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Miner crypto : ce qui se mine encore en 2026, et avec quoi

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Miner crypto : ce qui se mine encore en 2026, et avec quoi

Ce qui se mine encore tient sur une main

Cartes de hachage alignées dans le châssis d’une machine de minage

La preuve de travail a rétréci. Sur les milliers de jetons qui circulent, une dizaine de chaînes paient encore quelqu’un pour calculer, et chacune est déjà tenue par une famille de matériel précise. Poser la question « processeur, carte graphique ou machine dédiée ? » dans l’abstrait ne mène nulle part. Monnaie par monnaie, la réponse est tranchée, parfois depuis dix ans.

Elle se lit dans le hashrate du réseau. Quand une chaîne affiche 323 pétahash par seconde et qu’une carte graphique haut de gamme en produit 620 méga, il faudrait un demi-milliard de cartes pour la faire tourner. Le compte ne tombe jamais juste. Ce sont des machines dédiées, et rien d’autre. L’état des lieux au 13 août 2026 :

Monnaie

Algorithme

Ce qui tient le réseau

Hashrate du réseau, 13 août 2026

Bitcoin (BTC)

SHA-256

machines dédiées

884 EH/s

Monero (XMR)

RandomX

processeur, machines dédiées depuis 2023

5,71 GH/s

Ravencoin (RVN)

KawPow

carte graphique

844 GH/s

Ergo (ERG)

Autolykos v2

carte graphique

457 GH/s

Litecoin (LTC)

Scrypt

machines dédiées

2,57 PH/s

Dogecoin (DOGE)

Scrypt, minage fusionné avec LTC

machines dédiées

2,65 PH/s

Kaspa (KAS)

kHeavyHash

machines dédiées

323 PH/s

Ethereum Classic (ETC)

Etchash

machines dédiées

127 TH/s

Zcash (ZEC)

Equihash

machines dédiées

22,2 GSol/s

Dash (DASH)

X11

machines dédiées

2,25 PH/s

Alephium (ALPH)

Blake3

machines dédiées

5,21 PH/s

Les deux colonnes du milieu ne se déduisent pas l’une de l’autre, et c’est le piège de tout ce sujet. Un algorithme conçu pour résister aux machines dédiées y résiste jusqu’au jour où quelqu’un en fabrique une. Kaspa a tenu dix-sept mois. Alephium, trente. Deux chaînes tiennent encore, on verra plus loin ce qui les protège. Le mécanisme du hachage, lui, est détaillé à part : comment un bloc se trouve, du calcul au paiement.

Pourquoi une chaîne en preuve d’enjeu ne se mine pas

Un mineur est payé pour avoir trouvé, par tâtonnement, un nombre qui donne au bloc une empreinte inférieure à une cible. Personne ne peut le deviner. Il faut essayer, des milliards de fois par seconde, et essayer coûte du courant. Le protocole achète cette dépense. Tout le contrat tient là-dedans, et c’est ce qui rend une chaîne minable.

Une chaîne en preuve d’enjeu supprime le tâtonnement. Elle désigne à l’avance qui écrira le prochain bloc, par un tirage pondéré par les jetons immobilisés. Plus rien à chercher, donc plus rien à vendre. Une carte graphique branchée sur une chaîne de ce genre ne produit aucune valeur, parce que le bloc est attribué avant qu’elle ait lancé son premier calcul. La puissance de la carte n’y change rien. Il n’y a pas de concours.

Ethereum a basculé le 15 septembre 2022. Depuis cette date, le minage n’est plus le moyen de produire des blocs valides sur cette chaîne : les validateurs en preuve d’enjeu ont pris le rôle. Cette nuit-là, des millions de cartes graphiques ont perdu leur revenu d’un seul coup. Une partie du parc s’est reportée sur Ethereum Classic, sur Ravencoin et sur Ergo, dont le hashrate a bondi pendant quelques mois. Le reste est parti d’occasion, et ça a cassé le marché des cartes pendant deux ans.

La date mérite d’être retenue telle quelle. Ni octobre 2022, ni « courant 2022 », ni « Ethereum 2.0 » : le 15 septembre 2022. Aucun retour en arrière n’est prévu, aucun mode hybride n’existe, et l’ether ne se mine plus nulle part.

