materiel-mining.fr

Minage crypto et panneau solaire : le calcul complet, en euros

Divers

Minage crypto et panneau solaire : le calcul complet, en euros

Un kilowattheure de surplus injecté sur le réseau rapporte 1,1 centime d’euro. Le même kilowattheure passé dans un Antminer S21 XP rapporte 8,3 centimes de bitcoin. Sept fois et demie plus. Et la machine n’est jamais remboursée.

Les pages qui sortent sur le minage crypto par panneau solaire concluent toutes que oui, c’est possible et rentable. Aucune ne met le tarif de rachat du surplus en face du revenu du térahash. Les deux nombres tiennent sur une ligne, et le calcul qu’ils ouvrent va plus loin qu’eux.

Ce que rapporte un kilowattheure, selon ce qu’on en fait

Revendu : 11 € le mégawattheure

L’arrêté du 1er juin 2026, publié au Journal officiel du 4 juin, a réécrit les conditions d’achat de l’électricité photovoltaïque produite sur bâtiment. Depuis le 5 juin, toute demande complète de raccordement d’une installation de 100 kWc ou moins ouvre droit à un tarif unique de 11 € le mégawattheure, soit 0,011 € le kilowattheure, indexé de 2 % par an sur les vingt ans du contrat. La prime à l’investissement, qui valait encore 8 centimes par watt-crête, a disparu le même jour. Et la vente en totalité n’est plus soutenue : seul le surplus d’une installation en autoconsommation trouve preneur.

Le tarif précédent, pour une installation résidentielle de 9 kWc ou moins, valait 40 € le mégawattheure. Il tenait ce niveau depuis mars 2025. Le passage de 40 à 11 divise la recette du surplus par 3,6.

La Commission de régulation de l’énergie a détaillé d’où sort ce chiffre dans sa délibération du 29 avril 2026. La valeur marchande réelle du surplus photovoltaïque d’un autoconsommateur résidentiel ressort à environ 20 € le mégawattheure sur l’année 2025, soit 33 % seulement de ce que capte un ruban de base valorisé au prix spot. Le surplus s’injecte au pic de la cloche solaire, précisément à l’heure où les prix de marché s’effondrent. Retranchez 7 € de frais de gestion du contrat et il reste 13 €. L’État a fixé 11.

Les installations mises en service avant le 5 juin 2026 gardent leur contrat. Un particulier raccordé en 2024 revend toujours son surplus autour de 40 € le mégawattheure, et l’arbitrage se pose chez lui dans des termes bien moins favorables au minage.

Miné : 8,3 centimes, ou 11,8, selon la machine

Le réseau Bitcoin distribue 144 blocs par jour à 3,125 BTC, plus 3,14 BTC de frais de transaction sur les dernières vingt-quatre heures, soit 453,1 bitcoins. Rapportés au hashrate qu’implique la difficulté actuelle de 127 479 855 693 691, c’est-à-dire 912,5 EH/s, cela fait 49,66 satoshis par térahash par seconde et par jour. Au cours du 14 août 2026, 54 329 € le bitcoin, le térahash rapporte 0,02698 € par jour.

Une machine consomme, par térahash et par jour, son efficacité en joules par térahash multipliée par 0,024 kilowattheure. La division des deux donne directement ce que vaut un kilowattheure passé dans la machine :

revenu du kWh miné (€) = 1,124 ÷ efficacité en J/TH

Le numérateur 1,124 se recalcule à chaque fois. Il descend quand la difficulté monte, il monte avec le cours. Il se divisera par deux au halving d’avril 2028.

Les six destinations d’un kilowattheure solaire

Ce qu’on fait du kilowattheure

Ce qu’il rapporte

Consommé dans la maison, il évite un achat au tarif bleu (option base, 3 et 6 kVA, 1er août 2026)

0,2001 €

Miné sur un Antminer S23 Hydro, 9,5 J/TH

0,1183 €

Miné sur un Antminer S21 XP, 13,5 J/TH

0,0833 €

Miné sur un Avalon Nano 3S, 23,3 J/TH

0,0482 €

Revendu, contrat signé avant le 5 juin 2026

0,040 €

Revendu, contrat postérieur au 5 juin 2026

0,011 €

Cette colonne se lit dans l’ordre, et l’ordre surprend. Le meilleur emploi d’un kilowattheure solaire reste de le consommer soi-même : il échappe alors à l’accise, à la TVA et au tarif d’acheminement, ce qui lui donne une valeur de 0,2001 €. Près de deux fois et demie ce que la meilleure machine refroidie par air en tire.

