Minage de crypto-monnaies : les six façons de miner, et laquelle vous concerne
« Comment on mine » n’a pas une réponse mais six. Elles n’ont ni le même prix d’entrée, ni le même rendement, et surtout pas les mêmes contraintes de place, de bruit et d’ampérage. Un processeur ne mine pas ce qu’un ASIC mine. Un ASIC posé dans un salon devient inutilisable pour une raison qui n’a rien de financier. Cette page range les six voies dans l’ordre où on les rencontre, avec pour chacune le ticket d’entrée, ce qu’elle sort par jour, et le mur qui l’arrête.
Ce qui sépare les six voies, et les deux chiffres qui tranchent
Le processeur : miner sans rien acheter
La carte graphique : la seule voie domestique qui finit au-dessus de zéro
L’ASIC chez soi : le bruit et l’ampérage décident avant le calcul
L’ASIC hébergé en ferme : acheter la machine, louer le courant
Pool ou solo : le réglage qui change la forme du revenu
Le cloud mining : ce qu’on achète réellement
Alors, laquelle vous concerne
Questions fréquentes sur les façons de miner
Ce qui sépare les six voies, et les deux chiffres qui tranchent
Deux nombres suffisent à évaluer n’importe quelle proposition de minage, y compris celles qui n’ont pas envie d’être évaluées.
Le premier est le prix de votre kilowattheure. Au tarif réglementé du 1er août 2026, il vaut 0,2001 € en option base et 0,1589 € en heures creuses, toutes taxes comprises ; un tarif bleu professionnel tourne autour de 0,1949 € sur la même base ; un hébergeur de machines facture entre 0,05 et 0,075 €. La dépense se calcule en une ligne : watts × 24 ÷ 1 000 × prix du kilowattheure.
Le second est ce que le réseau distribue. Bitcoin émet 450 BTC par jour, soit 3,125 BTC toutes les dix minutes, et pèse de l’ordre de 900 EH/s. Une division donne 50 satoshis par térahash et par jour, tout le réseau confondu. Personne ne touche plus, parce que rien de plus n’est produit.
Ces deux calculs classent les six voies sans avoir besoin d’y croire.
La voie | Ticket d’entrée | Production par jour | Ce qui l’arrête | Pour qui |
|---|---|---|---|---|
Processeur, sur Monero | Rien, si l’ordinateur existe déjà | ≈ 0,10 € brut contre 0,43 € d’électricité | Le processeur sert aussi à autre chose | Apprendre le mécanisme sans dépenser |
Carte graphique, sur Ergo ou Ravencoin | Rien si la carte est là, 300 à 800 € sinon | ≈ 0,85 € brut contre 0,67 € d’électricité, une fois bridée | La chaleur et le souffle des ventilateurs dans la pièce | Une carte récente déjà achetée pour autre chose |
ASIC chez soi | 125 $ pour 1,2 TH/s, ≈ 2 000 € pour 216 TH/s | 60 satoshis pour le petit, 10 800 pour le grand | 75 dB en continu et 3 560 W sur un circuit de 16 A | Un local séparé, jamais un appartement |
ASIC hébergé en ferme | Le prix de la machine, plus une facture mensuelle | Même production, électricité divisée par trois ou quatre | On ne touche plus la machine | Plusieurs milliers d’euros disponibles |
Pool ou solo | Aucun : c’est un réglage, pas un achat | Même espérance, variance opposée | En solo, l’attente se compte en millénaires sur Bitcoin | Le pool pour tout le monde, à deux exceptions près |
Cloud mining | Un dépôt, ou un ordre de location de puissance | Ce que la puissance louée produit, marge déduite | Aucun moyen de vérifier la machine | Louer oui, déposer non |
Le processeur : miner sans rien acheter
Monero tourne sur RandomX, un algorithme écrit pour rester hors de portée des ASIC : il exige de la mémoire vive et des instructions généralistes, exactement ce qu’un processeur sait faire et qu’une puce spécialisée fait mal. C’est la seule voie qui démarre le soir même, sans commande, sans livraison.