Les monnaies qui n’ont jamais été minables

Ethereum est un cas de bascule. Les suivantes n’ont jamais eu de mineurs, pas un seul jour.

  • Cardano tourne sous Ouroboros, une preuve d’enjeu, depuis son premier bloc. Les producteurs sont tirés parmi les pools de participation, au prorata de la mise qu’ils contrôlent. Aucun calcul n’intervient nulle part dans la chaîne.

  • XRP n’a ni mineurs ni émission progressive. Les jetons existaient tous avant l’ouverture du réseau. Confirmer une transaction n’y demande aucun usage compétitif de ressources : les validateurs se choisissent par listes de confiance, avec un seuil d’accord de 80 %.

  • Solana fonctionne avec des validateurs et un calendrier qui attribue les créneaux d’écriture à l’avance. La preuve d’historique sert à horodater, pas à récompenser le plus rapide.

  • Polkadot, Tezos et Stellar reposent sur trois mécanismes différents, dont aucun n’achète du calcul.

  • Chainlink n’est même pas une chaîne. C’est un jeton qui vit sur Ethereum, donc sur une chaîne en preuve d’enjeu.

Un raccourci utile pour trancher seul : si une monnaie propose de « staker » ses jetons pour toucher un rendement, elle ne se mine pas. Les deux modèles s’excluent. Le panorama complet des façons de participer est ailleurs : les six façons de miner, et laquelle vous concerne.

Le processeur : Monero, et pour combien de temps

Processeur seize cœurs monté sur sa carte mère, ventirad démonté

RandomX est l’algorithme de Monero depuis 2019. Il exécute des programmes tirés au hasard sur une mémoire de 2 Go, ce qui revient à demander au matériel d’être un processeur généraliste. Monero se mine aussi à la carte graphique, mais le processeur y est nettement plus efficace, et c’est assez rare pour être signalé.

Au 13 août 2026 à 18 h 36, le réseau tourne à 5,7061 GH/s. La récompense de bloc vaut 0,6175 XMR, un bloc sort toutes les deux minutes, donc 720 blocs et 444,6 XMR par jour pour l’ensemble des mineurs. Le cours est de 392,56 $. De quoi établir une fois pour toutes le rendement unitaire de la chaîne :

444,6 XMR ÷ 5 706 100 kH/s = 7,79 × 10⁻⁵ XMR par kH/s et par jour, soit 0,0306 $ au cours du jour.

Tout le reste s’en déduit. Un Ryzen 9 7950X sort 21,5 kH/s pour 200 W sur RandomX.

  • Sa récolte : 21,5 × 0,0306 = 0,66 $ par jour. À 1,1555 dollar pour un euro, taux de référence du 10 août 2026, ça fait 0,57 €.

  • Sa facture : 200 W pendant 24 h font 4,8 kWh. Au tarif réglementé bleu du 1ᵉʳ août 2026, 0,2001 €/kWh TTC en option base à 6 kVA, ça donne 0,96 €.

  • Bilan : 39 centimes de perte par jour, 142 € sur l’année, avec un processeur qui coûte plusieurs centaines d’euros.

Le seuil se déduit du même calcul : 0,57 € de recette pour 4,8 kWh consommés, soit 0,1186 €/kWh. Il faudrait payer le courant 41 % moins cher que le tarif réglementé pour rentrer dans ses frais, avant même d’amortir la machine. Sur un ordinateur allumé de toute façon, la vraie dépense se limite à l’écart entre la veille et la pleine charge, ce qui change l’arithmétique du tout au tout.

RandomX a maintenant ses machines dédiées

Bitmain a annoncé l’Antminer X5 fin août 2023 et l’a mis en vente en septembre : 212 kH/s pour 1 350 W, première machine dédiée à un algorithme construit pour leur résister. Sa sortie a inquiété les mineurs de Monero. Trois ans plus tard, elle n’a pas emporté le réseau, et le rendement unitaire dit pourquoi.

  • Sa récolte : 212 × 0,0306 = 6,48 $ par jour, soit 5,61 €.

  • Sa facture : 1 350 W pendant 24 h font 32,4 kWh, soit 6,48 € au tarif réglementé et 6,32 € au tarif bleu professionnel.

  • Son seuil : 5,61 € ÷ 32,4 kWh = 0,1732 €/kWh.

