deux secondes | Un bloc concurrent trouvé au même instant |
Six confirmations | Environ une heure | Réorganisation de chaîne, rarissime au-delà de deux blocs |
Hashrate, difficulté, chance : les trois nombres qui décident
Le hashrate compte les hachages effectués par seconde. Une carte graphique se mesure en mégahashes, un ASIC en térahashes, le réseau Bitcoin en exahashes. Au 12 août 2026 il tourne autour de 900 EH/s, soit neuf cents milliards de milliards de hachages chaque seconde.
Ce chiffre baisse, et c’est nouveau. Le réseau plafonnait à 1 108 EH/s en novembre 2025 ; neuf mois plus tard il est repassé sous 900, un recul de 19 %. Ce recul a entraîné la difficulté avec lui, en repli sur douze mois, ce qui n’était arrivé qu’une seule fois auparavant. Une partie des machines et des mégawatts a basculé vers l’hébergement de calcul pour l’intelligence artificielle.
La difficulté est le curseur qui maintient un bloc toutes les dix minutes quoi qu’il arrive. Le protocole la recalcule tous les 2 016 blocs, environ deux semaines, selon une règle qui tient en une ligne : nouvelle difficulté = ancienne difficulté × 20 160 minutes ÷ durée réelle des 2 016 derniers blocs. Le résultat est borné, il ne peut ni quadrupler ni être divisé par quatre d’un coup. Elle valait 127,48 T le 12 août 2026, et l’ajustement suivant, attendu vers le 22 août, se dessinait à +1,45 %. Les ordres de grandeur des autres réseaux figurent dans le classement des crypto-monnaies par difficulté de minage.
Reste la chance, que les calculateurs de rentabilité escamotent volontiers. Trouver un bloc suit une loi géométrique : à chaque tentative, la probabilité de gagner égale la part de hashrate détenue, et rien de ce qui s’est passé avant ne la modifie. À 200 TH/s, une machine pèse 2,2 dix-millionièmes du réseau. Elle trouvera donc un bloc tous les 4,5 millions de blocs, soit une fois tous les 86 ans en moyenne. Le mot « moyenne » fait tout le travail : ce bloc peut tomber jeudi prochain, ou jamais.
D’où les pools. Dans un pool, on ne cherche plus un hash valide pour le réseau, on en cherche un valide pour une cible bien plus facile fixée par le serveur, appelée share, et le pool règle cette cible en continu pour recevoir quelques parts par minute de chaque machine. Les shares ne servent à rien d’autre qu’à mesurer le travail fourni, et la paie en découle. Le revers est connu : Foundry USA pèse environ 31 % du réseau, AntPool 18 %, ViaBTC 13 %, F2Pool 10 %, si bien que quatre serveurs décident du contenu de plus de sept blocs sur dix. Ce que cette concentration fait à la résistance du réseau est traité dans la page sur la sécurité de la blockchain et l’attaque des 51 % ; le choix pratique du serveur, lui, se joue sur les frais, la taille et le modèle de paiement d’un pool.
Preuve de travail, preuve d’enjeu : ce que l’une achète et l’autre remplace
À quoi rime de brûler de l’électricité pour trouver un nombre qui ne sert à rien d’autre ? À rendre le passé coûteux à réécrire. Chaque bloc contient l’empreinte du précédent, si bien que modifier une transaction vieille de six blocs oblige à refaire la preuve de travail de son bloc et de tous ceux empilés au-dessus, au rythme du réseau entier, tout en le distançant pour rattraper ceux qu’il produira pendant l’opération. La dépense n’est pas un déchet du système, c’est le produit vendu.
La preuve d’enjeu répond au même problème avec une autre monnaie. Au lieu d’un coût extérieur en électricité, elle immobilise un capital à l’intérieur du système : le validateur dépose des jetons, propose des blocs à son tour, et perd une partie de son dépôt s’il signe deux histoires contradictoires. Ethereum a basculé le 15 septembre 2022, avec 32 ETH par validateur et une consommation électrique tombée d’environ 99,95 %.
