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Solo mining : les vraies probabilités, et ce qu'un Bitaxe coûte par an

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Solo mining : les vraies probabilités, et ce qu'un Bitaxe coûte par an

Le 3 août 2026, à 2 h 11 du matin, quelqu’un a bouclé le bloc 960 804 tout seul et encaissé 3,156 898 bitcoin. La dépêche a fait le tour des sites crypto en vingt-quatre heures. Elle est exacte. Elle est vérifiable sur la chaîne, et elle ne dit rien de ce que votre machine à vous va rapporter.

Un petit mineur peut trouver un bloc, c’est entendu : treize l’ont fait dans les douze derniers mois. Ce qui se calcule, c’est le temps qu’il faut attendre le sien, et ce que l’attente coûte en électricité.

  • Pourquoi le solo et le pool rapportent le même total

  • Vos chances par jour, suivant la puissance branchée

  • Ce qu’un Bitaxe produit et ce qu’il consomme, en euros

  • solo.ckpool.org : 23 632 utilisateurs, 138 PH/s, 2 % de frais

  • Miner vraiment seul, avec son propre nœud

  • Le même appareil sur un réseau plus petit

Solo ou pool, le total est le même

Un térahash de calcul produit la même chose qu’il soit branché sur un pool ou lancé en solitaire. Le réseau ne sait pas d’où vient un hash. Il ne le paie pas différemment.

Ce qui change, c’est la forme du versement. Le pool découpe la récompense en petites tranches quotidiennes et vous en verse votre part. Le solo garde tout pour le gagnant et ne verse rien aux autres. Sur mille ans de fonctionnement, les deux totaux se rejoignent. Sur une vie humaine, l’un vous donne quelques centimes par jour et l’autre, presque toujours, zéro.

Le calcul de départ tient en une division. Le réseau émet 450 bitcoins de subvention par jour, 144 blocs à 3,125, auxquels s’ajoutent les frais de transaction. Sur les 769 blocs de la dernière semaine, la médiane des frais s’établit à 1 855 470 satoshis par bloc, soit environ 2,7 bitcoins par jour. Le hashrate du réseau, lui, affichait 903,04 EH/s le 14 août 2026 sur mempool.space, en moyenne sur trois jours.

453 bitcoins répartis sur 903 037 194 térahashs : 50,2 satoshis par térahash et par jour. Ce chiffre est un quotient daté, pas une constante. Il baisse quand le réseau grossit, il remonte quand des machines s’éteignent, et toute promesse de rendement qui s’en écarte franchement ment quelque part. La récompense de bloc et son partage se lisent en détail ailleurs.

Vos chances, chiffrées

La probabilité de boucler un bloc dans la journée est votre part du hashrate multipliée par 144. Rien de plus. Con Kolivas, qui développe CKPool, l’applique publiquement à chaque bloc trouvé : pour le mineur de 230 TH/s du 2 avril 2026, il annonçait « une chance sur 28 000 environ par jour ». Le même calcul, refait au hashrate d’aujourd’hui, donne une chance sur 27 266.

Puissance branchée

Une chance sur, par jour

Attente moyenne

NerdMiner V2, 77 KH/s

81 400 milliards

223 milliards d’années

Bitaxe Gamma, 1,2 TH/s

5 225 910

14 318 ans

Bitaxe Gamma poussé, 1,84 TH/s

3 408 202

9 338 ans

70 TH/s, le mineur du 9 avril 2026

89 587

245 ans

230 TH/s, le mineur du 2 avril 2026

27 266

75 ans

17,18 PH/s

365

1 an

Regardez la dernière ligne. Pour espérer un bloc par an en moyenne, il faut 17,18 pétahashs à soi seul, c’est-à-dire le huitième de tout ce qui est branché sur solo.ckpool.org, où se retrouve l’essentiel du solo mining Bitcoin. Aucun particulier n’en approche. Le solo reste donc une loterie, pas une activité.

L’attente moyenne, d’ailleurs, se lit mal. Elle ne veut pas dire qu’au bout de 14 318 ans le bloc arrive. Chaque hash repart de zéro, sans mémoire de ceux d’avant. Le 24 février 2026, quelqu’un a loué un pétahash pour 119 000 satoshis, soit environ 75 dollars, et est reparti avec le bloc 938 092 et ses 3,127 861 bitcoin. Un pétahash, ça vaut une chance sur 6 270 par jour. Ce mineur-là n’a pas été patient. Il a été chanceux.

