Minage de cryptomonnaies en 2026 : l’état réel du marché
Pour la première fois depuis l’arrivée des ASIC, la puissance de calcul du réseau Bitcoin recule sans qu’un halving ni une interdiction chinoise l’explique. Le hashrate moyen sur trente jours est passé de 1 108 EH/s en novembre 2025 à environ 900 EH/s en août 2026, soit 19 % en neuf mois. La difficulté a suivi, de 156 000 milliards à 127 000 milliards.
La cause tient en une phrase : le mégawatt se vend mieux à l’intelligence artificielle qu’au bitcoin. Les grands exploitants ne ferment pas, ils rebranchent leurs salles. Ce mouvement change la donne pour tout le monde, y compris pour celui qui se demande s’il reste quelque chose à faire depuis un garage en France. La réponse tient dans six chiffres et un seuil, celui du prix du kilowattheure.
Les chiffres du réseau en août 2026, et comment les recalculer
Le hashprice, le seul indicateur qui décide
L’efficacité des machines, de 2020 à la série actuelle
Pourquoi les fermes basculent vers le calcul pour l’IA
La géographie de l’électricité et la place de la France
Ce qu’un particulier peut encore faire, et à quelles conditions
Le réseau en août 2026, en six chiffres
Donnée | Valeur | Ce qu’elle commande |
|---|---|---|
Hashrate du réseau | ≈ 903 EH/s (12 août 2026) | Votre part des récompenses |
Difficulté | 127,48 T, ajustée tous les 2 016 blocs | La stabilité du rythme des blocs |
Récompense de bloc | 3,125 BTC depuis avril 2024 | L’émission quotidienne, 450 BTC |
Cours du bitcoin | ≈ 64 000 $ (12 août 2026) | La conversion en euros de vos satoshis |
Hashprice | 31,73 $ par PH/s et par jour (10 août 2026) | La recette brute par unité de puissance |
Rendement unitaire | ≈ 50 satoshis par TH/s et par jour | Le plafond que personne ne dépasse |
Ces six lignes se recalculent seules. Divisez les 450 BTC émis chaque jour par les 900 millions de TH/s installés : vous obtenez 0,0000005 BTC par TH/s, soit 50 satoshis. Multipliez par le cours et vous retrouvez le hashprice à quelques pourcents près, l’écart venant des frais de transaction que les blocs contiennent. Aucune plateforme, aucun contrat, aucune application ne peut vous verser davantage, puisque c’est la totalité de ce que le protocole distribue.

Le hashprice, l’indicateur qui décide de tout
Un mineur ne suit pas le cours du bitcoin, il suit le hashprice : ce qu’un pétahash par seconde rapporte en vingt-quatre heures. Cette valeur unique réunit le cours, la difficulté et les frais de transaction, et elle se compare directement à une facture d’électricité.
À 31,73 $ par PH/s et par jour, la barre est basse. Elle avoisinait 400 $ au printemps 2021 et dépassait encore 100 $ avant le halving d’avril 2024. Chaque division par deux de la récompense divise mécaniquement le hashprice par deux, à cours et difficulté constants ; le reste du chemin vient de la puissance ajoutée par les concurrents. C’est la mécanique qui fait sortir les machines anciennes du réseau : à ce niveau, une bonne partie du parc mondial tourne au seuil de rentabilité ou en dessous, selon le prix payé au kilowattheure.
Le calcul se pose en trois lignes pour n’importe quelle machine. Un Antminer S21 XP produit 270 TH/s pour 3 645 W. Recette : 0,270 PH/s multipliés par 31,73 $, soit 8,56 $ par jour, environ 7,40 €. Consommation : 87,5 kWh par jour. Point d’équilibre : 7,40 € divisés par 87,5, soit 8,5 centimes le kilowattheure. Au-delà, la machine détruit de la valeur chaque heure où elle tourne. Le tarif réglementé bleu français est à 0,2001 € en option base et 0,1589 € en heures creuses depuis le 1er août 2026. L’écart n’est pas rattrapable, et il n’a rien de conjoncturel.