La conséquence pratique tient en une phrase : on ne mine pas d’Ethereum, et plus personne n’en mine depuis septembre 2022. Cardano, Solana et Ripple n’ont jamais été minables, leurs protocoles ne distribuent aucune récompense à qui hache. Les cartes graphiques qui tournaient sur Ethash se sont reportées vers Ergo, Ravencoin et Ethereum Classic, quand elles ne sont pas retournées au jeu vidéo. Un guide qui propose encore un « minage GPU d’Ethereum » décrit un monde disparu depuis quatre ans.
Le coût énergétique reste la critique la plus sérieuse adressée à la preuve de travail, et elle mérite mieux qu’une comparaison avec un pays de taille moyenne : les chiffres, les sources d’alimentation et la récupération de chaleur sont dans la page sur la consommation électrique du minage et ses enjeux.
La récompense : 3,125 BTC, et des frais devenus marginaux
Le mineur qui trouve un bloc s’attribue deux choses dans la transaction coinbase. La subvention, créée de rien par le protocole. Et les frais de toutes les transactions qu’il a incluses.
La subvention est divisée par deux tous les 210 000 blocs, à peu près quatre ans. Elle est passée à 3,125 BTC au halving d’avril 2024 et tombera à 1,5625 BTC vers 2028. Ce calendrier fixe l’émission jusqu’au dernier satoshi ; la logique monétaire derrière ce plafond est détaillée dans la page sur le rôle du minage dans l’émission et la rareté d’une crypto-monnaie.
Les frais, eux, ne remplacent rien pour l’instant. Ils pesaient 0,69 % des revenus des mineurs à l’été 2026, un plancher inédit depuis dix ans, après un passage à 0,52 % en avril. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la rémunération viennent donc encore de l’émission. L’idée que les frais prendront le relais quand l’émission s’éteindra reste, à ce stade, une hypothèse sans commencement de preuve.
Ces deux lignes donnent une borne que personne ne franchit. Cent quarante-quatre blocs par jour à 3,125 BTC font 450 BTC émis quotidiennement, répartis sur 900 EH/s. Divisez : environ 50 satoshis par TH/s et par jour, tout le réseau confondu, frais compris. À 200 TH/s, une machine produit donc dans les 10 000 satoshis par jour, un dix-millième de bitcoin. Toute offre qui promet davantage par unité de puissance promet une part de ce qui n’existe pas, et le « 2 % par jour » des sites de cloud mining se démonte avec cette seule division.
Le même calcul, retourné, donne le prix du bitcoin à partir duquel une machine domestique cesse de coûter de l’argent. Comptez 84 kWh par jour pour une machine de 3 500 W.
Tarif d’électricité au 1er août 2026 | Coût de 24 h à 3 500 W | Prix du bitcoin pour être à l’équilibre |
|---|---|---|
Tarif bleu, option base, 0,2001 €/kWh | 16,81 € | 168 100 € |
Tarif bleu, heures creuses, 0,1589 €/kWh | 13,35 € | 133 500 € |
Tarif bleu professionnel, 0,1949 €/kWh toutes taxes comprises | 16,37 € | 163 700 € |
La colonne de droite se lit en divisant le coût quotidien par 0,0001 BTC, et elle ne tient compte ni de l’achat de la machine ni de la difficulté qui remonte. Elle dit surtout pourquoi le minage de bitcoin a quitté les garages français : le matériel n’y est pour rien, le tarif si. La méthode complète, amortissement compris, est dans la page sur le calcul de rentabilité d’une installation de minage. Côté impôts, les jetons sont imposables à la réception et non à la revente, au titre des bénéfices non commerciaux : les cases et le barème sont dans la page sur la déclaration des gains de minage.
Qui mine, et avec quoi, en août 2026
Le matériel ne se choisit pas par crypto-monnaie mais par algorithme. Un ASIC SHA-256 ne fera jamais tourner RandomX, et une carte graphique ne rattrapera jamais un ASIC sur l’algorithme pour lequel celui-ci a été gravé.
