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DAG et VRAM : jusqu’à quand votre carte graphique minera encore

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DAG et VRAM : jusqu’à quand votre carte graphique minera encore

Une carte graphique ne perd pas ses performances de minage petit à petit. Elle mine, puis un matin elle refuse de démarrer. Entre les deux, un fichier a grossi de huit mégaoctets et il ne rentre plus dans sa mémoire. Ce fichier, c’est le DAG, et il vaut mieux savoir combien de temps il laisse à votre matériel avant de dépenser quoi que ce soit.

Ce compte à rebours se calcule. Sa vitesse est écrite dans le protocole de chaque monnaie : elle ne dépend ni du cours, ni de la difficulté, ni de ce que font les autres mineurs. On peut donc dater la sortie de route d’une carte des années à l’avance, à quelques mois près.

Ce que le logiciel charge dans votre VRAM

Le DAG, pour directed acyclic graph, est un jeu de données pseudo-aléatoires que le logiciel de minage reconstruit à partir de l’historique de la chaîne. Il ne se télécharge pas, il se calcule : sur une carte récente l’opération prend une dizaine de secondes, sur une vieille Polaris plusieurs minutes. Une fois construit, il est chargé en entier dans la mémoire du GPU et il y reste.

Chaque hash calculé va ensuite y piocher soixante-quatre fragments tirés au hasard. Le débit dépend donc de la vitesse à laquelle la carte lit sa mémoire, pas du nombre d’unités de calcul qu’elle embarque. Une puce énorme sur un bus étroit s’y montre médiocre. Un modèle plus modeste, mais doté de mémoire rapide, s’y débrouille très bien. Cette dépendance à la mémoire a longtemps tenu les fabricants d’ASIC à distance : il leur faudrait graver plusieurs gigaoctets de mémoire rapide à côté du circuit.

Le DAG grossit à chaque epoch, une tranche fixe de blocs. La règle d’Ethash, reprise par toutes ses variantes, part d’un gibioctet et ajoute huit mébioctets par epoch. Rien ne l’accélère et rien ne le freine. Le seul paramètre qui change d’une monnaie à l’autre, c’est la durée d’un epoch, et cette durée fait toute la différence.

Où en sont les DAG aujourd’hui

Relevé sur le calculateur de minerstat le 14 août 2026, avec le numéro d’epoch recalculé depuis la hauteur de bloc de chaque chaîne.

MonnaieAlgorithmeEpochTaille du DAGLongueur d’un epoch
Ethereum Classic (ETC)Etchash4194,27 Gio60 000 blocs, soit 9,5 jours
Ravencoin (RVN)KawPow5995,68 Gio7 500 blocs, soit 5,3 jours
Iron Fish (IRON)FishHashsans objet4,50 Giotaille figée dans le protocole

Les durées d’epoch viennent des temps de bloc réellement observés, 13,7 secondes sur l’Ethereum Classic et une petite minute sur le Ravencoin, pas des 13 et 60 secondes que visent les protocoles. Sur l’ETC, ce dixième de seconde de retard décale l’échéance d’une carte de plusieurs mois.

La ligne d’Iron Fish n’a pas de numéro d’epoch parce que son jeu de données ne grandit jamais. FishHash le fige à 4608 Mo, une bonne fois. Aucun autre algorithme du lot n’offre ça : ce qui rentre aujourd’hui rentrera dans dix ans. Sur toutes les autres lignes, l’exclusion est programmée.

La colonne qui compte est la dernière, pas celle des tailles. Le Ravencoin franchit un palier tous les cinq jours, l’Ethereum Classic tous les dix. Le premier avale donc la VRAM de vos cartes deux fois plus vite que le second, alors que son DAG a déjà un gigaoctet et demi d’avance.