Les machines : trois fois plus efficaces qu’en 2020, et ça ne suffit pas
Machine | Année | Puissance de calcul | Efficacité |
|---|---|---|---|
Antminer S19 | 2020 | 95 TH/s | 34,5 J/TH |
Antminer S19 Pro | 2020 | 110 TH/s | 29,5 J/TH |
Antminer S21 XP | 2025 | 270 TH/s | 13,5 J/TH |
Antminer S23 Hydro | 2026 | 580 TH/s | 9,5 J/TH |
Une machine de 2020 consomme trois fois et demie plus d’énergie qu’une machine refroidie à l’eau de 2026 pour le même travail. L’électricité pèse l’essentiel des charges d’une exploitation, et ce rapport décide donc qui reste allumé quand le hashprice baisse. Un parc à 30 J/TH décroche autour de 4 centimes le kilowattheure ; un parc à 9,5 J/TH tient encore à 12 centimes.
La contrepartie est industrielle. Le S23 Hydro réclame du triphasé en 380 à 415 V et une boucle d’eau à 8 ou 10 litres par minute : rien de tout cela ne s’installe dans une buanderie. La série air-refroidi reste accessible, plus chère au térahash, et c’est elle qu’on retrouve dans les petites fermes dont nous avons détaillé le coût et la production. Pour comparer les modèles sur le seul critère qui survit à la mode, le joule par térahash, notre classement du matériel de minage par efficacité fait le tri.
Les fermes basculent vers l’IA, et le hashrate en pâtit
Un mégawatt loué à un opérateur de calcul pour l’intelligence artificielle rapporte environ trois fois ce que le même mégawatt produit en minant du bitcoin, avec des contrats de dix à quinze ans au lieu d’un revenu qui varie chaque semaine. Les exploitants ont fait le calcul.
Hut 8 a signé un bail de quinze ans sur son site de Beacon Point, au Texas, 352 MW, pour 9,8 milliards de dollars.
IREN a conclu en novembre 2025 un contrat de cinq ans avec Microsoft, 9,7 milliards de dollars pour 200 MW de capacité refroidie à l’eau à Childress.
Cipher Mining loue 300 MW à Amazon Web Services sur quinze ans, pour 5,5 milliards attendus.
Core Scientific affiche une dizaine de milliards de revenus contractualisés autour de son partenariat avec CoreWeave.
TeraWulf a vu ses revenus de location de calcul dépasser ses revenus de minage pour la première fois au premier trimestre 2026.
CoinShares estime que les mineurs cotés pourraient tirer jusqu’à 70 % de leur chiffre d’affaires de l’IA d’ici la fin 2026, contre environ 30 % en début d’année. Ces sociétés continuent de s’appeler des mineurs de bitcoin ; ce sont désormais des loueurs de puissance électrique qualifiée, et le minage y devient la charge de base qu’on garde quand aucun client n’a besoin de la salle.
Le mouvement se voit aussi sur le marché de l’occasion. Une salle convertie au calcul pour l’IA sort ses machines par conteneurs entiers, et ces machines de la génération 2020 se retrouvent en vente par lots de plusieurs centaines. C’est ce qui explique qu’une S19 s’affiche aujourd’hui à quelques centaines d’euros : le prix n’a rien à voir avec sa valeur d’usage, il reflète un déstockage. Nous avons regardé ce que coûte vraiment une S19 à 400 €, électricité comprise, et la conclusion tient en une ligne : bon marché ne veut pas dire rentable.
La conséquence pour les autres est contre-intuitive : moins de concurrence sur le réseau. La difficulté a reculé de près de 20 % depuis novembre 2025, donc chaque térahash restant capte une part plus grande de l’émission. Le rendement unitaire remonte pendant que le hashprice suit surtout le cours. À 6 centimes le kilowattheure, une machine rapporte aujourd’hui plus qu’en novembre dernier. Le départ des géants profite à ceux qui restent.