Ce seuil-là touche le bas de la grille française. Les heures creuses coûtent 0,1589 €/kWh, donc la machine serait bénéficiaire si elle ne tournait qu’en heures creuses. Sauf qu’elle tourne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et que le reste de la journée se paie 0,2142 €. Sur un contrat classique à huit heures creuses, le prix moyen ressort autour de 0,196 €, ce qui laisse la machine à 73 centimes de perte quotidienne. Elle passe très près. Elle ne passe pas.

Rapportée au watt, l’X5 est une fois et demie plus efficace qu’un Ryzen 9 7950X : 6,37 joules par kilohash contre 9,3. Une fois et demie, quand on va croiser plus loin sur cette page des écarts à trois chiffres. Voilà ce qui a laissé le processeur en vie sur cette chaîne pendant trois ans.

La deuxième génération change d’échelle. Bitmain a annoncé l’Antminer X9 pour des livraisons en juillet 2026 : 1 MH/s pour 2 472 W, soit 2,47 joules par kilohash, à 5 600 $ l’unité. Une seule de ces machines vaut quarante-six processeurs haut de gamme, et elle est cette fois 3,8 fois plus efficace au watt qu’un Ryzen 9 7950X.

  • Sa récolte : 1 000 × 0,0306 = 30,60 $ par jour, soit 26,48 €.

  • Sa facture : 2 472 W pendant 24 h font 59,3 kWh, soit 11,87 € au tarif réglementé.

  • Résultat : 14,61 € de bénéfice quotidien, un seuil à 0,446 €/kWh, et la machine remboursée en 332 jours.

C’est la seule ligne positive de toute cette page, et elle vient avec une réserve de taille. Ces 30,60 $ se calculent sur un réseau à 5,7 GH/s, c’est-à-dire avant que le parc d’X9 soit branché. Chaque machine livrée ajoute 1 MH/s au total et dilue d’autant le rendement de toutes les autres, la sienne comprise. Mille X9 en service feraient monter le réseau de 18 %, et le gain quotidien de chacune tomberait vers 26 $. Dix mille le diviseraient par trois. C’est le mécanisme exact qui a vidé Kaspa de ses cartes graphiques en 2023, à ceci près qu’on peut le regarder venir.

Ce que ça laisse au processeur, c’est un sursis, et une place qui tient entièrement au fait de ne pas avoir payé la machine. Un Ryzen déjà posé sur un bureau perd 39 centimes par jour ; acheté exprès pour miner, il en perd bien davantage une fois l’amortissement compté.

La carte graphique : Ravencoin et Ergo

Deux chaînes, et il faut chercher pour en trouver une troisième qui compte. Toutes deux reposent sur un algorithme gourmand en mémoire, ce qui rapproche le matériel idéal d’une carte graphique et éloigne le gain d’une puce spécialisée.

Ravencoin, l’héritier direct du parc orphelin

KawPow est arrivé par une bifurcation en mai 2020, dérivé de ProgPoW, lui-même dérivé d’Ethash. C’est ce qui a fait de Ravencoin la destination naturelle des cartes libérées par la bascule d’Ethereum : le même matériel, sans rien à racheter.

  • Réseau : 843,89 GH/s. Un bloc par minute, donc 1 440 blocs par jour. Récompense : 1 250 RVN, tombée de 2 500 lors de la division de janvier 2026. Émission quotidienne : 1 800 000 RVN. Cours : 0,00271509 $.

  • Une RTX 3080 sort 46,45 MH/s pour 279 W sur KawPow.

  • Sa part : 46,45 ÷ 843 890, soit 55 millionièmes.

  • Sa récolte : 1 800 000 × 0,000055 = 99,1 RVN par jour, soit 0,27 $, soit 0,23 €.

  • Sa facture : 6,7 kWh à 0,2001 €, soit 1,34 €.

Perte de 1,11 € par jour, 405 € sur l’année, pour une carte qui aura pris de l’âge pendant ce temps. Pour rentrer dans ses frais, il faudrait un seuil d’électricité de 0,035 €/kWh, un sixième du tarif français le plus bas. Le réseau entier représente environ 18 000 cartes de ce calibre.