Cette lenteur de l’ETC n’est pas un hasard. En novembre 2020, le hard fork Thanos a doublé la longueur de son epoch, de 30 000 à 60 000 blocs. La taille du DAG est retombée d’un coup aux alentours de 2,5 Gio et sa croissance a été divisée par deux. La chaîne s’est rouverte aux cartes de 4 Go, que l’Ethereum d’avant la fusion s’apprêtait alors à exclure. Le sursis a duré cinq ans : le DAG de l’ETC a dépassé les 4 Gio à l’epoch 385, le 28 septembre 2025. Sous Windows, où la marge est plus courte, elles avaient déjà décroché courant 2024.

Les 8 Go de la boîte ne sont pas 8 Go pour le DAG

Une part de la mémoire ne vous appartient pas. Windows et les applications de fond consomment de 100 à 500 Mo de VRAM en permanence, selon le nombre d’écrans branchés et leur définition, et le pilote garde encore quelques dizaines de mégaoctets pour ses propres structures. Le modèle de 8 Go laisse donc autour de 7,6 Gio réellement allouables, et un DAG de 7,7 Gio n’y entrera pas alors que l’arithmétique disait le contraire.

Les mineurs ont chiffré l’écart depuis longtemps, puisqu’il décide de tout sur les cartes limites. lolMiner conseille d’autoriser 4076 Mo sur une carte de 4 Go sous Linux, contre 4008 à 4024 Mo sous Windows. Ni l’un ni l’autre n’atteint les 4096 Mo inscrits sur la boîte, et l’écart entre les deux systèmes se paie en dizaines d’epochs, soit plusieurs mois de production. C’est une des raisons pour lesquelles les fermes ne tournent pas sous Windows, et la seule qui se chiffre aussi facilement.

Les logiciels ajoutent leur propre marge de sécurité. lolMiner laisse 5 Mo libres par défaut, un paramètre keepfree qui se règle désormais GPU par GPU. On y touche quand on joue les dernières semaines d’une carte.

La date à laquelle votre carte décroche

Le calcul tient en trois opérations. On cherche le dernier epoch dont le DAG tient dans la mémoire allouable, on retranche l’epoch courant, on multiplie par la durée d’un epoch. Les marges retenues sont celles que PhoenixMiner applique par défaut : 384 Mo sous Windows, 128 Mo sous Linux.

VRAM de la carteEthereum ClassicRavencoin
4 Gohors jeuhors jeu
6 Go, sous Windowsfévrier 2031déjà hors jeu
6 Go, sous Linuxdécembre 2031décembre 2026
8 Go, sous Windowsoctobre 2037mars 2030
8 Go, sous Linuxaoût 2038septembre 2030
12 Goau-delà de 20502037
16 Goau-delà de 20502045

Les deux dernières lignes retiennent l’hypothèse basse, celle d’une carte sous Windows ; un rig aveugle gagne encore six mois. À ces horizons, la précision n’a de toute façon plus de sens.

Une carte de 6 Go branchée sur un écran, sous Windows, ne mine déjà plus le Ravencoin. Son propriétaire l’apprend en lançant son logiciel, jamais en lisant un calendrier. La même carte a pourtant encore quatre ans et demi devant elle sur l’Ethereum Classic. Le matériel va très bien. C’est la monnaie qui a changé de catégorie.

Passé 12 Go, l’échéance sort du raisonnable et cesse d’être un critère d’achat. Les 16 Go d’une RTX 5070 Ti ne verront jamais le DAG les rattraper : la carte s’usera, se revendra ou passera pour trop gourmande bien avant. À l’autre bout, une occasion de 8 Go proposée à bas prix reste une bonne affaire pour l’ETC et un mauvais calcul pour tout ce qui avance vite.

