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Rentabilité du minage de bitcoin en France : le seuil en euros par kWh

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Rentabilité du minage de bitcoin en France : le seuil en euros par kWh

Une machine à 9,45 J/TH cesse de gagner de l’argent au-dessus de 0,120 € le kilowattheure. Un particulier français en paie 0,1958 en moyenne sur vingt-quatre heures. Le courant lui coûte 63 % de plus que ce que la meilleure machine du marché parvient à en tirer.

La rentabilité du minage de bitcoin en France tient dans ce croisement de deux nombres. Le premier sort d’une division : le revenu quotidien d’un térahash d’un côté, l’énergie qu’il faut brûler pour le produire de l’autre. Le quotient est un prix de l’électricité, en euros par kilowattheure, qui se compare directement à la facture. Le second se lit dans la grille du tarif bleu, qui bouge deux fois par an.

D’où sort le seuil de rentabilité du minage

Le réseau Bitcoin livre 144 blocs par jour et paie 3,125 BTC par bloc depuis avril 2024, soit 450 bitcoins de subvention quotidienne. Les frais de transaction ajoutent 0,71 % des revenus des mineurs sur les sept derniers jours, ce qui porte la recette du réseau à 453,27 BTC. Le détail de la récompense de bloc et des frais se joue ailleurs ; ici, seul le total importe.

Cette recette se partage au prorata de la puissance de calcul apportée. Divisée par le hashrate du réseau, elle donne ce qu’un térahash par seconde rapporte en une journée. Encore faut-il savoir quel hashrate.

Le hashrate ne se mesure pas. Il s’estime à partir des blocs trouvés, et les trois estimateurs courants ne s’accordent pas. Le 14 août 2026, le point quotidien de mempool.space affichait 926,9 EH/s, la moyenne sur sept jours de blockchain.com 901,9, et la difficulté, 127 479 855 693 691, en implique 912,5. Les trois se tiennent à 2,8 % l’un de l’autre, ce qui suffit déjà à déplacer un seuil. Un quatrième estimateur circule pourtant, le brut de blockchain.info, qui donnait 817,5 EH/s le même jour : celui-là s’écarte des autres de 13 %.

Le troisième reproduit le hashprice publié. La division de 453,27 BTC par 912,5 EH/s donne 49,67 satoshis par TH/s et par jour, quand Hashrate Index en publie 49,63. Un dixième de pour cent d’écart. Le point quotidien, lui, s’écarte de 1,5 % et fabrique un revenu trop bas.

Le bitcoin cotait 54 899 € ce 14 août 2026. Les 49,67 satoshis valent 0,02727 € par térahash et par jour.

La dépense se calcule aussi vite. Un térahash par seconde maintenu vingt-quatre heures consomme son efficacité, exprimée en joules par térahash, multipliée par 86 400 secondes. Ramené en kilowattheures, cela fait l’efficacité multipliée par 0,024. D’où le seuil :

seuil (€/kWh) = 0,02727 ÷ (efficacité en J/TH × 0,024), soit 1,136 ÷ efficacité

Le numérateur 1,136 n’a rien d’une constante. Il vaut le revenu quotidien du térahash divisé par 0,024, et il bouge chaque jour avec le cours du bitcoin et la difficulté. Il valait 1,146 une semaine plus tôt. Quiconque reprend ce chiffre trois mois après l’avoir lu obtient un résultat faux, et la méthode de calcul appliquée à sa propre configuration vaut mieux qu’un nombre recopié.

Le calcul déroulé sur une machine réelle

Bitdeer publie pour le SEALMINER A4 Ultra Hydro un hashrate de 886 TH/s, une consommation de 8 372,7 W et une efficacité de 9,45 J/TH. Sur une journée, la machine encaisse 886 × 0,02727, soit 24,16 €. Elle avale 8 372,7 W pendant vingt-quatre heures, soit 200,9 kWh. Rapportez 24,16 € à 200,9 kWh : chaque kilowattheure payé au-dessus de 0,120 € creuse le résultat.

