MinerGate : le service a fermé, le tutorial et ce qui le remplace
MinerGate a fermé. La dernière page d’accueil du service portait un message sans ambiguïté : « Dear clients, our service is closed ». Suivaient deux dates : le 1er décembre 2023 pour déposer une demande de remboursement, le 1er février 2024 pour la clôture des dossiers. Depuis, minergate.com ne répond plus du tout. Son nom s’écrit en un seul mot, même si beaucoup tapent miner gate en deux. Il circule encore dans des centaines de tutoriels, qui envoient des débutants installer un logiciel connecté à rien.
Le mode d’emploi garde pourtant son intérêt. MinerGate a été, pendant près de dix ans, la porte d’entrée du minage pour des dizaines de milliers de gens : un compte, un bouton, et la machine se mettait à travailler. Comprendre ce qu’il faisait à votre place explique la moitié des questions qu’on se pose quand on veut s’initier au minage sur ordinateur personnel aujourd’hui, au processeur comme à la carte graphique.
- Ce que MinerGate faisait, et pourquoi le service s’est arrêté
- Le tutoriel complet : installation, configuration, retrait
- Le CPU mining, la version Linux et les monnaies proposées
- Le cloud mining vendu par la plateforme
- Les logiciels et les pools qui prennent la suite
MinerGate a fermé : ce qui s’est passé
La plateforme a été lancée en 2014. Elle mutualisait plusieurs pools sous une interface unique et proposait un logiciel gratuit pour Windows, macOS et Ubuntu. L’arrêt s’est fait en 2023, sans annonce tapageuse : un bandeau sur le site, une adresse de support pour les remboursements et un compte à rebours de quelques semaines. Les demandes déposées après le 1er décembre 2023 n’ont pas été traitées.
Deux conséquences pratiques pour quiconque tombe sur cette page en cherchant à récupérer quelque chose. Les soldes laissés sur le compte sont perdus. Le guichet a fermé début 2024. Et l’installeur qu’on trouve encore sur les sites de téléchargement tiers n’a plus rien d’officiel. Personne ne signe ces binaires ni ne les met à jour. Un exécutable de minage non signé fait partie des fichiers qu’on ne lance pas sur sa machine.
La fermeture n’a surpris personne dans le milieu. Le service traînait depuis des années des accusations de sous-déclaration du hashrate, jamais tranchées, et son modèle reposait sur un protocole fermé : le logiciel ne parlait qu’aux serveurs de MinerGate. Impossible de pointer le mineur vers un autre pool. Le jour où les serveurs se sont tus, tout s’est arrêté d’un bloc.
Comprendre le principe du minage et de la blockchain
Au cœur des cryptomonnaies se trouve la blockchain, un registre public et décentralisé où chaque transaction est inscrite définitivement. Le minage est le travail qui tient ce registre à jour. Des machines cherchent, par force brute, un nombre qui donne au bloc en cours une empreinte respectant une condition fixée par le protocole. Celle qui trouve publie le bloc, encaisse la récompense et les frais des transactions qu’il contient. Les autres recommencent sur le bloc suivant.
La difficulté s’ajuste toute seule pour maintenir un rythme de production constant. Sur Bitcoin, le réajustement a lieu tous les 2 016 blocs, soit environ deux semaines, et vise dix minutes par bloc. Plus il y a de puissance sur le réseau, plus le problème devient dur. Ce mécanisme rend le minage solo sans espoir sur un PC ordinaire. Il a fait naître les pools : des milliers de machines mettent leur puissance en commun et se partagent les récompenses au prorata des parts soumises.
| Cryptomonnaie | Algorithme | Durée d’un bloc | Récompense par bloc |
|---|---|---|---|
| Bitcoin (BTC) | SHA-256 | 10 minutes | 3,125 BTC depuis avril 2024 |
| Monero (XMR) | RandomX | 2 minutes | 0,6 XMR, émission de queue depuis mai 2022 |
| Litecoin (LTC) | Scrypt | 2,5 minutes | 6,25 LTC depuis août 2023 |
| Ravencoin (RVN) | KawPow | 1 minute | 1 250 RVN |
| Ethereum (ETH) | Ethash, abandonné | Sans objet | Ne se mine plus depuis septembre 2022 |
La ligne Ethereum mérite un mot, parce qu’une bonne partie des guides encore en ligne l’ignorent. Le 15 septembre 2022, le réseau est passé en preuve d’enjeu. Il n’y a plus de mineurs sur Ethereum, plus de récompense de bloc, plus de hashrate. Tout tutoriel qui vous propose de miner de l’ETH avec votre carte graphique a été écrit avant cette date et n’a pas été relu depuis.
