Carte graphique minage : hashrate, DAG et rentabilité réelle
Une carte graphique de minage se juge sur trois chiffres : ce qu’elle sort en hashrate, ce qu’elle tire au compteur, et la quantité de VRAM qu’elle embarque. Le troisième a pris le dessus sur les deux autres. Depuis qu’Ethereum est passé en preuve d’enjeu, en septembre 2022, les algorithmes qui restent chargent en mémoire une table de données qui grossit tous les mois, et c’est elle qui met les cartes à la retraite, pas leur puissance de calcul. Les chiffres qui suivent sont donnés modèle par modèle, avec le prix du courant au bout du compte.
Ce qu’une carte graphique mine encore aujourd’hui
Ethereum ne se mine plus. Le 15 septembre 2022, le réseau a basculé en preuve d’enjeu et les millions de GPU qui tournaient dessus se sont retrouvés sans emploi en une nuit. Les tableaux de hashrate ETH publiés avant cette date ne comparent donc plus rien d’utile. Un chiffre en MH/s sur Ethash garde un sens, mais il désigne désormais Ethereum PoW ou Ethereum Classic, deux chaînes sans commune mesure avec l’ancienne.
Les algorithmes qu’une carte graphique fait tourner en 2026 tiennent sur un tableau court :
| Algorithme | Monnaie | VRAM utile | Où en est l’algorithme |
|---|---|---|---|
| KawPow | Ravencoin (RVN), Neurai (XNA) | 8 Go | DAG de 5,7 Go, en croissance continue |
| Autolykos v2 | Ergo (ERG) | 8 Go | Table de 6,7 Go, paliers de 5 % |
| Ethash / Etchash | Ethereum PoW, Ethereum Classic | 8 Go | Héritage direct de l’ancien Ethereum |
| Octopus | Conflux (CFX) | 8 Go | Très sensible à la bande passante mémoire |
| FishHash | Iron Fish (IRON) | 8 Go | Algorithme récent, conçu contre les ASIC |
| NexaPoW | Nexa (NEXA) | 6 Go | Réseau de petite taille, cours volatil |
| RandomX | Monero (XMR) | Sans objet | Se mine au CPU, jamais au GPU |
Kaspa a longtemps figuré sur cette liste. Les ASIC kHeavyHash sont arrivés fin 2022, la difficulté du réseau a été multipliée par plusieurs ordres de grandeur, et une carte graphique n’y ramasse plus rien. Le même sort guette chaque algorithme dès qu’il devient assez gros pour justifier un circuit dédié. D’où les algorithmes à mémoire. D’où le DAG.
Le DAG, ce qu’une carte graphique mining doit tenir en mémoire
Le DAG, pour directed acyclic graph, est un fichier de données pseudo-aléatoires que le logiciel de mining reconstruit à partir de l’historique de la chaîne, puis charge entièrement dans la VRAM. Chaque hash calculé va y piocher des fragments tirés au hasard. Le travail est donc borné par la bande passante mémoire, pas par les unités de calcul. À prix égal, un bus large et de la mémoire rapide battent un gros GPU monté sur petit bus. C’est aussi ce qui a longtemps tenu les ASIC à distance : il faut embarquer plusieurs gigaoctets de mémoire rapide sur la puce, ce qui coûte cher à graver.
Le DAG grossit. Sur Ethash, il gagne environ 8 Mo par epoch, un epoch valant 30 000 blocs. Parti d’un gigaoctet en 2015, il a franchi la barre des 4 Go fin 2020. Ce passage a mis dehors en quelques semaines les RX 570 4 Go, les GTX 1650 et les P106 qui faisaient le gros des rigs amateurs. La carte ne ralentit pas doucement. Elle refuse de démarrer, avec un message d’allocation mémoire, et l’affaire est close.
Où en sont les algorithmes actuels :
- Ravencoin en est à 5,66 Go de DAG, epoch 597. Les cartes 6 Go arrivent en bout de piste ; 8 Go est le minimum pour tenir plus d’un an.
- Ergo tourne à 6,7 Go depuis l’epoch 25, et passe à 7 054 Mo à l’epoch suivante, en octobre 2026. La table progresse de 5 % tous les 51 200 blocs, avec un plafond inscrit dans le protocole à la hauteur 4 198 400. Les 4 Go ont décroché à l’epoch 15, les 6 Go à l’epoch 24. Les 8 Go sont les prochaines sur la liste.