La formule courte donne la même chose, 1,136 divisé par 9,45, et elle a l’avantage de tenir sur une ligne par machine.

Le seuil, machine par machine

Machine

Hashrate publié

Efficacité publiée

Seuil de rentabilité

Bitdeer SEALMINER A4 Ultra Hydro

886 TH/s

9,45 J/TH

0,120 €/kWh

Antminer S23 Hydro

580 TH/s

9,5 J/TH

0,120 €/kWh

Antminer S23e U2H

865 TH/s

10 J/TH

0,114 €/kWh

Bitdeer SEALMINER A4 Pro Hydro

680 TH/s

10,9 J/TH

0,104 €/kWh

Bitdeer SEALMINER A4 Pro Air

336 TH/s

10,9 J/TH

0,104 €/kWh

Antminer S21 XP Hydro

473 TH/s

12 J/TH

0,095 €/kWh

Antminer S21 XP, refroidi par air

270 TH/s

13,5 J/TH

0,084 €/kWh

WhatsMiner M79S, mode normal, hors catalogue

930 TH/s

13,5 J/TH

0,084 €/kWh

Antminer S21 Pro

234 TH/s

15 J/TH

0,076 €/kWh

Whatsminer M60S

188 TH/s

18,5 J/TH

0,061 €/kWh

Avalon A1566

185 TH/s

18,5 J/TH

0,061 €/kWh

Les deux premières lignes sont à égalité en pratique. Un demi pour cent sépare 9,45 de 9,5 J/TH, quand Bitdeer écrit lui-même que ses machines varient de ± 10 % en hashrate et de ± 5 % en efficacité. Aucun banc ne départage ces deux-là ; leur prix, en revanche, les sépare nettement, et le classement des machines au tarif français se joue autant sur l’étiquette que sur le joule.

La colonne des seuils plafonne à 0,120 €, et elle plafonne là parce qu’aucune machine ne descend sous 9,45 J/TH, et qu’aucune machine réellement commandable ne descend sous 9,5. La relation est strictement inverse : diviser la consommation par deux double le prix du courant supportable. Sur la même échelle, les tarifs français commencent là où les machines s’arrêtent.

Le seuil des machines, face au prix français du kilowattheure

En vert, le prix maximum du courant que chaque machine supporte. En rouge, ce que la France facture.

SEALMINER A4 Ultra Hydro, 9,45 J/TH0,120 €
Antminer S23 Hydro, 9,5 J/TH0,120 €
Antminer S23e Hydro 2U, 10 J/TH0,114 €
SEALMINER A4 Pro, 10,9 J/TH0,104 €
Antminer S21 XP Hydro, 12 J/TH0,095 €
Antminer S21 XP, 13,5 J/TH0,084 €
Antminer S21 Pro, 15 J/TH0,076 €
Avalon A1566, 18,5 J/TH0,061 €
Heures creuses seules0,159 €
Tarif professionnel0,195 €
Heures pleines et creuses sur 24 h0,196 €
Option base, 9 à 36 kVA0,199 €
Option base, 3 et 6 kVA0,200 €
Heures pleines seules0,214 €

Les quatre tarifs français, et le seul qu’un mineur paie vraiment

La grille du tarif bleu au 1ᵉʳ août 2026 compte dix prix du kilowattheure, dont six pour la seule option Tempo. Quatre suffisent à la plupart des calculs. En option base, 0,2001 € le kilowattheure toutes taxes comprises à 3 et 6 kVA, 0,1985 € de 9 à 36 kVA. En option heures pleines et heures creuses, 0,2142 € et 0,1589 €.

Une machine de minage tourne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, parce que son amortissement court même quand elle est éteinte. Elle paie huit heures en creuses et seize en pleines. Le calcul, (16 × 0,2142 + 8 × 0,1589) ÷ 24, sort à 0,1958 € le kilowattheure. Le gain sur le tarif de base atteint 2 %, pas davantage.