Ergo, protégé par une table qui grossit

Autolykos v2 demande au matériel de résoudre un problème de somme sur un grand tableau tenu en mémoire. Le projet relève périodiquement la taille de ce tableau, ce qui périme le matériel spécialisé qu’on financerait aujourd’hui : une puce gravée pour la table actuelle sera hors course après la prochaine marche. Le plancher réel est de 4 Go de mémoire vidéo, avec une GTX 1060 6 Go ou une RX 580 8 Go comme point d’entrée raisonnable.

  • Réseau : 457 240 MH/s. Un bloc toutes les deux minutes, 3 ERG par bloc, donc 2 160 ERG par jour. Cours : 0,2078 $.

  • Une RTX 3080 sort 218,55 MH/s pour 180 W sur Autolykos2.

  • Sa part : 218,55 ÷ 457 240, soit 478 millionièmes.

  • Sa récolte : 2 160 × 0,000478 = 1,032 ERG par jour, soit 0,21 $, soit 0,19 €.

  • Sa facture : 4,32 kWh à 0,2001 €, soit 0,86 €.

Perte de 67 centimes par jour, 246 € sur l’année. Ergo demande un seuil de 0,043 €/kWh, qui n’existe sur aucun compteur français non plus, mais qui tolère un courant 23 % plus cher que Ravencoin. Sur la même carte, Autolykos2 consomme un tiers de moins que KawPow et rapporte davantage : entre les deux chaînes de carte graphique, Ergo est nettement le meilleur pari, et c’est l’inverse de ce que suggère la taille des deux réseaux. Le parc d’Ergo tient dans 2 100 cartes, celui de Ravencoin dans 18 000. On est très loin des ordres de grandeur du bitcoin.

Ce qui a basculé vers les machines dédiées, et quand

Rangée de mineurs ASIC en fonctionnement dans un local ventilé

C’est le bloc qui coûte le plus cher à ignorer. Une monnaie qui se minait à la carte graphique il y a trois ans ne s’y mine plus forcément aujourd’hui, et rien ne prévient : le logiciel démarre, la carte chauffe, le portefeuille ne se remplit pas.

Kaspa, tombé en avril 2023

IceRiver a sorti les premières machines kHeavyHash en avril 2023, la KS0 puis la KS1 et la KS2. Bitmain a suivi avec sa série KS. En quelques mois, la carte graphique était hors jeu. L’écart mesuré aujourd’hui reste difficile à croire tant qu’on ne l’a pas posé.

Une IceRiver KS5L produit 12 TH/s pour 3 400 W. Une RTX 3080 produit 878 MH/s pour 272 W sur le même algorithme. La machine dédiée fait donc 13 668 fois le hachage de la carte, pour 12,5 fois sa consommation. Rapporté au watt, l’écart dépasse le facteur mille. Autrement dit, il faudrait 13 668 cartes graphiques et 3,7 mégawatts pour égaler un boîtier qui tient dans un carton et tire 3,4 kilowatts. Miner du Kaspa avec une carte graphique en 2026 ne rapporte rien.

Ethereum Classic, la fausse bonne idée

Ethereum Classic est bien resté en preuve de travail. C’est même sa raison d’être depuis la scission de juillet 2016, et sa politique monétaire réduit la récompense de 20 % tous les 5 millions de blocs. La sixième tranche s’est ouverte au bloc 25 000 001, en juillet 2026, et la récompense est passée de 2,048 à 1,6384 ETC. Rien de tout cela n’en fait un terrain de carte graphique.

Etchash porte aujourd’hui 127 TH/s. Un serveur Jasminer X44-P sort 23,4 GH/s pour 2 550 W : il en faut environ 5 450 pour faire ce réseau. En RTX 3080 à 97,88 MH/s, il en faudrait 1,3 million, pour 291 mégawatts. Le second compte n’a aucun sens. Autre indice pratique : le jeu de données pèse 4,27 Go à l’époque 419, donc les cartes de 4 Go sont déjà exclues, et celles de 6 Go arrivent au bout.

Litecoin et Dogecoin, un seul calcul pour deux chaînes

Dogecoin a adopté la preuve de travail auxiliaire le 11 septembre 2014, au bloc 371337, ce qui autorise à soumettre le même calcul Scrypt aux deux chaînes en même temps. Le même boîtier sert donc les deux réseaux sans un watt supplémentaire, seul cas de figure de cette page où le matériel touche deux monnaies à la fois. L’Antminer L9, sorti en mai 2024, produit 17 GH/s pour 3 570 W.