Crypto-monnaie | Algorithme | Matériel | Particularité |
|---|---|---|---|
Bitcoin | SHA-256 | ASIC | 3,125 BTC par bloc, et 900 EH/s de concurrence en face |
Litecoin et Dogecoin | Scrypt | ASIC | Minage conjoint : un seul travail payé sur les deux chaînes. 6,25 LTC par bloc depuis août 2023, 10 000 DOGE par bloc sans halving programmé |
Monero | RandomX | Processeur | Algorithme écrit pour que le CPU garde l’avantage sur les puces dédiées |
Ergo | Autolykos2 | Carte graphique | L’un des refuges des rigs GPU après septembre 2022 |
Ravencoin | KawPow | Carte graphique | Algorithme conçu dès l’origine pour tenir les ASIC à distance |
Ethereum Classic | Etchash | Carte graphique | La seule chaîne héritière d’Ethash encore minée |
Kaspa | kHeavyHash | ASIC | Passé à l’ASIC en 2023, les cartes graphiques y sont hors jeu |
Nexa et Conflux, sur l’algorithme Octopus, complètent la liste des chaînes qui rémunèrent encore un calcul. Elles pèsent peu, et leur cours suffit rarement à couvrir une facture d’électricité française.
Deux confusions traînent dans les guides et coûtent du temps. CGMiner et BFGMiner sont des logiciels pour ASIC : le support des cartes graphiques a quitté CGMiner en 2013, les ranger parmi les mineurs GPU revient à conseiller un pilote pour une machine qui n’existe plus. Quant aux services cités en référence, beaucoup sont morts depuis longtemps. MinerGate a fermé, MineXMR s’est débranché en août 2022, Genesis Mining ne vend plus de contrat depuis février 2021, Slush Pool s’appelle Braiins. HashFlare, longtemps donné en exemple de fiabilité, s’est révélé être une fraude de 577 millions de dollars auprès de centaines de milliers de personnes, plaidée coupable en février 2025.
La suite se joue côté machines. Ce qu’elles consomment et ce qu’elles rendent est traité dans la page sur le fonctionnement des machines de minage, et le choix d’un modèle précis dans celle sur les mineurs ASIC pour le Bitcoin. Si vous partez de zéro, le guide pour miner une crypto pas à pas reprend l’installation, le portefeuille et la première configuration.
Questions fréquentes
Un mineur résout-il vraiment des équations ?
Non. Il applique une fonction de hachage à un en-tête de bloc, lit le résultat, modifie un compteur et recommence. Il n’y a rien à résoudre : la seule méthode connue reste l’essai, des milliards de fois par seconde.Combien de temps faut-il pour miner un bloc ?
Dix minutes en moyenne sur Bitcoin, tenues par l’ajustement de difficulté tous les 2 016 blocs. Pour une machine isolée, le calcul est autre : 200 TH/s face à 900 EH/s donnent un bloc tous les 86 ans en moyenne, ce qui explique le passage presque obligé par un pool.Peut-on encore miner du bitcoin chez soi ?
Techniquement oui, économiquement non au tarif réglementé français. Une machine de 3 500 W coûte 16,81 € d’électricité par jour au tarif base d’août 2026 et produit environ 10 000 satoshis : l’équilibre suppose un bitcoin à 168 100 €.Peut-on miner de l’Ethereum ?
Plus depuis le 15 septembre 2022. Le réseau valide ses blocs par preuve d’enjeu et ne rémunère plus aucun calcul. Les cartes graphiques se reportent sur Ergo, Ravencoin ou Ethereum Classic.Pourquoi attendre six confirmations ?
Parce qu’annuler une transaction suppose de refaire tous les blocs empilés au-dessus, plus vite que le réseau ne les produit. Six blocs, environ une heure, rendent l’opération assez chère pour dissuader. Une confirmation suffit pour de petits montants.À quoi sert le nonce ?
C’est le seul champ de l’en-tête que le mineur modifie librement pour changer le hash. Ses 4,3 milliards de valeurs sont épuisées en vingt et une microsecondes par un ASIC récent, qui rouvre alors l’espace de recherche en touchant à la transaction coinbase.