Appliquer les 0,1589 € des heures creuses aux vingt-quatre heures de la journée gonfle le résultat d’un quart et transforme un déficit en équilibre. C’est l’erreur la plus courante. Le tarif creux dure huit heures, la nuit ; la machine, elle, ne s’arrête pas au petit matin.

L’option base ne sauve personne non plus, pour une raison purement administrative. Les puissances de 9 à 15 kVA de l’option base sont en extinction depuis février 2025 pour les clients résidentiels, celles de 18 à 36 kVA depuis février 2026 ; elles ne se souscrivent plus ; les contrats de 18 à 36 kVA basculeront d’office en heures pleines et heures creuses le 1ᵉʳ février 2027, à moins de passer en Tempo, souscriptible de 6 à 36 kVA et qui revient à 0,1815 € sur une machine en marche jour et nuit, sept pour cent sous le tarif mixte. Un projet qui dépasse 6 kVA, ce qu’une seule machine hydraulique de 8,4 kW fait déjà, n’a plus accès ni aux 0,2001 € ni aux 0,1985 €. Il paie 0,1958 €.

Le tarif professionnel n’ouvre rien

Le tarif bleu professionnel affiche 0,1318 € hors taxes en option base au 1ᵉʳ août 2026. L’accise sur l’électricité, ramenée à 3,062 c€/kWh, porte le total à 0,1624 €, et la TVA à 20 % le remonte à 0,1949 € toutes taxes comprises. L’accès tient à deux conditions : moins de dix salariés, et moins de 2 M€ de chiffre d’affaires, de recettes ou de bilan.

Reste la tentation de raisonner hors taxes, sous prétexte qu’une entreprise récupère la TVA. Elle ne la récupère pas ici. Le minage ne produit aucune opération taxée en aval : il se situe hors du champ de la TVA, donc sans droit à déduction. Le mineur professionnel paie bien 0,1949 € en option base. À méthode constante, seize heures pleines et huit creuses comme pour le particulier, il paie 0,1892 €, soit 3,4 % sous le tarif mixte. Ces trois points ne font basculer aucune machine.

L’efficacité qu’il faudrait, tarif par tarif

La division se retourne : 1,136 divisé par le tarif au lieu de l’efficacité, et le résultat devient une efficacité à atteindre.

Tarif

Prix du kWh

Efficacité nécessaire

Heures creuses seules, hypothèse d’école

0,1589 €

7,15 J/TH

Tarif bleu professionnel, option base

0,1949 €

5,83 J/TH

Heures pleines et creuses sur 24 h

0,1958 €

5,80 J/TH

Option base, 9 à 36 kVA

0,1985 €

5,72 J/TH

Option base, 3 et 6 kVA

0,2001 €

5,68 J/TH

Heures pleines seules

0,2142 €

5,30 J/TH

La meilleure machine réellement achetable, l’Antminer S23 Hyd, est à 9,5 J/TH ; la A4 Ultra Hydro, annoncée à 9,45, n’a jamais été mise en vente par Bitdeer, dont la boutique porte « Stay tuned » à la place du prix. Pour atteindre l’équilibre au tarif réellement payé sur vingt-quatre heures, il faudrait diviser sa consommation par 1,63 à hashrate constant. Même l’hypothèse d’école des heures creuses, qui ne correspond à aucune installation réelle, réclame 7,15 J/TH. Aucune machine annoncée ne descend là. Un firmware et un sous-voltage grattent quelques pour cent ; l’écart se compte en générations de gravure.