Le minage se dispute donc un gisement bien plus étroit qu’il n’y paraît : la seule part de production que la maison ne peut pas absorber à l’instant où elle sort du toit. Tout ce qui se décale vers un ballon d’eau chaude ou une borne de recharge sort du calcul avant même qu’il commence.

Sur ce qui reste, le rapport est de 7,6 pour un, et il tomberait à 3,8 pour un après le halving de 2028. Il joue franchement en faveur du minage. Il ne suffit pourtant pas, et la raison ne tient pas au prix de l’énergie.

Le décalage : 3,2 heures contre 24

Une machine de minage tire la même puissance à trois heures du matin qu’à midi. Un toit produit pendant la journée, et de façon très inégale.

La base de données PVGIS de la Commission européenne donne, pour une installation inclinée à 35 degrés et orientée plein sud, la production horaire réelle relevée entre 2005 et 2023. Un kilowattcrête produit 1 036 kWh par an à Lille, 1 093 à Paris, 1 092 à Strasbourg, 1 175 à Limoges, 1 179 à Nantes et 1 563 à Marseille. Le simple au double annoncé partout n’existe pas : l’écart entre les deux extrêmes métropolitains vaut 51 %.

Ramenée en heures de fonctionnement à pleine puissance, cette production donne 2,8 heures par jour à Lille, 3,2 à Limoges, 4,3 à Marseille. Une machine en réclame 24. Le rapport va de six à neuf selon la région, et c’est lui qui commande tout le reste.

Les six à huit heures d’ensoleillement qu’on lit partout décrivent autre chose : la durée pendant laquelle les panneaux produisent quelque chose. À Limoges, une installation de 9 kWc dépasse 500 W pendant 3 323 heures par an, soit neuf heures par jour en moyenne. Mais elle ne dépasse 2 kW que 2 100 heures, et 3,645 kW que 1 330 heures.

Un ASIC ne module pas

Ce dernier seuil est la consommation nominale d’un Antminer S21 XP, la machine refroidie par air la plus fine du marché, 270 TH/s pour 3 645 W annoncés à ± 10 %, sortie en septembre 2024. Un ASIC est une charge en tout ou rien. Sous sa puissance nominale, il ne ralentit pas : il s’arrête, ou il puise la différence sur le réseau.

Mois par mois, sur une installation de 9 kWc à Limoges, le toit rend disponible ceci pour cette machine, la consommation de la maison étant ignorée. La borne est haute, et elle est déjà sévère.

Mois

Production du 9 kWc

Heures au-dessus de 3 645 W

Janvier

490 kWh

55 h

Février

698 kWh

89 h

Mars

926 kWh

108 h

Avril

1 089 kWh

136 h

Mai

1 233 kWh

161 h

Juin

1 131 kWh

150 h

Juillet

1 216 kWh

159 h

Août

1 137 kWh

146 h

Septembre

1 017 kWh

132 h

Octobre

805 kWh

95 h

Novembre

467 kWh

51 h

Décembre

448 kWh

49 h

De novembre à février, la machine tourne 244 heures en tout, soit deux heures par jour. De mai à août, 616 heures, cinq heures par jour. Juin passe sous mai et sous juillet, parce que la couverture nuageuse de juin ne suit pas la course du soleil.

Sur l’année, 1 330 heures. Quinze pour cent du temps. La machine reste éteinte, ou branchée sur le réseau au prix fort, les 85 % restants.

Combien de kilowattcrête pour une machine

Le dimensionnement se pose dans les deux sens, et les deux réponses n’ont rien à voir.

Pour alimenter la machine quand le soleil le permet, la production instantanée doit dépasser 3 645 W assez souvent pour que l’opération vaille la peine. Une installation de 9 kWc y parvient 1 330 heures par an à Limoges, 2 050 à Marseille, 1 138 à Lille. Descendre à 6 kWc coupe ces durées de plus de moitié, puisqu’il faut alors dépasser 61 % de la puissance crête au lieu de 41 %.

Pour l’alimenter en continu, il faut 87,5 kWh par jour. À Limoges, un kilowattcrête produit 3,2 kWh par jour en moyenne annuelle : il en faudrait 27. Sauf qu’une moyenne annuelle ne fait pas tourner une machine en décembre. Ce mois-là, le kilowattcrête limougeaud rend 1,61 kWh par jour, et il en faudrait 54,5 pour tenir la charge. Six fois une installation résidentielle standard, sur environ 270 mètres carrés de toiture.

