Unité de minage bitcoin et litecoin : ce qu’elle rapporte par jour
Deux objets très différents se disputent le verbe « optimiser » dans le minage. D’un côté une boîte métallique de vingt kilos dont le constructeur publie la fiche, tant de térahash pour tant de watts, et qu’on peut brancher. De l’autre un site qui promet un gain quotidien contre un dépôt de 250 dollars. Le premier se juge avec une division. Le second se juge avec la même division, en trente secondes.
Une unité de minage bitcoin et une unité de minage litecoin ne partagent ni la puce, ni l’algorithme, ni la monnaie qui les paie. Elles partagent une facture d’électricité. C’est elle qui tranche. Suivent les chiffres de réseau relevés le 14 août 2026, la production maximale de chaque machine, et le prix du kilowattheure au-dessous duquel elle cesse de perdre de l’argent.
Le plafond du bitcoin : 50,2 satoshis par térahash et par jour
Le protocole verse 3,125 BTC par bloc depuis le halving d’avril 2024, et le réseau sort en moyenne 144 blocs par jour, soit 450 BTC. Les frais payés par les utilisateurs ajoutent 3,35 BTC, moyenne des dix derniers jours relevée sur les séries de blockchain.com. L’ensemble des mineurs de la planète encaisse donc 453,4 BTC par jour, soit 45,34 milliards de satoshis.
Ce montant se partage entre toute la puissance branchée. Le réseau tournait à 903,2 exahash par seconde en moyenne sur trois jours au 14 août 2026, relevé sur mempool.space, soit 903 millions de térahash. La division donne 50,2 satoshis par térahash et par jour, à peu près 2,7 centimes d’euro avec le bitcoin à 54 305 €.
Ce nombre n’a rien d’une constante : c’est un quotient, et ses deux termes bougent. Le numérateur sera coupé de moitié au printemps 2028. Le dénominateur travaille tous les jours, à la hausse quand des fermes se raccordent, à la baisse quand le mégawatt se vend mieux ailleurs. La division se refait en deux minutes sur n’importe quel explorateur de blocs, et rien ne passe au-dessus : personne ne distribue des bitcoins que le protocole n’émet pas.
Côté litecoin, la vraie recette s’appelle dogecoin
Le litecoin sort un bloc toutes les deux minutes trente, 576 par jour, à 6,25 LTC depuis le halving d’août 2023. Le prochain se déclenchera au bloc 3 360 000 : la chaîne en était à 3 159 750 le 14 août 2026, il reste donc environ 200 000 blocs, soit onze mois. Le réseau émet 3 600 LTC par jour, quelque 139 000 € au cours du moment, répartis sur 2 392 térahash par seconde.
Un mégahash de puissance Scrypt touche à ce titre 0,0000581 € par jour. Une machine de 17 GH/s en tirerait 0,99 € quotidien, ce qui ne paie même pas son premier kilowattheure. Personne ne minerait à ce prix.
Le calcul est heureusement incomplet. Le dogecoin utilise le même algorithme et accepte le minage fusionné depuis septembre 2014 : le même travail de hachage est soumis aux deux chaînes en même temps, et la machine encaisse les deux récompenses sans consommer un watt de plus. Le dogecoin sort un bloc par minute à 10 000 DOGE, récompense fixe que plus aucun halving ne divisera, soit 14,4 millions de dogecoins par jour, quelque 866 000 €, plus de six fois ce que verse le litecoin. Réparti sur 2 364 térahash par seconde, presque la même puissance, le même mégahash y récupère 0,0003663 €.
Ce que le mégahash Scrypt encaisse par jour | Montant | Part |
|---|---|---|
Litecoin, 3 600 LTC émis sur 2 392 TH/s | 0,0000581 € | 13,7 % |
Dogecoin, 14,4 M DOGE émis sur 2 364 TH/s | 0,0003663 € | 86,3 % |
Total | 0,0004244 € | 100 % |
Une unité dite « de minage litecoin » est donc payée à près de six septièmes en dogecoin. Le vendeur qui la présente comme un placement litecoin décrit un septième de son objet. La conséquence est pratique : la rentabilité de la machine suit le cours du dogecoin, et c’est cette courbe-là qu’il faut regarder tous les matins. Le halving du litecoin, attendu vers l’été 2027, ne coupera en deux que les 13,7 % venus du litecoin, soit 7 % de la recette totale. Le halving du bitcoin, lui, en emportera la moitié d’un coup au printemps 2028.