Ce qu’une machine perd par jour au compteur français

Le SEALMINER A4 Ultra Hydro consomme 200,9 kWh par jour, facturés 39,34 € à 0,1958 €. Il rapporte 24,16 €. La perte quotidienne est de 15,18 €, soit 5 540 € sur une année pleine. Ce montant se creuse avant l’achat de la machine, avant le circuit hydraulique, et avant le raccordement triphasé en 380 à 480 V qu’elle exige. Ce dernier point n’est pas le mur qu’on croit : le tarif bleu résidentiel monte à 36 kVA et le triphasé est obligatoire au-delà de 12. Ce qui arrête vraiment, c’est le circuit hydraulique et les 8,4 kilowatts en continu.

Une machine domestique ne fait pas mieux, elle fait moins mal en valeur absolue parce qu’elle est plus petite. L’Antminer S21 Pro, épuisé au catalogue du constructeur mais qui reste la référence de calcul la plus citée, 234 TH/s pour 3 510 W, consomme 84,24 kWh par jour, soit 16,49 €, et rapporte 6,38 €. La perte s’établit à 10,11 € par jour, 3 690 € sur l’année. Ces 3 510 W en continu représentent par ailleurs 15,3 A sur une ligne de 230 V : un circuit de 16 A ne tient pas ça en permanence, et le tableau électrique d’un logement ordinaire non plus.

L’Antminer S21 XP refroidi par air, 270 TH/s pour 3 645 W, s’en sort un peu mieux : 87,48 kWh facturés 17,13 €, contre 7,36 € de revenu, soit 9,77 € perdus chaque jour. La machine la plus fine perd moins, et elle perd quand même. Elle traîne les mêmes contraintes physiques, le bruit et la chaleur à évacuer, que la consommation électrique du minage de bitcoin détaille de son côté.

Ces montants recoupent ce que rapporte réellement une journée de minage, pris par l’autre bout : à partir de quel prix du courant la machine cesse de gagner.

Ce qui déplace le seuil

Le cours du bitcoin

Il lui est directement proportionnel. Doubler le cours double le prix du courant supportable. À 54 899 € le bitcoin, la meilleure machine tient jusqu’à 0,120 €/kWh. Il en faudrait 0,1958, soit 1,63 fois plus, pour rejoindre le tarif français. Le bitcoin devrait valoir 89 400 €, environ 103 100 $ au change du jour, pour qu’une machine à 9,45 J/TH revienne à l’équilibre chez un particulier. Une hausse de 63 %, et à difficulté figée, ce qui ne s’est jamais vu : le réseau grossit dès que la marge revient.

La difficulté du réseau

Ici la proportion s’inverse : plus il y a de machines branchées, moins chacune touche. Le dernier ajustement, le 8 août 2026 au bloc 961 632, a durci de 0,99 %. Le suivant, attendu le 23 août, est estimé à moins 4,5 %, ce qui remonterait le seuil de 0,120 à 0,126 €/kWh. Un gain de six millièmes d’euro.

Pour que le seuil rejoigne 0,1958 €, il faudrait que le réseau retombe à 560 EH/s : 39 % sous son niveau actuel, et 51 % sous le sommet, mesuré comme le reste sur la série quotidienne : 1 305,5 EH/s le 24 octobre 2025. Comparé à estimateur constant, le repli depuis ce sommet vaut 21,7 %, et non les 31 % qu’on obtient en opposant ce point à une moyenne. Sur douze mois, le hashrate n’a pas reculé, il est étale, la moyenne à sept jours passant de 908 à 902 EH/s. Le repli existe depuis le sommet d’automne, il ne ressemble en rien à une division par deux.

Le halving du printemps 2028

Au bloc 1 050 000, distant de 87 628 blocs le 14 août 2026 et projeté au 13 avril 2028, la subvention passe de 3,125 à 1,5625 BTC. La recette quotidienne du réseau tombe de 453,27 à 228,27 bitcoins. Les frais, qui pèsent 0,71 % des revenus, ne rattrapent rien.