La géographie : trois pays, deux tiers du réseau
Pays | Part du hashrate | Ce qui l’explique |
|---|---|---|
États-Unis | 37,4 % | Gaz torché, marchés d’effacement, capitaux cotés |
Russie | 16,9 % | Surplus hydroélectrique sibérien, froid gratuit |
Chine | 12,0 % | Activité résiduelle malgré l’interdiction de 2021 |
Paraguay | 5,2 % | Excédent du barrage d’Itaipú |
Éthiopie | ≈ 2,4 % | Hydroélectricité neuve sans débouché local |
Le classement se lit comme une carte de l’énergie perdue. Le minage s’installe là où le courant existe mais ne trouve pas d’acheteur : un barrage loin des villes, un gisement de gaz brûlé faute de gazoduc, un parc éolien qui produit la nuit. Cette logique explique aussi pourquoi la France ne pèse rien. Notre électricité est décarbonée, abondante et déjà vendue. Son prix de détail est aussi trois fois celui d’un contrat industriel texan. Ici, ni tarif industriel ni surplus perdu. Les deux vont ensemble, et leur absence explique tout le reste.
Ce que le réseau consomme, et comment le vérifier soi-même
Le calcul se pose sans base de données. Le réseau tourne à 900 millions de TH/s. Le parc mondial mélange des machines de 2020 et des machines de 2026, ce qui donne une efficacité moyenne autour de 25 J/TH. Multipliez : 900 millions multipliés par 25 joules font 22,5 gigajoules par seconde, soit 22,5 GW en continu. Sur une année, environ 195 TWh. La France consomme un peu plus du double.
Ce chiffre a une particularité que les autres industries n’ont pas : il baisse quand le matériel se renouvelle. Le même réseau, équipé uniquement de machines à 13,5 J/TH, tirerait 12 GW. Le renouvellement du parc fait donc mécaniquement reculer la consommation à puissance de calcul égale, et c’est ce qui se passe depuis deux ans pendant que les vieilles séries sortent des salles.
L’autre particularité tient au type d’électricité consommée. Une ferme s’installe là où le courant ne trouve pas d’acheteur, et elle s’arrête en quelques secondes quand le réseau en a besoin ailleurs. Au Texas, les exploitants sont rémunérés pour cet effacement, au point que certains gagnent davantage à couper qu’à miner pendant les pics d’été. Ce mécanisme explique pourquoi les grands mineurs se sont installés là plutôt qu’ailleurs, et pourquoi les mines de cryptomonnaies texanes consomment plus d’électricité qu’un million de foyers sans faire tomber le réseau local. La question environnementale ne se règle pas pour autant : elle se déplace vers la source du courant, sujet que nous traitons en détail dans l’impact du minage sur l’énergie mondiale.
Ce qui se mine encore en 2026, et avec quoi
Le paysage s’est réduit. La preuve de travail ne concerne plus qu’une poignée de chaînes, et le matériel qui va avec n’est pas interchangeable.
Chaîne | Algorithme | Matériel | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|---|
Bitcoin | SHA-256 | ASIC | 3,125 BTC par bloc, 900 EH/s en face |
Litecoin et Dogecoin | Scrypt | ASIC | Minés conjointement, 6,25 LTC par bloc depuis août 2023 |
Monero | RandomX | Processeur | La seule grande chaîne qui résiste encore aux ASIC |
Ergo, Ravencoin | Autolykos2, KawPow | Carte graphique | Difficulté basse, revenus modestes, matériel revendable |
Ethereum Classic | Etchash | Carte graphique | A récupéré une partie des mineurs GPU de 2022 |
Kaspa | kHeavyHash | ASIC depuis 2023 | Le GPU y a été balayé en quelques mois |
Deux erreurs traînent encore dans la plupart des guides en ligne, et elles coûtent du temps et parfois du matériel. Ethereum ne se mine plus : le réseau est passé en preuve d’enjeu le 15 septembre 2022, définitivement. Cardano, Solana et Ripple n’ont jamais été minables, à aucun moment de leur histoire. Un tutoriel qui propose un rig GPU pour Ethereum en 2026 n’a pas été relu depuis quatre ans, et le reste de ses conseils vaut ce que vaut celui-là. Le détail des algorithmes et du matériel correspondant est repris dans notre guide du choix d’un mineur ASIC.
Ce qu’un particulier peut encore faire
Trois choses ne marchent plus, et autant les évacuer d’emblée. Miner du bitcoin chez soi sur le tarif réglementé, quelle que soit la machine : le point d’équilibre à 8,5 centimes le tranche sans appel. Miner en solo dans l’espoir d’un bloc, aussi : avec un S21 XP face à 900 EH/s, l’espérance est d’un bloc tous les soixante ans environ. Et acheter un contrat de cloud mining ne résout rien, puisque le plafond des 50 satoshis par TH/s s’applique au vendeur comme à vous, frais et marge en plus.