  • Côté Dogecoin : réseau 2,6474 PH/s, 10 000 DOGE par bloc, un bloc par minute, donc 14,4 millions de DOGE par jour. La part de la machine est de 6,42 millionièmes, ce qui donne 92,5 DOGE à 0,0702 $, soit 6,49 $.

  • Côté Litecoin : réseau 2,57 PH/s, 6,25 LTC par bloc, un bloc toutes les deux minutes et demie, donc 3 600 LTC par jour. La part est de 6,61 millionièmes, ce qui donne 0,0238 LTC à 44,72 $, soit 1,06 $.

  • Total : 7,55 $, soit 6,54 €.

  • Facture : 85,68 kWh par jour. Au tarif bleu professionnel du 1ᵉʳ août 2026, 0,1949 €/kWh TTC, ça fait 16,70 €.

Perte quotidienne : 10,16 €, avec le meilleur tarif accessible en France. Son seuil, 0,076 €/kWh, est exactement celui d’une machine bitcoin de dernière génération. Le minage fusionné double le nombre de monnaies encaissées sans doubler la marge, parce que la difficulté a déjà avalé le bonus.

Zcash, Dash, Alephium

Zcash tourne à 22,16 GSol/s sur Equihash. Un Antminer Z15 Pro sort 840 kSol/s pour 2 780 W : environ 26 400 boîtiers font le réseau. Sur cet algorithme, une carte graphique se compte en centaines de solutions par seconde, ce qui donnerait des dizaines de millions de cartes. Le compte est absurde, la réponse est connue.

Dash tourne à 2,25 PH/s sur X11. Un Antminer D9 sort 1,77 TH/s pour 2 839 W, donc 1 274 machines suffisent à faire l’ensemble. Le parc est l’un des plus petits de cette page, et il est intégralement spécialisé.

Alephium a basculé en 2024, trente mois après le lancement de sa chaîne. Goldshell a ouvert le bal avec l’AL Box, Bitmain a suivi avec l’Antminer AL1 en juillet 2024 puis l’AL1 Pro en septembre, et IceRiver a sorti dans la foulée son AL3 à 15 TH/s. Blake3 porte aujourd’hui 5,21 PH/s, soit quelques centaines de boîtiers. Le calcul au GPU n’y pèse plus rien.

Flux a quitté le minage

Cas particulier, et le plus mal connu de tous. Le 20 octobre 2025, Flux a cessé de rémunérer le hashrate. Les pools ont fermé faute d’objet. La récompense va désormais aux FluxNodes, des serveurs jugés sur leur disponibilité et sur la garantie immobilisée, pas sur leur puissance de calcul, et le temps de bloc est passé de deux minutes à trente secondes au passage. Branchée sur Flux aujourd’hui, une carte graphique ne touche rien du tout, quel que soit le logiciel installé.

Bitcoin : la division qui tranche toutes les promesses

Compteur électrique et tableau de raccordement d’une installation de minage

Ce qu’un mineur peut toucher se compose de deux termes, et un seul est fixe. La subvention d’abord : 3,125 BTC par bloc depuis avril 2024, 144 blocs par jour, donc 450 BTC, pas un de plus, quel que soit le nombre de machines branchées. Les frais de transaction ensuite, que les utilisateurs paient pour passer devant. Sur les 144 derniers blocs au 13 août 2026, ils pèsent 3,30 BTC, soit 0,73 % du total. Le réseau distribue donc 453,30 BTC par jour. Côté puissance, 899 EH/s au 14 août 2026, en retrait de près de trente pour cent sur le sommet de 1 306 EH/s d’octobre 2025, parce que le mégawatt se vend mieux à l’intelligence artificielle qu’au hachage et que le matériel ancien s’éteint dès qu’il coûte plus qu’il ne rend.

Divisez l’un par l’autre. 45,33 milliards de satoshis répartis sur 899 millions de térahash par seconde donnent 50 satoshis par TH/s et par jour, dont 49,6 de subvention et 0,4 de frais. Ce n’est pas une constante : le quotient monte quand le réseau maigrit et descend quand il grossit — au sommet d’octobre 2025 il tombait à trente-cinq. Mais à une date donnée, c’est un plafond. Aucun pool, aucun hébergeur, aucune application ne passe au-dessus à distribuer. Toute offre qui promet mieux sans matériel rattaché à votre compte vous verse l’argent d’un autre client.