Le numérateur du seuil passe alors de 1,136 à 0,572, et le seuil de la meilleure machine de 0,120 à 0,061 €/kWh. Il faudrait 2,92 J/TH pour tenir au tarif français. Trois fois mieux que ce qui se vend aujourd’hui, dans vingt mois. Une date de halving reste une projection calée sur dix minutes par bloc. Le rythme réellement tenu depuis avril 2024 est de 597,5 secondes, plus rapide que la nominale : il avance l’échéance de deux jours plutôt qu’il ne la repousse. L’ordre de grandeur ne bouge pas : le seuil se divise par deux avant que la génération suivante de machines ne soit livrée.

Les trois cas où la France redevient discutable

L’autoconsommation photovoltaïque

L’ADEME chiffre le coût de revient de l’électricité autoconsommée entre 13 et 18 c€/kWh pour une installation résidentielle de 3 à 9 kWc, subventions comprises. Le seuil de la meilleure machine est à 12 c€. Le kilowattheure produit par un toit français coûte donc plus cher que ce que la machine parvient à en tirer, et le raisonnement s’arrête là pour la quasi-totalité des installations domestiques.

Deux configurations passent tout de même sous la barre. Une installation de 3 kWc autoconstruite, sans subvention et sans main-d’œuvre facturée, descend entre 9 et 11 c€/kWh. Un champ de 250 kWc dans le Sud de la France tombe à 11 c€, contre 12 à 100 kWc et 14 à 36 kWc. Un centime de marge sur le seuil, soit 8 %.

Sauf que le soleil ne travaille pas la nuit. Le productible métropolitain va de 1 040 kWh par kWc et par an à Lille, en orientation optimale, à près de 1 570 à Marseille, ce qui représente au mieux l’équivalent de 1 500 heures à pleine puissance sur les 8 760 que compte une année. Une machine adossée à cette seule production s’arrête chaque soir ; le reste du temps, elle repasse au tarif du réseau. Un mélange de 30 % de solaire à 11 c€ et de 70 % de réseau à 0,1958 € revient à 0,170 €/kWh, soit 41 % au-dessus du seuil.

Éteindre la machine la nuit ne coûte pas d’électricité, mais amortir un ASIC sur un sixième de son temps de fonctionnement coûte cher autrement. Ce que coûte un térahash à l’achat pèse alors autant dans le résultat que le prix du courant, et il pèse d’autant plus que la machine tourne moins.

La chaleur réellement substituée

Une machine de minage transforme en chaleur la quasi-totalité de ce qu’elle consomme. Si cette chaleur remplace un chauffage qu’on aurait payé de toute façon, le kilowattheure devient gratuit et le seuil perd son sens. L’argument est juste. Il tient à trois conditions, et elles se cumulent.

La première tient à la saison. Une maison française se chauffe environ 180 jours, de la mi-octobre à la mi-avril. Les 185 autres jours, la machine se paie plein tarif et sa chaleur devient une nuisance qu’il faut évacuer. Le coût moyen sur l’année tombe à 0,1958 × 185 ÷ 365, soit 0,0992 €/kWh, ce qui réclame une machine à 11,45 J/TH ou mieux.

La deuxième tient au chauffage remplacé, qui doit être résistif. Face à une pompe à chaleur de coefficient 3, un kilowattheure de chaleur minée n’économise qu’un tiers de kilowattheure acheté. Le crédit tombe à 0,065 €, le coût en saison de chauffe remonte à 0,131 €, la moyenne annuelle à 0,164 €/kWh, et l’efficacité nécessaire à 6,94 J/TH. La substitution s’effondre dès qu’en face se trouve autre chose qu’un convecteur.

La troisième condition est la plus contraignante : la puissance doit tenir dans le logement. Les machines qui passent la barre des 11,45 J/TH sont hydrauliques et tirent de 8,4 à 8,7 kW en triphasé 380 V. Ces 8 kW en continu dépassent la déperdition d’une maison correctement isolée par grand froid ; il faudrait ouvrir les fenêtres, ce qui annule la substitution. Les machines qui tiennent thermiquement dans une maison, un S21 XP à 3,6 kW refroidi par air, sont à 13,5 J/TH, seuil 0,084 €, sous les 0,0992 € du calcul saisonnier. La chaleur substituée marche sur le papier avec une machine qu’aucune maison française ne peut héberger, et échoue avec toutes celles qu’elle peut accueillir.