Quatre machines, une seule facture
Passons ces plafonds sur du matériel réellement en vente. Chaque ligne prend hashrate et consommation au même point de fonctionnement de la fiche constructeur. Mélanger deux modes vide le calcul de son sens.
Machine | Puissance de calcul | Consommation | Recette brute par jour | Électricité consommée | Coût au tarif base | Seuil d’équilibre |
|---|---|---|---|---|---|---|
Antminer S21 Pro (bitcoin, SHA-256) | 234 TH/s | 3 510 W, soit 15 J/TH | 6,38 € | 84,2 kWh | 16,86 € | 0,076 €/kWh |
Antminer L9 (litecoin + dogecoin, Scrypt) | 17 GH/s | 3 570 W, soit 0,21 J/MH | 7,22 € | 85,7 kWh | 17,14 € | 0,084 €/kWh |
Antminer L11 Pro (litecoin + dogecoin, Scrypt) | 21 GH/s | 3 612 W, soit 0,172 J/MH | 8,91 € | 86,7 kWh | 17,35 € | 0,103 €/kWh |
Bitdeer SealMiner DL1 Air (litecoin + dogecoin, Scrypt) | 25 GH/s | 3 725 W, soit 0,149 J/MH | 10,61 € | 89,4 kWh | 17,89 € | 0,119 €/kWh |
La colonne qui décide est la dernière. Elle répond à une question et une seule : au-dessus de quel prix du kilowattheure la machine consomme-t-elle plus qu’elle ne produit ? Confrontons-la aux tarifs réglementés français au 1er août 2026. Option base résidentielle, 0,2001 €/kWh à 6 kVA. Heures creuses, 0,1589 €. Tarif bleu professionnel, 0,1949 € toutes taxes comprises, et le mineur les paie bien toutes puisque son activité est hors champ de la TVA. Aucun de ces trois prix ne descend jusqu’au seuil de la machine la plus tolérante du tableau. La même opération se refait sur n’importe quelle machine et n’importe quel contrat en trois lignes.
L’écart entre les deux algorithmes mérite qu’on solde une idée reçue, celle du litecoin présenté comme le petit frère abordable du bitcoin, à la portée d’un particulier. À machine équivalente, le Scrypt tolère 0,084 €/kWh là où le SHA-256 s’arrête à 0,076, soit 11 % de mieux. C’est mince, et ce n’est pas là que se joue l’écart. Le vrai levier est le choix du modèle : entre l’Antminer L9 et la Bitdeer DL1 Air, la tolérance passe de 0,084 à 0,119 €/kWh, 41 % de plus, parce que la seconde produit près de moitié plus de hachage pour 4 % de courant en plus. Passer du tarif base aux heures creuses gagne 21 % de son côté. La meilleure combinaison possible aujourd’hui, machine la plus efficace du marché branchée en heures creuses, laisse encore 34 % d’écart à combler.
Alors autant le dire sans détour : sur une prise domestique française, aucune de ces machines n’atteint son équilibre, et aucun réglage ne l’y amènera. Ce qui rentabilise le minage en France se joue hors de la recette en cryptomonnaie, avec un tarif industriel négocié, de l’autoconsommation ou de la chaleur revendue. Ce sont des projets d’entreprise. On ne les branche pas au garage.
« Bitcoin Optimizer » : un robot de trading, pas une unité de minage
Le nom circule encore, et il ne désigne aucune unité de minage. Bitcoin Optimizer était un robot de trading automatique vendu par page d’atterrissage, censé repérer les bons moments d’achat et de vente sur le marché des cryptomonnaies. Sa propre page promettait, en capitales, de gagner « a guaranteed 13,000 in exactly 24 hours », et affirmait que ses membres touchaient d’ordinaire « not less than $1000 daily ». Le ticket d’entrée était de 250 dollars. Le pied de la même page reconnaissait que le service n’était « not supervised or regulated by any financial agencies ». C’était écrit noir sur blanc.
La division qui sert dans tout le reste de cette page s’applique ici sans effort. Une unité de minage annonce une puissance de calcul, un nombre de térahash ou de mégahash, et ce nombre suffit à borner sa recette. Bitcoin Optimizer n’en annonçait aucune, et pour cause : rien là-dedans ne hachait quoi que ce soit. Le produit ne fabriquait pas de bitcoins, il proposait d’en acheter et d’en revendre à votre place, activité entièrement différente et soumise, elle, à autorisation.