Le tutoriel MinerGate : la prise en main, étape par étape
Le mode d’emploi, ce how to use MinerGate que reprenaient tous les guides anglophones, tenait en cinq étapes. Elles se déroulaient dans cet ordre, avec ce que chacune déclenchait en coulisses.
| Étape | Ce qu’on faisait | Ce que ça déclenchait |
|---|---|---|
| 1. Inscription | Un e-mail et un mot de passe sur minergate.com | Création du compte qui servait aussi d’identifiant de worker |
| 2. Téléchargement | Le client Windows, macOS ou Ubuntu | Installation du mineur et de son interface |
| 3. Connexion | Saisie de l’e-mail dans l’application | Rattachement de la machine au compte, sans clé ni adresse à copier |
| 4. Configuration | Choix de la monnaie, ou activation du Smart Mining | Sélection du pool et de l’algorithme, réglage du nombre de cœurs |
| 5. Retrait | Demande de paiement vers un wallet externe | Envoi une fois le seuil minimal atteint |
La quatrième étape faisait toute la différence avec un mineur classique. Le Smart Mining scrutait la rentabilité des différentes monnaies et basculait tout seul sur la plus intéressante du moment. Le Merged Mining, lui, minait deux chaînes compatibles en même temps sans travail supplémentaire, Bytecoin et une monnaie CryptoNote par exemple. Aucune configuration manuelle, aucun fichier de conf, aucune adresse de pool à saisir. C’est ce qui expliquait le succès du logiciel, et c’est aussi ce qui rendait ses utilisateurs incapables de partir ailleurs.
Le retrait était le point à ne jamais négliger. Beaucoup laissaient s’accumuler un solde en attendant de dépasser le seuil, parce que les frais de transaction mangeaient les petits montants. Ces soldes ont disparu avec le service. La règle vaut pour n’importe quel pool encore en activité : on retire dès que le minimum est atteint, on ne laisse rien dormir sur un compte qu’on ne contrôle pas.
MinerGate Miner : les deux versions du logiciel
Le logiciel s’appelait MinerGate Miner et existait sous deux formes. La confusion entre les deux revient souvent.
- La version graphique, celle que tout le monde connaît. Un tableau des monnaies, un bouton Start par ligne, un graphique de hashrate et la température des composants. Elle tournait sur Windows, sur macOS et sur Ubuntu.
- La version console, plus légère et pilotée en ligne de commande. C’était la seule utilisable sur une machine sans écran, donc la seule qui avait du sens sur un serveur ou un rig dédié.
Il y a eu aussi une application Android, retirée du Play Store après que Google a interdit les applications de minage sur appareil, en juillet 2018. Et un mineur en navigateur, du côté du web mining. Ce dernier faisait tourner un script dans l’onglet ouvert, ce qui produisait très peu et chauffait beaucoup. Les navigateurs bloquent aujourd’hui ce genre de script par défaut.
Le minage au processeur chez MinerGate : ce que ça rapportait
Le CPU mining était la vraie spécialité de la plateforme. La plupart des monnaies proposées reposaient sur des algorithmes de la famille CryptoNote, puis sur RandomX pour Monero, tous conçus pour tourner mieux sur un processeur généraliste que sur une carte graphique ou un circuit dédié. Un utilisateur sans carte graphique pouvait donc miner quelque chose, ce qui était rare.
Les ordres de grandeur, sur RandomX, n’ont pas beaucoup bougé depuis. Un huit cœurs récent produit entre 6 000 et 10 000 H/s. Un seize cœurs de la gamme Ryzen 9 approche les 20 000 H/s. C’est la taille du cache L3 qui décide, bien plus que la fréquence, et une puce serveur à gros cache bat une puce de bureau plus rapide sur le papier.
Le calcul de rentabilité, en revanche, ne pardonne pas. Comptez 100 W en charge, soit 2,4 kWh par jour. À 0,20 € le kWh, cela fait 0,48 € quotidiens, soit environ 175 € par an, pour un rendement qui se compte en centimes. Le CPU mining sur une machine domestique française coûte plus qu’il ne rapporte, et le seul cas où l’équation tient est celui d’une machine déjà allumée pour autre chose, dans une pièce à chauffer.
Un dernier point, souvent appris trop tard : un ordinateur portable ne tient pas ce régime. Sa puce est refroidie pour des pointes de quelques minutes, pas pour une charge continue à 100 %. En quelques semaines, la pâte thermique sèche et le ventilateur se fatigue.