Un processeur huit cœurs consomme environ 90 W en charge continue, soit 2,16 kWh et 0,43 € par jour au tarif base. Il produit autour de 0,10 €. La journée finit donc à moins 0,33 €, ce qui fait 120 € par an de perte sèche. Le chiffre est connu d’avance et il ne s’améliore pas.
Ces 33 centimes quotidiens achètent autre chose que du revenu : le vardiff qui s’ajuste sous vos yeux, les parts qui montent, la variance qui s’étale sur plusieurs jours avant de se lisser. Une semaine suffit. Activer les grandes pages mémoire vaut 20 à 30 % de débit sur RandomX, et c’est la première fois qu’on voit un réglage changer un chiffre. Ceux qui veulent pousser cette voie trouveront le détail des algorithmes accessibles au processeur dans la page consacrée au minage de crypto-monnaies avec un processeur.
La contrainte est ailleurs que dans le calcul. Le processeur qui mine est celui qui fait tourner la machine : au maximum, l’ordinateur devient pénible et son ventilateur reste audible en permanence. La plupart des gens plafonnent le mineur à la moitié des cœurs, ce qui divise aussi la production.
La carte graphique : la seule voie domestique qui finit au-dessus de zéro
Ergo sur Autolykos2, Ravencoin sur KawPow, Ethereum Classic sur Etchash : trois réseaux vivants, trois algorithmes qui tiennent dans la mémoire d’une carte de génération récente. Une seule carte sort de l’ordre de 0,85 € brut par jour. Ce chiffre bouge avec le cours et la difficulté ; celui qui suit ne bouge pas.
Au réglage d’usine, la carte prend 360 W, soit 1,73 € d’électricité par jour. Bridée à 140 W, elle produit à peu près autant, pour 0,67 €. La journée passe de moins 0,88 € à plus 0,18 €. Toute la marge du minage domestique tient dans ce bridage, et nulle part ailleurs. Un débutant qui laisse sa carte au réglage constructeur perd donc 88 centimes par jour avec un matériel qui pourrait lui en rapporter 18.
Trois murs se dressent quand même. Ces 140 W partent intégralement en chaleur dans la pièce, ventilateurs compris, et une chambre fermée grimpe de plusieurs degrés en une nuit. Le bruit ne s’arrête jamais. Et le DAG, ce jeu de données que l’algorithme garde en mémoire, grossit d’année en année : sous 8 Go, une carte sort progressivement des algorithmes rentables, sans prévenir. Le rapport entre hashrate, mémoire et rentabilité réelle est détaillé dans la page sur le minage de crypto-monnaies avec une carte graphique.
Si la carte est déjà là, le ticket d’entrée est nul et les 18 centimes quotidiens sont du bonus. Si elle ne l’est pas, comptez 300 à 800 € : à 0,18 € par jour, une carte à 300 € se rembourse en quatre ans et demi. Personne n’achète une carte graphique pour miner en France. On mine avec celle qu’on a.
L’ASIC chez soi : le bruit et l’ampérage décident avant le calcul
Une machine de série actuelle sort 216 TH/s pour 3 560 W, et se négocie autour de 2 000 € chez les revendeurs français à l’été 2026. Le calcul complet tient en trois lignes.
Production : 216 × 50 satoshis = 10 800 satoshis par jour. Électricité : 3 560 × 24 ÷ 1 000 = 85,4 kWh, soit 17,10 € au tarif base. Pour que ces 10 800 satoshis valent 17,10 €, il faut un bitcoin à environ 158 000 €. Ce seuil se recalcule en dix secondes le jour où le cours bouge, ou le tarif du kilowattheure. Le reste des comparatifs de modèles, avec les joules par térahash qui séparent deux machines, est dans la page sur le choix d’un mineur ASIC pour le Bitcoin.
Mais l’arithmétique n’est jamais ce qui arrête un projet d’ASIC domestique. Ce sont trois faits physiques.
75 dB à un mètre. Un aspirateur qui ne s’arrête pas. Inaudible dans un garage détaché, invivable dans un appartement, et une cloison ne suffit pas.