C’est le chiffre qui manque derrière la promesse « les panneaux solaires permettent de miner 24 heures sur 24 », qu’on trouve telle quelle sur les pages des vendeurs de kits. Elle est vraie au sens où l’électricité ne connaît pas son origine. Elle suppose 54 kilowattcrête et un parc de batteries dont le prix arrive plus bas.

Montage 1 : miner le surplus d’une installation déjà posée

C’est le cas réel, celui des fils de discussion où des particuliers se demandent quoi faire de ce que leur toit envoie au réseau pour presque rien. Le conseil qui y circule est bon dans son intention : régler le prix de l’électricité à zéro dans un calculateur de rentabilité, et regarder ce qui reste. Il est faux sur deux points, et les deux se chiffrent.

Le kilowattheure de surplus n’est pas gratuit

Il vaut ce qu’on renonce à en tirer, soit 0,011 € sous contrat récent, 0,040 € sous contrat antérieur à juin 2026. Sur les 4 847 kWh qu’un S21 XP peut absorber en un an à Limoges, cela fait 53 € de recette abandonnée, ou 194 € pour un contrat ancien.

La machine, elle, s’amortit sur 15 % de son temps

Un Antminer S21 XP se vend 4 290 € chez un revendeur français, livré sous une semaine. Rapporté à ses 270 TH/s, cela fait 15,89 € le térahash.

Reprenons l’année complète, à Limoges, sur une installation de 9 kWc, en ignorant toujours la consommation de la maison.

Ligne

Montant annuel

Énergie solaire absorbée par la machine

4 847 kWh en 1 330 h

Bitcoin produit

+ 403,6 €

Rachat du surplus abandonné, à 0,011 €/kWh

− 53,3 €

Résultat avant machine

+ 350,3 €

Machine à rembourser

4 290 €

Durée de remboursement

12,2 ans

Douze ans. La garantie du constructeur court sur douze mois, et le revenu du térahash se divisera par deux en avril 2028. L’amortissement du S21 XP, étalé sur trois ans et sur les seules heures où il tourne, revient à 0,295 € par kilowattheure miné. Le kilowattheure ne rapporte que 0,083 €. Le matériel coûte trois fois et demie ce que l’énergie gratuite rapporte.

La géographie déplace le résultat sans le renverser.

Ville

Heures utiles

kWh minés

Résultat avant machine

Remboursement du S21 XP

Marseille

2 050 h

7 472

540 €

7,9 ans

Limoges

1 330 h

4 847

350 €

12,2 ans

Lille

1 138 h

4 147

300 €

14,3 ans

Marseille rembourse en huit ans, Lille en quatorze. Aucune des deux n’y arrive avant que la machine ne soit dépassée.

Le prix d’achat maximal d’une machine sur surplus

Retournons le calcul. Si l’énergie est presque gratuite, l’efficacité de la machine cesse d’être le critère : le critère devient son prix par térahash.

À Limoges, le résultat avant machine vaut 1,297 € par térahash et par an. L’achat doit se rembourser vite, disons en trois ans, avant le halving et avant que la difficulté ne l’ait rendue marginale. Le plafond d’achat s’établit donc à 3,89 € le térahash, soit 1 051 € pour une machine de 270 TH/s. À Marseille, 6,00 € le térahash ; à Lille, 3,33 €.

Le S21 XP se vend 15,89 € le térahash. Quatre fois trop cher. Et il ne s’agit pas d’attendre une baisse : les machines neuves se vendent au prix que justifie un fonctionnement continu, pas un fonctionnement 1 330 heures par an. Ce qui passe sous 4 € le térahash, ce sont des générations antérieures, revendues d’occasion par des fermes qui les remplacent. À 29,5 J/TH, une carte tire encore 0,038 € de chaque kilowattheure, largement au-dessus des 0,011 € du rachat. Elle est disqualifiée au tarif français ; sur du surplus, elle redevient le bon choix, à condition de l’acheter au poids.

Le raisonnement s’inverse dès qu’on rebranche la machine sur le réseau la nuit. Là, l’efficacité redevient reine, et le seuil de rentabilité du minage en France, en euros par kilowattheure, reprend ses droits : 0,0833 € de revenu contre 0,2001 € de facture.

Montage 2 : miner sur batterie

La batterie répond exactement à la bonne question, celle des 85 % du temps où le toit ne produit pas. Son prix par kilowattheure restitué décide de tout le reste.