MinerGate Linux : la version Ubuntu et ce qui la remplace
MinerGate Linux se résumait à un paquet Ubuntu et à un client console posé à côté de l’interface graphique. Cette version réglait le problème du rig sans écran : une machine dans un garage, pilotée en SSH, qu’on relançait à distance quand elle décrochait. C’était la configuration sérieuse du logiciel, celle qui tournait des mois sans intervention, et de loin la plus utilisée par ceux qui minaient pour de bon.
Le remplacement ne demande pas d’effort. XMRig se compile sur n’importe quelle Ubuntu récente et se règle dans un unique fichier JSON où l’on renseigne l’adresse du pool, son wallet et le nombre de threads. Pour un rig complet, Hive OS ou RaveOS remplacent carrément le système et gèrent les mises à jour, les redémarrages et la surveillance à distance. Le choix de la base a des suites concrètes : la version d’Ubuntu à installer sur un rig conditionne les pilotes disponibles et la stabilité sur plusieurs mois.
Optimiser son matériel pour miner efficacement
Que le logiciel s’appelle MinerGate ou XMRig, les contraintes matérielles sont les mêmes. Le processeur porte le minage RandomX, la carte graphique porte KawPow et Autolykos, et les deux se règlent avant de lancer quoi que ce soit.
Trois réglages font l’essentiel du travail. Bridez la puissance à 70 ou 80 % : sur la plupart des cartes, on perd 10 % de hashrate et on gagne 30 % de consommation, ce qui change tout sur la facture. Surveillez les températures, en visant moins de 75 °C sur le GPU et moins de 80 °C sur la mémoire, faute de quoi la carte se bride toute seule et le hashrate s’effondre sans prévenir. Gardez enfin les pilotes à jour. Un pilote graphique ancien fait planter un mineur au bout de quelques heures, et c’était la panne la plus signalée par les utilisateurs de MinerGate sous Windows 10.
| Composant | Ce qu’il porte | Réglage utile |
|---|---|---|
| Processeur (CPU) | RandomX, Monero | Laisser un cœur libre pour le système, activer les huge pages |
| Carte graphique (GPU) | KawPow, Autolykos v2, Ethash | Bridage à 70 %, courbe de ventilation manuelle |
| Mémoire vive | Impact modéré | 8 Go minimum, 16 Go dès qu’il y a plusieurs GPU |
| Alimentation | Point de panne le plus fréquent | Somme des TDP majorée de 25 %, certification 80 Plus Gold |
Le reste relève du bon sens et de la patience. Une machine de minage tourne en continu, donc tout ce qui chauffe finit par lâcher, et la marge se joue sur la durée de fonctionnement autant que sur le hashrate affiché.
Les cryptomonnaies de MinerGate, Litecoin compris
La plateforme a proposé une douzaine de monnaies au fil des ans : Monero, Bytecoin, Aeon, DigitalNote, FantomCoin, Ethereum, Ethereum Classic, Zcash, Bitcoin Gold, Litecoin et Bitcoin. La liste a fondu avec le temps ; les pools Bytecoin et Monero Original ont fermé le 4 février 2020.
Le cas de MinerGate Litecoin mérite un mot, et la réponse honnête déçoit. Le Litecoin utilise Scrypt, un algorithme dominé par les ASIC depuis 2014. Un processeur ou une carte graphique posés sur ce pool produisaient une part si faible que les gains se comptaient en fractions de centime. Le même verdict vaut pour le Bitcoin proposé dans la liste : c’était une option pédagogique, jamais une source de revenu.
Ripple, qu’on voyait parfois cité à côté, ne se mine pas du tout. Les XRP ont été créés en une fois au lancement du réseau ; il n’y a ni bloc, ni récompense, ni mineur. Les monnaies qui valaient le coup sur MinerGate étaient celles de la famille CryptoNote, taillées pour le processeur, et le choix du logiciel selon la monnaie visée reste aujourd’hui le vrai levier.
Le cloud mining vendu par la plateforme
MinerGate vendait aussi des contrats de cloud mining. Le principe : vous payiez une puissance de calcul louée dans un centre de données, sans matériel chez vous, contre une part des gains pendant la durée du contrat. Ces contrats se sont éteints avec le service. Les clients qui avaient payé d’avance n’ont eu aucun recours.
Le schéma se répète assez souvent pour qu’on s’y arrête. L’opérateur encaisse tout de suite, détient le matériel, publie les chiffres qu’il veut, et rien ne permet de vérifier qu’une machine tourne vraiment pour vous. Avant de signer quoi que ce soit, méfiez-vous des rendements annoncés à deux chiffres par mois.