Cartes graphiques d’un rig de minage vues de face, ventilateurs et connecteurs d’alimentation

Ce qui arrêtera votre carte avant le DAG

Encore faut-il que cette échéance compte. Sur l’Ethereum Classic, une carte qui sort 100 MH/s prend sept dix-millionièmes d’un réseau qui distribue environ 10 300 ETC par jour. Ça fait 0,0073 ETC, soit quatre centimes d’euro au cours du 14 août 2026. WhatToMine annonce 5 % de moins : sa difficulté est moyennée sur vingt-quatre heures et il retranche un forfait pour les blocs orphelins.

En face, une RTX 3070 en sous-voltage produit 62 MH/s pour 118 watts, hashrate et consommation relevés au même point de fonctionnement. Vingt-quatre heures à ce régime consomment 2,8 kWh. Au tarif réglementé résidentiel du 1er août 2026, 0,2001 € le kilowattheure en option Base, la facture atteint 57 centimes pour deux centimes et demi produits. Un à vingt-trois. Ni l’overclocking ni un meilleur pool ne rattrapent un écart pareil.

Sur cette monnaie, la facture d’électricité arrivera donc bien avant le DAG. Les dates du tableau valent pour qui mine sur du courant qu’il ne paie pas au tarif du réseau : photovoltaïque en autoconsommation, chaleur récupérée pour chauffer un local, matériel installé là où le kilowattheure coûte le quart du nôtre. Ailleurs, la VRAM est la deuxième contrainte à regarder, pas la première.

Et le calcul se refait souvent, parce que ses termes bougent. La récompense de bloc de l’Ethereum Classic est passée de 2,048 à 1,6384 ETC le 22 juillet 2026, au bloc 25 000 000, cinquième réduction de 20 % prévue par son protocole. Trois semaines plus tard, deux annuaires de minage très consultés affichaient encore 2,56, soit deux paliers de retard. Le revenu attendu en ressort gonflé de moitié. Le calcul complet, avec le seuil en euros par kilowattheure, se reprend monnaie par monnaie sur la récompense en vigueur, pas sur celle qu’affiche un tableau de bord.

Le mode zombie, et pourquoi il ne vous sauvera pas

Un GPU dépassé par le DAG n’est pas forcément muet. lolMiner sait n’en garder qu’une partie en VRAM et aller chercher le reste par le bus PCIe à chaque accès. Le plafond mémoire se pose avec --4g-alloc-size. Sur les Polaris, --zombie-tune reprend 5 à 15 % par-dessus, se règle carte par carte et accepte un réglage automatique, avec 2 pour valeur utile sur la plupart des modèles.

Le prix se voit tout de suite, et il s’aggrave à chaque palier. Une RX 580 de 4 Go qui sortait 30 MH/s en régime normal tenait encore 27,6 MH/s à l’epoch 382, soit 92 % de sa capacité. Elle tombait à 55 % à l’epoch 390, puis à 22 % à l’epoch 400. Huit epochs séparent les deux premières mesures : la chute n’est pas progressive, elle est brutale, parce que la part du fichier qui doit transiter par le bus augmente d’un cran à chaque fois.

Deux choses ont fini d’enterrer la méthode. lolMiner a retiré le mode zombie de sa version Windows à partir de la 1.27 : il finissait par renvoyer des parts invalides et devenait trop lent pour valoir la peine. Et sur l’Ethereum Classic d’aujourd’hui, une carte de 4 Go devrait faire passer plus de 200 Mo par le bus à chaque accès, ce qui ne laisse rien d’exploitable. Le mode zombie appartient à l’histoire des cartes qui ont survécu un an de plus, pas aux décisions de 2026.

Les messages que vous verrez le jour où ça lâche

La panne ne ressemble pas à une panne de mémoire, et beaucoup cherchent longtemps ailleurs. Le logiciel s’arrête au démarrage, souvent après avoir affiché la carte comme correctement détectée.