Un module lithium fer phosphate Pylontech US5000 se vend 1 089 € toutes taxes comprises. Il stocke 4,8 kWh nominaux, 4,56 kWh réellement utilisables à 90 % de profondeur de décharge, annonce jusqu’à 6 000 cycles, un rendement supérieur à 90 % et une garantie de dix ans.

Deux limites se disputent le calcul. Les 6 000 cycles, d’abord : sur une installation de 9 kWc à Limoges, le surplus disponible remplit l’équivalent de 360 cycles pleins par an. Il faudrait donc 16,7 ans pour épuiser le compteur de cycles, et la garantie s’arrête à dix.

C’est donc le calendrier qui commande, pas l’usure. Dix ans à 360 cycles font 16 390 kWh restitués, pour 1 089 € : 0,066 € le kilowattheure stocké, 0,074 € une fois le rendement pris en compte. Si la batterie tenait ses 6 000 cycles, le coût tomberait à 0,044 €. Ce sont des chiffres pour le module seul, sans l’onduleur hybride qu’il faut derrière ni la pose.

Face à ce coût, stocker un kilowattheure pour le miner rapporte 0,083 € moins les 0,011 € du rachat abandonné, soit 0,072 €. La batterie mange tout le gain. Dans le meilleur des cas.

Et surtout, elle a un bien meilleur emploi. Le même kilowattheure stocké puis consommé le soir dans la maison évite un achat à 0,2001 € et rapporte donc 0,189 €, deux fois et demie ce que le minage en tire. Une batterie installée chez un particulier ne devrait jamais alimenter une machine de minage tant qu’il reste un lave-linge, un ballon d’eau chaude ou une voiture à recharger. Le minage ne mérite le contenu de la batterie qu’une fois la maison servie, c’est-à-dire à peu près jamais dans une maison ordinaire.

Montage 3 : le site isolé, sur installation dédiée

Reste l’option qui séduit sur le papier : une centrale montée pour la machine, hors réseau et sans facture d’électricité.

Le S21 XP réclame 87,5 kWh par jour. Il faut 27 kWc pour les produire en moyenne annuelle à Limoges, et il faut de quoi passer la nuit : seize heures à 3 645 W, soit 58,3 kWh. À 4,56 kWh utiles par module, cela fait 13 modules Pylontech, 14 157 € de batterie, avant les panneaux, l’onduleur et la machine.

En face, une machine qui tourne réellement 24 heures sur 24 produit 270 × 0,02698 × 365, soit 2 659 € de bitcoin par an. La batterie seule coûte plus de cinq ans de production brute. Les 27 kWc de panneaux, trois fois une installation résidentielle complète, n’ont pas encore été comptés. Et en décembre, quand la production tombe à 1,61 kWh par kilowattcrête et par jour, les 27 kWc ne suffisent plus : la machine s’arrête ou le groupe électrogène démarre.

Un site isolé de minage est une centrale, et il se dimensionne comme une centrale. Ce qui existe vraiment comme ferme de minage en France montre à quelle échelle ce genre de montage commence à tenir debout.

Ce que coûte réellement le kilowattheure solaire

Tant qu’on mine le surplus d’un toit déjà posé, le panneau est un coût passé et le kilowattheure ne vaut que le rachat auquel on renonce. Dès qu’on installe pour miner, le panneau entre dans le calcul.

L’ADEME chiffre le coût de production du photovoltaïque résidentiel de 3 à 9 kWc entre 13 et 19 centimes le kilowattheure, et le coût de revient de l’électricité autoconsommée entre 13 et 18 centimes, subventions comprises. Ces subventions ont maigri depuis : la prime à l’investissement de 8 centimes par watt-crête n’existe plus pour les raccordements postérieurs au 5 juin 2026, et le tarif de rachat qui accompagnait le calcul est passé de 40 à 11 € le mégawattheure.

Une exception tient : l’ADEME situe entre 9 et 11 centimes le kilowattheure produit par une installation de 3 kWc autoconstruite, sans prime ni obligation d’achat, l’économie venant entièrement de la main-d’œuvre. Ce chiffre-là passe sous les 11,83 centimes que tire un Antminer S23 Hydro à 9,5 J/TH. La marge est d’un à trois dixièmes de centime par kilowattheure, sur une machine hydraulique de 5,6 kW qui ne se pose pas dans un garage, et avant le moindre euro d’amortissement du matériel de minage. En France, le solaire posé pour miner ne produit pas d’électricité assez bon marché pour la machine qu’il alimente.

La comparaison au tarif d’achat du courant se lit ailleurs, dans le calcul de rentabilité du minage au tarif français, et la liste des composants dans la liste de courses complète d’un rig.