Le second terme bouge, et c’est la seule marge de manœuvre du plafond. Quand le réseau s’encombre, les frais grimpent et le plafond avec eux ; sur une journée calme, ils retombent sous le demi-satoshi par térahash. Rien de tout cela ne change l’ordre de grandeur : on parle d’un pour cent, pas d’un facteur dix.

La vérification croisée tombe juste. Le hashprice au 10 août 2026 vaut 31,73 $ par pétahash et par jour, soit 0,0317 $ par térahash. Cinquante satoshis au cours du 13 août, 63 350 $ le bitcoin, valent 0,0317 $. Les deux chemins donnent le même nombre.

Quelle puissance pour un bitcoin entier

Produire 1 BTC par jour revient à prendre 1 BTC sur les 453,30 distribués, donc à détenir un 453e du réseau : 884 ÷ 453,30 = 1,950 EH/s, soit 1 950 200 TH/s.

En Antminer S21 Pro, la référence actuelle à 234 TH/s pour 3 510 W, ça fait 8 334 machines et 29,3 mégawatts. Sur vingt-quatre heures, elles consomment 702 mégawattheures. Pour un bitcoin.

Au tarif bleu professionnel du 1ᵉʳ août 2026, 0,1949 €/kWh TTC, cette électricité coûte 136 800 €. Le bitcoin produit en vaut 63 350 $, soit environ 54 800 €. Le courant coûte deux fois et demie le jeton, avec le matériel le plus efficace qu’on puisse acheter et le tarif le plus bas qu’on puisse souscrire.

Le même calcul étalé parle davantage : vingt-trois S21 Pro tournant un an entier, 80 kilowatts en continu, produisent un bitcoin. Les 702 MWh sont les mêmes, et la facture aussi. Ce que rapporte concrètement une journée de machine est détaillé ici : combien gagne une journée de minage.

Le seuil d’électricité, machine par machine

Pour une machine bitcoin, tout se ramène à une seule caractéristique : les joules dépensés par térahash. Le prix maximal du kilowattheure au-delà duquel la machine perd de l’argent se calcule directement, au hashprice et au cours du jour : seuil en €/kWh = 1,146 ÷ efficacité en J/TH.

Machine

Hashrate

Consommation

Efficacité

Seuil d’électricité

Antminer S21 XP Hydro

473 TH/s

5 676 W

12 J/TH

0,096 €/kWh

Antminer S21 XP

270 TH/s

3 645 W

13,5 J/TH

0,085 €/kWh

Antminer S21 Pro

234 TH/s

3 510 W

15 J/TH

0,076 €/kWh

Whatsminer M60S

186 TH/s

3 441 W

18,5 J/TH

0,062 €/kWh

Avalon A1566

185 TH/s

3 420 W

18,5 J/TH

0,062 €/kWh

En face, les tarifs français au 1ᵉʳ août 2026. Le bleu résidentiel en option base coûte 0,2001 €/kWh TTC à 3 et 6 kVA, 0,1985 € de 9 à 36 kVA. En heures pleines et heures creuses, c’est 0,2142 € et 0,1589 €. Le bleu professionnel revient à 0,1949 €/kWh toutes taxes comprises.

Le moins cher de la liste, les heures creuses à 0,1589 €, reste 66 % au-dessus du meilleur seuil du tableau. Et ce seuil-là appartient à une machine à refroidissement liquide qui exige du 380 à 415 volts triphasé industriel : aucune ligne monophasée domestique ne la fait démarrer.

Deux réserves avant de faire des plans sur le tarif professionnel. Il est réservé aux entreprises de moins de dix salariés réalisant moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et l’option base n’est plus souscriptible au-delà de 6 kVA, ce qu’un rig atteint vite : un circuit 16 A en 230 V tient 3 680 W en pointe, moins en continu, soit une seule machine de dernière génération. Le choix du modèle est traité en détail dans quel mineur ASIC choisir pour le Bitcoin, et le classement des chaînes dans ce que veut dire une difficulté de minage élevée.