écran de supervision devant une allée de machines de minage refroidies par ventilateurs

Ce qu’un Bitaxe rapporte, et ce qu’il coûte

Le Bitaxe est la carte qui a rendu tout ça populaire. Un ASIC unique, ouvert, posé sur un circuit qu’on peut fabriquer soi-même. La version Gamma 602 embarque un BM1370, la puce de l’Antminer S21 Pro, et Solo Satoshi la vend entre 61 et 72 dollars, soit 53 à 62 euros avant transport. D’autres revendeurs la montent à 79 dollars.

Ses réglages d’usine sont publics : 525 MHz sous 1 150 mV, ce qui donne 1,2 TH/s pour 18 W, une efficacité de 15 J/TH. Les deux valeurs vont ensemble. On ne prend pas l’une sans l’autre. En poussant la carte, on atteint 1,84 TH/s mais la consommation grimpe jusqu’à 35 W : autre point de fonctionnement, autre calcul.

Bitaxe Gamma 602, réglages d’usine

Sur un an

Production, 1,2 TH/s à 50,2 sat/TH/jour

60 satoshis par jour, soit 11,93 €

Électricité, 18 W en continu

157,7 kWh, soit 31,55 €

Solde

−19,63 €

Le tarif retenu est celui du Tarif Bleu résidentiel en option Base, 0,2001 € le kilowattheure TTC pour un compteur de 3 ou 6 kVA au 1er août 2026. En heures creuses, à 0,1589 €, la facture tombe à 25,06 € et le solde à −13,13 €. Le résultat garde la même couleur.

La carte perd donc une vingtaine d’euros par an, chaque année, en plus de son prix d’achat. Elle achète autre chose qu’une production : un billet permanent, non périmable, pour une récompense de bloc qui vaut aujourd’hui près de 170 000 euros. Espérance mathématique du billet : 11,92 € par an. Exactement ce qu’elle rapporterait en pool. La loterie ne crée pas de valeur, elle la redistribue en gros paquets.

Le NerdMiner joue dans une autre catégorie. Ses 77 KH/s représentent plus de quinze millions de fois moins qu’un Bitaxe. Sa consommation d’un watt lui coûte 1,75 € par an et sa production ne se compte plus en satoshis mais en fractions de satoshi. C’est un objet pédagogique avec un écran. Qui cherche une machine qui produit vraiment quelque chose ira voir le classement du matériel par efficacité énergétique.

solo.ckpool.org, le service qui porte presque tout

Miner en solo suppose de recevoir du travail à faire et de savoir quoi faire d’un bloc trouvé. Un nœud Bitcoin Core ne parle pas le protocole stratum, donc une machine ne peut pas s’y brancher directement. C’est le trou que solo.ckpool.org bouche depuis 2014, et son auteur insiste sur le point : « ceci n’est PAS un pool malgré son nom ».

Le service prélève 2 %. Ses statistiques publiques donnaient, le 14 août 2026, 23 632 utilisateurs et 39 459 workers déclarés, dont 14 194 au repos. Le hashrate cumulé sur sept jours atteint 138 PH/s, soit 0,0153 % du réseau Bitcoin. Divisé par les machines encore actives, ça fait 5,5 TH/s par worker : le mineur médian de ce service aligne trois ou quatre Bitaxe, pas une ferme.

Cette part de réseau vaut huit blocs par an en espérance. Le décompte réel, entre le 14 août 2025 et le 14 août 2026, en donne treize.

Bloc

Date

Récompense

960 804

3 août 2026

3,156 898 BTC

959 115

22 juillet 2026

3,160 974 BTC

955 703

27 juin 2026

3,155 257 BTC

951 408

28 mai 2026

3,141 465 BTC

944 306

9 avril 2026

3,127 992 BTC

943 411

2 avril 2026

3,139 044 BTC

Six blocs entre le 2 avril et le 3 août 2026, et juste avant eux cent douze jours sans rien, du 11 décembre 2025 au 2 avril. Vingt-trois mille personnes ont laissé tourner leurs machines pendant ce trou de presque quatre mois. La variance, quand on la regarde de près, ressemble à ça, et c’est bien pour ça que le choix d’un pool se pose dès qu’on veut des versements réguliers.