Le mot « optimizer » fait le travail commercial à lui seul. Il évoque le réglage d’une machine, quelque chose de technique et de mesurable, quand l’objet vendu était un pari sur un cours. C’est un procédé de nommage, pas une caractéristique du produit, et il vise très précisément ceux qui cherchent à améliorer le rendement d’une installation de minage.
Le logiciel n’était pas le produit. Le formulaire d’inscription servait à orienter le nouveau venu vers « le meilleur courtier pour votre région », autrement dit à revendre ses coordonnées. Les 250 dollars partaient chez ce courtier, pas chez l’éditeur. Le robot était l’appât, l’inscrit la marchandise.
Un point mérite d’être posé franchement, parce qu’il se retourne facilement contre celui qui le lit trop vite : aucune autorité n’a jamais nommé ce service. Ni l’AMF, ni la FCA britannique, ni la CNMV espagnole, ni la BaFin, ni les régulateurs canadiens, australiens ou asiatiques, ni la base commune de l’Organisation internationale des commissions de valeurs et ses quarante-six mille alertes. Ses cousins y figurent pourtant. Bitcoin Era, Bitcoin Code, Bitcoin Revolution, Bitcoin Trader, tous listés, souvent par plusieurs autorités à la fois. Celui-ci est passé entre les mailles et a fermé avant d’y entrer : son nom de domaine a été recyclé au printemps 2026 sous une autre marque, avec une balise de description où le gabarit n’avait même pas remplacé son champ FUNNEL_NAME, puis a cessé de répondre. Une absence ne vaut donc pas quitus. Elle mesure la vitesse à laquelle ces marques naissent, encaissent et disparaissent, pas leur honnêteté.
Reste la vérification qui compte avant tout versement. Le minage ne demande aucun agrément en France, alors que l’achat et la revente d’actifs numériques pour le compte d’un tiers en demandent un : un opérateur qui rend ce service sans détenir celui que délivre l’Autorité des marchés financiers exerce hors cadre, et ses listes noires se consultent sur protectepargne.amf-france.org. Elles servent à écarter un nom, jamais à en valider un, ce que l’AMF écrit elle-même. Les mécanismes de fraude au minage et les guichets où signaler en France obéissent aux mêmes réflexes, et la première question à poser reste toujours la même : quelle puissance de calcul, en térahash, et à quelle adresse vérifiable sur la chaîne.
Un mot sur ce qu’on trouve en cherchant ce nom : la quasi-totalité des pages qui l’examinent sont éditées par des sites d’affiliation rémunérés à l’inscription, et leur verdict penche du côté de leur rémunération. Le tri est rapide. Un avis assorti d’un bouton d’inscription est une vitrine.
Les leviers qui existent, et ce qu’ils pèsent
La marge de manœuvre est étroite. Les leviers ci-dessous sont chiffrés sur l’Antminer L9 du tableau, dont la recette brute est de 7,22 € pour 85,7 kWh par jour.
Levier | Ce qu’il change | Ce qu’il pèse vraiment |
|---|---|---|
Le prix du kilowattheure | Seul terme du calcul qui varie d’un facteur trois d’un contrat et d’un pays à l’autre | Le plus lourd de tous |
La chaleur récupérée | La machine dissipe 3 570 W en chaleur, la totalité de ce qu’elle consomme | Annule le coût électrique tant que ces kilowattheures remplacent un chauffage qui aurait tourné |
Les frais du pool | Ponction de 1 à 2 % sur les récompenses | 0,07 à 0,14 € par jour |
Une machine plus efficace | 0,149 J/MH au lieu de 0,21 | Déplace le seuil d’équilibre de 0,084 à 0,119 €/kWh, soit 41 % |
Changer de cryptomonnaie quand le cours bouge | Impossible sur un ASIC, qui ne connaît qu’un algorithme | Rien, et sur du Scrypt la question ne se pose pas : les deux monnaies sont minées ensemble |
La dernière ligne traîne dans beaucoup de guides et elle est fausse. Un logiciel qui bascule d’une cryptomonnaie à l’autre au gré des cours existe bel et bien, et il a du sens sur une carte graphique, qui sait exécuter n’importe quel algorithme. Un circuit intégré dédié ne sait faire qu’une chose. Un Antminer S21 Pro ne minera jamais du litecoin, un Antminer L9 ne minera jamais du bitcoin, quoi qu’en dise l’interface. L’algorithme se choisit à l’achat.