Ce que valent vraiment les machines d’occasion

Le marché de la seconde main donne l’impression d’une bonne affaire, et c’est le piège le plus coûteux du minage domestique. Prenons l’Antminer S19j Pro, sorti en juin 2021, le modèle le plus vendu de sa génération : 104 TH/s pour 3 068 W, soit 29,5 J/TH.

En août 2026, les annonces d’occasion vont de 297 à 980 $ selon l’état des cartes de hachage et la garantie. Le même modèle neuf s’affiche entre 938 et 6 399 $ selon le revendeur, un écart de 6,8 fois sur une machine identique, ce qui en dit long sur ce que vaut un prix affiché dans ce commerce. Voilà ce que fait la machine à 297 $, soit environ 257 €, branchée sur une prise française.

  • Recette : 104 TH/s × 0,0317 $ = 3,30 $ par jour, soit 2,86 €.

  • Facture : 3,068 kW pendant 24 h font 73,6 kWh. À 0,2001 €/kWh, ça donne 14,73 €.

  • Résultat : 11,87 € de perte par jour.

La machine a donc coûté son propre prix d’achat en vingt-deux jours de fonctionnement. Son seuil d’électricité, 1,146 ÷ 29,5, tombe à 0,039 €/kWh. Rien en France n’en approche.

Voilà la vraie cote d’occasion. Le prix d’une machine ancienne renseigne moins sur son état que sur ce que le marché pense de son efficacité. À 29,5 J/TH contre 12 pour la génération actuelle, le S19j Pro brûle deux fois et demie plus de courant pour le même hachage, et personne n’en veut à un prix qui rémunérerait le vendeur. Une machine d’occasion se juge sur ses joules par térahash, jamais sur son hashrate ni sur son prix.

Un dernier paramètre pèse sur toute machine achetée aujourd’hui, neuve ou non : la division de la récompense tombe au printemps 2028 et coupe la recette en deux du jour au lendemain. Achetée en 2026, elle verra donc son revenu réduit de moitié avant son quatrième anniversaire, sans que sa consommation bouge d’un watt.

Par où commencer, selon ce qu’on a déjà

Trois situations, trois réponses. Aucune ne consiste à acheter une machine bitcoin pour la brancher chez soi en France.

Un processeur déjà là

Monero, sans hésiter, parce que c’est la seule chaîne où le matériel généraliste tient encore le coup. Trente-neuf centimes de perte par jour sur un processeur haut de gamme au tarif réglementé, c’est le chiffre le moins mauvais de tout le catalogue. Sur une machine déjà allumée pour autre chose, le surcoût réel se réduit à l’écart entre la veille et la pleine charge, et l’équation change. Le logiciel de référence prélève 1 % de frais de développeur. Le calendrier, en revanche, joue contre vous : les livraisons d’Antminer X9 démarrent en juillet 2026, et chaque lot rogne le rendement d’un processeur. Un petit ordinateur monocarte, lui, ne change rien à l’affaire, comme le montre ce que produit vraiment un Raspberry Pi en minage.

Une carte graphique déjà là

Ergo d’abord, Ravencoin ensuite, et l’écart entre les deux n’est pas mince : 67 centimes de perte par jour contre 1,11 €, soit 246 € contre 405 € sur l’année. Face à ça, une carte dont la valeur de revente baisse pendant qu’elle chauffe. L’arbitrage honnête se joue donc entre miner et revendre. Deux détails techniques comptent plus qu’on ne le croit sur ces deux algorithmes. La bande passante mémoire décide de tout, bien avant la fréquence du processeur graphique. Et un riser s’alimente en PCIe, jamais en SATA : un connecteur SATA n’autorise que 54 W quand une carte peut tirer 75 W par le slot.

Un achat neuf

Aucun seuil de machine bitcoin n’est atteignable au tarif français, professionnel et heures creuses compris. Le raisonnement change si l’électricité vient d’ailleurs, autoconsommation photovoltaïque ou hébergement dans un pays où le mégawattheure est bon marché. Mais alors la question a changé de nature : elle porte sur l’endroit où brancher la machine, plus sur la monnaie à miner. La consommation réelle et le cadre légal qui l’entoure sont traités dans la consommation électrique du minage et ce que dit la loi.

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