Le concurrent existe. Il s’appelle Braiins Solo. Même logiciel, même principe. Son bilan complet depuis son ouverture tient en trois blocs, tous trouvés entre février et mai 2026, dont celui du pétahash loué. Seize blocs en douze mois pour les deux services réunis : voilà l’ordre de grandeur de ce que le solo mining Bitcoin laisse comme trace identifiable sur la chaîne.

Miner seul pour de bon

Passer par solo.ckpool.org, c’est déléguer la construction des blocs à un tiers et lui faire confiance sur l’adresse de paiement. Le vrai solo se monte chez soi : un nœud Bitcoin Core synchronisé, un pont stratum posé devant, et la machine qui pointe sur l’adresse locale. Le compte est complet, personne ne prélève rien, et l’adresse de récompense est celle que vous avez écrite.

Ce qui se paie, c’est l’exploitation. Un nœud complet réclame plusieurs centaines de gigaoctets de disque et une connexion qui tient. Le pont doit redémarrer proprement après une coupure. Et une machine qui mine dans le vide pendant trois jours parce que le service local est tombé ne le crie jamais. La mise en place d’un serveur de minage demande le même travail que pour un pool, à l’échelle d’une seule personne.

Le même appareil, sur un réseau plus petit

La puce du Bitaxe calcule du SHA-256. Bitcoin n’est pas la seule chaîne à l’utiliser, et la loterie redevient jouable dès qu’on change de cible. Bitcoin Cash tournait à 3,49 EH/s le 14 août 2026 chez Blockchair, 259 fois moins que Bitcoin.

Le même 1,2 TH/s pointé sur cette chaîne passe à une chance sur 20 178 par jour, soit une attente moyenne de 55 ans. L’espérance annuelle, elle, bouge à peine : 10,05 € contre 11,93 €. Le calcul se refait à l’identique sur n’importe quelle chaîne SHA-256 et rend toujours le même verdict. Le petit réseau ne rapporte pas plus, il paie plus tôt.

Cinquante-cinq ans restent une durée de vie humaine. Quatorze mille trois cents n’en sont pas une. Pour quelqu’un qui achète un Bitaxe en sachant qu’il perdra vingt euros par an, l’arbitrage entre les deux chaînes est le seul qui produise un effet visible.

Une requête voisine revient sans arrêt et n’a plus d’objet. Ethereum ne se mine plus depuis le 15 septembre 2022 : la chaîne valide par preuve d’enjeu, aucun matériel n’y produit quoi que ce soit, en solo pas davantage qu’en pool.

Quand le solo tient debout

Deux situations le justifient.

  • Vous achetez un billet et vous le savez. La carte coûte une soixantaine d’euros, elle en perd vingt par an, elle tourne dans un couloir sans faire de bruit, et vous ne comptez pas dessus. C’est l’usage réel de la quasi-totalité des Bitaxe vendus.

  • Vous alignez de quoi rendre l’attente supportable. À 230 TH/s, l’ordre de grandeur du mineur d’avril 2026, l’attente moyenne descend à 75 ans. On reste loin d’un revenu, mais l’écart avec la production en pool devient un pari qu’on peut tenir.

Tout s’écroule dès qu’un vendeur transforme la loterie en rendement. Une machine « qui rapporte 3,125 BTC » ne rapporte rien du tout ; elle donne une chance par jour, et cette chance se calcule en trois secondes à partir du hashrate du réseau. Une offre qui annonce un versement quotidien garanti et le mot solo dans la même phrase se contredit elle-même.

Reste la question du prix de revient. Aucun de ces calculs ne survit à un tarif d’électricité élevé, et le seuil en euros par kilowattheure au-delà duquel le minage Bitcoin perd de l’argent s’applique au solo comme au reste. Avec une nuance : en solo, la perte est certaine et le gain improbable, quand les deux sont réguliers en pool. Ceux qui veulent d’abord savoir ce qu’une journée de minage rapporte vraiment commenceront par là.