- Ethereum Classic a pris le chemin inverse. Le hard fork Thanos, en novembre 2020, a doublé la durée d’un epoch, la croissance du DAG a été divisée par deux, et la chaîne s’est rouverte aux cartes de petite capacité.
Un détail coûte cher aux configurations limites : sous Windows, l’affichage confisque 300 à 600 Mo de VRAM. La même carte 8 Go décroche donc plus tôt sous Windows que sous Linux. C’est une des raisons pour lesquelles les fermes tournent sur distribution dédiée.
La règle d’achat tient en une ligne. 8 Go est un plancher qui expire, 12 ou 16 Go est ce qui permet d’amortir sur trois ans. Si le sujet est neuf pour vous, le fonctionnement du minage sur GPU se comprend avant de sortir la carte bleue.
Hashrate et consommation, carte par carte
Les valeurs ci-dessous portent sur les deux algorithmes qui font aujourd’hui l’essentiel du minage sur carte graphique. La dernière colonne rapporte le hashrate Autolykos aux watts consommés. C’est elle qui décide. Le hashrate brut ne dit presque rien.
| Carte | VRAM | KawPow | Autolykos v2 | Consommation | MH/s par watt |
|---|---|---|---|---|---|
| GeForce RTX 5090 | 32 Go | 100,5 MH/s | 575 MH/s | 575 W | 1,00 |
| GeForce RTX 4090 | 24 Go | 65 MH/s | 265 MH/s | 300 W | 0,88 |
| GeForce RTX 4080 | 16 Go | 46 MH/s | 172 MH/s | 180 W | 0,96 |
| GeForce RTX 5070 | 12 Go | 45,5 MH/s | 225,5 MH/s | 250 W | 0,90 |
| GeForce RTX 4070 | 12 Go | 33 MH/s | 132 MH/s | 200 W | 0,66 |
| Radeon RX 7900 XTX | 24 Go | 59,9 MH/s | 192 MH/s | 290 W | 0,66 |
| Radeon RX 7800 XT | 16 Go | 36,2 MH/s | 130 MH/s | 230 W | 0,57 |
| Radeon RX 9070 XT | 16 Go | 34 MH/s | 80 MH/s | 310 W | 0,26 |
| Radeon RX 7600 XT | 16 Go | 14 MH/s | 52,5 MH/s | 190 W | 0,28 |
| Intel Arc A770 | 16 Go | 25,5 MH/s | 126,5 MH/s | 180 W | 0,70 |
La RTX 4080 reste la plus sobre du lot, à 0,96 MH/s par watt, deux générations après sa sortie. C’est le genre de résultat qui vieillit bien. La RTX 5090 écrase tout en valeur absolue avec ses 575 MH/s, mais elle avale 575 W en continu, soit un radiateur d’appoint qui ne s’arrête jamais. Le cas qui surprend, c’est la RX 9070 XT : très bonne carte de jeu, mauvaise carte de mining. RDNA 4 a gagné en calcul et perdu en bande passante mémoire, exactement le mauvais arbitrage pour un algorithme à DAG.
Ces consommations se mesurent à la carte. Ajoutez le reste de la machine et le rendement de l’alimentation, soit 15 à 20 % de plus à la prise murale.
Ce qui reste une fois l’électricité payée
Le calcul tient en trois lignes.
Une RTX 4070 tire 200 W. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, cela donne 4,8 kWh par jour. Au tarif réglementé français, autour de 0,20 € le kWh, la facture atteint 0,96 € par jour, 29 € par mois, près de 350 € sur l’année. Pour une seule carte. En face, la recette brute d’une 4070 sur Ravencoin ou sur Ergo tourne autour de 0,35 $ quotidiens, frais de pool déduits. Il manque les deux tiers.
Prenez le problème à l’envers et vous obtenez le seuil : 0,30 € de recette divisés par 4,8 kWh donnent 0,0625 € le kWh. En dessous de ce prix, la carte paie son courant. Au-dessus, elle le brûle. Aucun tarif domestique français n’approche ce niveau, pas même les heures creuses d’un jour bleu Tempo à 0,1325 €.
Restent trois situations où l’équation bascule :
- l’autoconsommation solaire, où le kWh produit ne coûte plus rien une fois l’installation payée ;
- la récupération de chaleur, quand la carte remplace un convecteur d’octobre à mars et que le même kWh sert deux fois ;
- un contrat professionnel négocié, ou une implantation dans un pays où l’électricité vaut trois fois moins qu’ici.