Le tarif industriel

L’ARENH a cessé le 31 décembre 2025, et avec lui l’accès à 42 € le mégawattheure. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, deux régimes coexistent. Les contrats d’accès à la production nucléaire portent sur dix à quinze ans et ne sont plus réservés aux électro-intensifs : depuis novembre 2025, le guichet est ouvert à tout consommateur final au-dessus de 7 GWh par an. Une ferme d’un mégawatt en continu en consomme 8,8 et franchit donc le seuil. Pour tout le reste, l’électricité s’achète au marché ; le calendaire 2026 s’échangeait à 52,5 €/MWh en novembre 2025.

Ces 65 à 70 € le mégawattheure valent 0,065 à 0,070 € le kilowattheure, et pour la seule énergie : l’acheminement et l’accise s’ajoutent derrière. Un site raccordé en haute tension passe effectivement sous le seuil de 0,120 €, avec quelques centimes de marge. Cette marge disparaît au halving de 2028, quand le seuil tombe à 0,061 €, soit le niveau du prix de l’énergie nue. Et un contrat d’accès à la production nucléaire ne se signe pas pour un projet de minage : il vise l’industrie électro-intensive sur des engagements longs, avec des contreparties que le minage n’apporte pas.

Ce que paient ceux qui minent quand même

Les sociétés cotées publient leur prix du courant chaque trimestre, et c’est la mesure la plus franche de ce qu’il faut pour miner du bitcoin. Riot Platforms annonce pour le deuxième trimestre 2026 un coût net du courant de 3,6 cents le kilowattheure, obtenu après 10 M$ de crédits d’effacement, l’équivalent de 6 335 $ par bitcoin produit. Son coût de production hors amortissement, lui, ressort à 49 912 $ le bitcoin. MARA affiche 4,0 cents sur ses propres sites, pour 70,3 EH/s raccordés.

Allée de baies de minage dans un site industriel, gaines de ventilation courant au plafond

Convertis au change du jour, ces prix valent 0,031 à 0,035 € le kilowattheure. Le tarif mixte français est cinq fois et demie à plus de six fois plus élevé. Aucun talent de négociation ne rattrape un tel écart. Riot se fait payer 10 M$ pour effacer sa consommation quand le réseau est tendu, ce qui abaisse son prix net à 3,6 cents. Un particulier français ne vend rien à son fournisseur : il achète, au tarif affiché.

Cet avantage ne fabrique pourtant pas des marges confortables. Riot a produit 1 587 bitcoins au trimestre pour un coût de production hors amortissement de 49 912 $ l’unité, contre 63 328 $ le cours. Soit 21 % d’écart, obtenus avec le meilleur prix de l’énergie du secteur et 87 % d’utilisation du parc. MARA affiche de son côté 38 690 $ d’énergie achetée par bitcoin, en hausse d’une année sur l’autre sous l’effet de la difficulté. Le point sur le minage en 2026 décrit ce marché dans le détail, et le prix de revient des entreprises de minage en donne la mesure comptable.

Le secteur ne répond pas au seuil en achetant une machine plus fine. Il déménage la machine. Entre 9,45 et 5,80 J/TH, l’écart appartient au silicium. Ce qui reste jouable depuis la France se décide ailleurs : une chaleur vendue à quelqu’un qui la paie, un raccordement industriel obtenu pour de vraies raisons industrielles, ou l’achat du bitcoin plutôt que sa production, qui n’a ni facture d’électricité ni matériel à amortir. Le traitement fiscal des deux n’a d’ailleurs rien à voir, et la déclaration des gains de minage obéit à ses propres règles.