  • lolMiner : GPU 0: Allocation of DAG failed with error: Memory object allocation failure. C’est le symptôme canonique, en une seule ligne.
  • T-Rex nomme carrément le coupable : Device does not have enough free memory to hold the DAG for epoch 65.
  • PhoenixMiner se contente d’une erreur CUDA brute, CUDA error in CudaProgram.cu:373 : out of memory (2), qui ressemble à n’importe quel plantage de pilote.
  • ethminer dit « Creating DAG buffer failed », Claymore « Cannot create DAG ».
  • Un seul GPU qui décroche dans un rig où les autres continuent : celui qui a le moins de VRAM, ou celui sur lequel l’écran est branché.

Débranchez l’écran de la carte concernée et relancez avant de conclure. Si le minage repart, il manquait trois cents mégaoctets et vous venez de gagner quelques epochs. Si le message revient à l’identique, la carte a fini sa carrière sur cette monnaie.

Acheter en fonction du DAG plutôt que du hashrate

On compare d’habitude les mégahash par seconde, puis on divise par les watts. Il manque une dimension : le temps pendant lequel ce chiffre restera encaissable. Deux fois plus rapide et morte dans dix-huit mois, ça rapporte moins que lente et vivante cinq ans.

La capacité mémoire d’une occasion se vérifie plutôt qu’elle ne se croit. Les versions bridées d’un même modèle existent, et les cartes de minage sans sortie vidéo portent parfois des configurations que le fabricant n’a jamais vendues au détail. Vient ensuite la monnaie visée. Cinq ans de marge sur l’Ethereum Classic peuvent se réduire à quatre mois sur le Ravencoin, pour la même carte. Et la question disparaît entièrement sur un algorithme à jeu de données figé comme FishHash, où une carte qui démarre aujourd’hui démarrera encore dans dix ans.

Reste la bande passante mémoire, qui fait le hashrate sur un algorithme à DAG là où la puissance de calcul ne sert presque à rien. Une génération peut donc progresser franchement sans rien apporter ici : la RX 9070 XT gagne 30 % de calcul brut sur la RX 7800 XT, et 2,5 % de bande passante mémoire. Les 640 Go/s de RDNA 4 font à peine mieux que les 624 de la génération d’avant, pendant que les unités de calcul et le débit matriciel s’envolent. C’est excellent pour le jeu et pour l’inférence. Le DAG, lui, n’en voit rien.

Le détail des débits par modèle, avec la consommation relevée sur la carte, tient dans notre comparatif des cartes graphiques de minage. La VRAM y sert de filtre avant tout le reste : une carte qui ne tiendra pas le DAG n’a pas besoin d’être comparée.

Le mot DAG désigne deux choses sans rapport

En cherchant la taille du DAG, vous tomberez sur une profusion de résultats consacrés à BlockDAG. Le sigle est le même, le sens n’a rien à voir. Ici, le DAG est un fichier de données rangé dans la mémoire de votre carte. Là, le graphe acyclique dirigé désigne une façon d’organiser les blocs d’une chaîne, plusieurs à la fois plutôt qu’à la queue leu leu. Aucun rapport avec la VRAM, aucun rapport avec votre carte graphique.

Le projet en question traîne un dossier lourd. Son mainnet est parti le 10 février 2026, huit mois après la première date annoncée, avec des soldes de prévente évaporés et des connexions instables. Une enquête publiée en janvier 2026 relève un écart entre les 442 millions de dollars affichés sur le site et les 200 millions environ cités par son propre dirigeant, des salaires impayés, des contrats rompus et des milliers d’acheteurs de matériel toujours sans machine. L’enquêteur ZachXBT a publiquement qualifié l’ensemble d’escroquerie. Aucune juridiction n’a tranché à ce jour.

Les « mineurs » X10, X30 et X100 vendus en prévente n’ont donc rien à voir avec le sujet de cette page, et la prudence élémentaire vaut ici comme partout : le matériel de minage se juge sur un hashrate mesuré et une consommation relevée, jamais sur un rendement annoncé à l’avance. C’est aussi la division qui démasque une fausse offre de minage.