3 560 W sur un circuit de prises protégé à 16 A, qui plafonne à 3 680 W puisque 16 × 230 = 3 680. La machine occupe le circuit entier ; plus rien d’autre ne se branche dessus, et une rallonge n’y change rien.
3,5 kW de chaleur. C’est deux radiateurs électriques poussés à fond, dans une pièce qui n’a pas été prévue pour ça.
Le raccordement d’une machine de cette classe, du disjoncteur dédié à la ventilation d’extraction, est traité dans la page sur l’installation de minage et son raccordement électrique.
Il existe une porte d’entrée honnête vers l’ASIC : les petits mineurs ouverts de type Bitaxe, 1,2 TH/s pour 17 W, environ 125 $. Production de 60 satoshis par jour contre 8 centimes d’électricité. On n’en vit pas. On comprend ce qu’est le SHA-256, on tient un vrai worker sur un vrai pool, et la chose tient sur un bureau sans qu’on l’entende.
L’ASIC hébergé en ferme : acheter la machine, louer le courant
Le calcul du dessus se retourne dès que le kilowattheure descend. La même machine à 0,055 € le kilowattheure paie 4,70 € d’électricité par jour au lieu de 17,10 €, et le seuil de rentabilité tombe de 158 000 € à 43 500 € le bitcoin. Même machine, même réseau, même cours : seul le prix du courant a changé, et l’activité devient possible.
L’hébergeur vend du local, de la ventilation, de la surveillance et un tarif industriel. Ce qu’on perd en échange se résume en un mot : l’accès. La machine part, on la regarde par un tableau de bord, et un ventilateur mort se remplace au rythme de l’hébergeur, pas au vôtre.
Trois clauses décident de la valeur d’un contrat, et elles sont rarement mises en avant : le prix du kilowattheure avec sa règle d’indexation, la durée d’engagement, et ce qui arrive à la machine si l’hébergeur cesse son activité. Ajoutez les frais de mise en service, facturés une fois, et le délai entre l’expédition et le branchement effectif. Ce que rapporte et ce que coûte une installation de cette taille est chiffré dans la page sur la ferme de minage, ce qu’elle coûte et ce qu’elle produit.
Pool ou solo : le réglage qui change la forme du revenu
La sixième voie ne s’achète pas. Elle tient dans une case de la configuration du mineur, et elle change tout au profil du revenu sans rien changer à sa moyenne.
En solo, on garde une récompense entière, 3,125 BTC sur Bitcoin, à condition d’en trouver une. Avec 216 TH/s face aux 900 EH/s du réseau, l’attente moyenne dépasse cinquante mille ans. En pool, on remonte des solutions partielles appelées parts, et on touche une fraction régulière de ce que le groupe trouve. L’espérance est identique. La variance, elle, passe de la loterie au salaire.
Deux exceptions méritent d’être connues. Sur les petits réseaux à faible hashrate total, l’attente en solo se compte en mois plutôt qu’en siècles, et certains acceptent ce pari. Et P2Pool, sur Monero, mutualise sans opérateur central ni frais, au prix d’un nœud complet à faire tourner chez soi. Le comparatif des frais, des modes de paiement et des seuils de retrait figure dans la page sur le choix d’un pool de minage, et la marche à suivre pour lancer sa première session est déroulée pas à pas dans le guide qui explique comment miner une crypto quand on débute.
Le cloud mining : ce qu’on achète réellement
Deux choses très différentes portent ce nom, et les confondre coûte cher.
La première est une place de marché de puissance. On passe un ordre pour un algorithme donné, à prix fixe ou à l’enchère, la puissance achetée est dirigée vers le pool de son choix pendant quelques heures, et on reçoit ce qu’elle produit. Ni plus, ni moins, et parfois moins que le prix payé si la chance tourne mal. Ça sert à tester un algorithme avant d’acheter du matériel, ou à tenter un bloc en solo sur un petit réseau. Aucun rendement n’y est promis, pour la bonne raison qu’aucun rendement n’existe.