La récupération de chaleur, elle, fait vraiment basculer le calcul. Une machine à 3 570 W restitue en chaleur l’intégralité de son électricité, ventilateurs compris, puisque leur travail finit lui aussi en chaleur dans la pièce. Dans un local qu’on chauffait déjà à l’électricité, ces kilowattheures ne sont plus un coût de minage mais un coût de chauffage qu’on aurait payé de toute façon, et la recette brute devient une recette nette. Deux limites gâchent la fête. Trois kilowatts et demi en continu, c’est le chauffage d’une maison entière, cinq mois par an sous nos latitudes ; le reste de l’année, la machine redevient une perte sèche. Et elle fait 75 décibels, le niveau d’un aspirateur, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Lire une fiche constructeur sans se tromper de ligne
Le piège le plus courant tient en une phrase : une fiche de machine de minage porte plusieurs points de fonctionnement, et les chiffres flatteurs ne viennent jamais de la même ligne. Un mode économique affiche la meilleure efficacité en joules, un mode surcadencé affiche le meilleur hashrate, et l’argumentaire commercial pioche le meilleur des deux. Diviser un hashrate obtenu en mode surcadencé par la consommation du mode économique donne une machine qui n’existe pas.
Trois vérifications suffisent avant d’engager de l’argent.
Le point de fonctionnement. Relever hashrate et watts sur la même ligne du tableau, puis recalculer soi-même l’efficacité. Si le résultat ne tombe pas sur le chiffre affiché en gros, les deux valeurs viennent de deux modes différents.
L’alimentation électrique. L’Antminer S21 Pro demande du 220 à 277 volts sur un circuit dédié, avec une intensité qui suppose un tableau adapté. Une prise domestique française ne suffit pas. Les modèles à refroidissement liquide réclament en plus du triphasé et une boucle d’eau : ils ne se branchent nulle part dans un logement.
L’âge du modèle. Un fabricant qui vend encore aujourd’hui du matériel Scrypt de la génération Antminer L3+ ou Innosilicon A6+ écoule du stock dont l’efficacité se compte en unités entières de joule par mégahash, contre 0,149 pour la meilleure machine du moment. À ce niveau, le seuil d’équilibre tombe sous les prix industriels les plus bas du monde.
Sur le reste, les critères qui distinguent réellement deux machines de minage se réduisent à trois nombres et un branchement. Le marketing occupe le reste de la fiche.
Questions fréquentes
Combien rapporte une unité de minage bitcoin par jour ?
Au maximum absolu, 50,2 satoshis par térahash et par jour au 14 août 2026, soit 2,7 centimes d’euro. Un Antminer S21 Pro de 234 TH/s produit donc 6,38 € brut, pendant qu’il consomme 84,2 kWh, facturés 16,86 € au tarif réglementé de base. Le chiffre du jour se recalcule en divisant l’émission quotidienne, environ 453 BTC, par le hashrate du réseau.
Le minage de litecoin est-il plus rentable que celui du bitcoin ?
De peu, et pas pour la raison qu’on croit. À machine comparable, le seuil d’équilibre Scrypt est de 0,084 €/kWh contre 0,076 pour une machine bitcoin, 11 % d’écart. C’est le modèle choisi qui creuse la différence : la machine Scrypt la plus efficace du marché monte à 0,119 €/kWh. Tous ces seuils restent sous les tarifs français, base, heures creuses et professionnel compris.
Pourquoi une machine litecoin gagne-t-elle du dogecoin ?
Parce que les deux chaînes utilisent l’algorithme Scrypt et que le dogecoin accepte le minage fusionné : le même calcul est soumis aux deux réseaux, et les deux récompenses tombent. Au cours actuel, cette part dogecoin fait 86,3 % du revenu de la machine.
Bitcoin Optimizer est-il une machine de minage ?
Non. C’était un robot de trading automatique vendu en ligne contre un dépôt de 250 dollars, qui ne produisait aucune puissance de calcul et ne minait rien. Il n’annonçait d’ailleurs aucun hashrate, ce qui suffit à trancher : sans puissance de calcul annoncée, il n’y a rien à évaluer comme minage. Son nom de domaine a été recyclé sous une autre marque au printemps 2026, puis a cessé de répondre.
Quelle est la meilleure unité de minage pour débuter ?
Le contrat électrique décide, pas la machine. Tant que le kilowattheure coûte plus de 0,12 €, aucun modèle du marché ne dégage de marge, et acheter le meilleur matériel disponible revient à perdre son argent un peu moins vite. On règle la question de l’électricité avant celle du fer.