En dehors de ces trois cas, une carte graphique achetée pour miner ne rembourse pas son électricité, encore moins son prix d’achat. Les fermes qui tiennent le font sur des tarifs industriels et des marges de quelques centimes par kWh. Passer sur un ASIC ne renverse pas la table pour autant : le calcul reste le même, avec une machine bruyante en plus et une revente quasi impossible.
Choisir sa carte graphique pour miner selon son budget
Le projet tient quand même debout ? Alors les modèles du moment se répartissent ainsi.
En haut de la pile, ce que la RTX 5090 sort sur Autolykos v2 ne se discute pas, mais son prix et ses 575 W la réservent à ceux qui la font travailler ailleurs le reste du temps. Un cran en dessous, la RTX 4080 en fonctionnement continu offre le meilleur rendement par watt de tout le tableau. Pour du milieu de gamme récent, les 12 Go de la RTX 5070 encaissent le DAG d’Ergo pendant plusieurs années sans discuter.
Côté AMD, les 24 Go de la Radeon RX 7900 XTX évacuent la question de la VRAM pour longtemps, et la RX 7800 XT et ses 16 Go visent le même équilibre en dépensant moins. Pour un premier essai sans se ruiner, la RX 7600 XT, 16 Go sous les 350 € avale tous les DAG actuels, avec un hashrate modeste assumé.
L’occasion sortie d’un rig n’est pas disqualifiée d’office. Les ventilateurs et la pâte thermique s’usent ; le silicium, lui, ne bouge pas. Un GPU bridé à 70 % de sa puissance a souvent moins souffert qu’une carte de joueur poussée à fond pendant trois ans. Regardez l’état du refroidissement, demandez le bridage appliqué, méfiez-vous des BIOS modifiés.
Monter le rig autour des cartes
Une carte graphique de minage ne travaille pas seule. Quatre points font tomber une installation avant les GPU eux-mêmes :
- L’alimentation. Comptez la somme des TDP majorée de 25 %, et une certification 80 Plus Gold au minimum. Le rendement se paie tous les jours, pendant des années.
- L’air. Six cartes serrées dans un boîtier fermé montent à 85 °C et se brident toutes seules. Un châssis ouvert prévu pour plusieurs GPU règle le problème mieux que n’importe quel ventilateur ajouté après coup.
- Les connexions. Un adaptateur PCI-Express 1x vers quatre ports USB sort les cartes de la carte mère. Le mining n’a pas besoin de bande passante PCIe, seulement d’un lien stable.
- Le logiciel. lolMiner, T-Rex et Gminer couvrent tous les algorithmes cités plus haut et se règlent en trois lignes de fichier batch.
Le passage par un pool de minage relève de l’obligation pratique. En solo, une carte seule sur Ravencoin attendrait des années avant de tomber sur un bloc.
Ce qui reste de la ruée de 2020-2022
Le marché des cartes graphiques a été retourné par le minage d’Ethereum, et il n’en est jamais tout à fait revenu. Entre fin 2020 et début 2022, les mineurs ont dépensé près de 15 milliards de dollars en GPU. Quelque 14 millions de cartes sont parties dans cette activité, sur un marché qui pesait 51,8 milliards pour la seule année 2021. Le résultat, tout le monde l’a vu : rayons vides, prix doublés, cartes revendues bien au-dessus du tarif conseillé.
Le reflux a été aussi brutal que la montée. La chute des cours en 2022, puis la bascule d’Ethereum en septembre, ont renvoyé des millions de cartes sur le marché de l’occasion en quelques mois. Les prix se sont effondrés. Les fabricants ont passé plusieurs trimestres à écouler des stocks calibrés pour une demande qui n’existait plus. Aucun constructeur ne conçoit désormais une carte pour miner : la demande vient des joueurs et des serveurs d’IA, et les choix d’architecture suivent cette demande. Le matériel de minage disponible aujourd’hui est du matériel de jeu détourné, ni plus ni moins.
Le paysage est plus sain qu’en 2021, et plus rude. Une carte graphique mining se choisit maintenant comme un outil de production ordinaire : capacité mémoire d’abord, rendement par watt ensuite, prix d’achat en dernier. Ceux qui tiennent encore sont ceux qui ont réglé la question de l’électricité avant celle du matériel.