La seconde est un « contrat » : on dépose, un compteur monte à l’écran, un retrait minimum apparaît plus tard. La borne des 50 satoshis par térahash tranche en dix secondes. Une offre à 4 $ par jour pour 200 $ déposés suppose environ 80 TH/s dédiés à ce dépôt, soit un bon tiers d’ASIC neuf, plusieurs centaines d’euros de matériel, offerts contre 200 $. Personne ne fait ça. Le seul mécanisme qui alimente ces compteurs est le dépôt du suivant. HashFlare a vendu exactement cette promesse à des centaines de milliers de investisseurs pour 577 millions de dollars, jusqu’aux plaidoyers de culpabilité de février 2025 ; Genesis Mining, longtemps cité comme la référence sérieuse du secteur, ne vend plus de contrats depuis février 2021.
Une question sépare les deux familles : est-ce que je sais quelle puissance je loue, pendant combien de temps, et vers quel pool elle est dirigée ? Si les trois réponses ne figurent pas dans l’offre, il ne s’agit pas de minage. Le tri entre les plateformes qui louent vraiment de la puissance et les noms qui n’en louent aucune est fait dans la page sur les avis de cloud mining et les plateformes qui arnaquent.
Alors, laquelle vous concerne
Vous voulez comprendre et ne rien dépenser. Le processeur, une semaine, sur Monero. Les 33 centimes perdus chaque jour sont un prix de cours, pas un investissement raté.
Vous avez déjà une carte graphique de génération récente. Bridez-la à 140 W et laissez-la sur Ergo ou Ravencoin. C’est la seule configuration domestique qui finit la journée en positif, et elle demande dix minutes de réglage.
Vous avez un local séparé et un circuit dédié. Un ASIC devient envisageable, en sachant que le tarif domestique le condamne tant que le bitcoin reste sous 158 000 €. Le Bitaxe à 125 $ répond à la curiosité sans engager 2 000 €.
Vous avez le budget mais pas la place. L’hébergement, contrat lu en entier, avec la clause d’indexation du kilowattheure en tête.
Vous cherchez un revenu sans matériel. Il n’y a pas de porte. Les offres qui prétendent le contraire vivent du dépôt suivant, et leur mécanique est toujours la même.
Une chose ne dépend d’aucune des six voies : le prix que vous payez le kilowattheure. C’est lui qui décide, et c’est aussi ce qui explique pourquoi les fermes s’installent là où l’électricité est excédentaire plutôt que là où vivent les mineurs. Ce que consomme réellement cette activité, à l’échelle d’une machine comme à celle d’un pays, est repris dans la page sur les mécanismes et les enjeux énergétiques du minage. Et les huit fautes qui vident un budget de débutant avant même que la question du rendement se pose sont listées, chiffre par chiffre, dans la page sur les erreurs qui coûtent le plus cher quand on débute.
Questions fréquentes sur les façons de miner
Question | Réponse |
|---|---|
Par quelle voie commencer quand on n’a rien ? | Le processeur, sur Monero. Zéro achat, résultat visible en une heure, et la perte se limite à 33 centimes par jour. |
Quel est le ticket d’entrée le plus bas pour un vrai ASIC ? | Environ 125 $ pour un petit mineur ouvert de 1,2 TH/s à 17 W, qui produit 60 satoshis par jour contre 8 centimes d’électricité. |
Peut-on miner du bitcoin avec une carte graphique ? | Non. Le SHA-256 appartient aux ASIC depuis 2013. Une carte graphique va sur Ergo, Ravencoin ou Ethereum Classic. |
Le minage est-il rentable en France au tarif domestique ? | Seulement la carte graphique bridée, à environ 18 centimes par jour. Refaites le calcul chez vous : watts × 24 ÷ 1 000 × 0,2001. |
Combien coûte l’électricité d’un ASIC chez soi ? | 17,10 € par jour pour une machine de 3 560 W au tarif base, contre 4,70 € au tarif d’un hébergeur à 0,055 € le kilowattheure. |
Ethereum se mine-t-il encore ? | Non, le réseau est passé en preuve d’enjeu le 15 septembre 2022. Ethereum Classic garde la preuve de travail sur Etchash. |