Restent quatre situations où le calcul tient debout.
Vous produisez votre électricité. Une installation photovoltaïque dont le surplus part sur le réseau à 4 centimes gagne à alimenter une machine plutôt qu’à revendre. C’est le montage détaillé dans le minage alimenté par panneaux solaires, et c’est le seul cas où un particulier français retrouve un coût de revient industriel.
Vous récupérez la chaleur. Une machine de 3,6 kW est un radiateur qui rapporte. Sur six mois de chauffage, le kilowattheure consommé rend un service que vous auriez payé de toute façon, et le calcul de rentabilité change de base.
Vous hébergez vos machines ailleurs. Les contrats d’hébergement en datacenter tournent entre 5 et 8 centimes le kilowattheure, ce qui remet la machine du bon côté de la ligne. Le prix à payer est contractuel plutôt que technique, et il se lit avant de signer : notre page sur le choix d’une plateforme de minage, pool, hébergeur ou contrat détaille les clauses qui coûtent cher.
Vous minez autre chose que du bitcoin. Monero sur processeur, Ergo ou Ravencoin sur carte graphique, Litecoin et Dogecoin en minage conjoint : les chaînes secondaires ont des difficultés plus basses et un matériel qui garde une valeur de revente. Les revenus restent modestes, mais le ticket d’entrée aussi, et une carte graphique se revend à des joueurs.
Une cinquième voie mérite d’être nommée, même si elle ne relève pas du minage : acheter directement la pièce. Un mineur français qui paie son courant 20 centimes convertit chaque euro d’électricité en moins d’un euro de bitcoin. L’achat au comptant donne le même actif sans le matériel, sans le bruit, sans les 3 645 W de chaleur dans le garage. Ce constat n’a rien d’une provocation : il fixe le niveau que votre installation doit battre pour valoir la peine, et il justifie les quatre situations ci-dessus, où le kilowattheure ne vous coûte pas 20 centimes.
Dans tous les cas, refaites vos chiffres tous les trimestres. Le hashprice a perdu les deux tiers de sa valeur depuis le dernier halving, et le prochain, attendu en 2028, coupera encore la récompense de moitié. Un investissement qui ne rembourse pas avant cette échéance repose sur une hausse du cours, pas sur le minage. Si vous partez de zéro, le guide complet pour miner une crypto en 2026 reprend le parcours dans l’ordre, et la méthode de calcul de rentabilité donne les variables à surveiller.
FAQ : le marché du minage en 2026
Le minage est-il encore rentable en 2026 ?
Sous 8,5 centimes le kilowattheure avec une machine de série actuelle, oui. Au-dessus, la machine consomme plus qu’elle ne produit, et aucun réglage ne renverse ce rapport.Pourquoi le hashrate baisse-t-il ?
Parce que les exploitants convertissent leurs salles au calcul pour l’IA, qui paie environ trois fois plus le mégawatt, avec des contrats longs. Le hashrate a reculé de 19 % en neuf mois.Cette baisse profite-t-elle aux petits mineurs ?
Oui, mécaniquement : la difficulté suit, et chaque térahash restant capte une part plus grande des 450 BTC émis chaque jour. L’effet reste trop faible pour compenser le prix du courant en France.Quelle crypto miner quand on n’a pas d’ASIC ?
Monero sur processeur, Ergo, Ravencoin ou Ethereum Classic sur carte graphique. Ethereum ne se mine plus depuis son passage en preuve d’enjeu en septembre 2022.Faut-il acheter une machine maintenant ou attendre ?
Le prix des machines suit le hashprice avec quelques mois de retard, ce qui rend les périodes creuses intéressantes à l’achat. Encore faut-il avoir résolu la question de l’électricité avant, pas après.Le minage a-t-il un avenir après 2028 ?
La récompense tombera à 1,5625 BTC, et les frais de transaction prendront une part croissante du revenu des mineurs. Le modèle se déplace vers des acteurs qui vendent d’abord de la flexibilité électrique, et pour qui le minage est une charge de base.