Deux détails administratifs qui changent le résultat

Les revenus de la vente d’électricité d’une installation de 3 kWc au plus, détenue par un particulier et raccordée en deux points au maximum, sont exonérés d’impôt sur le revenu au titre de l’article 35 ter du code général des impôts, prélèvements sociaux compris. Le bitcoin miné relève des bénéfices non commerciaux et se déclare à la réception des jetons, à leur valeur du jour. Les 0,011 € du rachat sont donc nets pour une petite installation, quand les 0,083 € du minage sont bruts. Le rapport de 7,6 pour un se resserre, sans s’inverser, et la déclaration des gains de minage obéit à ses propres règles de calcul.

Sur la TVA, l’idée qu’un statut professionnel permettrait de récupérer la taxe sur les panneaux comme sur l’électricité ne tient pas pour cette activité : le minage ne produit aucune opération taxée en aval, il se situe hors du champ de la TVA, donc sans droit à déduction.

Dernier point, propre au nouvel arrêté : au-delà de 1 600 heures de production annuelle rapportées à la puissance installée, l’électricité injectée n’est plus rémunérée du tout. Un toit marseillais bien orienté produit 1 563 kWh par kilowattcrête et frôle ce plafond. Pour elle, le kilowattheure de surplus au-dessus du seuil ne vaut plus 0,011 € mais zéro, et le minage devient la seule valorisation possible.

Le cas où ça marche

Il existe, et il est étroit. Quatre conditions le décrivent, et elles se cumulent.

  • L’installation solaire est déjà posée et déjà payée. Aucun panneau ne s’achète pour miner ; le calcul ne tient que sur du matériel dont le coût est derrière soi.

  • Le surplus est un vrai surplus. Chaque kilowattheure qu’on peut encore déplacer vers un ballon d’eau chaude ou une voiture vaut 0,2001 €, contre 0,083 € miné, donc le pilotage de la consommation passe d’abord.

  • La machine s’achète sous 4 € le térahash, plafond que fixent 1 330 heures de fonctionnement par an et trois ans d’amortissement. À Lille il descend à 3,33 €, à Marseille il monte à 6 €, et partout il se divise par deux en avril 2028.

  • Aucune batterie n’est achetée pour l’occasion. Le stockage revient entre 0,044 et 0,074 € le kilowattheure restitué, le minage n’en tire que 0,072 €, et une batterie déjà présente sert la maison avant de servir la machine.

Réunies, ces conditions décrivent un montage précis : une machine ancienne achetée d’occasion, branchée sur le surplus d’un toit existant, arrêtée le reste du temps, pilotée par une mesure d’injection plutôt que par une horloge. Elle rapporte quelques centaines d’euros par an, avec le bruit et la chaleur qui vont avec, que le refroidissement d’un rig détaille de son côté.

Le cas où ça ne marche pas

Une machine neuve achetée pour miner du solaire ne se rembourse pas. Le S21 XP à 4 290 € manque le plafond d’un facteur quatre. Les petits mineurs domestiques, qu’on croit adaptés parce qu’ils tiennent sur un bureau, sont bien pires : un Avalon Nano 3S ne tire que 0,048 € de chaque kilowattheure, et son prix ramené à 6 TH/s dépasse le plafond de plusieurs longueurs. Les modèles hydrauliques, eux, réclament 5,6 à 8,4 kW en continu : un toit de 9 kWc à Limoges dépasse 5,6 kW pendant 503 heures par an, et n’atteint jamais 8,4 kW.

Une installation solaire posée pour alimenter une machine ne se rembourse pas davantage. Le kilowattheure qu’elle produit coûte 13 à 19 centimes, la machine en tire 8 à 12.

Et le solaire ne rachète rien à une opération qui perdait déjà de l’argent. Un S21 XP qui tourne 24 heures sur 24 en France consomme 31 930 kWh par an, facturés 6 252 € au tarif bleu, pour 2 659 € de bitcoin. Brancher un toit de 9 kWc dessus couvre 15 % de la consommation. Les 85 % restants se paient au tarif bleu. Ce que rapporte réellement une journée de minage ne change pas de nature parce qu’une partie du courant vient d’un panneau.

Un kilowattheure de surplus rapporte bien sept fois plus miné que revendu au réseau : sur ce point, les vendeurs de kits ont raison. Ces sept fois portent seulement sur 15 % de l’année, et c’est là que leur démonstration s’arrête, juste avant la ligne qui compte.