Il existe des offres d’essai qui ne coûtent rien, comme les plateformes de cloud mining gratuites ou le minage en nuage offert sur BTC et XRP, utiles pour comprendre le mécanisme sans engager d’argent. Du côté des contrats payants, les offres de minage de bitcoin pilotées par l’IA reprennent les mêmes promesses avec un vocabulaire neuf, et le désintérêt croissant des investisseurs pour le cloud mining dit assez ce que le marché en pense.
Par quoi remplacer MinerGate aujourd’hui
Le remplacement se fait en deux morceaux, là où MinerGate n’en proposait qu’un : un logiciel de mining d’un côté, un pool de l’autre. C’est un peu plus long à mettre en place. C’est aussi beaucoup plus solide, parce que les deux se changent séparément.
| Ce que vous voulez faire | Logiciel | Pool |
|---|---|---|
| Miner Monero au processeur | XMRig | SupportXMR, MoneroOcean |
| Miner au GPU sur KawPow ou Autolykos | lolMiner, T-Rex, Gminer | 2Miners, Herominers, WoolyPooly |
| Retrouver le principe du Smart Mining | XMRig | MoneroOcean, qui bascule seul sur l’algorithme le plus rentable |
| Être payé dans une autre monnaie que celle minée | Le mineur de votre choix | unMineable |
| Faire tourner un rig entier sans écran | Hive OS, RaveOS | Au choix, configuré depuis l’interface web |
Tous ces pools parlent le protocole Stratum standard. Changer de pool tient en une ligne de configuration. Votre adresse de wallet reste la vôtre du début à la fin : les gains arrivent directement dessus, sans passer par un solde détenu par un tiers. MinerGate n’offrait ni l’un ni l’autre. Le choix d’un pool se fait alors sur trois critères : les frais, le seuil de paiement minimum et le mode de répartition, PPS ou PPLNS.
Sécurité, rentabilité et bonnes pratiques
La sécurité commence par la clé privée du wallet. Elle ne se stocke pas dans un fichier texte sur le bureau. Elle ne se saisit jamais sur un site qui la demande. Une sauvegarde hors ligne vaut mieux qu’un mot de passe compliqué. Activez l’authentification à deux facteurs partout où elle existe, et téléchargez vos mineurs depuis les dépôts officiels des projets, jamais depuis un lien reçu sur un forum.
La rentabilité, elle, se calcule avant d’acheter, pas après. Prenez la consommation de la machine, multipliez par 24, multipliez par le prix de votre kWh, et comparez au revenu estimé par un calculateur de mining. Si l’écart est négatif, aucun réglage ne le rattrapera. Beaucoup d’anciens utilisateurs de MinerGate ont fini par acheter directement leurs cryptomonnaies plutôt que de les miner, et le calcul leur donnait souvent raison.
- Retirer dès que le seuil minimum est atteint, sans exception.
- Vérifier tous les mois que le pool paie encore et que le site répond.
- Noter la consommation réelle au wattmètre, pas celle de la fiche technique.
- Garder une trace des gains pour la déclaration fiscale, qui s’applique aussi aux revenus de minage.
- Arrêter sans état d’âme quand la marge passe sous zéro.
FAQ : les questions qui reviennent sur MinerGate
MinerGate fonctionne-t-il encore ?
Non. Le service est fermé depuis 2023 et le site ne répond plus. Le logiciel installé sur une machine ne se connecte à aucun serveur.Puis-je récupérer le solde laissé sur mon compte ?
Non. Les demandes de remboursement devaient être déposées avant le 1er décembre 2023, et le traitement s’est arrêté au 1er février 2024.Le fichier d’installation trouvé sur un site de téléchargement est-il sûr ?
Rien ne permet de l’affirmer. Ces binaires ne sont plus signés ni maintenus, et un exécutable de minage venu d’une source non officielle est un vecteur classique de logiciel malveillant.Quelle différence entre miner au CPU et au GPU ?
Le processeur convient à RandomX, l’algorithme de Monero, où le cache L3 fait la performance. La carte graphique domine KawPow et Autolykos v2, qui exploitent la bande passante mémoire. Les deux ne minent pas les mêmes monnaies.Existe-t-il un équivalent du Smart Mining ?
Oui, MoneroOcean fait basculer automatiquement la puissance vers l’algorithme le plus rentable du moment, avec un paiement en XMR. Le fonctionnement est le même, le protocole en plus.Et pour miner sur Mac ?
XMRig se compile sur macOS, y compris sur les puces Apple Silicon. Le rendement reste faible, et le refroidissement d’un MacBook n’est pas prévu pour une charge continue.